Aâma, T1 : L’odeur de la poussière chaude – Frederik Peeters

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Titre : Aâma, T1 : L’odeur de la poussière chaude
Scénariste : Frederik Peeters
Dessinateur : Frederik Peeters
Parution : Octobre 2011


Lorsque le premier tome d’ « Aâma » est sorti, je me rappelle avoir été marqué par sa couverture montrant trois personnages, dont une sorte de singe fumant un cigare… Les critiques de l’époque étant on ne peut plus élogieuse sur l’ouvrage, je m’étais empressé de me le procurer. Le tout est scénarisé et dessiné par Frederik Peeters et est publié chez Gallimard. Ce premier tome, intitulé « L’odeur de la poussière chaude », pèse plus de 80 pages. C’est de science-fiction dont il va être question ici.

aama1cVelroc se réveille sur une planète aride. A côté de lui, un singe dont la peau des jambes est nue. Et Velroc a perdu la mémoire. Il va alors relire son calepin où il note ce qui lui est arrivé. Tout commence au niveau 1, lieu de perdition des êtres humains. Velroc abuse des drogues et gît dans une flaque après s’être visiblement battu. Et voilà que son frère lui tombe dessus. Son frère qui, lui, a réussi, et qu’il n’a plus vu depuis 10 ans. Ce dernier va alors lui proposer de l’accompagner dans une mission à l’autre bout de la galaxie qui, évidemment, va mal tourner.

Laisser le lecteur comprendre les mécanismes de l’univers.

La science-fiction est un genre difficile. Beaucoup de choses ont déjà été faites et, souvent, les auteurs sont un peu trop didactiques pour montrer la richesse de leur monde. Ici, Frederik Peeters reste en surface et laisse le lecteur comprendre les mécanismes de son univers. L’histoire avance et on découvre peu à peu comment est régie la société. La subtilité de l’entreprise est belle à voir. Surtout que dès que l’on part pour la planète, Velroc fait office de naïf et on découvre avec lui les événements.

aama1aAu-delà de la science fiction pure, c’est avant tout les relations humaines qui sont au centre de cet ouvrage. Frederik Peeters utilise son univers pour servir une histoire et des personnages et non pas l’inverse. Et c’est tout ce qui fait la force de l’ouvrage. Le scénario est dense et n’hésite pas à digresser pour présenter les faces d’ombre de Velroc. En cela, ce premier tome est une grande réussite. Il parvient à présenter profondément les personnages, un univers, mais aussi à avancer déjà beaucoup dans l’aventure. En comparaison, je trouve qu’on est au niveau du « Cycle de Cyann », pour comparer avec une série de science-fiction du même type.

Le dessin de Peeters apporte une touche supplémentaire à son scénario. Le découpage est intelligent, le dessin marquant et le trait au pinceau très élégant. Les personnages sont très reconnaissables et expressifs. Une mention particulière est accordée au robot simiesque Churchill. Les décors vont du désert à la ville tentaculaire, montrant la maîtrise pleine de l’auteur. Bref, j’ai été conquis par ce dessin qui sert parfaitement la narration et l’univers.

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Ce premier tome d’« Aâma » est une grande réussite. Contrairement à beaucoup d’ouvrages, l’histoire a déjà bien avancé et le lecteur peut être confiant pour la suite. La densité du scénario, la complexité des personnages et le dessin de haut niveau font que l’on peut espérer voir émerger l’une des meilleures séries de science-fiction de ces dernières années. 

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Note : 18/20

Top BD des blogueurs – Octobre 2014

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Le Top BD des blogueurs est un collectif rassemblant des blogs de critiques de bande-dessinées. Dès qu’un titre possède au moins trois notes, il entre dans le top. Vous pouvez découvrir chaque mois les cinquante titres les mieux notés.
1- (N) La lune est blanche 19.17
Emmanuel Lepage, François Lepage, Futuropolis
2- (N) Yossel, 19 avril 1943       19
Joe Kubert, Delcourt
Jiro Taniguchi, Casterman
4- (N) Sharaz-de   18.67
Sergio Toppi, Mosquito
5- (=) Asterios Polyp     18.65
David Mazzuchelli, Casterman
6- (=) Persépolis    18.64
Marjanne Satrapi, L’Association
7- (=) Ceux qui me restent  18.63
Damien Marie, Laurent Bonneau, Bamboo
8- (=) Le loup des mers 18.55
Riff Reb, Soleil
9- (=) Idées Noires       18.5
Franquin, Fluide Glacial
10- (=) NonNonBâ         18.5
Shigeru Mizuki, Cornélius
11- (=) Maus        18.49
Art Spiegelmann, Flammarion
12- (=) Le pouvoir des Innocents Cycle 2- Car l’enfer est ici   18.41
13- (=) Tout seul            18.38
Christophe Chabouté, Vents d’Ouest
14- (=) Le sommet des dieux       18.33
Yumemuka Bura, Jirô Taniguchi, Casterman
Tome 1,Tome 2,Tome 3, Tome 4, Tome 5.
Emmanuel Lepage, Futuropolis
16- (=) Daytripper           18.27
Fabio Moon, Gabriel Ba, Urban Comics
17- (=) V pour Vendetta  18.22
Alan Moore, David Lloyd, Delcourt
Van Hamme, Rosinski, Casterman
19- (=) Universal War One   18.14
Denis Bajram, Soleil
Benoît Zidrou, Roger, Dargaud
21- (-) Les vieux fourneaux tome 1   18.11
Wilfrid Lupano, Paul Cauuet, Dargaud
22- (=) Les ombres     18.1
Zabus, Hippolyte, Phébus
23- (=) Abélard     18.04
Régis Hautière, Renaud Dillies, Dargaud
Jérémy Bastian, Editions de la Cerise
25- (=) Le muret    18
Pierre Bailly, Céline Fraipont, Casterman
26- (=) Il était une fois en France    17.98
Fabien Nury, Sylvain Vallée, Glénat
27- (=) Habibi       17.95
Craig Thompson, Casterman
28- (=) Herakles    17.92
Edouard Cour, Akileos
Fabien Vehlmann, Gwen de Bonneval, Futuropolis
30- (=) Gaza 1956     17.92
Joe Sacco, Futuropolis
31- (+)Melvile     17.88
Romain Renard, Le Lombard
32- (=) Scalped            17.86
Jason Aaron, R.M. Guerra, Urban Comics
33- (=) Manabé Shima 17.83
Florent Chavouet, Editions Philippe Picquier
34- (=) Trois Ombres       17.78
Cyril Pedrosa, Delcourt
L. Seksik, G. Sorel, Casterman
36- (=) Anjin-san    17.75
Georges Akiyama, Le Lézard Noir
37- (=) Joker                17.75
Brian Azzarello, Lee Bermejo, Urban Comics
38- (=) Mon arbre     17.75
Séverine Gauthier, Thomas labourot, Delcourt
39- (=) L’histoire des trois Adolf,              17.75
Osamu Tezuka, Tonkam
40- (=) Blankets  17.73
Craig Thompson, Casterman
L. Brunschwig, L. Hirn, Futuropolis
42- (=) Holmes               17.7
Luc Brunschwig, Cecil, Futuropolis
43- (=) Calvin et Hobbes,              17.7
Bill Watterson, Hors Collection
Brian K. Vaughan, Niko Henrichon, Urban Comics
45- (-) Urban              17.69
Luc Brunschwig, Roberto Ricci, Futuropolis
Tome 1, Tome 2, Tome 3,
46- (=) Washita     17.69
Tome 1, Tome 2, Tome 3, Tome 4, Tome 5.
47- (=) Lorenzaccio              17.67
Régis Peynet, 12 Bis
48- (=) Match!   17.67
Grégory Panaccione, Editions Delcourt
49- (N) Mots rumeurs, mots cutter    17.67
Charlotte Bousquet, Stéphanie Rubini, Gulf Stream Editeur
50- (=) Tokyo Home  17.67
Thierry Gloris, Cyrielle, Kana

Comme tout le monde – Rudy Spiessert, Denis Lapière & Pierre-Paul Renders

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Titre : Comme tout le monde
Scénaristes : Denis Lapière & Pierre-Paul Renders
Dessinateur : Rudy Spiessert
Parution : Octobre 2007


Au départ, il y a un scénario. De ce scénario originel accoucheront deux œuvres : la première sera un film, la seconde une bande-dessinée. « Comme tout le monde » n’a pas laissé beaucoup de souvenirs aux cinéphiles, qu’en est-il de sa version dessinée qui se veut une « version longue » de son cousin sur grand écran. L’ensemble pèse quand même 140 pages, ce qui laisse aux auteurs le temps de développer les enjeux et les personnages. Publié chez Dupuis, le livre est dessiné par Rudy Spiessert et scénarisé par Denis Lapière et Pierre-Paul Renders.

CommeToutLeMonde2Tout commence par une émission, la bien nommée « comme tout le monde ». Sur le principe de « La famille en or », les participants doivent trouver la réponse la plus souvent citée par un panel de sondés. Or, le grand champion Jalil ne se trompe jamais. Au point qu’il définit la plus pur français moyen. Une aubaine pour les marques qui peuvent l’utiliser comme panel à moindre coût. Mais à son insu…

 Voyeurisme & célébrité

« Comme tout le monde » s’intègre parfaitement dans un monde de voyeurisme et de télé-réalité. La célébrité du français moyen qui exhibe son intimité est traitée ici. Si le sujet de la bande-dessinée n’est simplement jamais crédible, on se prend au jeu de cette histoire qui sait nous dévoiler les secrets petit à petit. Quelques retournements de situation sont bien vus et surprendront le lecteur. En cela, la pagination importante est adaptée, permettant de développer pleinement tous les aspects de l’histoire.

CommeToutLeMonde1C’est peut-être au niveau des personnages que l’ensemble pêche un peu. Jalil, trop moyen, manque vraiment de charisme. C’est son personnage, certes, mais on n’a finalement que très peu de sympathie pour lui, au contraire de sa jeune compagne, à laquelle on s’attache. Mais le tout manque cruellement d’analyse. Claire accepte de se mettre en couple pour de l’argent, sans que la notion de prostitution ne soit relevée. C’est bien un livre de chez Dupuis qui reste bien gentillet. On aurait pu imaginer une critique mordante, ce ne sera pas le cas. Dommage, car le sujet est plutôt intéressant et la narration bien menée.

Au niveau du dessin, Rudy Spiessert est à lui seul un argument pour le bouquin. Clairement influencé par Dupuy et Berberian, il propose un dessin simple en apparence mais très riche, à la mise en scène soignée. Une véritable découverte et un auteur à suivre assurément.

« Comme tout le monde » est un ouvrage qui se lit d’une traite, ménageant son suspense intelligemment. Hélas, on sent qu’avec un sujet pareil, le livre aurait pu être plus intéressant en étant plus sombre ou cynique. Une sympathique découverte.

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Note : 14/20

Le singe de Hartlepool – Wilfrid Lupano & Jérémie Moreau

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Titre : Le singe de Hartlepool
Scénariste : Wilfrid Lupano
Dessinateur : Jérémie Moreau
Parution : Septembre 2012


Pendant les guerres napoléoniennes, un navire français navigue près des côtes anglaises. A bord, un singe habillé d’un uniforme français fait office de mascotte. La haine de l’anglais est alors à son comble. Ainsi, le mousse, osant chantonner une mélodie en anglais, se voit jeté par-dessus bord… Quelques instants plus tard, c’est tout le navire qui sombre suite à un orage soudain. Seul rescapé : le singe. Celui-ci va se retrouver sur les côtes anglaises, près d’un village nommé Hartlepool. Les habitants vont alors décider de pendre ce Français.

lesingedehartlepool1Inspiré d’une histoire vraie (ou du moins d’une légende, difficile d’être certain de la véracité des faits), « Le singe de Hartlepool » est une véritable fable contre la bêtise humain en général et le nationalisme en particulier. N’ayant jamais vu un Français de leurs vies, les habitants vont trouver à se convaincre que ce singe est un être humain français. Quitte à faire appel à un ancien combattant sénile pour trouver des arguments…

Les auteurs, Wilfrid Lupano au scénario et Jérémie Moreau au dessin, ont décidé de jouer le jeu à fond. Ici, c’est une fable. La plupart des gens (ici, de véritables ploucs) sont complètement stupides et haineux. Seuls certains personnages parviennent à sortir de cet état de fait : certains enfants et le médecin, symbole de culture et donc de tolérance. Clairement, les auteurs font le choix d’une morale claire et affirmée et c’est tant mieux.

Le ton de l’album est clairement cynique. L’humour y est fortement présent malgré l’aspect dramatique de l’histoire. On rit souvent, voire même de bon cœur, devant les remarques des villageois. On rit de la bêtise humaine et à la fois, on s’en désespère.

« Bien qu’il ne parle pas, le singe est le personnage le plus complexe de l’histoire. »

Notre empathie est souvent requise dès que le singe apparaît. Victime innocente, subissant le courroux d’animaux se revendiquant intelligents, il est le personnage le plus complexe de l’histoire, bien qu’il ne parle pas. Et en cela, c’est la grande réussite de l’album. Les auteurs ont parfaitement su retranscrire la dualité des chimpanzés. Poussé dans ses retranchements, le singe est bestial, il mord jusqu’au sang, griffe, bref, lutte pour sa vie. Mais il est également parfois terriblement humain avec son regard perdu dans le vide. Éternelle victime de l’homme (enlevé à sa famille, puis pendu en Angleterre), il paraît pourtant bien plus humain que ses bourreaux.

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Outre une narration et un ton captivants, il faut avouer que le dessin est l’un des points forts de cet album. J’ai pleinement accroché au graphisme personnel et expressif de Jérémie Moreau. Il est en parfaite adéquation avec le propos, sachant se montrer expressif dans les moments les plus ridicules ou plus intimiste dans les passages les plus empathiques. Pour un premier album, c’est d’autant plus impressionnant. Un dessinateur que je suivrai avidement désormais.

« Le singe de Hartlepool » est un one-shot de qualité. Maîtrisé de bout en bout sur tous les points, il maîtrise le mélange des genres avec brio. A la fois écœuré, amusé et attristé, le lecteur repart avec le plein d’émotion ! 

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Note : 17/20

Les vieux fourneaux, T1 : Ceux qui restent – Wilfrid Lupano & Paul Cauuet

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Titre : Les vieux fourneaux, T1 : Ceux qui restent
Scénariste : Wilfrid Lupano
Dessinateur : Paul Cauuet
Parution : Avril 2014


 Wilfrid Lupano est l’un des scénaristes qui monte. For de plusieurs succès et sachant s’entourer de dessinateurs talentueux, il est devenu synonyme d’auteur à suivre. « Les vieux fourneaux » ne déroge pas à la règle. Dotée de critiques très positives et du Prix des libraires de bande dessinée 2014, il n’en fallait pas plus pour que je m’y intéresse. Il est accompagné au dessin par Paul Cauuet, que je ne connaissais pas. Le tout est publié chez Dargaud pour un total de 56 pages. Ce tome 1 est nommé « ceux qui restent ». Le succès de la série a, depuis, vu paraître une suite. Je précise tout de suite que ce premier tome se suffit à lui-même.

LesVieuxFourneaux1aLe titre de l’album est assez explicite : on s’intéresse ici à une bande de personnes âgées qui viennent rendre hommage à l’une de leur amie, décédée. Le thème de « vieux fourneaux » prend d’autant plus de sens lorsque l’on apprend qu’ils ont tous travaillé dans la même usine et ont montré un activisme syndical particulièrement important. Mais quand l’un d’eux pète les plombs lorsque le notaire dévoile certains secrets, ses copains se serrent les coudes pour lui éviter de faire une connerie.

« Des portraits plein de vie et de caractère. »

Trois grands thèmes viennent se télescoper dans cette série. La vieillesse bien évidemment, mais aussi l’amitié et la lutte des classes.  Au milieu de tout ça, la petite fille de Lucette vient apporter sa fraîcheur et son décalage par rapport à nos vieux bonhommes. Ces portraits sont plein de vie et cohérents, chacun ayant son caractère et, surtout, son histoire.

LesVieuxFourneaux1cDans cet album, chaque personnage est présenté de façon satisfaisante pour assouvir notre plaisir de lecture. Cependant, on sent que les auteurs en ont sous le pied. Ils savent éviter de produire trop de flashbacks inutiles et se concentre sur le présent. Sans être absolument le plus intéressant dans l’ouvrage, le fil rouge possède suffisamment de suspense pour nous donner envie de lire la suite. Mais ce sont bien les situations cocasses dues à l’âge des protagonistes qui font tout le sel du bouquin.

Au niveau du dessin, Paul Cauuet réalise un travail remarquable. Bien aidé par une couleur qui met en valeur son trait, il croque des personnages semi-réalistes souvent proches de la caricature.  Son dessin est à la fois riche et dynamique et le dessinateur excelle aussi bien dans les dessin des personnages que des décors. Une véritable découverte !

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« Les vieux fourneaux » est une bande-dessinée réussie. Doté de personnages hauts en couleur et d’un dessin parfaitement adapté, elle aurait pu être un one-shot percutant. Mais les auteurs ont préféré en faire une série. Espérons que la suite saura confirmer les qualités de ce premier tome drôle et attachant.

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Note : 16/20

Johnny Jungle, T2 – Jean-Christophe Deveney & Jérôme Jouvray

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Titre : Johnny Jungle, T2
Scénariste : Jean-Christophe Deveney
Dessinateur : Jérôme Jouvray
Parution : Septembre 2014


Le premier tome de « Johnny Jungle » avait été une bonne surprise. Narrant l’histoire d’un équivalent de Tarzan champion de natation et de cinéma (vous avez dit « Johnny Weismuller » ?), cette histoire faisait preuve de beaucoup d’humour décalé. A la fermeture du premier opus du diptyque, on se demandait presque l’intérêt de continuer le tout, malgré la fin surprenante. Alors, cette deuxième partie transforme-t-elle l’essai ?

Johnny n’est pas vraiment parvenu à se faire à la vie citadine. Acteur star, il succombe trop facilement aux jeunes actrices qui lui sont associées, mettant à mal sa vie avec Jane. Et quand les enfants illégitimes commencent à faire leurs apparitions, c’est le bouquet…

Ce tome s’intéresse à la dégringolade du personnage. Après son ascension, cette chute était inévitable. On le voit vieillir et devenir has been. Si bien que ce livre est beaucoup moins drôle que le premier. Teinté de nostalgie et de regrets, il met l’émotion plus en avant. Hélas, les blagues sont quand même là, mais nous atteignent beaucoup moins. La lecture est loin d’être désagréable, mais il est difficile de ne pas être déçu lorsqu’on le compare au premier. Ainsi, après une vingtaine de pages, je me suis surpris à me dire que l’histoire n’avançait pas vraiment. Heureusement, la suite est plus pertinente. Malgré tout, ce tome est loin de confirmer nos attentes.

La comparaison entre les deux ouvrages fait mal.

Ce diptyque peut être vu de cette façon : le premier tome correspond à la partie d’innocence du personnage. Il découvre les choses avec émerveillement et on rit avec lui. Le deuxième tome est la désillusion. Ainsi, le principe de deux livres serait pleinement pertinent. Cependant, ce tome manque de rebondissement et les péripéties sont loin de s’accumuler. Il manque aussi de personnages pittoresques (comme le réalisateur escroc du premier tome par exemple). Cette dichotomie m’a dérangé, la comparaison entre les deux ouvrages fait mal.

Malgré tout, on retrouve une analyse au vitriol d’Hollywood avec ses acteurs ratés, ses budgets limités par la crise et ses films de propagande pendant la Seconde Guerre Mondiale. Certaines trouvailles font mouche, mais leur densité est plus faible. Surtout, la surprise n’est plus là.

Concernant le dessin, j’ai trouvé l’ensemble inégal. Si le premier tome m’avait enchanté, c’est moins le cas ici. Le trait de Jérôme Jouvray est toujours aussi agréable, mais les intérieurs notamment sont très vides. Le manque de jungle se fait cruellement sentir ! Du coup, la couleur (assurée par Anne-Claire Jouvray) est beaucoup moins marquante que dans le premier opus. C’est surtout une impression d’inégale qualité qui nous imprègne. Certaines planches sont toujours aussi belles et dynamiques. D’autres semblent désespérément vides. Peut-être que le temps imparti pour dessiner cet album était-il trop court ? Car l’ensemble fait quand même 76 pages.

La chute de « Johnny Jungle » est traitée avec nostalgie. Mais les auteurs semblent beaucoup moins à l’aise dans ce registre. Difficile de s’attacher à un personnage qui succombe en permanence à ses pulsions. Maintenant qu’il vieillit, il est difficile d’avoir de l’empathie pour son immaturité. J’ai retrouvé une partie du plaisir que j’avais eu pour le premier tome, mais la déception est bien réelle. Dommage.

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Note : 10/20

Johnny Jungle, T1 – Jean-Christophe Deveney & Jérôme Jouvray

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Titre : Johnny Jungle, T1
Scénariste : Jean-Christophe Deveney
Dessinateur : Jérôme Jouvray
Parution : Janvier 2013


Johnny Jungle a eu une vie mouvementée. Enfant sauvage, il fut élevé par des singes avant de se retrouver en pleine civilisation et de devenir champion de natation et star d’Hollywood. Aujourd’hui, Johnny est traqué et il se rappelle de sa jeunesse… « Johnny Jungle » est la première partie d’un diptyque. Ce premier tome fait plus de 70 pages et est publié aux éditions Glénat.

Tout rapport entre la vie de Johnny Weismuller n’est évidemment que pure coïncidence. Johnny ici est donc un mix de Tarzan et de Weismuller, ces deux derniers étant bien sûr très entremêlés. Dans cette fausse biographie, l’humour est le maître mot de l’aventure. Johnny se raconte avec une part de narration non-négligeable que vient renforcer les dialogues.

Johnny découvre la civilisation et le succès… au risque de s’y perdre ?

La méthode du flashback étant uniquement un prétexte à relancer le suspense à la fin du tome, on découvre la vie de Johnny avant tout de façon chronologique. On découvre sa vie dans la jungle avec sa mère et son copain frère de liane Kinka. Un curieux missionnaire allemand lui apprend à crier comme Tarzan… Mais c’est surtout sa rencontre avec Jane qui va tout changer. Johnny découvre la civilisation et le succès… au risque de s’y perdre ?

Si l’histoire en soit ne surprendra pas le lecteur (puisque ce n’est pas le but), c’est l’humour qui donne tout le sel à l’ouvrage. Le cynisme des auteurs pour l’humanité couplé à la naïveté de Johnny fonctionne parfaitement. Les seconds rôles sont parfaitement réussis, de l’imprésario au réalisateur, en passant par le missionnaire. De plus, entre les épisodes de la vie de Johnny, il nous est donné à voir un des personnages interviewé des années après l’histoire qui nous parle  de Johnny. Ces petits moments sont très drôles et donnent d’autant plus de piquant à l’ouvrage. On peut citer également les affiches de films, régulièrement parsemées dans le livre qui jouent le même rôle d’authentifier cette biographie.

Le dessin possède un trait expressif, parfaitement adapté à l’humour de l’ouvrage. Cependant, le dessin parvient à fonctionner également dans les passages où l’émotion se fait plus forte. Il faut mentionner en particulier le travail sur les décors, qui navigue de la jungle luxuriante à Paris ou New York. Ces derniers sont enrichit par des couleurs de toute beauté, partie intégrante du dessin. Le dessin est assuré par Jérôme Jouvray, épaulé aux couleurs par Anne-Claire… Jouvray ! On comprend alors comment les couleurs sont aussi intégrées dans le dessin de l’ouvrage. Une belle réussite.

« Johnny Jungle » est une très bonne surprise. Plein d’idée, à l’humour efficace, il présente une vision de la société (et notamment du cinéma) bien cynique. Proposé en diptyque, il ne reste plus qu’à espérer que la deuxième partie transforme l’essai !

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Note : 14/20

Tu mourras moins bête, T3 : Science un jour, science toujours !

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Titre : Tu mourras moins bête, T3 : Science un jour, science toujours !
Scénariste : Marion Montaigne
Dessinatrice : Marion Montaigne
Parution : Septembre 2014


 Après une petite pause en 2013 consacrée à d’autres projets, Marion Montaigne nous revient avec sa série de vulgarisation scientifique, « Tu mourras moins bête », sous-titrée « Mais tu mourras quand même » ! Ce troisième tome est intitulé « Science un jour, science toujours ! ». Contrairement aux précédents opus qui étaient chacun basés sur un thème (les films et séries télé, puis la médecine), celui-ci est beaucoup plus ouvert. Symbole de ce changement de ligne, le tout est publié chez Delcourt et non plus chez Ankama. Malgré tout, que les collectionneurs se rassurent, la maquette est quasiment identique et votre bibliothèque n’en sera pas gênée. Le tout est un pavé de 250 pages !

Si l’idée d’un thème par livre était séduisante sur le papier, elle ne l’était pas forcément réellement. L’effet de répétition s’installait. Ici, on sent Marion Montaigne plus libre de parler de ce qu’elle veut. Du coup, l’ensemble est très varié dans ses sujets : cryogénie, adolescence, menstruations… Les questions aussi essentielles que « peut-on avaler des araignées en dormant ? » trouvent enfin leur réponse ! Cette variété donne un vrai coup de fouet à la série. L’effet de répétition est nul et on se surprend à lire l’ouvrage d’une traite, ce que l’on ne faisait pas forcément pour les précédents. Marion Montaigne parvient donc à se bonifier à son troisième opus. Une belle performance.

Apprendre en s’amusant.

Lorsque l’on lit les ouvrages de Marion Montaigne, on remarque très vite un amour pour la vulgarisation scientifique, mais également un humour très personnel. Cette originalité fait mouche ! On sourit beaucoup et on rit régulièrement à la lecture des pages. « Apprendre en s’amusant » n’a jamais été autant d’actualité. Car derrière l’humour se cache des vérités bien entendu. Montaigne visite des laboratoires et nous fait partager les études scientifiques les plus incongrues qui existent.

Marion Montaigne aime également intégrer de nombreuses références (notamment cinéma et séries télé) dans ses planches. J’avoue ne pas toujours y être sensible, ne regardant pas les séries citées. Du coup, il y a des chances pour que ses ouvrages vieillissent un peu avec le temps. Ce tome m’a semblé moins blindé de références, comme si l’auteure se sentait plus en confiance pour éviter de mettre des références partout.

Digne héritière de Reiser, l’auteure développe un trait très relâché soutenu par des touches de couleur à l’aquarelle. Clairement, ça ne plaira pas à tout le monde, mais son dessin participe fortement à l’humour du bouquin. Les expressions de ses personnages sont particulièrement réussies !

Marion Montaigne développe une œuvre basée sur l’humour et la vulgarisation scientifique. « Tu mourras moins bête » apporte sa pierre à l’édifice avec brio. Ce troisième tome permet à la série de passer un cap supplémentaire à tous les niveaux. On peut donc se dire que l’on mourra moins bête après lecture de l’ouvrage, mais aussi avec le sourire aux lèvres.

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Note : 18/20

Tu mourras moins bête, T1 : La science, c’est pas du cinéma ! – Marion Montaigne

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Titre : Tu mourras moins bête, T1 : La science, c’est pas du cinéma !
Scénariste : Marion Montaigne
Dessinatrice : Marion Montaigne
Parution : Septembre 2011


Marion Montaigne s’est créé une forte réputation dans la blogosphère grâce à ton blog « Tu mourras moins bête ». Dans ce dernier, elle se représente en Professeur Moustache (avec un moustache donc, curieux pour une femme !) ayant pour but de vulgariser la science. Avec un thème original, Marion Montaigne s’est ainsi garanti une forte visibilité. Ajoutez à cela beaucoup d’humour et vous avez un blog à succès !

Comme beaucoup de blogs célèbres, « Tu mourras moins bête » est désormais édité en format papier chez Ankama Editions. Cette conversion d’un numérique gratuit vers un objet papier payant est toujours délicate et pas toujours réussie. Qu’en est-il ici ?

Ce premier tome est intitulé « La science, c’est pas du cinéma ». Marion Montaigne s’attaque donc aux films et aux séries qui, souvent, vulgarisent eux-mêmes la science. On retrouve donc plusieurs chapitres : action, science-fiction et séries télé (où on retrouvera une analyse de Jurassic Park…). Ce regroupement en chapitres n’est pas forcément très judicieux car il reprend des thèmes proches, apportant un peu de redite. Un mélange simple aurait peut-être été plus pertinent.

On prend alors pleinement conscience du travail effectué.

Car ce premier tome est très fourni. 255 pages sont au rendez-vous avec beaucoup de textes. Bref, il y a peu de chances que vous le lisiez d’une traite. On prend alors pleinement conscience du travail qu’effectue régulièrement Marion Montaigne sur son blog. Alors que sur internet, la lecture verticale est choisie, ici on retrouve une lecture plus traditionnelle. Le tout est segmenté (le plus souvent en trois cases verticales) et on s’aperçoit que de nombreuses pages constituent une seule note de blog.

La vulgarisation scientifique menée par Marion Montaigne est efficace et facilement compréhensible. Quelques chiffres et données sont soutenus par un humour grinçant très efficace. Il n’est pas rare que l’on rit devant les aventures du Professeur Moustache. C’est vraiment là où réside la grande qualité de cet ouvrage : on apprend des choses tout en rigolant. Seul bémol : les liens que Marion Montaigne ajoutaient à la fin de chaque note qui faisaient office de bibliographie ne sont évidemment pas disponibles ici. Pour ma part, je n’allais pas les visiter et ça ne m’a jamais empêché d’apprécier son blog !

Ce premier tome est orienté séries/films et possède donc de nombreuses références. Même si connaître les films en question n’est pas forcément nécessaire pour apprécier les différentes histoires, c’est quand même mieux. Concernant les films, je les avais (presque) tout vus ou au moins, j’en connaissais les grandes lignes. En revanche, je ne connaissais absolument pas les séries et cela ne m’a pas empêché de rire.

Le dessin, très relâché de Marion Montaigne avec des touches de couleur, n’est pas sans rappeler Reiser. De même que ses techniques narratives d’ailleurs. Tout le monde n’aimera pas ce style de dessin à l’aspect brouillon. Personnellement, je trouve que c’est un régal !

Chaque début de note commence par une carte postale qui pose une question au Professeur Moustache. Pour l’occasion, ce sont des auteurs qui les ont dessinées. On ne peut que saluer cette initiative. De même, l’ouvrage en lui-même est de très bonne qualité. Le papier est épais, l’ouvrage bien finalisé. Clairement, l’acheteur n’aura pas l’impression de se faire avoir !

Au final, ce passage au format papier est réussi. L’ouvrage est de bonne qualité et l’humour de Marion Montaigne fait mouche. Certes, les répétitions sont plus flagrantes en papier que sur une mise à jour d’un blog, mais l’humour fait mouche bien souvent.

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Note : 15/20

L’arabe du futur, T1 : Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984)

L'ArabeDuFutur1


Titre : L’arabe du futur, T1 : Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984)
Scénariste : Riad Sattouf
Dessinateur : Riad Sattouf
Parution : Mai 2014


Riad Sattouf a commencé sa carrière de bédéaste en racontant ses jeunes années. Que ce soit son adolescence avec « Le manuel du puceau » ou son enfance avec « Ma circoncision », on a senti dès le départ un besoin de raconter sa jeunesse. Il faut dire que celle-ci est assez particulière, l’auteur ayant vécu en Lybie et en Syrie ses premières années… Dix ans après « Ma circoncision », Riad Sattouf revient au sujet, fort de son expérience pour nous narrer cette vie plus en détail. Le premier tome de « L’arabe du futur » se concentrer sur les années 1978 à 1984, ce qui correspond aux premiers souvenirs du petit Riad. Le livre pèse 160 pages et est publié chez Allary Éditions.

Riad Sattouf est né d’une mère bretonne et d’un père syrien. Ce dernier, grand adepte du panarabisme, va trimballer sa famille en Lybie, sous Khadafi, puis en retourner au pays en Syrie (sous El Assad). Son admiration pour les dictateurs arabes est évidente et sa vision de la politique, mouvante et contradictoire, est le centre de l’ouvrage. Car ne nous y trompons pas, ce livre parle avant tout du père de Riad, Abdel-Razak.

On peut dire que dans ce livre, Riad tue le père ! Non seulement, il en fait un portrait fait de paradoxes politiques, de machisme et surtout de lâcheté. Mais en plus, il pointe le reproche de lui avoir fait vivre une enfance peu reluisante. En vieillissant, Riad vit de plus en plus mal son quotidien. Entre les cousins qui le martyrisent car il a les cheveux blonds (il doit donc être juif, forcément !) et les appartements vides dans des villages pauvres au fin fond de la Syrie… Surtout que l’homme ment régulièrement, annonçant chercher du travail en France, mais n’en cherchant qu’au Moyen-Orient. La figure de la mère est tout autant coupable, étant totalement absente et soumise.

Un portrait sans concession pour tout le monde

Riad Sattouf fait un portrait sans concession et très dur de partout où il passe : Libye, Syrie et Bretagne. Le tout est bien évidemment teinté d’humour. Si beaucoup font la parallèle avec Persépolis, il faut bien prendre en compte que les ouvrages sont très différents dans leur approche. Riad a vécu en France et est venu s’installer dans sa famille syrienne plus tard dans un village très pauvre. Satrapi est née en Iran dans une famille d’intellectuels. Bref, il ne faut chercher à trouver la même analyse. Peu sensible à l’humour de Satrapi, je le suis beaucoup plus à celui de Sattouf par exemple.

Le dessin simple de Sattouf est parfaitement adapté à l’ouvrage. Il est efficace et fait parfaitement passer les émotions et les expressions des personnages. Le tout est colorisé en monochrome, une couleur par pays. C’est efficace et joli à regarder.

J’ai dévoré cet ouvrage et ait y trouvé beaucoup d’intérêt. C’est une belle autobiographie que nous propose Riad Sattouf. Dur avec un peu tout le monde, il n’épargne personne. A la fermeture de l’ouvrage, on n’attend qu’une seule chose : lire la suite ! 

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Note : 16/20