Chroniques birmanes

ChroniquesBirmanes


Titre : Chroniques birmanes
Scénariste : Guy Delisle
Dessinateur : Guy Delisle
Parution : Octobre 2007


Après « Shenzen » et « Pyongyang », Guy Delisle s’attaque à la Birmanie (ou le Myanmar) dans ces « Chroniques Birmanes ». Voilà donc le troisième opus des reportages si particuliers de l’auteur canadien. Alors qu’il s’était retrouvé en Asie pour superviser des studios d’animation, le voilà désormais dans l’une des pires dictatures du monde afin de suivre sa femme qui travaille chez Médecins Sans Frontières. Exit l’animateur, voilà le père au foyer ! Delisle passe sa journée à faire de la bande-dessinée et, surtout, à s’occuper de Louis, son fils. Nouveau pavé à dévorer, ce livre pèse 263 pages et est publié chez Delcourt, dans la collection Shampooing (et non plus chez L’Association).

Si ses précédents opus possédaient une continuité relative de la narration, ce n’est pas le cas ici. Le titre prend tout son sens. C’est bien de chroniques dont il s’agit, les anecdotes étant empilées les unes aux autres. Alors bien sûr, il y a quand même une certaine chronologie, mais la lecture est ainsi un peu différente. Vu le pavé représenté, cela permet de faire des pauses plus facilement et de picorer dans l’ouvrage. Le fait que l’auteur ait passé un an et demi dans le pays justifie évidemment ce choix.

Ce que l’on pouvait regretter dans « Pyongyang », c’est que Guy Delisle ne pouvait pas atteindre l’envers du décor de la société nord-coréenne. C’est un peu la même chose ici puisque les zones les plus sensibles lui sont interdites. D’ailleurs, il n’hésite pas à le rappeler régulièrement. Cependant, la population est ici plus disserte et ses conversations avec les Birmans lui permettent de mieux saisir leur façon de vivre. On découvre ainsi la vie dans son quartier et les inévitables rencontres d’ONG.

Un rôle de candide

La force de Guy Delisle est de se donner un rôle de candide. Faussement naïf, il aborde un ton léger qui permet à l’ouvrage de se lire avec plaisir. Pas de cynisme, de propos sombres, l’auteur ne cherche pas à politiser son livre. Seuls les passages didactiques (assez rares finalement) apportent un peu sur ce plan-là. Et quand le personnage Guy Delisle décide de devenir militant pour la Dame de Rangoon, c’est pour mieux oublier ses engagements dans la case d’après… Mais derrière ce vernis non-politisé, les messages passent à foison de part les faits.

Beaucoup de personnes n’arrivent pas à se lancer dans un livre de Guy Delisle à cause du dessin. Ce serait une erreur tant le contenu vaut le coup. Surtout que le trait est simple, mais très efficace. Il est parfaitement adapté au propos et lisible. Le tout est rehaussé de gris de façon pertinente. L’auteur utilise un gaufrier de six cases, réservant la première pour le titre de l’anecdote. Il y a une certaine routine qui s’installe, plutôt confortable pour le coup. Bref, si vous n’aimez pas le trait de Guy Delisle, cela vaut le coup d’essayer de passer le cap.

Ces « Chroniques Birmanes » confirment le talent de Guy Delisle pour des récits de voyage tout en légèreté. Même si ses observations sont évidemment limitées par sa vie et qu’il n’est pas au plus près des exactions, on apprend beaucoup de choses dans cet ouvrage et l’on sourit à de multiples reprises. A lire !

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note4

Pyongyang

Pyongyang


Titre : Pyongyang
Scénariste : Guy Delisle
Dessinateur : Guy Delisle
Parution : Mai 2003


Guy Delisle s’est spécialisé dans la bande-dessinée façon carnet de voyage. En 2003, après avoir décrit Shenzen, il s’attaque à la Corée du Nord dans « Pyongyang ». Son travail d’animateur d’alors le pousse à aller superviser la production sur place. C’est donc parti pour plusieurs mois dans l’un des pays les plus fermés du monde. Son livre « 1984 » d’Orwell en poche, Delisle va découvrir la vie dans la capitale de la Corée du Nord. Le tout est publié en noir et blanc à l’Association et pèse pas moins de 176 pages.

Cela faisait longtemps que je voulais me lancer dans la lecture des ouvrages de Guy Delisle tant on m’en a dit du bien. Et son prix à Angoulême pour « Chroniques de Jérusalem » m’avait d’autant plus incité à m’y intéresser. J’ai donc choisi de démarrer avec le pays qui me fascine le plus, la Corée du Nord. A cette époque-là, Guy Delisle est célibataire et ne part donc que quelques mois. Il arrive seul en Corée du Nord où les activités ne sont pas légion… On découvre alors son quotidien avec les autres travailleurs de l’animation et les ONG.

Un ton léger, un sujet grave

Si l’auteur nous fait découvrir la Corée du Nord, c’est par son œil averti. Ainsi, les analyses profondes du régime ne sont pas d’actualité. Ce que vit et voit Delisle suffit amplement à nous renseigner sur ce régime. On découvre une population asservie, presque robotisée et de grands espaces vides (à l’image des hôtels). Le régime est à l’agonie. Il tente de le cacher, mais c’est beaucoup trop flagrant pour passer inaperçu. Surtout que l’auteur est quelqu’un de curieux qui ne ménage pas son guide (qui l’accompagne en permanence). Il aime rentrer à pied et visiter… Et en adoptant un ton léger, Delisle parvient à nous distraire en parlant d’un pays ultra-répressif… 

Au fond, en lisant l’ouvrage, on a l’impression de revivre l’expérience de Delisle. On découvre ce pays comme il l’a lui-même découvert : les incohérences, les violences, la peur, etc. Delisle n’est pas un idéologue. A aucun moment, il ne cherche à nous asséner un message politique. Bien sûr, cela transparait quand même au fur et à mesurer de la lecture, mais l’ensemble reste très factuel.

Concernant le dessin, Delisle a un trait simple, façon « nouvelle bande-dessinée ». C’est parfaitement adapté à l’ouvrage. Le tout est rehaussé d’une colorisation en niveaux de gris qui densifie un peu l’ensemble. C’est lisible et très efficace.

Au final, on ressort un peu sonné de « Pyongyang ». Devant tant d’absurdité, on ne peut qu’être révolté. Mais en choisissant un ton léger, Guy Delisle évite l’écueil d’un ouvrage trop politisé et orienté. Du coup, on sourit souvent avec un thème bien grave pourtant. Du beau travail !

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note4

 

Tu mourras moins bête, T4 : Professeur Moustache étale sa science

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Titre : Tu mourras moins bête, T4 : Professeur Moustache étale sa science
Scénariste : Marion Montaigne
Dessinatrice : Marion Montaigne
Parution : Septembre 2015


Après avoir explosé sur la blogosphère, Marion Montaigne a reçu un succès mérité pour « Tu mourras moins bête », ses recueils de vulgarisation scientifique. Outre l’humour omniprésent, l’auteure aime remplir ses pages de références cinémas, séries ou simplement people. Le tout est publié chez Delcourt pour 250 pages.

Depuis son changement d’éditeur, Marion Montaigne ne s’impose plus de thème général. On aborde donc tout et n’importe quoi, l’auteure se faisant plaisir avec ses sujets de prédilection. On retrouve donc beaucoup les explications geek (« Jurassic Park », « Le Seigneur des Anneaux », « Star Wars »…) et le pipi caca. Ainsi, on sent que Montaigne prend un plaisir infini à nous parler des pets…

Rire de la science par l’absurde.

TuMourrasMoinsBete4bToutes les explications démarrent par une fausse carte postale dessinée par nombre d’invités. Chacun pose une question, à laquelle répond la dessinatrice. Si certains thèmes sont très généraux, d’autres partent un peu dans tous les sens. Au final, ce n’est pas plus mal, les notes ne suivant pas non plus un schéma systématique qui ennuierait le lecteur. Car force est de constater qu’après quatre tomes bien fournis, Marion Montaigne continue à être aussi drôle et didactique à la fois. Même si ce que l’on apprend a, dans ce tome, finalement peu d’intérêt. Comme un symbole, le livre se ferme sur la sexualité des dinosaures, une façon de mixer deux grands sujets traités dans ses livres…

Au niveau du dessin, on retrouve le trait particulièrement relâché de Marion Montaigne et colorisé à l’aquarelle. C’est clairement ce qui peut rebuter le plus au premier abord, mais son efficacité est évidente. C’est là le plus important.

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Ce tome confirme (si besoin était) tout le talent de Marion Montaigne pour la vulgarisation. Et plus que pour apprendre des choses, on lit avant tout « Tu mourras moins bête » pour rire avec l’auteure de la science et de tous les questionnements que cela peut apporter. Et si c’est absurde, c’est encore meilleur !

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note5

Riche, pourquoi pas toi ?

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Titre : Riche, pourquoi pas toi ?
Scénariste :
Marion Montaigne
Dessinatrice : Marion Montaigne
Parution : Octobre 2013


Marion Montaigne s’est fait connaître avec son blog « Tu mourras moins bête », qui traitait en bande-dessinée et avec humour de la science. Edité sous format papier (deux tomes parus à ce jour), ces ouvrages ont pleinement mérité leur succès. Malgré tout, Marion Montaigne fait une pause dans la vulgarisation scientifique pour aborder ce nouveau livre : « Riche, pourquoi pas toi ? ». Plus que « comment devenir riche ? », c’est plutôt une bande-dessinée qui explique pourquoi, justement, on n’est pas riche ! Deux auteurs sont associés à Marion Montaigne : Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot. C’est sur les travaux de ces deux sociologues que se base ce nouveau livre. Le tout est édité chez Dargaud pour 133 pages.

Outre se baser sur les ouvrages du couple Pinçon / Pinçon-Charlot, Marion Montaigne les fait même intervenir ! Ces derniers s’occupent d’une famille qui va alors gagner au Loto et devenir riche. De nombreuses questions sont alors abordées lors de l’ouvrage composé de chapitres : qu’est-ce qu’un riche ? Comment devient-on bourgeois ? etc.

Marion Montaigne délaisse donc la vulgarisation scientifique pour la vulgarisation sociologique (même si en soit, la sociologie est une science). C’est clairement ce qu’elle fait de mieux, puisqu’elle le fait également pour la jeunesse (« La Vie des Bêtes »). Ceux qui connaissent l’auteure sont donc en terrain connu. L’humour sert ici à apprendre. Comme toujours, Marion Montaigne aime garnir ses ouvrages de références actuelles, au risque de voir ses ouvrages mal vieillir. La plupart des références sont ici particulièrement simples d’accès, donc cela ne pose pas de problème en lecture. Cependant, le sujet permet un peu moins de délire que la science. Bref, n’espérez pas trouver exactement la même chose que le blog que Marion Montaigne. Mais on n’y perd pas au change.

Une conclusion déprimante

Malgré le nombre important de pages et la densité des informations, le tout se dévore sans peine et les idées fortes font mouche. Outre l’aspect sociologique, l’aspect psychologique est très important ici. Et la conclusion assénée par l’auteure est avant tout déprimante pour tout un chacun. Mais hélas tellement vraie…

Au niveau du dessin, le trait relâché de Marion Montaigne est toujours aussi dynamique et adapté à sa narration. La couleur est faite de simples aplats numériques. C’est un peu dommage lorsque l’on connaît les capacités à l’aquarelle de l’auteure. Sans doute fallait-il aller vite.

« Riche pourquoi pas toi » confirme si c’était encore nécessaire les capacités didactiques de Marion Montaigne. Assorti d’une bonne dose militante (sous couvert d’études sociologiques quand même !), cet ouvrage a donc un accent différent que les « Tu mourras moins bête ». Clairement, ici on rit, mais on n’est pas là que pour rire…

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note4

Manuel de la jungle – Nicoby & Joub

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Titre : Manuel de la jungle
Scénaristes : Nicoby & Joub
Dessinateurs : Nicoby & Joub
Parution : Mai 2015


Joub et Nicoby avait plutôt bien réussi leur biographie « Dans l’atelier de Fournier ». Ils s’y présentaient, interviewant l’auteur sur son passé. Cela est en train de devenir une de leur spécialité. Au point qu’ils partent réaliser un livre sur la jungle, en Guyane. Joub vivant à Cayenne, ils ont l’idée de retrouver deux instituteurs baroudeurs et de partir quelques jours dans l’Enfer vert afin de voir combien ce terme est galvaudé. Le tout est donc scénarisé par Nicoby et Joub. Le premier dessine, le second colorise le tout. C’est paru chez Dupuis pour 140 pages de bande-dessinées au prix de 19 euros.

ManuelDeLaJungle1Le récit présente donc deux citadins emportés par deux baroudeurs. Évidemment, les premiers ont très peur des bestioles : serpent, araignées, crocodiles, etc. Même si cette menace n’est pas la plus importante… Le livre démarre donc par un véritable manuel, les expérimentés expliquant aux nouveaux le fonctionnement de la survie dans ce milieu, entre chasse et binouze.

Un titre trompeur.

Mais l’histoire finit par tourner vers autre chose : la dénonciation des orpailleurs clandestins. Du coup, le livre est un peu scindé en deux et manque de cohérence. De même, les anecdotes nombreuses abondent dans le livre et coupent le rythme. On sent une forme de fourre-tout, intéressant certes, mais qui manque de travail de fond pour en faire un bouquin en tant que tel. Ainsi, le titre « Manuel de la jungle » est trompeur, mais c’est ce que devait être le livre au départ.

Malgré tout, la vie dans la jungle a un intérêt réel et on apprend beaucoup de choses. La deuxième partie, plus militante, donne aussi à réfléchir. Le tout se dévore d’une traite, l’humour est présent et on apprend énormément sur la jungle. Dommage que les auteurs se représentent toujours comme apeurés, voulant mettre fin à l’expérience au plus vite. Finalement, on se dit que ce voyage de quelques jours ne les aura pas changés. Surtout, ils paraissent encore plus terrorisés à la fin. Peut-être est-ce la réalité, mais le tout ne va pas très loin dans l’analyse. Joub et Nicoby ont choisi un récit de voyage sans trop chercher à approfondir le propos en aval.

Concernant le dessin, j’aime beaucoup le trait de Nicoby, sublimé par les aquarelles de Joub. Les ambiances sont posées, aussi bien dans la jungle, sur la pirogue, la nuit… Une vraie réussite. En revanche, on ressent relativement peu le côté « paradis des sens » vanté par la quatrième de couverture. Ce n’est pas évident avec du dessin de faire ressentir cela, mais dans les faits, la jungle est jolie mais on ne la ressent pas.

ManuelDeLaJungle2

« Manuel de la jungle » est un ouvrage qui dévie de son intention première. Hésitant entre un apprentissage par des citadins de la jungle et une dénonciation des clandestins du lac, il manque un peu de cohérence. De même, il cède à la mode actuel en présentant une pagination excessive. Ainsi, la scène du restaurant, au départ, n’a aucun intérêt et rallonge artificiellement l’ouvrage. Mais si vous êtes un amateur des livres de Joub et Nicoby, ne boudez pas votre plaisir, on retrouve l’humour des deux compères et ce trait rond qui va si bien avec.

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Note : 13/20

Explicite, carnet de tournage – Olivier Milhaud & Clément C. Fabre

Explicite


Titre : Explicite, carnet de tournage
Scénariste : Olivier Milhaud
Dessinateur : Clément C. Fabre
Parution : Février 2015


Olivier Milhaud est un ami de John B. Root, réalisateur de films pornographiques. Le voilà un peu dubitatif devant la proposition de ce dernier : jouer dans sa future production ! Certes, ce n’est pas dans des scènes de sexe, mais quand même… Après avoir hésité longtemps, Olivier Milhaud finit par accepter et part dans le sud pour trois jours de tournage où il va découvrir le milieu porno, ses jalousies et son langage cru. Retour de bâton pour John B. Root puisque suite à cette expérience, Olivier Milhaud décide d’en faire un livre, avec la collaboration de Clément C. Fabre au dessin. Comme j’apprécie beaucoup le dessin de ce dernier, il m’était difficile de passer à côté de ce livre ô combien original. Le tout est paru chez Delcourt, dans la collection Mirages pour plus de 120 pages au compteur.

Explicite2« Explicite » est donc un reportage qui n’était pas prévu comme tel. Il ne faut donc pas espérer une grande analyse de fond de comment on tourne un film pornographique. De même, l’auteur n’assiste à aucune scène porno en soit. C’est avant tout la description d’un réalisateur atypique pour le milieu, John B. Root, de ses ambitions et de sa façon de travailler. On y découvre aussi le backstage et c’est ce qui fait tout le sel de l’ouvrage. On ressent parfaitement la gêne d’Olivier Milhaud dans ce milieu, à la fois émoustillé et timide, n’osant trop rien faire ou même regarder. Tout l’inverse des acteurs qu’il croise, dont la pudeur a souvent laissé la place à l’exhibitionnisme. Sans parler du langage bien plus cru que ce dont l’auteur a l’habitude.

Un candide dans le milieu pornographique.

Le livre fonctionne donc avant tout avec son personnage central de candide. Olivier Milhaud découvre le tournage d’un film, le milieu pornographique, les caprices de stars… Il joue donc un rôle parfait pour nous qui apprenons également de tout cela. Et le fait que la bande-dessinée s’échelonne sur trois jours, en un lieu unique, donne un aspect presque théâtral à l’ensemble. Avec beaucoup de choses qui se passent hors champ ! Intelligemment, les auteurs placent toute l’action du point de vue d’Olivier Milhaud. On voit ce qu’il a vu, on entend ce qu’il a entendu : il n’y a aucune projection sur ce qu’il imagine.

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Le tout n’est bien sûr pas dénué d’humour. Outre les clichés qui sont confirmés ou infirmés, de nombreuses situations nous paraissent complètement cocasses. Et que dire d’Olivier Milhaud, complètement en décalage par moment, comme dans cette scène où John B. Root lui demande « mais on dirait que tu as peur de lui ! » et où l’auteur répond « Ben, un peu quand même. » Il faut dire qu’avoir un mec baraqué et tatoué en face, acteur pornographique, ça ne laisse pas indifférent !

Au niveau du dessin, Clément C. Fabre fait des merveilles. J’étais déjà fan de son dessin et de ses couleurs et là il m’a bluffé. Les cases sont détaillées, les décors riches, le dessin dynamique. Quand à sa colorisation à l’aquarelle, elle retranscrit parfaitement l’ambiance du sud ! Son dessin tout en douceur permet d’atténuer aussi la crudité de certains propos et de rendre d’autant plus humain cette expérience. Voilà un dessinateur que j’espère retrouver au plus vite !

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« Explicite » est une bande-dessinée de reportage originale, fortement teintée d’autobiographie. Et ce cela qui fait sa force. Doté d’un ton à la fois cru et bon enfant, les deux auteurs sont au diapason pour parler d’un sujet peu évident avec finalement beaucoup de légèreté. Du beau travail.

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Note : 15/20

 

Vingt-trois prostituées – Chester Brown

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Titre : Vingt-trois prostituées
Scénariste : Chester Brown
Dessinateur : Chester Brown
Parution : Septembre 2012


 Chester Brown découvre un jour qu’il n’est plus intéressé par l’amour, qu’il trouve vain et compliqué. Il s’aperçoit qu’il préfère être ami avec ses ex, afin d’éviter tous les problèmes de couple. Hélas, au bout d’un certain temps, le besoin de sexualité se présenter. Il décide alors de se tourner vers la prostitution. C’est cette expérience de plusieurs années que nous présente l’auteur dans un pavé de près de 300 pages. Intitulé « Vingt-trois prostituées », il revient donc sur ces femmes qu’a rencontrées le dessinateur. Le tout est publié aux éditions Cornélius.

23prostituées2Le livre est à la fois un ouvrage autobiographique qui analyse la pensée de son auteur par rapport aux rapports humains. La prostitution n’est qu’une facette du raisonnement, qui en sera un aboutissement logique. Car Chester Brown ne nous dit pas « je suis allé voir des prostituées ». Il explique pourquoi il l’a fait et pourquoi il a plus ou moins arrêté. Cette analyse est essentielle, car l’auteur livre un plaidoyer en faveur de la prostitution (notamment sur le problème de la dépénalisation et/ou de la légalisation. Le tout est d’ailleurs agrémenté d’une introduction, d’une préface, d’une postface, d’appendices et de notes… Comme si l’auteur considérait que ses planches ne suffisaient pas…

Les dessous du milieu, sans faux-semblants.

Derrière la froideur de l’ouvrage (porté par l’auteur dont les raisonnements choqueront de nombreux lecteurs) se révèle donc un véritable documentaire. L’auteur nous invite à découvrir les dessous du milieu, sans faux-semblants. Si le personnage de Chester peut paraître froid, il n’en paraît pas moins sincère. Il est client et souhaite donc avant tout en avoir pour son argent. Malgré cela, il est avant tout respectueux des femmes qu’il rencontre. Surtout, il discute beaucoup avec elles, ce qui permet d’en savoir plus sur leurs ressentis. Mais à aucun moment il ne dessine leur visage. Une façon de les protéger sans doute plus que de les déshumaniser.

Il n’est pas dit que « Vingt-trois prostituées » convaincra le lecteur que la prostitution est une bonne chose et qu’elle doit obtenir un cadre légal. Cependant, il est indéniable que l’ouvrage fait réfléchir et amène à se poser des questions. On est loin des discours standards. Il est dommage que les appendices cherchent, eux, à convaincre de façon trop évidente. On aurait préféré un livre qui parle de lui-même, sans devoir passer par des pages de texte, façon propagande. Et pourtant, qui sait que je partage de nombreux points de vue de l’auteur.

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Concernant le dessin, il est minimaliste, en noir et blanc. Il est parfaitement maîtrisé par l’auteur qui livre des planches d’une froideur et d’une raideur impressionnante. Cela évite tout pathos qui polluerait le propos. Car derrière cette façade, le lecteur est loin d’être indifférent à ce qui se passe ou ce qui se dit.

« Vingt-trois prostituées » est un ouvrage riche et maîtrisé qui ne laissera pas indifférent. A la fois autobiographique et documentaire, il ne cherche pas forcément à établir de vérité. Il montre le point de vue et l’expérience d’un client lambda et ses motivations. Chester Brown a des amis, n’est pas un loser, n’est pas un obsédé sexuel, mais va voir des prostituées pour des raisons qui lui sont propres. Un livre fort, qui se lit d’une traite et qui, après la lecture, reste dans vos méninges.

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Note : 16/20

LAP ! – Aurélia Aurita

LAP


Titre : LAP !
Scénariste : Aurélia Aurita
Dessinatrice : Aurélia Aurita
Parution : Janvier 2014


Les précédents livres d’Aurélia Aurita ne m’avaient pas laissé un souvenir forcément positif. Mais en voyant son livre « LAP ! » (sous-titré « un roman d’apprentissage »), je n’ai pu m’empêcher de retourner lire un livre de cette dessinatrice. En effet, le LAP est l’acronyme du Lycée Autogéré de Paris. C’est un lycée particulier où les profs et les élèves sont (théoriquement) à égalité et où chacun s’occupe du fonctionnement du lycée (ménage, cuisine…). C’est aussi et surtout un endroit expérimental où une autre façon d’enseigner est testée depuis maintenant trente ans. Étant enseignant, j’étais curieux de connaître un peu mieux le fonctionnement du LAP. Le tout est édité aux Impressions Nouvelles et pèse environ 140 pages pour un format A5.

Le parallèle avec « Retour au Collège » de Riad Sattouf s’impose immédiatement. Aurélia Aurita est lâchée en cours et parmi les élèves et un lien se crée rapidement. Difficile d’être objective, surtout que l’auteure est encore jeune et que les élèves ont, par essence même, un rapport aux adultes particuliers. Après une mise en situation classique sous forme d’assemblée générale, on découvre peu à peu le fonctionnement du LAP avec ses votes, ses embrouilles, ses cours originaux. Le tout est décrit assez objectivement, dans le sens où les aspects négatifs sont signalés régulièrement. Cependant, l’auteure n’hésite pas à se représenter très perturbée par ce qu’il se passe au lycée. C’est le syndrôme du jeune prof : l’envie que tout le monde réussisse, la difficulté de mettre une barrière et ne pas trop tomber dans l’affectif avec les élèves. Clairement, au LAP, c’est encore plus fort ! Il n’est même pas caché que des relations prof/élève ont régulièrement éclaté.

La partie gestion mise en avant

Aurélia Aurita semble avoir été traumatisée par l’enseignement puisqu’elle est très mal à l’aise quand il faut assister à un cours. Du coup, elle n’en parle que de façon anecdotique et c’est bien dommage. C’est avant tout la partie gestion qui est mise en avant. Alors certes, le lycée est autogéré et sa partie gestion est bien évidemment au cœur du projet. Mais les enseignements font également la part belle aux expérimentations. Finalement, c’est un grand recueil de témoignages qui nous est présenté. Pour rester objective, la dessinatrice analyse finalement peu ce qu’elle voit. On la sent séduite par le lieu et les gens (d’autant plus qu’elle n’est qu’observatrice, ce qui est un rôle plus confortable). Mais il y a un vrai manque de recul, de comparaison avec les lycées classiques.

Concernant le dessin, je trouve qu’Aurélia Aurita fait du beau travail. Je n’étais pas fan de son trait, mais elle a progressé et propose un dessin expressif et pertinent, surtout que le livre est fait à 90% de dialogues. Le lavis accompagne bien le trait dynamique de l’auteure.

Mi-figue, mi-raisin pour ce « LAP ! ». Si ce qui nous est présenté est intéressant et la lecture est plaisante, on sent quand même que tout un pan de ce lycée n’est pas traité. Ainsi, on n’est presque jamais en salle de classe. Repaire de gauchistes pour les uns, établissement novateur pour les autres, il y a peu de chance que la lecture du livre vous fasse changer d’avis. Cela risque plus de confirmer vos a priori. A lire si vous aimez les documentaires en bande-dessinée.

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Note : 13/20

Feuille de chou, T3 : journal d’un journal – Mathieu Sapin

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Titre : Feuille de chou, T3 : Journal d’un journal
Scénariste : Mathieu Sapin
Dessinateur : Mathieu Sapin
Parution : Septembre 2011


Après avoir écrit deux premiers « Feuille de chou » consacrés à des tournages, c’est cette fois-ci au journal Libération que Mathieu Sapin a décidé de s’attaquer. Immergé pendant des mois au sein de la direction, il va pouvoir croquer et nous montrer comment fonctionne ce quotidien qui alimente bien des fantasmes. Le tout pèse une centaine de pages et est publié chez Shampooing.

Mathieu Sapin a décidé de traiter le sujet de façon très libre, tant dans le fond que dans la forme. Le tout s’articule donc autour de saynètes, qui commencent par l’arrivée du dessinateur dans les locaux et ses différentes rencontres. Autour de ces anecdotes plus ou moins longues (et intéressantes), on retrouve aussi des « hors contexte », à savoir un dessin avec une citation (hors contexte, donc !). Le tout donne un véritable aspect bordélique à l’ensemble. Mathieu Sapin fait le choix de rester en surface et d’éviter de trop analyser ce qu’il voit et entend. Bien évidemment, son travail consiste notamment à choisir ce qu’il montre (et comment il le fait), mais il n’y a pas vraiment de travail de construction et de synthèse. Dommage.

Un quotidien au quotidien

Malgré tout, la particularité de Libération se retrouve bien dans l’ouvrage, que ce soit dans l’idéologie (« La passion de raconter l’actualité et la volonté de lui donner un sens » nous dit son ancien directeur) ou même dans ses locaux. On peut y lire également des réflexions sur l’évolution de la presse écrite (notamment quotidienne). Je dois avouer que tout n’est pas passionnant et ce que l’on retient, c’est avant tout les anecdotes (comme ce photographe qui reste des heures devant en bâtiment pour prendre une photo d’un homme qui en sort… Et la photo n’est pas retenue ! Tout ça pour ça ?).

Mathieu Sapin s’efforce le plus possible de retranscrire avec fidélité ce qu’il voit/entend. Ainsi, les scènes sont parfois confuses, mais cela donne une idée du bouillonnement qu’il doit régner au journal. On sent une forme de fidélité et d’authenticité dans le travail du dessinateur.

Défaut ou qualité, l’ouvrage est ancré dans son époque. Ainsi, de vieilles histoires ressortent. Certains trouveront cela amusant de retrouver l’actu de l’époque, d’autres trouveront que cela fait vieillir le livre… Mais comment parler d’un quotidien sans parler du quotidien ?

La façon dont illustre son livre Mathieu Sapin est des plus plaisantes. Avec un trait relâché et de belles couleurs à l’aquarelle, l’auteur tient un style parfaitement adapté. Il est cependant dommage que certaines pages soient aussi chargées. Son personnage, petit avec une tête toute ronde, le rend encore plus candide face à son sujet.

« Journal d’un journal » ne m’a pas transcendé. J’y ai trouvé de l’intérêt, mais sans avoir l’impression de découvrir autre chose qu’une sorte « d’esprit Libé ». Mais l’ensemble se lit bien, malgré un contenu un peu fouillis. A lire si vous aimez les documentaires dessinés.

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Note : 12/20