Auschwitz


Titre : Auschwitz
Dessinateur : Pascal Croci
Scénariste : Pascal Croci
Parution : Septembre 2000


Lorsque l’on connaît l’œuvre de Pascal Croci, il n’est pas étonnant qu’il se soit lancé dans « Auschwitz ». Son dessin s’y prête parfaitement. Cela restant un sujet délicat, l’auteur s’est beaucoup documenté afin d’éviter de raconter n’importe quoi. En effet, si « Auschwitz » est basé sur des témoignages, cela reste une fiction. Le livre pèse près de 80 pages et est publié chez Emmanuel Proust.

Une fiction à l’intérêt documentaire.

Je vais commencer par ce qui dessert l’album : le dossier final. Il reprend des photos, des interviews de témoins de la Shoah et de Pascal Croci. Ce dernier explique sa démarche. Et l’orgueil derrière cette démarche transparaît trop. L’ambition est d’écrire une fiction sur la Shoah. Le deuxième point est de faire la première bande dessinée réaliste sur les camps. Croci se place dans la continuité directe d’Art Spiegelman. Et lorsqu’on a fini de lire « Auschwitz », on voit sans peine le gouffre qui sépare les deux œuvres.

Pascal Croci décrit la destinée d’une famille arrivant à Auschwitz. Un père. Une mère. Une fille. Ils sont séparés à leur arrivée et ils chercheront à se retrouver. La narration commence en 1993, en ex-Yougoslavie. Le couple se raconte leur quotidien au camp, ce qu’ils n’avaient jamais fait auparavant. On va donc suivre la destinée de l’un, puis de l’autre.

« Auschwitz » vaut surtout pour son aspect documentaire. On découvre les camps de la mort, les chambres à gaz… Le dessin halluciné de Croci, en valeurs de gris, est adapté à l’ensemble : être déshumanisés, décharnés… L’auteur s’en est fait une spécialité. Hélas, lorsque l’on lit des documents non-fictionnels (« Maus », « Si c’est un homme » ou le film « Le fils de Saul »), on est touché par les personnages. Même si aucune humanité n’en ressort, écrasée par le besoin de survivre, on ressent une empathie puissante. « Auschwitz » est assez froid. Ce qui est raconté est horrible bien évidemment, et certaines scènes morbides ont une vraie puissance évocatrice. Mais la narration, lourde et peu inspirée, plombe l’ensemble. Ainsi, la destinée des personnages en ex-Yougoslavie laisse dubitatif.

En cela, le dessin de Pascal Croci n’est peut-être pas si adapté que cela. Certes, il dessine parfaitement l’horreur, la folie des hommes, mais il n’a aucune finesse. Tout le monde a les yeux hallucinés, tout le temps, de la première à la dernière page. Comment faire passer un minimum d’émotion si tout est à cran en permanence ?

Si on peut louer l’effort de mémoire, ce « Auschwitz » n’est pas très réussi. Le dessin est beau, certes, mais le reste n’apporte pas grand-chose. Ce qui est raconté dans l’ouvrage n’est pas nouveau. Et à trop vouloir insister sur l’aspect exceptionnel de l’ouvrage, première fiction réaliste en bande-dessinée sur les camps, l’éditeur n’arrange rien sur notre impression… Sur le sujet, la modestie semblait de rigueur.

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