Magasin sexuel, T1 – Turf

MagasinSexuel


Titre : Magasin sexuel, T1
Scénariste : Turf
Dessinateur : Turf
Parution : Mars 2011


Lorsque l’on nomme son livre « Magasin sexuel » (francisation du fameux sex shop), on génère forcément des attentes chez le lecteur. Celui-ci s’attend à un contenu coquin, voire sulfureux… Turf cherche ici le décalage. Dans une petite bourgade de campagne, un sex shop ambulant s’installe à la foire une fois par semaine. De quoi bousculer la vie de ses habitants ? Le tout est construit en diptyque chez Delcourt au format classique d’un 48 pages.

L’ouvrage fait dans l’opposition de style. Il y a d’abord le maire, Orloff, sorti tout droit des aventures de Spirou tant il ressemble au maire de Champignac graphiquement. C’en est gênant. Il est donc réac comme pas possible et assez bête. Mais il va s’éprendre de la jolie Amandine qui tient le sex shop. Mais elle n’est pas pour autant très coquine. Seuls ses vêtements courts suggèrent une libération sexuelle, mais cela ne va pas plus loin. Ses motivations pour le métier sont floues (elle préfère vendre des godemichés plutôt que des bottes en caoutchouc… Soit !).

Pas de réel enjeu malgré le thème.

MagasinSexuel1aCe premier tome pose des jalons mais n’avance pas beaucoup. Le passé de la jeune fille se dévoile mais sans vraiment nous toucher. Il n’y a pas de réel enjeu et la description de la campagne, qui se veut humoristique, manque cruellement de sel. Si bien que l’humour tombe à plat systématiquement. Que dire de ce bistrot vide où va boire le maire ? On y imagine déjà des scènes vivantes avec des habitués, mais rien ici. Le thème est effleuré et le pitch de départ reste inexploité. Dommage, car il y aurait de la matière à aller plus loin.

Au niveau du dessin, Turf possède un style particulier qui m’a peu séduit au final. C’est très (trop ?) coloré, plein de rose et de couleurs saturées. On voit par contre qu’il a plaisir de dessiner Amandine, dont il brosse les jambes avec délice. Malgré tout, Turf propose un ensemble cohérent avec son sujet, qu’il traite avec légèreté.

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J’ai été très déçu par ce « Magasin sexuel ». Trop léger et dilué, il finit comme une description caricatural de la campagne. Mais il aurait fallu en mettre une couche de plus pour en faire un ouvrage plus percutant. L’humour ne touche pas, les émotions sont rares… Le tout se lit sans forcément s’ennuyer mais on se demande un peu l’intérêt de tout cela en fin de tome. Peut-être que le deuxième opus apportera des réponses à cette interrogation ?

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Note : 8/20

Les chroniques d’un maladroit sentimental, T1 : Petit béguin & gros pépins – Vincent Zabus & Daniel Casanave

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Titre : Les chroniques d’un maladroit sentimental, T1 : Petit béguin & gros pépins
Scénariste : Vincent Zabus
Dessinateur : Daniel Casanave
Parution : Janvier 2013


Le profil du célibataire trentenaire soumis à des crises d’angoisse et à une timidité maladive est devenu ces dernières années un grand classique. Lorsque Vincent Zabus (au scénario) et Daniel Casanave (au dessin) s’attaque au sujet dans « Les chroniques d’un maladroit sentimental », il va falloir qu’ils sortent du lot. Mais comment, sur un sujet aussi banal et récurrent, se démarquer ? Publié chez Vent d’ouest, ce premier tome intitulé « Petit béguin & gros pépins », est présenté sous le format album classique. C’est la présence de Casanave au dessin qui m’a convaincu de m’approprier le livre.

Tout commence par un rendez-vous. Gérard Latuile a rencard avec une certaine Florence. Il nous explique alors que d’habitude il est très maladroit, qu’il a raté ses autres relations. Gérard n’hésite pas à parler directement au lecteur, donnant le ton de la BD. De même, de nombreux personnages n’hésitent pas à intervenir dans l’histoire de façon complètement absurde comme la mère dans la salle de bain pendant une crise d’angoisse ou alors Gérard plus vieux. Ce mélange entre l’histoire en elle-même et toutes ces apparitions/interventions qui la « parasitent » donnent un ensemble original, un peu bordélique, mais surtout très attachant. Et c’est là que se trouve tout l’intérêt de l’ouvrage.

Une comédie romantique.

« Les chroniques d’un maladroit sentimental » est avant tout une comédie romantique. Le ton est toujours léger, Gérard étant une sorte d’ingénu sacrément romantique. Ainsi, l’humour distillé est très réussi. On verra Gérard très étonné d’être attiré par Florence car elle a une petite poitrine alors qu’il a toujours été attiré par les femmes à forte poitrine. « Elle me plaît quand même, c’est dingue » se dit-il ! Mais surtout, l’homme fantasme énormément son idylle, se projetant beaucoup trop. Clairement, il n’a pas les pieds sur terre, comme le montre parfaitement la couverture !

Je tiens à préciser que ce premier tome pourrait presque être un one-shot. Même s’il reste des pistes à explorer, il se suffit à lui-même. C’est assez rare pour être signalé !

Concernant le dessin, une fois encore Daniel Casanave m’a séduit. Son trait dynamique, à la fois simple et expressif est parfaitement adapté au propos. Il possède toute la légèreté nécessaire à l’ouvrage, tout en étant capable de faire passer les émotions quand il le faut. La mise en couleur, par Patrice Larcenet, est toute en simplicité. Elle met en valeur le trait de Casanave tout en proposant des ambiances bien différenciées. Un travail discret mais efficace.

Ces « Chroniques d’un maladroit sentimental » portent très bien leur nom. Plein de romantisme et de légèreté, cet ouvrage nous propose un personnage de Gérard Latuile très attachant. La narration est bien menée, évitant l’écueil d’une trop grande simplicité. On espère finalement une suite, histoire de voir si Gérard va enfin arriver à passer un repas sans faire une crise d’angoisse aux toilettes.

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Note : 15/20

Un ver dans le fruit – Pascal Rabaté

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Titre : Un ver dans le fruit
Scénariste : Pascal Rabaté
Dessinateur : Pascal Rabaté
Parution : Avril 1997


Je n’ai jamais rien lu de Rabaté. Il était temps de m’y mettre. C’est pourquoi, de passage à la bibliothèque, j’ai embarqué « Un ver dans le fruit », paru en 1997 (près de 20 ans déjà !). Ce roman graphique de 150 pages se situe dans un petit village entouré de vignobles dans les années 60. Le tout est publié chez Vents d’Ouest.

Tout démarre par un conflit entre deux vignerons. Ce dernier tourne au drame lorsque l’un des deux meure dans l’explosion d’une cabane, du aux agents chimiques utilisés pour traiter la vigne. Quelques jours plus tard arrivent en ville le nouveau prêtre de la paroisse et l’inspecteur chargé de l’enquête. Contrairement à ce que la couverture de la réédition peut laisser penser (et qui met en avant l’inspecteur), c’est bien le curé qui a le rôle central ici (ce que la première couverture montrait explicitement). Ce jeune prêtre va essayer de comprendre cet univers viticole qui lui est inconnu tout en tentant de garder à distance son envahissante mère.

Sale ambiance au village

Un_ver_dans_le_fruit1Honnêtement, l’histoire ici présente peu de suspense. Même si le tout est présenté comme un polar, c’est bien de l’ambiance au village viticole qui est le nœud central de l’intrigue. Non-dits, vieilles histoires, ragots… Tout cela pollue et pourrit les relations du coin. Et lorsque l’on n’est pas du coin comme ce pauvre curé, il est bien difficile de s’y retrouver. Mais ce dernier, bien décidé à faire changer les choses, va mettre son nez là où il ne devrait pas.

L’ensemble se révèle des plus intéressants. La lecture se fait rapidement, Rabaté sachant aussi gérer le silence et les regards avec talent. A aucun moment on ne s’ennuie malgré la relative tranquillité de l’ensemble. Le jeune curé est attachant, car plein de bonne volonté. Et les personnages qui gravitent autour de lui sont marquants sans forcément être trop caricaturaux.

Le dessin de Rabaté donne beaucoup de force à l’ouvrage. Le tout est maîtrisé de bout en bout dans un noir et blanc splendide. Outre les trognes des personnages, la force des contrastes lui permet d’asseoir les ambiances avec brio. Pour mon premier contact avec Rabaté, j’ai été franchement ébloui.

Sans être particulièrement transcendant, « Un ver dans le fruit » est l’œuvre d’un auteur qui maîtrise son sujet, tant dans la narration que dans le graphisme. En prenant le point de vue du jeune curé, l’auteur nous met dans la peau de quelqu’un qui découvrirait un village entouré de vignes dans les années 60. Un village où il y aurait un ver dans le fruit.

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Note : 14/20

Les petits ruisseaux – Pascal Rabaté

LesPetitsRuisseaux


Titre : Les petits ruisseaux
Scénariste : Pascal Rabaté
Dessinateur : Pascal Rabaté
Parution : Mai 2006


Peut-on encore profiter de la vie lorsque l’on est une personne âgée ? C’est la question que va se poser Émile à la mort de son meilleur ami et compagnon de pêche Edmond. Ce dernier, avant de passer l’arme à gauche, lui a montré une nouvelle facette : il aime peindre des nus et fait des rencontres par l’intermédiaire d’une agence matrimoniale. Car ce n’est pas parce qu’il est veuf qu’il doit cesser de vivre. Émile se pose alors la question de sa propre existence. Que veut-il faire des années qui lui restent ? Publié chez Futuropolis, le tout pèse près de cent pages.

LesPetitsRuisseaux1Le livre est assez justement sous-titré « Sex, drug and rock’n roll » ! C’est un sujet peu abordé qui est traité ici avec Rabaté. Si on retrouve le contexte du village de campagne avec ses parties de pêche et son bistrot (avec ses habitués hauts en couleur), c’est bien de l’âge dont il est question. Comment assumer le désir lorsque l’on est veuf sans avoir l’impression de trahir celle qui fut sa femme ? Comment assumer le désir lorsqu’on se sent vieux et usé ? C’est avec beaucoup de délicatesse et d’humour que Rabaté traite le sujet. Il trouve un ton juste et agréable, jamais sentimentaliste. Il évite l’écueil de se moquer également, ce qui est souvent l’angle choisi pour parler des personnes âgées.

Le droit de vivre et de profiter.

Le livre repose donc entièrement sur Émile. Dès les premières pages, Edmond lui apporte une révélation : il a encore le droit de vivre et de profiter. Mais le chemin à cette acceptation n’est pas si évident. Émile fera des rencontres qui lui permettront d’évoluer. Rabaté maîtrise parfaitement sa narration et tout découle naturellement, sans excès et avec les quelques surprises qui émaillent le tout. Mais cela reste cohérent et le sentiment d’empathie pour Émile fonctionne à plein régime.

Le dessin est très agréable. Rabaté adopte un style nerveux, mais plein de douceur. Pas d’aplats noirs, juste des hachures pour les ombres. Les couleurs sont douces et mettent parfaitement en valeur le trait. Ce choix de dessin et de colorisation est parfaitement adapté à l’ouvrage, qui en est d’autant plus délicat.

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À la fois tendre, touchant et drôle, « Les petits ruisseaux » est une vraie réussite. Abordant un sujet souvent tabou, Rabaté s’en sort à merveille avec son personnage torturé par un désir qu’il avait oublié. Doté d’une galerie de personnages réussis, « Les petits ruisseaux » vous prend par tous les sentiments !

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Note : 16/20

Mâle occidental contemporain – François Bégaudeau & Clément Oubrerie

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Titre : Mâle occidental contemporain
Scénariste : François Bégaudeau
Dessinateur : Clément Oubrerie
Parution : Octobre 2013


La bande-dessinée se démocratise. Plus adulte, moins décriée, elle attire désormais des lecteurs qui n’y auraient pas jeté un seul regard auparavant. Les éditeurs l’ont compris et confient de plus en plus de scénarii à des personnes extérieures. Ce coup-ci, c’est François Bégaudeau (scénariste, écrivain, critique, etc.) qui s’y colle avec « Mâle occidental contemporain », un one-shot de 80 pages. Afin de soutenir l’effort, on retrouve au dessin Clément Oubrerie. Le dessinateur m’avait séduit avec « Jeangot » et a séduit un plus grand public encore avec la série « Pablo ». Le tout est édité chez Delcourt dans la collection Mirage.

Curieux ouvrage que voilà. On suit plus ou moins l’histoire d’un jeune homme cherchant à draguer. Mais aucun background n’est donné, ce n’est qu’une succession de saynètes où l’homme se fait émasculer (métaphoriquement) par des femmes fortes pleines de caractère. Beau retournement de situation où la femme moderne maîtrise le mâle. De là à dire que ce retournement est crédible, il y a un pas que je ne franchirai pas…

Manque de rythme, manque de fond…

Retourner les clichés de la drague pourrait être pertinent s’il y avait un message. Mais ce n’est pas le cas. Notre homme ne suscite aucune empathie. Le voir draguer pour draguer n’a aucun intérêt. Le scénario prouve ici sa vacuité : pourquoi drague-t-il ? Que cherche-t-il ? On a l’impression d’être devant des sortes de gags montrant un mec cherchant à draguer par tous les moyens. Et cela ne fonctionne pas. La redondance finit par ennuyer et, finalement, on sourit peu devant les situations, très inégales.

MaleOccidentalContemporain1Du coup, l’ensemble manque de rythme et la conclusion n’apportera aucun message supplémentaire (et donnera même une impression encore plus négative). Tout est convenu et cliché, un comble ! Car il y a une volonté de montrer que le féminisme a fait son œuvre ! Le tout est bien évidemment baigné dans un parisianisme de tous les instants. Difficile d’imaginer ce genre de situations autre part qu’à Paris. Plus qu’une étude du « Mâle occidental contemporain », le livre est plutôt une étude des Parisiennes.

Concernant le dessin, Clément Oubrerie nous ravie de son trait. A se demander ce qu’il est allé faire dans cette galère… Je préfère de loin son trait anthropomorphe, mais force est de constater qu’il relève le niveau sans peine. Hélas, avec un ouvrage où il ne se passe pas grand-chose et où le rythme est problématique, il n’y a pas de miracle non plus.

Il faut croire que les éditeurs pensent que n’importe quel écrivain/scénariste/journaliste/humoriste peut écrire une bande-dessinée. C’est nier complètement la spécificité du scénario de bande-dessinée. Les écueils sont flagrants ici : manque de fond, manque d’empathie, manque de rythme… Il faudrait arrêter d’essayer de toucher le grand public avec des noms, mais plutôt avec des œuvres de qualité.   

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Note : 6/20

 

Breakfast after noon

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Titre : Breakfast after noon
Scénariste : Andi Watson
Dessinateur : Andi Watson
Parution : Septembre 2002


Les romans graphiques ont explosé dans les années 2000, révélant à la fois des pépites comme des œuvres sans grand intérêt. L’allongement de la pagination a permis aux auteurs de s’exprimer plus longuement et de travailler à la psychologie de leurs personnages plus en profondeur. Atteignant près de 200 pages, « Breakfast after noon » d’Andi Watson saura-t-il titiller l’intérêt jusqu’au bout de la lecture ? Surtout que c’est le trait au pinceau de l’auteur qui m’a au premier abord attiré. Le tout est publié chez Casterman dans la collection écritures. Continuer la lecture de « Breakfast after noon »

Le chien qui louche – Etienne Davodeau

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Titre : Le chien qui louche
Scénariste : Etienne Davodeau
Dessinateur : Etienne Davodeau
Parution : Octobre 2013


 Etant un fervent et régulier visiteur du Louvre, j’aime lire la collection qui y est consacré chez Futuropolis en partenariat avec les instances du Musée. Faisant appel à de (très) grands noms de la bande-dessinée, cela reste hélas souvent des œuvres de commande où les bédéastes peinent à pleinement s’accomplir. J’avais confiance en Etienne Davodeau. Ce dernier aborde le point de vue d’un gardien de musée… Le tout pèse quand même 134 pages.

Fabien est donc agent de surveillance au Louvre. Pour la première fois, il rencontre sa belle-famille, dont les deux frères et le père sont peu commodes et très beaufs, à la tête d’une entreprise de vente de meubles. Mais un aïeul a été peintre au cours du XIXème siècle. On n’a gardé de lui qu’une toile d’un chien qui louche. Ce tableau est évidemment une croûte sans intérêt. Mais Fabien doit essayer de la faire entrer au Louvre.

LeChienQuiLouche2Etienne Davodeau apporte vraiment sa patte au thème. Ainsi, il pose la question de la légitimité de la présence d’une œuvre au Louvre. Qui décide, comment et pourquoi ? Il amène aussi par la famille très beauf le problème de la vision de la culture par certaines personnes. On voit ainsi des gens toucher les œuvres et ne pas les respecter du tout. Quant à la culture, clairement, ils n’y comprennent rien, reprochant la nudité des statues et faisant des remarques complètement déplacées et décalées sur ce qu’ils voient.

Dialogues truculents et burlesque.

Hélas ces réflexions ne vont pas bien loin et l’histoire part finalement dans l’absurde, voire le burlesque une fois l’apparition de la curieuse République du Louvre. Le soufflet retombe et à la fermeture de l’ouvrage, on se demande si l’auteur n’aurait pas pu aller plus loin, surtout avec une si abondante pagination. Malgré tout, la galerie de personnages est plaisante et certains dialogues truculents. Etienne Davodeau appose ton style, mais sans réellement arriver à s’approprier le sujet. C’est certainement un choix de ne pas vouloir intellectualiser trop fortement le propos.

Concernant le dessin, c’est du beau travail. Le trait dynamique est parfaitement mis en valeur par le lavis. La narration est fluide et agréable. L’auteur n’est pas n’importe qui, cela ressent tout de suite ! Et alors que le livre parle avant tout d’une peinture, c’est bien les sculptures du Louvre qui obsèdent Davodeau qui les dessine à tort et à travers. On reconnaît sans peine les œuvres, mais du coup le parallèle entre les sculptures et la peinture du chien qui louche ne se fait pas. C’est dommage, on passe peut-être à côté de quelque chose d’intéressant.

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« Le chien qui louche » est un peu inégal. Si certaines scènes et dialogues sont formidables (lorsque les provinciaux découvrent qu’il y a des meubles en exposition au Louvre par exemple), mais le sens général de l’ouvrage manque un peu de substance et de réflexion. A la fermeture du livre, on a l’impression que l’auteur n’est pas allé au bout de sa démarche. Dommage.

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Note : 12/20

Hello fucktopia – Souillon

HelloFucktopia


Titre : Hello fucktopia
Scénariste : Souillon
Dessinateur : Souillon
Parution : Novembre 2014


 Si je n’ai jamais accroché à « Maliki », j’ai toujours été fan du trait de Souillon. Un peu frustré, j’ai été très réceptif à l’annonce de la sortie d’un one-shot plus sombre intitulé « Hello Fucktopia » (et sous-titré « un vrai conte de fée »). J’ai pu suivre alors le blog du projet, montrant des extraits plus beaux les uns que les autres. Le livre pèse 80 pages et est publié chez Ankama.

HelloFucktopia2Souillon commence par préfacer son livre avec un mot à son lecteur. Une habitude de blogueur certainement. Il y présente « Hello Fucktopia » comme un projet qui lui tient particulièrement à cœur et qu’il a mis des années à arriver à mettre en place. Il implique le lecteur également et pose l’idée d’une forme d’autobiographie cachée. Cela m’a profondément dérangé. C’est comme si Souillon souhaitait mettre, avant la lecture, une part d’affectif dans notre lecture. Clairement, cela fonctionne pour beaucoup. Mais si l’on n’est pas fan de l’auteur, on est un peu dérouté par cette entrée en matière.

« Hello Fucktopia » présente l’histoire de Mali venue à Paris (la dite « Fucktopia ») pour étudier les arts plastiques. Ayant raté les concours d’entrée dans les écoles prestigieuses, elle se retrouve à la faculté avec des cours qui ne l’intéressent guère. A cela s’ajoutent ses amis, Thémis et Stéphane, qui sont bien plus parisiens visiblement.

Un passage à l’âge adulte.

Comme son nom l’indique, « Fucktopia » est une dystopie. Mali n’y trouve pas ce qu’elle cherche et prend des risques. Elle doit passer à l’âge adulte. Hélas, le livre manque un peu d’enjeux. Les intrigues se multiplient sans forcément d’intérêt ou sans être refermées réellement (notamment toutes les histoires avec Thémis et Stéphane n’ont que peu d’intérêt). La lecture avance et à la fermeture de l’ouvrage, on se demande finalement quel est le sens de cette histoire. Beaucoup de discussions des personnages entre eux, quelques situations avec un peu de suspense, mais on se demande où veut en venir l’auteur.

HelloFucktopia3« Hello Fucktopia » narre la jeunesse de Souillon puisque cela se passe pendant les années 90. On regrettera quand même que ce soit si peu ancré dans l’époque. Passés deux/trois détails, on a l’impression d’être en 2014. Mali est clairement encore très adolescente et a du mal à passer à l’âge adulte. Mais certaines révélations manquent clairement de puissance émotionnelle pour un adulte. Du coup, je me suis demandé si je faisais partie du public visé. Malgré tout, la lecture avance bien et certaines scènes sont réussies. J’ai accroché à l’humour de l’ensemble qui pointe son nez par moment, mais la partie réflexion sur la vie m’a paru un peu légère et simpliste. Dommage.

Concernant le dessin, je n’ai pas été déçu. L’ensemble est influencé par le manga, mais présente une bonne synthèse avec des influences plus franco-belge. Les décors sont riches, les personnages bien identifiés et fort graphiquement. Et il y a de vraies qualités dans le découpage des planches, dynamique et varié. Les couleurs enrichissent les ambiances et le trait sans problème. C’est une belle bande-dessinée que l’on a dans les mains, avec un dessinateur des plus doués.

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J’ai pris du plaisir à lire cette bande-dessinée, mais les défauts de l’ensemble me sont apparus ensuite. En insistant sur l’importance qu’avait ce projet pour lui, Souillon a aussi perturbé ma lecture. Car « Hello Fucktopia » ne propose pas un scénario très original. Basé avant tout sur des personnages, il nous manque un peu d’empathie pour eux pour pleinement adhérer.

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Note : 11/20

Comme tout le monde – Rudy Spiessert, Denis Lapière & Pierre-Paul Renders

CommeToutLeMonde


Titre : Comme tout le monde
Scénaristes : Denis Lapière & Pierre-Paul Renders
Dessinateur : Rudy Spiessert
Parution : Octobre 2007


Au départ, il y a un scénario. De ce scénario originel accoucheront deux œuvres : la première sera un film, la seconde une bande-dessinée. « Comme tout le monde » n’a pas laissé beaucoup de souvenirs aux cinéphiles, qu’en est-il de sa version dessinée qui se veut une « version longue » de son cousin sur grand écran. L’ensemble pèse quand même 140 pages, ce qui laisse aux auteurs le temps de développer les enjeux et les personnages. Publié chez Dupuis, le livre est dessiné par Rudy Spiessert et scénarisé par Denis Lapière et Pierre-Paul Renders.

CommeToutLeMonde2Tout commence par une émission, la bien nommée « comme tout le monde ». Sur le principe de « La famille en or », les participants doivent trouver la réponse la plus souvent citée par un panel de sondés. Or, le grand champion Jalil ne se trompe jamais. Au point qu’il définit la plus pur français moyen. Une aubaine pour les marques qui peuvent l’utiliser comme panel à moindre coût. Mais à son insu…

 Voyeurisme & célébrité

« Comme tout le monde » s’intègre parfaitement dans un monde de voyeurisme et de télé-réalité. La célébrité du français moyen qui exhibe son intimité est traitée ici. Si le sujet de la bande-dessinée n’est simplement jamais crédible, on se prend au jeu de cette histoire qui sait nous dévoiler les secrets petit à petit. Quelques retournements de situation sont bien vus et surprendront le lecteur. En cela, la pagination importante est adaptée, permettant de développer pleinement tous les aspects de l’histoire.

CommeToutLeMonde1C’est peut-être au niveau des personnages que l’ensemble pêche un peu. Jalil, trop moyen, manque vraiment de charisme. C’est son personnage, certes, mais on n’a finalement que très peu de sympathie pour lui, au contraire de sa jeune compagne, à laquelle on s’attache. Mais le tout manque cruellement d’analyse. Claire accepte de se mettre en couple pour de l’argent, sans que la notion de prostitution ne soit relevée. C’est bien un livre de chez Dupuis qui reste bien gentillet. On aurait pu imaginer une critique mordante, ce ne sera pas le cas. Dommage, car le sujet est plutôt intéressant et la narration bien menée.

Au niveau du dessin, Rudy Spiessert est à lui seul un argument pour le bouquin. Clairement influencé par Dupuy et Berberian, il propose un dessin simple en apparence mais très riche, à la mise en scène soignée. Une véritable découverte et un auteur à suivre assurément.

« Comme tout le monde » est un ouvrage qui se lit d’une traite, ménageant son suspense intelligemment. Hélas, on sent qu’avec un sujet pareil, le livre aurait pu être plus intéressant en étant plus sombre ou cynique. Une sympathique découverte.

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Note : 14/20

La cicatrice – Gilles Rochier

LaCicatrice


Titre : La cicatrice
Scénariste : Gilles Rochier
Dessinateur : Gilles Rochier
Parution : Mars 2014


Je me rappelle avoir rencontré Gilles Rochier au Festival d’Angoulême alors qu’il soutenait « TMLP ». Auréolé d’un prix, le voilà de retour avec « La cicatrice ». Son précédent livre était puissant et teinté d’autobiographie. « La cicatrice » est une fiction sous forme de chronique sociale. On retrouve Denis, un cadre moyen, sur le point de signer un gros contrat. Tout semble aller pour le mieux. Mais Denis se découvre une cicatrice. Et impossible de savoir pourquoi il a cette cicatrice… Le tout est paru chez 6 pieds sous terre.

En utilisant le fil conducteur de cette cicatrice, Gilles Rochier met le doigt sur le malaise de la classe moyenne. On refait la salle de bain, on signe des contrats, on reçoit la belle-famille, on écoute les plaintes de sa mère… C’est surtout un homme entouré mais très seul qui nous est décrit. Car Denis tente de parler de son problème à tout son entourage, mais personne ne l’écoute réellement. L’homme s’enferme alors de plus en plus. Et le pire, c’est que les autres lui reprochent de ne pas s’épancher plus fortement…

Un malaise grandissant

Le thème n’est pas nouveau bien évidemment, mais Gilles Rochier parvient à mettre une vraie dose de suspense dans cette histoire. La montée en tension est très réussie et on ressent pleinement le malaise grandissant du personnage principal. Clairement, « TMLP » proposait un univers plus fort car il se passait dans une cité. Dans le milieu des classes moyennes, « La cicatrice » est un livre moins puissant, car les drames y sont moins exotiques.

C’est donc la narration qui prévaut ici. Gilles Rochier maîtrise son tempo et l’impose au lecteur avec minutie. Denis passe son temps à se toucher la cicatrice dès qu’il est seul. Cette obsession est parfaitement rendue et parlera à tous ceux qui ont déjà eu des phénomènes soudains et stressants sur leur corps. Cela ressemble à un homme hypocondriaque, mais c’est bien plus que ça, c’est révélateur d’un malaise avant tout psychique. Pour ma part, ce rapport entre la tête qui ne va pas et le corps qui en est le révélateur m’a parlé.

Concernant le dessin, le trait nerveux et imprécis de l’auteur ne plaira clairement pas à tout le monde. Mais il est très efficace et au service de la narration. Si les parties muettes parlent d’elles-mêmes, les parties dialoguées font la part belle aux phylactères. Ces derniers envahissent l’espace, la case, les visages… Plus qu’une façon de dessiner, cela montre aussi le poids de la parole, et surtout le flot continu de stress qui en découle.

Moins puissant de par son sujet que « TMLP », « La cicatrice » demande au lecteur de faire abstraction du précédent ouvrage de Gilles Rochier pour être pleinement apprécié. Malgré un thème déjà souvent traité, l’auteur y apporte sa touche personnelle avec notamment une montée de tension très réussie. Gilles Rochier confirme ici les espoirs placés en lui.

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Note : 14/20