Secrets, L’Angélus, T2 – Frank Giroud & José Homs

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Titre : Secrets, L’Angélus, T2
Scénariste : Frank Giroud
Dessinateur : José Homs
Parution : Septembre 2011


Les diptyques se développent en bande-dessinée. Et si parfois on ne comprend pas trop l’intérêt de deux tomes, à d’autres moments, ils prennent tout leur sens. Dans « L’angélus » (de la collection « Secrets » chez Dupuis), le premier tome se terminait sur une bascule. Après un livre avant tout destiné à percer le secret du tableau de l’Angélus, la suite se concentre sur le secret de famille de Clovis à proprement parler. Ce deuxième opus de 56 pages clôt donc l’enquête de ce quadra en pleine mutation.

À l’image de la couverture, Clovis change et s’épanouit en même tant que son obsession grandit. Une fois l’histoire de l’Angélus et de Dali dévoilée, reste à savoir pourquoi Clovis y trouve une résonance. Mais l’homme a déjà beaucoup changé. Physiquement d’abord : il a les cheveux hirsutes et la barbe qui foisonne. Il est bien loin de l’homme que l’on avait découvert au départ… D’ailleurs, il vit dans un camping car qu’il a repeint de couleurs vives. Clovis est en pleine crise identitaire, conjugale et existentielle !

Une crise identitaire, conjugale et existentielle.

LAngelus2bCette mutation de Clovis est particulièrement réussie, car elle se fait au fur et à mesure des pages. Elle est remarquable de cohérence. Les révélations familiales sont moins originales, mais leur parallèle avec le tableau de Millet leur donne un intérêt certain. Mais au-delà du secret, c’est bien de la renaissance d’un homme dont ce diptyque traite.

Le scénario de Giroud reste remarquablement maîtrisé. Dans ce polar aux enjeux finalement assez limités, il instille un suspense en tenant bien son rythme en main. Les révélations s’égrènent au fur et à mesure, sans excès de déballage final.

Le dessin deHoms est toujours aussi impressionnant : personnel et puissant. Ses personnages sont redoutables d’expressivité sans tomber dans l’excès. Les couleurs sont toujours autant au diapason, imposant les ambiances à la force de palettes restreintes. Le découpage est au même niveau, parvenant à diversifier les plans même quand les personnages passent deux pages à discuter. Du beau travail !

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Ce diptyque se lit avec plaisir, d’une traite, et le lecteur a du mal à en sortir. Doté d’un scénario bien mené et bien rythmé, l’histoire est sublimée par le trait de Homs. Ce deuxième tome confirme ainsi tout le bien que l’on pouvait penser du premier. Une belle découverte !

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Note : 17/20

Secrets, L’Angélus, T1 : Frank Giroud & José Homs

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Titre : Secrets, L’Angélus, T1
Scénariste : Frank Giroud
Dessinateur : José Homs
Parution : Novembre 2011


La collection (série ?) « Secrets » publiée chez Dupuis propose neuf histoire comportant « des secrets honteux ou redoutables, enfouis de génération en génération au sein de chaque famille. ». C’est au diptyque réalisé par Homs (au dessin) et Giroud (au scénario) que l’on s’intéresse aujourd’hui. Intitulé « L’Angélus », il prend comme point de départ le célèbre tableau de Millet. Clovis, le découvrant au Musée d’Orsay, est bouleversé. Mais pourquoi ? Commence alors une obsession qui va le sortir de son quotidien morne et triste. Chaque tome comporte 56 pages, ce qui fait un diptyque bien fourni.

LAngelus1cCe premier tome sert avant tout à poser les jalons de l’histoire. Nous avons d’abord la vie de Clovis. Vivant dans le village qui l’a vu naître, il exerce un métier qui ne le passionne guère et supporte la vie de famille en se faisant marcher dessus par son aîné en pleine crise d’adolescence. Perturbé par le tableau de Millet, il commence des recherches sur l’histoire de ce tableau. Le fait qu’il ne sache pas utiliser internet (une honte pour son fils), fait qu’il y perd beaucoup de temps. Au fur et à mesure que l’obsession grandit, sa vie se délite et Clovis tout autant.

Une obsession qui grandit, un homme qui change.

À côté de l’humain, l’histoire du tableau se dévoile. Ce premier tome lui donne beaucoup d’importance, puisque c’est ce secret que l’on cherche avant tout à déterrer. Le tout est distillé avec parcimonie et si vous ne connaissiez pas l’histoire, le tout est plein de surprise. Le diptyque prend alors tout son sens : le premier tome s’attarde sur le tableau, le deuxième tome permettra d’expliquer la résonance entre cette histoire et celle, plus personnelle, de Clovis. Même si le mystère en soit n’est pas une grande révélation, elle fait son effet. Clovis n’y connait rien à l’art et on sourit parfois à sa naïveté.

LAngelus1bLes auteurs utilisent parfaitement les 56 pages pour poser l’intrigue. Même si les personnages sont un peu caricaturaux (la prof d’arts plastiques et le côté « village de province » en général), le tout fonctionne très bien. Tout semble cohérent et naturel et les relations entre eux sont crédibles. Ainsi la professeur et Clovis semblent assez proches d’entamer une relation et l’ambiguïté persiste sans que rien ne vienne vraiment.

Le suspense du livre est réel : on ne sait pas vraiment où nous mènent les auteurs. En cela, le scénario est remarquablement construit, tout en finesse et avec un rythme parfaitement maîtrisé. Le découpage n’est pas en reste avec une vraie densité. Ce premier tome ne se contente pas de poser l’intrigue, il la fait avancer.

Concernant le dessin, Homs développe un trait entre réalisme et semi-réalisme de toute beauté. Ses personnages sont remarquablement croqués (d’ailleurs, on croquerait bien la jolie prof d’arts plastiques), bien identifiés. On n’est pas loin de la caricature, mais les expressions sont pleine de justesse. La mise en couleur sublime d’autant plus l’ouvrage en posant des atmosphères aux palettes réduites. Difficile de rester indifférent ! Cela m’a donné plus qu’envie de découvrir les autres ouvrages d’Homs tant son trait m’a séduit.

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Cet « Angélus » est une véritable surprise pour moi. Même si les amateurs d’art tiqueront devant le « mystère Millet » (déjà bien éventé quand même), on ne peut qu’être admiratif devant une telle maîtrise de la bande-dessinée. Entre la gestion du rythme, des personnages, du découpage, du dessin et de la couleur, c’est un sans faute. À lire sans plus tarder !

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Note : 17/20

Les chroniques d’un maladroit sentimental, T2 : L’enfant à l’écharpe – Vincent Zabus & Daniel Casanave

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Titre : Les chroniques d’un maladroit sentimental, T2 : L’enfant à l’écharpe
Scénariste : Vincent Zabus
Dessinateur : Daniel Casanave
Parution : Août 2014


Le premier tome des « Chroniques d’un maladroit sentimental » était une bonne surprise. Doté d’une narration originale et d’un personnage attachant, on adhérait pleinement à l’ouvrage. Ce dernier aurait même pu exister en tant que one-shot. Mais voilà la suite qui arrive, intitulé « L’enfant à l’écharpe ». Après avoir passé un tome à essayer de juguler ses crises d’angoisse pour arriver à inviter une femme à aller boire un verre, voilà que notre héros se lance dans la paternité ! Le tout est publié sous forme d’album de 48 pages tout ce qu’il y a de plus classique chez Vents d’ouest.

Gérard est donc parvenu à séduire la belle Florence, mais celle-ci est déjà mère de trois enfants. Demain, Gérard emménage dans la maison familiale de sa chérie, celle qu’elle avait acheté avec son ex… Mais notre héros ne se démonte pas et propose à Florence de faire un enfant ensemble… C’est le début des problèmes !

Paternité, belle-filles et roi des Belges.

ChroniquesDUnMaladroitSentimental2aÉtrange choix des auteurs de plonger Gérard dans la paternité. Surtout que lui qui avait tant de mal à faire quoi que ce soit devient initiateur du projet. Mais soit, pourquoi pas. Le début de l’ouvrage, consacré à son emménagement est parfaitement réussi. On y voit le rapport entre Gérard et ses belle-filles. On retrouve l’ambiance du premier tome et les apparitions du roi de Belgique rappellent celles, précédentes, de la mère. Mais une fois la grossesse lancée, on perd un peu le film, les hallucinations du personnage rendant le tout très confus. Clairement, la magie n’opère pas aussi bien.

Malgré tout, ces « Chroniques d’un maladroit sentimental » gardent un charme particulier avec le personnage de Gérard. Petite pique à leurs lecteurs, les auteurs en font un collectionneur de BD (un peu névrosé…).

ChroniquesDUnMaladroitSentimental2bC’est surtout le dessin de Daniel Casanave qui m’avait poussé à feuilleter le premier album. Son style semi-réaliste, très relâché, fait merveille. C’est dynamique et parfaitement adapté au propos. Les deux auteurs se sont bien trouvés et fonctionnent en pleine osmose. Les planches sont riches en cases, permettant d’instaurer de nombreux silences. Du beau travail de découpage !

J’ai été un peu déçu par ce deuxième tome. Alors que Gérard était un personnage des plus angoissés dans le premier tome, il est beaucoup plus « normal » ici. C’est finalement un homme qui, comme n’importe quel homme, stresse avant l’arrivée de son premier enfant. La multiplication des hallucinations (le roi des belges, les souvenirs, les ex, etc.) brouillent un peu le propos là où elles l’enrichissaient précédemment. Mais si vous avez apprécié le premier tome, ce second opus reste une lecture agréable en compagnie de Gérard.

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Note : 12/20

 

Route 78

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Titre : Route 78
Scénariste : Éric Cartier & Audrey Alwett
Dessinateur : Éric Cartier
Parution : Février 2015


En 1978, Éric Cartier et sa copine Pat partent aux Etats-Unis. Arrivés à New-York, ils veulent traverser le pays en stop et repartir de San Francisco. Ils viennent retrouver l’univers de Kerouac et tracer la route. Mais évidemment, tout cela est bien plus compliqué que ce qu’ils avaient imaginé. Rapidement sans le sou, le road trip va s’avérer être une véritable épreuve. Continuer la lecture de « Route 78 »

Magasin sexuel, T2 – Turf

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Titre : Magasin sexuel, T2
Scénariste : Turf
Dessinateur : Turf
Parution : Novembre 2012


Le premier tome de « Magasin sexuel » traînait un peu en longueur. Pas vraiment drôle, pas vraiment grinçant, il se situait dans un satyre légère de la campagne. La sex-shop ambulant, présenté comme majeur (à voir le titre et la couverture), n’était finalement que très secondaire. Ce deuxième opus vient clore cette histoire publiée chez Delcourt.

Tout commence par le maire Orloff qui essaie de convaincre son conseil municipal de construire une gare TGV, sachant qu’il n’y a pas de voie ferrée à moins de 70 kilomètres du village. Pour rappel, il y a 234 habitants au village. Orloff s’énerve, insulte un peu tout le monde… Voilà « Magasin sexuel » : c’est caricatural, excessif, mais pas bien drôle.

Entre humour et satyre.

MagasinSexuel2aL’intrigue principale concerne donc le maire réac et rétro qui tombe sous le charme d’Amandine, jeune fille à la tête d’un sex shop et qui, logiquement, n’apprécie pas vraiment M. Orloff qu’elle trouve lourd et bête. Une autre intrigue se mêle : celle de la disparition des lettres d’enseigne. Cela fait quelques jeux de mot, l’occasion pour le lecteur de sourire.

A la fermeture du diptyque, on se demande un peu l’intérêt d’avoir fait deux tomes. L’intrigue traîne. Cela pourrait permettre de développer les personnages, mais ce n’est pas du tout le cas. Le fait qu’Amandine soit orpheline n’apporte rien par exemple. Et comme l’auteur reste un peu entre humour et satyre, sans vraiment choisir son camp, le lecteur a bien du mal à adhérer.

Au niveau du dessin, je n’ai pas été séduit par le trait de Turf. Son découpage est varié, souvent riches en cases. Je trouve le dessin un peu irrégulier. De beaux efforts sont faits sur les décors et ses les ambiances, mais on n’en peut plus de voir la tête du maire !

« Magasin sexuel » m’a beaucoup déçu. Clairement, le thème ne se situait pas du tout dans un clash entre la campagne et la sexualité. Du coup, le fond de l’ouvrage se révèle bien léger. Mais c’est cela, « Magasin sexuel » : c’est léger, sans prétention et plein de couleurs vives. Pour ma part, je passe mon tour.

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Note : 8/20

Magasin sexuel, T1 – Turf

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Titre : Magasin sexuel, T1
Scénariste : Turf
Dessinateur : Turf
Parution : Mars 2011


Lorsque l’on nomme son livre « Magasin sexuel » (francisation du fameux sex shop), on génère forcément des attentes chez le lecteur. Celui-ci s’attend à un contenu coquin, voire sulfureux… Turf cherche ici le décalage. Dans une petite bourgade de campagne, un sex shop ambulant s’installe à la foire une fois par semaine. De quoi bousculer la vie de ses habitants ? Le tout est construit en diptyque chez Delcourt au format classique d’un 48 pages.

L’ouvrage fait dans l’opposition de style. Il y a d’abord le maire, Orloff, sorti tout droit des aventures de Spirou tant il ressemble au maire de Champignac graphiquement. C’en est gênant. Il est donc réac comme pas possible et assez bête. Mais il va s’éprendre de la jolie Amandine qui tient le sex shop. Mais elle n’est pas pour autant très coquine. Seuls ses vêtements courts suggèrent une libération sexuelle, mais cela ne va pas plus loin. Ses motivations pour le métier sont floues (elle préfère vendre des godemichés plutôt que des bottes en caoutchouc… Soit !).

Pas de réel enjeu malgré le thème.

MagasinSexuel1aCe premier tome pose des jalons mais n’avance pas beaucoup. Le passé de la jeune fille se dévoile mais sans vraiment nous toucher. Il n’y a pas de réel enjeu et la description de la campagne, qui se veut humoristique, manque cruellement de sel. Si bien que l’humour tombe à plat systématiquement. Que dire de ce bistrot vide où va boire le maire ? On y imagine déjà des scènes vivantes avec des habitués, mais rien ici. Le thème est effleuré et le pitch de départ reste inexploité. Dommage, car il y aurait de la matière à aller plus loin.

Au niveau du dessin, Turf possède un style particulier qui m’a peu séduit au final. C’est très (trop ?) coloré, plein de rose et de couleurs saturées. On voit par contre qu’il a plaisir de dessiner Amandine, dont il brosse les jambes avec délice. Malgré tout, Turf propose un ensemble cohérent avec son sujet, qu’il traite avec légèreté.

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J’ai été très déçu par ce « Magasin sexuel ». Trop léger et dilué, il finit comme une description caricatural de la campagne. Mais il aurait fallu en mettre une couche de plus pour en faire un ouvrage plus percutant. L’humour ne touche pas, les émotions sont rares… Le tout se lit sans forcément s’ennuyer mais on se demande un peu l’intérêt de tout cela en fin de tome. Peut-être que le deuxième opus apportera des réponses à cette interrogation ?

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Note : 8/20

Les chroniques d’un maladroit sentimental, T1 : Petit béguin & gros pépins – Vincent Zabus & Daniel Casanave

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Titre : Les chroniques d’un maladroit sentimental, T1 : Petit béguin & gros pépins
Scénariste : Vincent Zabus
Dessinateur : Daniel Casanave
Parution : Janvier 2013


Le profil du célibataire trentenaire soumis à des crises d’angoisse et à une timidité maladive est devenu ces dernières années un grand classique. Lorsque Vincent Zabus (au scénario) et Daniel Casanave (au dessin) s’attaque au sujet dans « Les chroniques d’un maladroit sentimental », il va falloir qu’ils sortent du lot. Mais comment, sur un sujet aussi banal et récurrent, se démarquer ? Publié chez Vent d’ouest, ce premier tome intitulé « Petit béguin & gros pépins », est présenté sous le format album classique. C’est la présence de Casanave au dessin qui m’a convaincu de m’approprier le livre.

Tout commence par un rendez-vous. Gérard Latuile a rencard avec une certaine Florence. Il nous explique alors que d’habitude il est très maladroit, qu’il a raté ses autres relations. Gérard n’hésite pas à parler directement au lecteur, donnant le ton de la BD. De même, de nombreux personnages n’hésitent pas à intervenir dans l’histoire de façon complètement absurde comme la mère dans la salle de bain pendant une crise d’angoisse ou alors Gérard plus vieux. Ce mélange entre l’histoire en elle-même et toutes ces apparitions/interventions qui la « parasitent » donnent un ensemble original, un peu bordélique, mais surtout très attachant. Et c’est là que se trouve tout l’intérêt de l’ouvrage.

Une comédie romantique.

« Les chroniques d’un maladroit sentimental » est avant tout une comédie romantique. Le ton est toujours léger, Gérard étant une sorte d’ingénu sacrément romantique. Ainsi, l’humour distillé est très réussi. On verra Gérard très étonné d’être attiré par Florence car elle a une petite poitrine alors qu’il a toujours été attiré par les femmes à forte poitrine. « Elle me plaît quand même, c’est dingue » se dit-il ! Mais surtout, l’homme fantasme énormément son idylle, se projetant beaucoup trop. Clairement, il n’a pas les pieds sur terre, comme le montre parfaitement la couverture !

Je tiens à préciser que ce premier tome pourrait presque être un one-shot. Même s’il reste des pistes à explorer, il se suffit à lui-même. C’est assez rare pour être signalé !

Concernant le dessin, une fois encore Daniel Casanave m’a séduit. Son trait dynamique, à la fois simple et expressif est parfaitement adapté au propos. Il possède toute la légèreté nécessaire à l’ouvrage, tout en étant capable de faire passer les émotions quand il le faut. La mise en couleur, par Patrice Larcenet, est toute en simplicité. Elle met en valeur le trait de Casanave tout en proposant des ambiances bien différenciées. Un travail discret mais efficace.

Ces « Chroniques d’un maladroit sentimental » portent très bien leur nom. Plein de romantisme et de légèreté, cet ouvrage nous propose un personnage de Gérard Latuile très attachant. La narration est bien menée, évitant l’écueil d’une trop grande simplicité. On espère finalement une suite, histoire de voir si Gérard va enfin arriver à passer un repas sans faire une crise d’angoisse aux toilettes.

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Note : 15/20

Un ver dans le fruit – Pascal Rabaté

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Titre : Un ver dans le fruit
Scénariste : Pascal Rabaté
Dessinateur : Pascal Rabaté
Parution : Avril 1997


Je n’ai jamais rien lu de Rabaté. Il était temps de m’y mettre. C’est pourquoi, de passage à la bibliothèque, j’ai embarqué « Un ver dans le fruit », paru en 1997 (près de 20 ans déjà !). Ce roman graphique de 150 pages se situe dans un petit village entouré de vignobles dans les années 60. Le tout est publié chez Vents d’Ouest.

Tout démarre par un conflit entre deux vignerons. Ce dernier tourne au drame lorsque l’un des deux meure dans l’explosion d’une cabane, du aux agents chimiques utilisés pour traiter la vigne. Quelques jours plus tard arrivent en ville le nouveau prêtre de la paroisse et l’inspecteur chargé de l’enquête. Contrairement à ce que la couverture de la réédition peut laisser penser (et qui met en avant l’inspecteur), c’est bien le curé qui a le rôle central ici (ce que la première couverture montrait explicitement). Ce jeune prêtre va essayer de comprendre cet univers viticole qui lui est inconnu tout en tentant de garder à distance son envahissante mère.

Sale ambiance au village

Un_ver_dans_le_fruit1Honnêtement, l’histoire ici présente peu de suspense. Même si le tout est présenté comme un polar, c’est bien de l’ambiance au village viticole qui est le nœud central de l’intrigue. Non-dits, vieilles histoires, ragots… Tout cela pollue et pourrit les relations du coin. Et lorsque l’on n’est pas du coin comme ce pauvre curé, il est bien difficile de s’y retrouver. Mais ce dernier, bien décidé à faire changer les choses, va mettre son nez là où il ne devrait pas.

L’ensemble se révèle des plus intéressants. La lecture se fait rapidement, Rabaté sachant aussi gérer le silence et les regards avec talent. A aucun moment on ne s’ennuie malgré la relative tranquillité de l’ensemble. Le jeune curé est attachant, car plein de bonne volonté. Et les personnages qui gravitent autour de lui sont marquants sans forcément être trop caricaturaux.

Le dessin de Rabaté donne beaucoup de force à l’ouvrage. Le tout est maîtrisé de bout en bout dans un noir et blanc splendide. Outre les trognes des personnages, la force des contrastes lui permet d’asseoir les ambiances avec brio. Pour mon premier contact avec Rabaté, j’ai été franchement ébloui.

Sans être particulièrement transcendant, « Un ver dans le fruit » est l’œuvre d’un auteur qui maîtrise son sujet, tant dans la narration que dans le graphisme. En prenant le point de vue du jeune curé, l’auteur nous met dans la peau de quelqu’un qui découvrirait un village entouré de vignes dans les années 60. Un village où il y aurait un ver dans le fruit.

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Note : 14/20

Les petits ruisseaux – Pascal Rabaté

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Titre : Les petits ruisseaux
Scénariste : Pascal Rabaté
Dessinateur : Pascal Rabaté
Parution : Mai 2006


Peut-on encore profiter de la vie lorsque l’on est une personne âgée ? C’est la question que va se poser Émile à la mort de son meilleur ami et compagnon de pêche Edmond. Ce dernier, avant de passer l’arme à gauche, lui a montré une nouvelle facette : il aime peindre des nus et fait des rencontres par l’intermédiaire d’une agence matrimoniale. Car ce n’est pas parce qu’il est veuf qu’il doit cesser de vivre. Émile se pose alors la question de sa propre existence. Que veut-il faire des années qui lui restent ? Publié chez Futuropolis, le tout pèse près de cent pages.

LesPetitsRuisseaux1Le livre est assez justement sous-titré « Sex, drug and rock’n roll » ! C’est un sujet peu abordé qui est traité ici avec Rabaté. Si on retrouve le contexte du village de campagne avec ses parties de pêche et son bistrot (avec ses habitués hauts en couleur), c’est bien de l’âge dont il est question. Comment assumer le désir lorsque l’on est veuf sans avoir l’impression de trahir celle qui fut sa femme ? Comment assumer le désir lorsqu’on se sent vieux et usé ? C’est avec beaucoup de délicatesse et d’humour que Rabaté traite le sujet. Il trouve un ton juste et agréable, jamais sentimentaliste. Il évite l’écueil de se moquer également, ce qui est souvent l’angle choisi pour parler des personnes âgées.

Le droit de vivre et de profiter.

Le livre repose donc entièrement sur Émile. Dès les premières pages, Edmond lui apporte une révélation : il a encore le droit de vivre et de profiter. Mais le chemin à cette acceptation n’est pas si évident. Émile fera des rencontres qui lui permettront d’évoluer. Rabaté maîtrise parfaitement sa narration et tout découle naturellement, sans excès et avec les quelques surprises qui émaillent le tout. Mais cela reste cohérent et le sentiment d’empathie pour Émile fonctionne à plein régime.

Le dessin est très agréable. Rabaté adopte un style nerveux, mais plein de douceur. Pas d’aplats noirs, juste des hachures pour les ombres. Les couleurs sont douces et mettent parfaitement en valeur le trait. Ce choix de dessin et de colorisation est parfaitement adapté à l’ouvrage, qui en est d’autant plus délicat.

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À la fois tendre, touchant et drôle, « Les petits ruisseaux » est une vraie réussite. Abordant un sujet souvent tabou, Rabaté s’en sort à merveille avec son personnage torturé par un désir qu’il avait oublié. Doté d’une galerie de personnages réussis, « Les petits ruisseaux » vous prend par tous les sentiments !

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Note : 16/20

Mâle occidental contemporain – François Bégaudeau & Clément Oubrerie

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Titre : Mâle occidental contemporain
Scénariste : François Bégaudeau
Dessinateur : Clément Oubrerie
Parution : Octobre 2013


La bande-dessinée se démocratise. Plus adulte, moins décriée, elle attire désormais des lecteurs qui n’y auraient pas jeté un seul regard auparavant. Les éditeurs l’ont compris et confient de plus en plus de scénarii à des personnes extérieures. Ce coup-ci, c’est François Bégaudeau (scénariste, écrivain, critique, etc.) qui s’y colle avec « Mâle occidental contemporain », un one-shot de 80 pages. Afin de soutenir l’effort, on retrouve au dessin Clément Oubrerie. Le dessinateur m’avait séduit avec « Jeangot » et a séduit un plus grand public encore avec la série « Pablo ». Le tout est édité chez Delcourt dans la collection Mirage.

Curieux ouvrage que voilà. On suit plus ou moins l’histoire d’un jeune homme cherchant à draguer. Mais aucun background n’est donné, ce n’est qu’une succession de saynètes où l’homme se fait émasculer (métaphoriquement) par des femmes fortes pleines de caractère. Beau retournement de situation où la femme moderne maîtrise le mâle. De là à dire que ce retournement est crédible, il y a un pas que je ne franchirai pas…

Manque de rythme, manque de fond…

Retourner les clichés de la drague pourrait être pertinent s’il y avait un message. Mais ce n’est pas le cas. Notre homme ne suscite aucune empathie. Le voir draguer pour draguer n’a aucun intérêt. Le scénario prouve ici sa vacuité : pourquoi drague-t-il ? Que cherche-t-il ? On a l’impression d’être devant des sortes de gags montrant un mec cherchant à draguer par tous les moyens. Et cela ne fonctionne pas. La redondance finit par ennuyer et, finalement, on sourit peu devant les situations, très inégales.

MaleOccidentalContemporain1Du coup, l’ensemble manque de rythme et la conclusion n’apportera aucun message supplémentaire (et donnera même une impression encore plus négative). Tout est convenu et cliché, un comble ! Car il y a une volonté de montrer que le féminisme a fait son œuvre ! Le tout est bien évidemment baigné dans un parisianisme de tous les instants. Difficile d’imaginer ce genre de situations autre part qu’à Paris. Plus qu’une étude du « Mâle occidental contemporain », le livre est plutôt une étude des Parisiennes.

Concernant le dessin, Clément Oubrerie nous ravie de son trait. A se demander ce qu’il est allé faire dans cette galère… Je préfère de loin son trait anthropomorphe, mais force est de constater qu’il relève le niveau sans peine. Hélas, avec un ouvrage où il ne se passe pas grand-chose et où le rythme est problématique, il n’y a pas de miracle non plus.

Il faut croire que les éditeurs pensent que n’importe quel écrivain/scénariste/journaliste/humoriste peut écrire une bande-dessinée. C’est nier complètement la spécificité du scénario de bande-dessinée. Les écueils sont flagrants ici : manque de fond, manque d’empathie, manque de rythme… Il faudrait arrêter d’essayer de toucher le grand public avec des noms, mais plutôt avec des œuvres de qualité.   

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Note : 6/20