Ralph Azham, T2 : La mort au début du chemin – Lewis Trondheim

ralphazham2


Titre : Ralph Azham, T2 : La Mort au Début du Chemin
Scénariste : Lewis Trondheim
Dessinateur : Lewis Trondheim
Parution : Août 2011


« Ralph Azham » est une série de fantasy créée par Lewis Trondheim sur le mode de « Donjon ». L’univers est quasi-identique. Il est étonnant de voir Trondheim se lancer dans une série si proche de celle qu’il avait initiée avec Sfar. La publication chez Dupuis (et en prépublication chez Spirou Magazine) explique peut-être cela.

Le tome 2, « La mort au début du chemin », fait suite à l’introduction. On suit toujours l’histoire de Ralph, un élu puisque ses cheveux devenus bleus. On le retrouve en voyage avec ses autres jeunes acolytes. Evidemment, les problèmes vont se succéder à une vitesse vertigineuse ! Il faut dire que Ralph fait tout pour les attirer. Son personnage, sorte de double d’Herbert (dans Donjon) est cynique et blasé. Peut-être plus courageux et plus à même à réagir aux évènements.

Une comparaison avec « Donjon » cruelle mais inévitable

La magie devient réellement un fondamental de « Ralph Azham » dans ce tome. Ralph rencontre d’autres magiciens et les pouvoirs des uns et des autres s’étoffent, prennent de l’ampleur. Les combats sont plus impressionnants. Clairement, l’histoire démarre réellement ici même si les tenants et les aboutissants sont encore très flous. Ce qui empêche quelque peu de se lancer pleinement dans la lecture. On ressent une forme de recul sur l’histoire. Les deux premiers tomes paraissent presque indépendants et à la fin de celui-ci, on a l’impression que ce sera pareil pour le suivant. Il faut dire que les personnages du premier tome ne sont pas (encore ?) réutilisés. On démarre donc sur de nouvelles bases.

Certes la comparaison avec « Donjon » est peut-être cruelle mais elle est inévitable. Si on retrouve la qualité d’écriture de Trondheim un peu comme on retrouve un vieil ami, il n’y a cependant pas la densité et le charisme des personnages de « Donjon ». Les trouvailles sont toujours originales, bien pensées et exploitées, les dialogues toujours aussi décalés et force est de constater qu’on lit la BD d’une traite. Mais Trondheim nous a tellement habitués à l’excellence que c’est difficile d’accepter de se retrouver avec « seulement » une bonne BD dans les mains !

Au niveau du dessin, on retrouve le style reconnaissable de l’auteur. Brigitte Findakly, sa femme, s’occupe des couleurs. Il faut avouer que les teintes de l’ensemble tirent vers les couleurs froides donnant par moment une ambiance particulière à l’ensemble. « Donjon » était très chaud dans ses couleurs. Ici, c’est moins le cas.

Mon avis peut paraître un peu dur et je l’atténue quelque peu. Lors de ma première relecture, j’ai apprécié beaucoup plus l’univers de ce « Ralph Azham ». Les dialogues sont bien tournés, les idées foisonnent et l’histoire regorge de nombreux détails. Peut-être que cette série est moins typé humoristique que « Donjon ». Il s’en dégage une certaine mélancolie (notamment chez Ralph) qui peut expliquer une première impression peu flatteuse. Cependant, après deux tomes, on ne sait pas vraiment où Trondheim veut nous emmener. Attention à ne pas trop nous faire attendre !

avatar_belz_jol

Note : 13/20

Ralph Azham, T1 : Est-ce qu’on ment aux gens qu’on aime ? – Lewis Trondheim

ralphazahm1


Titre : Ralph Azham, T1 : Est-ce qu’on ment aux gens qu’on aime ?
Scénariste : Lewis Trondheim
Dessinateur : Lewis Trondheim
Parution : Mars 2011


« Ralph Azham » est une nouvelle série née de l’imagination du célèbre et talentueux Lewis Trondheim. Le premier tome intitulé « Est-ce qu’on ment aux gens qu’on aime ? » est sorti le mois dernier. Edité chez Dupuis, cet opus de format classique est composé d’une grosse quarantaine de pages. Sur un fond blanc, la couverture nous présente une galerie de personnages originaux tournant autour d’un jeune homme aux cheveux bleus et dont les mains sont attachées à un poteau. Le prix de l’ouvrage est un petit peu inférieur à douze euros.

Ralph Azham vit dans un village dans lequel il possède le statut de souffre-douleur. Toutes les occasions sont bonnes pour le punir, le torturer ou le frapper. Il faut dire que ce cher Ralph possède un pouvoir bien particulier. Il peut voir les morts et les naissances. Bref, pour lui, le quotidien est rarement rose et bien trop souvent noir et dur. Mais déjà que la vie n’est pas facile, voilà que le village va être attaqué par la Horde, une troupe sanguinaire qui pris l’habitude de terroriser les habitants…

Il faut savoir que je suis un grand fan de Lewis Trondheim. Je possède une grande partie de ses productions. Et rares sont les lectures de l’une d’entre elles qui ne m’ont pas enthousiasmé. Cela fait que la seule présence de son nom sur une couverture de bandes dessinées fait que je m’offre l’album en question. La couverture laissait sous-entendre une nouvelle immersion de l’auteur dans l’univers de « l’Héroïc Fantasy ». C’était plutôt une bonne nouvelle car son premier voyage dans le domaine a donné naissance à la grande saga « Donjon » qui est une des œuvres majeures de la dernière décennie dans le neuvième art français. J’avais donc hâte de découvrir ce cher Ralph. Pour ceux qui n’auraient pas encore la chance de connaître la magie de Trondheim, sachez qu’elle s’adresse à tous les publics. Cet album répond également à cette règle.

On frôle parfois l’indigestion.

Cet album marque le début d’une nouvelle série. Les personnages nous sont donc inconnus tout autant d’ailleurs que l’univers dans lequel ils vivent ou que les règles qui régulent leur monde. C’est un attrait toujours certain des premiers opus de séries de « Fantasy ». On est toujours à la recherche de la petite originalité qui va nous rendre ce monde si sympathique. On ne peut pas dire que cet album se démarque vraiment des habitudes du genre. L’attrait réside davantage dans le fait que Trondheim veuille jouer avec les codes du genre. Le bémol est que j’ai trouvé la trame très brouillonne. On a parfois l’impression que cela part dans tous les sens. Les informations sont nombreuses, les chemins variés. Mais au final, on frôle parfois l’indigestion. J’ai en effet eu du mal à me plonger dans le quotidien de Ralph Azham. Je suis resté spectateur parce que la porte d’entrée était peut-être un petit peu trop obstruée.

Côté personnages, Trondheim nous en offre une galerie assez fournie. Le premier d’entre eux donne le nom à la série. Il s’agit de Ralph Azham. On ressent un petit peu d’empathie pour lui. En effet, le fait que le village lui fasse porter tous les malheurs du monde avec un certain sadisme fait qu’on ne peut être que de son côté. Le fait que l’histoire se déroule dans une petite communauté fait qu’on voit rapidement graviter un nombre certain de personnages identifiables. C’est une réussite de l’ouvrage car cela nous permet quand même de visualiser assez rapidement le fonctionnement local. Je ne vous les présente pas tous parce qu’une partie du plaisir de la lecture réside dans la surprise et la découverte.

Côté atmosphère, je ne l’ai pas trouvé très prenante. Au risque de me répéter, je trouve que la narration est trop brouillonne pour rendre notre immersion totale. Je pense que structurer davantage les informations en les allégeant éventuellement aurait permis de donner davantage d’épaisseur aux personnages et ainsi de développer nos sentiments à leurs égards. Ce n’est que mon point de vue mais c’est en tout cas ce que j’ai ressenti. C’est dommage car certaines scènes sont vraiment très réussies. Trondheim démontre une nouvelle fois son talent pour faire rire en tout occasion. Certaines répliques sont remarquables de drôlerie. Néanmoins, on ne retrouve pas la densité humoristique que contiennent certains épisodes de « Donjon ».

Concernant les dessins, je les trouve remarquables. Il faut dire que je trouve le style de Trondheim très agréables. D’apparence très simple et quasiment enfantin, ils collent parfaitement au ton de l’histoire. Ils rendent la lecture aisée pour tout type de public. Pour des raisons équivalentes, les couleurs sont bien dosées. J’en profite pour signaler la qualité du travail dans ce domaine de Brigitte Findakly qui s’en est chargée dans cet opus. Le découpage des cases est classique. Chaque page est composée de quatre lignes découpées chacune en une à quatre cases. Sur ce plan-là, la lecture ne nécessite pas de gymnastique particulière.

Au final, cet opus m’a laissé un sentiment mitigé une fois terminé. Je ne peux pas dire qu’il ne m’a pas fait passer un moment agréable. J’ai souvent ri, j’ai également trouvé certains dialogues ou certaines scènes savamment tournés. Par contre, je n’ai pas eu l’envie, comme souvent avec Trondheim, de me plonger au plus vite dans l’album tout juste terminé. Peut-être en attendais-je trop ? Malgré tout, je n’ai pas passé un moment désagréable en le découvrant. Mais il n’est pas à la hauteur des séries comme « Lapinot » ou « Donjon ». Cela ne m’empêchera pas de m’offrir le prochain opus de cette série pour découvrir les nouvelles aventures de ce pauvre Ralph Azham…

gravatar_eric

Note : 12/20

Donjon Crépuscule, T111 : La fin du donjon – Lewis Trondheim, Joann Sfar & Mazan

DonjonCrepuscule111


Titre : Donjon crépuscule, T111 : La fin du donjon
Scénaristes : Lewis Trondheim & Joann Sfar
Dessinateur : Mazan
Parution : Mars 2014


 « La Fin du Donjon »… Le titre du tome 111 de « Donjon Crépuscule » est sans équivoque : c’est la fin ! La grande aventure née de l’imagination de Lewis Trondheim et Joann Sfar allait vivre à son dénouement. La lecture du tome précédent « Haut Septentrion » nous présentait un premier angle de vue sur le combat final qui concluait la saga. Mais « La Fin du Donjon » conte les événements perçus à travers Marvin et Herbert, les deux héros légendaires. Les deux auteurs ont confié les dessins à Mazan, déjà vu sur le premier épisode de « Donjon Monsters ». Sorti chez Delcourt, en mars dernier, l’album était présenté par une très jolie couverture. On y découvrait les ruines du Donjon dans lesquelles la nature reprenait le dessus. J’ai trouvé cette illustration très réussie. J’espérais que le reste de la lecture serait à la hauteur et offrirait à « Donjon » une conclusion brillante.

« Plus les îlots de Terra Amata montent, moins il y a d’oxygène. Tandis que Marvin Rouge et Zakutu tentent de protéger les objets du Destin, Herbert et le Roi Poussière sont obligés de faire allégeance à l’Entité noire afin d’obtenir le précieux oxygène. La fin du Donjon n’a jamais été aussi proche ! Mais la résistance est en marche. » Voilà le résumé offert par le site BD Gest’. A mes yeux, il présente clairement les enjeux pour tout lecteur régulier de la série.

Il est évident qu’essayer de lire cet album sans connaître les épisodes précédents est une mission impossible. Il n’y a pas de piqûre de rappel. Les auteurs plongent immédiatement dans le dur. L’histoire peut être perçue comme un spin off de « Haut Septentrion ». Il faut au moins avoir entièrement lu le cycle « Donjon Crépuscule » qui relate la fin du Donjon. Il se compose actuellement d’une dizaine d’ouvrages.

Un rythme effréné

Un des défauts que ne possède pas cet album est le fait de ne pas être habité par des temps morts. Le rythme est effréné. Les événements s’enchainent. L’action est de sortie. Mazan a un gros travail d’illustration à faire pour faire ressentir le mouvement perpétuel qui accompagne les pérégrinations d’Herbert et Marvin. Ils n’arrêtent pas de courir aux quatre coins de Terra Amata. Le trait de l’auteur traduit assez bien cette sensation de course permanente contre la montre. Le lecteur n’a jamais le temps de souffler. Néanmoins, j’apporterais un bémol. L’ensemble m’apparait brouillon. J’ai parfois eu la sensation que scénario était un cousin du diable de Tasmanie. Ce n’est pas désagréable dans l’ensemble mais cela m’a essoufflé par moment.

Le dénouement est connu dans les grandes lignes avant même la découverte de la première page. Le fait d’avoir lu le tome 110 de « Donjon Crépuscule » donne beaucoup d’informations à ce propos. Cela fait que j’ai eu du mal à me passionner pour les rebondissements qui jalonnent le trajet d’Herbert tout au long de l’histoire. Par contre, j’étais attentif à tous les moments partagés entre le palmipède et son ami dragon. Ils forment le duo central de la saga. Il était donc important de savourer les derniers temps passés à leurs côtés. J’ai regretté que cet aspect nostalgique et émotionnel soit en retrait par rapport à l’action pure. Je ne le reproche pas aux auteurs. C’est leur choix et leur œuvre. Néanmoins, je regrette que le « au revoir » soit finalement aussi brutal. Seules les trois dernières pages sont apaisées et closent l’aventure avec poésie. Parsemer le reste de l’album de ce type de pensées ou de phrases ne m’aurait pas déplu. Dans un genre très différent, je trouvais la fin de « Lapinot » bien plus intense et mieux amenée.

Pour conclure, j’ai passé un bon moment à assister à la fin du Donjon. Le plaisir que j’ai eu à retrouver Herbert et Marvin ensemble m’a fait oublier les quelques défauts que dégageait par moment la lecture. Il est indispensable pour tout adepte de la saga de s’y plonger pour boucler la boucle. Il ne me reste plus qu’à espérer qu’un jour les auteurs trouveront le temps de combler quelques trous que possède la grande Histoire du Donjon. L’espoir n’a jamais tué personne…

gravatar_eric

Note : 12/20

Donjon Crépuscule, T110 : Haut Septentrion

DonjonCrepuscule110


Titre : Donjon crépuscule, T110 : Haut Septentrion
Scénaristes : Lewis Trondheim & Joann Sfar
Dessinateur : Alfred
Parution : Mars 2014


« Donjon » est une série qui a marqué le neuvième art. Lors de sa naissance, le projet de Lewis Trondheim et Joann Sfar paraissait irréaliste. Il souhaitait conter l’histoire des habitants d’un Donjon au cours de trois époques différentes. « Donjon Potron-Minet » devait suivre la construction du Donjon, « Donjon Zénith » son apogée et « Donjon Crépuscule » sa chute. D’autres séries telles que « Donjon Monsters » ou « Donjon Parade » agrémentaient également cet univers. Depuis de nombreuses années, les tomes paraissent à un rythme effréné pour le plus grand plaisir des lecteurs. La fantasy et l’humour sont les deux caractéristiques de cette grande épopée. Chaque cycle possède sa propre identité tout en respectant la cohérence narrative. Mais ces dernières années, les nouveaux épisodes ont été plus rares. En mars dernier, sont apparus dans les rayons à ma grande surprise deux nouveaux tomes. J’eus la désagréable surprise de voir qu’ils marquaient la fin de l’aventure. Ces opus marquaient-ils la dernière touche des auteurs à leur création ou pensaient-ils un jour combler les nombreuses zones d’ombre que leur chronologie possède encore ? C’est sans réponse à ses interrogations que je me suis plongé dans « Haut Septentrion », tome 110 de « Donjon Crépuscule ».

Le site BDGest’ propose le résumé suivant des enjeux de cet album : « Tremblement sur Terra Amata. Alors que tous les îlots s’éloignent du noyau de magma et de l’atmosphère respirable, le Roi Poussière pense qu’il est temps pour lui de mourir de façon héroïque. Marvin Rouge s’accroche toujours, bon gré, mal gré et va devoir le sauver de cette idée fixe tout en trouvant un moyen de respirer. »

Des scènes de combat et de batailles. 

Trondheim et Sfar n’en sont pas à une fantaisie près. En effet, cet ouvrage doit être lu en parallèle du tome 111 intitulé « La fin du Donjon ». Chacun décrit les événements qui mènent au dénouement de l’intrigue en axant sa narration sur des angles et des personnages différents. Ma critique porte sur « Haut Septentrion » qui se centre sur le duo formé de Marvin Rouge et Zakutu. Le premier est un guerrier hystérique assoiffé de sang ou de sexe au gré de ses humeurs. La seconde est une princesse héritière au caractère trempé. Les aléas de leurs parcours respectifs les mènent au centre d’un combat dont l’issue sera définitive pour le Monde. Je me dois rapidement préciser qu’il est indispensable d’avoir une connaissance minimale des enjeux et des protagonistes de la série pour se plonger dans cette lecture. Dans le cas cadre contraire, il me semble impossible d’y comprendre quoi que ce soit.

La nature même de l’histoire fait que la majorité des planches sont des scènes de combat et de batailles. Je ne suis pas trop fan de ce type de construction parce que bien souvent certaines planches sont du remplissage. Occuper trois planches à dessiner des explosions et des duels à l’épée évite trop fréquemment de construire une intrigue et de rédiger des dialogues travaillés. Mais les deux auteurs ne tombent pas dans cette facilité. Chaque page est agrémentée de plusieurs vannes bien senties que ce soit entre les héros ou envers leurs ennemis. Le côté testostérone des derniers opus de « Donjon Crépuscule » est une nouvelle fois bien transcrit. On pourrait regretter un début un petit peu brouillon. Le fait que la série ait sauté deux ou trois tomes a pour conséquence de nécessiter pour le lecteur un temps d’adaptation à la nouvelle situation à Terra Amata. La mise en route manque un petit peu de clarté et de finesse. Néanmoins, l’affection ressentie à l’égard de cette série fait rapidement oublié ce défaut au démarrage une fois que les deux tourtereaux au sang chaud se retrouvent en amoureux pour sauver le monde.

La relation entre Marvin et Zakutu est un des points forts de ce cycle. Les deux personnages sont individuellement très réussis et ils prennent une ampleur explosive quand ils sont mis en contact. Ce tome accentue ce phénomène dans le sens où ils ne sont que tous les deux lors de leurs pérégrinations. Personne ne leur fait de l’ombre et cela leur permet de ne fixer aucune limite à leurs excès. Cela offre des moments très drôles et surtout aucun temps mort. Une fois la machine narrative enclenchée, elle ne cesse pas de s’emballer sans jamais ralentir. Même la dernière planche est réussie sur ce plan-là alors que l’issue laissait la porte ouverte à quelque chose de plus classique et traditionnel.

Les auteurs ont pris l’habitude de changer bien souvent de dessinateurs d’un album à l’autre. C’est Alfred qui se voyait confier l’illustration de ce combat final. Il s’en sort correctement et reste globalement fidèle à l’identité graphique de la saga. Malgré tout, il ne s’agit pas de l’artiste dont j’ai préféré le travail sur la série. Son trait manque de finesse et de précision à mes yeux. C’est dommage car les scènes sont rythmées et denses. Il m’apparaît donc important de se montrer soigné et appliqué pour permettre au lecteur à la fois de s’immerger dans des décors en changement permanent tout en comprenant dans les moindres détails les événements qui s’y déroulent. Par contre, je n’ai rien à dire sur le travail des couleurs qui correspondent parfaitement aux attentes générées.

Pour conclure, cet opus conclut honorablement le cycle. C’est d’ailleurs plus dans l’évolution des deux personnages principaux que dans l’issue du combat final que réside l’attrait de la lecture. Il est évident que certains moments concernant Herbert sont nébuleux dans cet album. Mais je ne doute pas que « La fin du Donjon » éclaircira tout cela. Mais c’est une autre histoire…

gravatar_eric

Note : 14/20


 

Bone, T2 : La grande course – Jeff Smith

bone02


Titre : Bone, T2 : La grande courses
Scénariste : Jeff Smith
Dessinateur : Jeff Smith
Parution : Avril 1996


 « Bone » est certainement l’une des séries que j’ai le plus appréciées. De part son côté transatlantique, c’est aussi l’un des rares comics qui peuple ma bibliothèque. Le premier tome nous avait présenté les trois Bone : Fone, le rêveur sentimental, Smiley qui sourit tout le temps mais fait preuve d’un QI limité et Phoney, irascible et toujours prêt à arnaquer le monde. Perdus en plein désert, ils avaient découvert la vallée et ses habitants. Le deuxième tome fait honneur à la grande course de vaches… Le tout est publié chez Delcourt.

Nous retrouvons donc Thorn, la jolie fille et Fone, son soupirant en plein marché. C’est la foire et leurs aventures semblent terminées. Les Bone doivent retourner à Boneville dans deux jours. C’était sans compter sur Phoney qui espère truquer les paris de la course avec une vache mystère. Cette vache serait capable de concurrencer Mamie Ben (qui court avec les vaches…). On voit tout de suite que l’humour est bien présent dans cette série. Cette dernière a le mérite de mélanger plein de styles : aventure, héroïc-fantasy et humour. Ce deuxième tome est certainement l’un des plus légers de la série. Tous les personnages sont présents au même endroit, ce qui laisse la place à de succulentes situations. Et bien évidemment, à la fin de l’ouvrage, les Bone ne sont toujours pas rentrés…

Un mélange improbable

« Bone » est un mélange assez improbable qui permet à l’auteur de créer une œuvre originale et pleine de personnalité. Ainsi, nous ne savons pas vraiment ce que sont ces Bone, aux traits ronds et au nez énorme. Et visiblement, ça ne choque personne. Ces derniers discutent avec les animaux ou les humains indifféremment. Et au milieu de tout cela, un dragon apparaît régulièrement… C’est la magie de « Bone » ! Les personnages sont vraiment bien écrits, à l’image de ces deux rat-garous qui se disputent pour savoir s’il faut manger Fone Bone en ragoût ou… en quiche !

Ce tome est certainement l’un des plus brillants que Jeff Smith ait écrit. Il se situe à un moment critique. Le ton reste léger, mais déjà les zones d’ombres commencent à se dégager. Les pièces du puzzle s’emboîtent sans que l’on sache vraiment vers où tout cela va nous mener.

Concernant le dessin, je mets un point d’honneur à lire la version en noir et blanc (colorisée depuis). Le trait tout en rondeur de Jeff Smith est une vraie splendeur. On ressent le pinceau glisser sur la feuille ! Le traitement du noir et blanc est splendide et le mélange des styles (réaliste et cartoon) fonctionne parfaitement. Du grand art !

Ce tome est une véritable merveille. Difficile de ne pas tomber amoureux de cet univers, tant il nous rappelle notre enfance sans nous traiter pour autant comme des enfants. A ce stade, Jeff Smith tient déjà son chef d’œuvre et il confirmera pas la suite tout son talent.

coupdecoeur_new

avatar_belz_jol

Note : 19/20

Bone, T1 : La forêt sans retour – Jeff Smith

bone1


Titre : Bone, T1 : La Forêt Sans Retour
Scénariste : Jeff Smith
Dessinateur : Jeff Smith
Parution : Septembre 1995


Il y a des jours où des circonstances particulières vous font découvrir des pépites. Des jours où l’on découvre « Bone » et où d’un coup, plus rien n’est pareil. Et pourtant, rien ne m’avait préparé à un pareil choc tant j’avais pris ce comics à la bibliothèque par simple curiosité et envie d’étendre ma culture des comics américains…

« Bone » est une série de comics faisant intervenir les bones, des êtres mi-humains, mi-animaux tout en rondeurs. Cette série compte 11 tomes (ou 9 selon l’édition originale). « La forêt sans retour » est le nom du premier opus.

Ils sont trois cousins, très différents. Fone Bone, le héros, est naïf, honnête, sensible, romantique… Il est aussi dépourvu de tout signe distinctif (et tout nu !). De quoi pouvoir parfaitement s’identifier à lui ! Phoney Bone est lui irascible, malhonnête et toujours prêt à faire un mauvais coup. Il était le bone le plus riche de Boneville grâce à ses nombreuses arnarques. Pour les monter, il utilise souvent Smiley Bone grand et souriant, mais un peu bête sur les bords.

L’histoire commence alors que les trois bones ont été chassés de Boneville à cause d’une nouvelle malversation de Phoney Bone. Ses cousins l’aident à échapper à l’ire populaire. Les voilà perdus dans le désert. Une attaque de criquets va alors rapidement les séparer. On suit le périple de Fone Bone découvrant une vallée encaissée et sa forêt. Il va alors s’y retrouver bloqué pour l’hiver et va essayer de retrouver ses cousins.

Un patchwork incroyable d’influences

La force de « Bone » est de ne rien dévoiler trop vite. On commence par découvrir les bones, ne sachant trop s’ils sont une représentation des humains ou pas. Puis on découvre que les bones peuvent parler avec certains animaux. Puis des monstres apparaissent. Puis des humains. Et ainsi de suite. La complexité et la féérie du monde de Jeff Smith est révélée au compte-goutte, l’auteur prenant le temps de nous immerger petit à petit dans son univers. Et quel univers ! Car sous ses aspects enfantins indéniables, il y a une noirceur persistente dans cette BD. L’humour est également omniprésent et souvent complètement absurde (à l’image de Mamy qui fait des courses contre les vaches…). C’est un patchwork incroyable d’influences, de Disney jusqu’à Tolkien.

L’histoire est très prenante bien que dans ce premier tome, il ne se passe pas tant de choses que ça. On découvre cette vallée en même temps que Fone Bone. Jeff Smith n’hésite pas à passer des pages entières à faire descendre Fone vers la vallée, mais à aucun moment on ne s’ennuie.

Le dessin est largement à la hauteur du propos. Etonnamment, il est dans un noir et blanc pur (pas de trames ou de niveaux de gris). Etant donné l’aspect enfantin du trait, la couleur paraissait un choix évident. Mais le noir et blanc apporte justement la noirceur qui donne toute sa force à « Bone ». La forêt la nuit est des plus angoissantes avec ces aplats de noir. De plus, le trait de Jeff Smith est incroyable et il aurait été dommage de l’atténuer par de la couleur. Je suis tombé amoureux de ses courbes au pinceau. La souplesse et les courbes des bones, associés à une expressivité incroyable des personnages m’ont séduit plus que de raison. Car Jeff Smith mélange les styles allègrement pour les besoins de son histoire. Les bones font partie d’un style très cartoon, enfantin, naïf, alors que Thorn est dessinée de façon réaliste. Mamy sera elle dans un style proche de la caricature, et les rat-garous appartiennent à l’univers du cauchemar. Cette faculté à manier et mélanger les styles, tant narratifs que picturaux, est unique. C’est vraiment un plaidoyer contre le cloisonnement des genres.

Au final, ce premier tome de « Bone », introduction à l’univers de Jeff Smith, m’a particulièrement séduit. Même s’il s’adresse à des adultes par son double degré de lecture, il est évident qu’il parlera d’avantage aux grands enfants, qui ont su garder une part d’imaginaire et de magie en eux (à la manière d’un Toy Story). Je suis sorti de ma lecture joyeux, ému et nostalgique. Une véritable révélation.

coupdecoeur_new

avatar_belz_jol

Note : 19/20