Atar Gull, ou le destin d’un esclave modèle – Fabien Nury & Brüno

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Titre : Atar Gull, ou le destin d’un esclave modèle
Scénariste : Fabien Nury
Dessinateur : Brüno
Parution : Octobre 2011


J’ai eu le plaisir que l’on m’offre dernièrement la bande-dessinée « Atar Gull, ou le destin d’un esclave modèle ». Non seulement le scénario est tenu par Fabien Nury, qui m’a déjà convaincu avec ses séries « Je suis légion » et « Il était une fois en France », mais le dessin est réalisé par Brüno, dont le travail m’a été loué de nombreuses fois. Avec cet ouvrage, j’espérais découvrir le travail de cet auteur en vogue. Ce livre est un one-shot d’un peu plus de 80 pages et est inspiré d’un roman d’Eugène Sue. N’ayant pas lu ce roman, j’éviterai toute comparaison entre l’œuvre originale et son interprétation en BD.

Atar Gull est fils de chef de la tribu des petits Namaquas en Afrique. La guerre avec les grands Namaquas fait rage et des hommes sont faits prisonniers. Toute la tribu pleure sauf lui. Atar Gull déclare alors que jamais il ne pleurera… La BD est articulée selon deux livres : « La traversée » et « La plantation » auxquels s’ajoutent un prologue et un épilogue. Comme on parle ici d’un esclave, il va sans dire Atar Gull va se faire capturer par les grands Namaquas. Au lieu de manger leurs prisonniers, ils ont depuis appris à les vendre aux blancs…

Aucun manichéisme : chaque personnage a ses raisons d’agir.

Le propos développé ici est particulièrement sombre. L’esclavage n’est pas un sujet facile et Nury le traite ici sans manichéisme. L’armateur qui procède au commerce du bois d’ébène est animé par des intentions simples : pouvoir gagner assez d’argent pour rejoindre sa femme. C’est une des caractéristiques fortes de Fabien Nury : ses personnages ont souvent des bonnes raisons d’agir. Le tout commence donc par la traversée de l’Atlantique où les auteurs développent une vraie histoire de pirates. Le rôle d’Atar Gull est ainsi très mineur. Il est seulement la plus belle pièce de la marchandise, un « Mandingo ».

L’arrivée aux Amériques change le tout. Atar Gull est vendu et travaille dans une plantation aux ordres du maître Wil. C’est vraiment à ce moment-là que l’on perçoit toute la force du scénario. En effet, les évènements avancent, souvent terribles, et les motivations d’Atar Gull nous sont toujours inconnues. On ne le comprend pas vraiment. Cependant, derrière toute cette cruauté, présente à tous les instants, on arrive à être ému. Du grand art…

Au niveau du dessin, j’avoue que le style de Brüno m’a un peu gêné au départ. Son trait est épais, sans concession, avec des aplats noirs importants, notamment dans ses visages. D’apparence simple, son dessin se révèle bien plus complexe et intéressant une fois que l’on est habitué. « Atar Gull » est aussi une bande-dessinée marquante graphiquement. Dans les moments forts, Brüno sait donner à son dessin la construction et le style qui fera réagir le lecteur. Un très bon dosage dans l’intensité. Le tout est colorisé par aplats très simples, sans ombre. Le tout renforce le style de Brüno, très brut. Les couleurs sont bien utilisées, renforçant l’atmosphère de chaque lieu ou moment.

« Atar Gull » est clairement dans le haut du panier de la bande-dessinée actuelle. Avec un scénario original et surprenant, des personnages hauts en couleur et un dessin exigeant et marquant, on sent qu’aucune concession n’a été faite. Les auteurs accouchent d’un ouvrage avec une personnalité forte. A découvrir absolument.

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note5

Le chant du cygne, T1 – Xavier Dorison, Emmanuel Herzet & Cédric Babouche

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Titre : Le chant du cygne, T1
Scénaristes : Xavier Dorisaon & Emmanuel Herzet
Dessinateur : Cédric Babouche
Parution : Août 2014


J’ai toujours eu beaucoup de plaisir à m’immerger dans un univers né de la plume de Xavier Dorison. L’ésotérisme de Le Troisième Testament, l’angoisse de Sanctuaire ou le western fantastique de W.E.S.T m’ont permis de vivre des moments de lecture envoûtants. Depuis, je suis donc toujours aux aguets de toute nouvelle parution portant le nom du célèbre scénariste. J’ai donc accueilli avec curiosité l’apparition dans les librairies il y a presque un an du premier tome de Le Chant du Cygne. Cet ouvrage est édité chez Le Lombard dans la collection Signé. Le premier contact visuel est un bonheur. La couverture est splendide. On y découvre un groupe de soldats. Ils apparaissent en quête d’un moment de calme. Les traces de sang sur leurs vêtements témoignent que la guerre n’est pas loin. Les couleurs dans les tons verts font de ce décor forestier un havre de paix improbable. Mis en perspective avec le titre de l’album, cette atmosphère incite fortement à se plonger dans la lecture.

La quatrième de couverture pose les jalons de la trame avec les mots suivants : « Avril 1917. Alors qu’ils reviennent d’une offensive aussi vaine que meurtrière sur le Chemin des Dames, les survivants de la section du lieutenant Katzinski rencontrent un soldat qui leur confie une pétition signée par des milliers de poilus. Il y a là de quoi renverser le gouvernement pour en finir, enfin, avec les boucheries inutiles. Seulement, pour ça, il faut aller à l’Assemblée nationale… Et jusqu’à Paris, le chemin promet d’être long. »

Des poilus en mission.

LeChantDuCygne1bL’histoire se déroulera sur deux tomes. Ma critique d’aujourd’hui porte donc sur la première partie du diptyque. La seconde est prévue pour la rentrée. Le début nous fait découvrir le quotidien des tranchées. Nous sommes ici en première ligne au côté du sergent Sabiane. Le personnage est imposant : grand comme un homme et demi, le crâne rasé et des moustaches rousses et massives. Il s’agit d’un personnage charismatique qui ne laisse pas indifférent. Un petit peu bourru, il est un chef juste et respecté à la fois par ses hommes set sa hiérarchie. Il est un atout important pour l’intrigue. Le lecteur s’attache immédiatement à ce bonhomme qui occupe l’espace.

Au bout d’une petite quinzaine de pages, un événement va changer la vie de cette bande de soldats comme tant d’autres. Larzac, un des poilus, se voit remettre une pétition qui circule sous le manteau. Elle dénonce certains agissements des gradés. Il s’agit d’une bonne à retardement politique auxquels les dirigeants français ne pourraient survivre. Néanmoins, elle n’a de valeur qu’une fois à Paris. Apparaît donc un dilemme pour la petite communauté. Mener le document à bon port est un acte de solidarité et de bravoure pour leurs pairs mais cet acte sera perçu comme de la traîtrise par les pontes de l’armée française. Que faire ? Etre résistant et héros n’est pas si évident quand la situation se présente. C’est de tout cela que traite cet album.

LeChantDuCygne1cLes deux derniers tiers de l’ouvrage nous content les pérégrinations dangereuses vécues par le petit groupe. Il va sans dire que leur trajet vers la capitale n’est pas une sinécure. Ils sont en permanence sur le qui-vive. Des décisions compliquées sont à prendre. Aucun ne peut sortir indemne de telles épreuves. La bande se compose de sept membres. Chacun apporte son écot à l’intrigue. Evidemment, tous n’ont pas la même importance. Chacun n’influe pas de la même manière sur les événements. Par contre, aucun n’est négligé ou inutile. Je suis facilement attaché à ce petit monde qui se trouve à gérer une situation qui les dépasse. Pour construire ce scénario dense et captivant, Xavier Dorison s’est associé à son collègue Emmanuel Herzet dont je découvre ici la qualité du travail.

Concernant les illustrations, elles sont le fruit de la plume de Cédric Babouche. De manière évidente, son trait offre une identité graphique forte à l’album. De la couverture à la dernière planche, le talent du dessinateur transpire de chaque planche. Je trouve le travail sur les couleurs splendide. La particularité est de ne marquer quasiment aucune rupture chromatique entre les personnages et les décors. Cette porosité rend parfois certains pages difficiles à lire. Elle nécessite une plus grande attention pour en saisir toute la finesse et tous les aspects. Néanmoins, cela reste un tout petit bémol en comparaison des nombreux atouts générés par le coup de crayon de Babouche.

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Pour conclure, cet opus est de grande qualité. Je me suis passionné pour les aventures de ses poilus en mission. L’intrigue est remarquable. Elle enchaîne les événements à rythme effréné et attise en permanence notre attention. L’ensemble reste suffisamment imprévisible pour que nous soyons toujours pressés de connaître la suite. J’attends donc avec impatience que le second tome apparaisse dans les rayons pour découvrir l’issue de ce dangereux périple…

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note4

Les guerres silencieuses – Jaime Martin

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Titre : Les guerres silencieuses
Scénariste : Jaime Martin
Dessinateur : Jaime Martin
Parution : Août 2013


Jaime Martin reste devant une page blanche. Il n’a aucune idée de scénario pour son prochain projet de bande-dessinée. Et son animosité pour les autres ne l’aide pas. Un repas de famille va le débloquer. Alors que son père ressasse une nouvelle fois son service militaire au Maroc, Jaime Martin en profite pour récupérer les carnets de son géniteur et de voir s’il y a matière à faire quelque chose avec. Cela aboutira sur « Les guerres silencieuses », un pavé de 150 pages paru chez Dupuis, dans la collection Aire Libre.

Le livre se situe sur trois niveaux : le service militaire proprement dit, la vie sous la dictature de Franco et l’époque contemporaine, où Jaime Martin se pose des questions sur l’intérêt du projet. Il aurait été dommage de ne pas traiter le quotidien des espagnols des années 50/60, car cela se révèle très intéressants, même si l’auteur insiste sur les rapports garçon/fille. Comment et pourquoi se marier, sous Franco, c’est assez codifié.

Une jeunesse pendant le régime franquiste.

LesGuerresSilencieuses1Le cœur du sujet reste cependant le service militaire. Perdus au Maroc, dans une guerre plus ou moins cachée par le gouvernement, les jeunes espagnols se retrouvent démunis en plein désert. Outre les habituels brimades et rapports de force, propres à toutes les armées, c’est ici les problèmes d’alimentation qui sont au cœur du sujet. Mal ravitaillés, les soldats crèvent de faim et toutes les combines sont bonnes pour mieux manger.

Jaime Martin retranscrit admirablement cette ambiance militaire. Même si c’est déjà vu, tant au cinéma qu’en bande-dessinée, le livre se dévore et on tremble pour les personnages. Le tout n’est pas idéalisé dans les rapports humains et sonne juste. Cependant, après avoir été passionné par le bouquin, le lecteur ne peut s’empêcher d’être frustré par cette fin abrupte qui apparaît soudain sans crier gare. Et à la fermeture du bouquin, un sentiment d’inachevé persiste. Il est assez clair que Jaime Martin a écrit ce livre avant tout pour lui puisque c’est l’histoire de ses parents qu’il raconte. Les passages contemporains sont, pour nous lecteurs, assez lourds et inutiles. Ainsi, les questionnements de Martin sur l’intérêt de son livre ne sont pas pertinents. Dans le pire des cas, cela déprécie son travail lorsqu’il estime faire un livre de plus sur l’armée.

Au niveau du dessin, c’est pour moi une révélation. Je ne connaissais pas Jaime Martin et j’aime beaucoup son trait. Il possède un dessin semi-réaliste très réussi. Les couleurs sont au diapason, proposant trois ambiances comme chaque époque et lieu traversés. La narration est fluide et les 150 pages se dévorent tant on est lancé sur des rails. Du beau travail !

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« Les guerres silencieuses » laisse un goût d’inachevé. J’étais captivé et impressionné par ma lecture, mais la fin du livre m’a déçu. Trop abrupte, trop personnelle, elle laisse un peu le lecteur de côté. Mais il serait dommage de passer à côté de ce livre, qui traite d’une guerre dont personne n’a entendu parler, et d’un régime franquiste qui ne laisse nulle place à la romance !

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note4

Le troisième testament, Julius, T4 : Livre IV – Alex Alice & Thimothée Montaigne

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Titre : Le troisième testament, Julius, T4 : Livre IV
Scénariste : Alex Alice
Dessinateur : Thimothée Montaigne
Parution : Avril 2015


« Le Troisième Testament » est, à mes yeux, un monument du neuvième art. Sa dimension ésotérique développée dans cette époque médiévale est envoutante. De plus, la richesse du scénario mis en valeur par un dessin soigné et précis fait que chaque nouvelle lecture de cette série est un plaisir. La naissance il y a cinq ans d’une nouvelle branche à ce solide chêne qu’était cette saga m’a ravi. En effet, apparaissait dans les rayons de librairie le premier tome de « Le Troisième Testament – Julius ». Son intrigue était bien antérieure à celle du Comte de Marbourg. Néanmoins, la perspective de découvrir la vie de Julius ne pouvait pas laisser indifférent un adepte de l’histoire scénarisée par Xavier Dorison.

Julius4a« Le Troisième Testament… Le livre ultime de la parole de Dieu. Au cœur des légendes médiévales qui entourent ce manuscrit, le nom d’un prophète oublié : Julius de Samarie. Son histoire s’est perdue dans les brumes du temps… jusqu’à aujourd’hui. » Voici les mots que nous pouvons lire sur la quatrième de couverture. Ce prophète occupe une place non négligeable dans la tétralogie initiale. Néanmoins, cette nouvelle aventure peut se lire de manière complètement indépendante. Il n’est pas nécessaire d’avoir suivi les pérégrinations de Conrad de Marbourg pour profiter pleinement de cette nouvelle histoire. Toute personne attirée par les intrigues mystiques à l’époque de la toute-puissance romaine devrait se laisser charmer par le destin de Julius…

Ma critique d’aujourd’hui porte sur le quatrième épisode de la série. Il s’agit du dernier en date. Il est paru chez Glénat en avril dernier. Le scénario est l’œuvre d’Alex Alice et les dessins comme pour les deux opus précédents sont le fruit du travail de Thimothée Montaigne. Il est évident que se plonger dans ce tome sans avoir lu les trois premiers me semble complexe. L’intrigue se construit autour d’un long voyage. Il est dommage de prendre le train en route. Certaines informations primordiales vous auraient échappé.

Julius4bL’intrigue se construit autour du Sar Ha Sarim. Il est perçu par son peuple comme le Messie. Il entame un voyage vers l’Orient pour ouvrir les portes du Royaume des Cieux. Il entame un long périple avec un petit groupe de disciples. Son trajet se clôt à la fin de l’album précédent. Proche du but, il arrête sa quête et décide de revenir sur ses pas en Judée. Il se sert de son aura pour unifier les rebelles et libérer son peuple de l’oppression romaine. Pendant ce temps, Julius, son ami est retourné dans la montagne à la recherche de la révélation…

Une rupture d’atmosphère.

Jusqu’alors, toute l’histoire s’était construite autour d’un petit groupe de personnes qui parcourait les routes. La narration était assez linéaire. Les embûches se succédaient. Les moments de doute étaient nombreux. Bref, cette aventure était une succession d’épreuves. La construction scénaristique faisait que le lecteur se laissait aisément porté par cette mission. En effet, l’empathie dégagée par cette communauté permettait à la curiosité d’être entretenue.

Ce « Livre IV » marque une rupture d’atmosphère. Le héros n’est plus en recherche divine. Il est retombé dans son costume humain. Il mène une guerre. Il est complètement possédé par sa volonté de vaincre. Il n’est plus un guide spirituel mais un général d’armée. L’évolution est bien montrée. Le personnage que nous connaissions jusqu’alors semble avoir disparu. Il a laissé place à une machine à tuer. Je trouve intéressant cette évolution. Elle chamboule la routine agréable dans laquelle le lecteur était blotti. Malgré tout, l’ouvrage en lui-même n’est pas un condensé de rebondissements. Il se décline davantage comme une fuite en avant.

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Le personnage de Julius est moins présent dans les planches de ce quatrième tome. Néanmoins, l’issue de son voyage est centrale dans l’évolution de la trame. Chacune de ses apparitions est un moment fondamental de la lecture. Les dernières pages sont dans ce domaine un modèle du genre. Le lecteur sent l’Histoire en train de s’écrire. La dimension divine de sa quête prend ici tout son sens. La progression de son personnage depuis le premier épisode est passionnante. Il s’agit d’une belle réussite.

Toute cette aventure est mise en valeur par le trait de Thimothée Montaigne. Il confirme le talent mis en lumière précédemment. Je trouve vraiment remarquable sa capacité à faire exister des lieux et les protagonistes qui s’y trouvent. Ils alternent les points de vue et les différents plans pour offrir un dynamisme intéressant dans la lecture. Ce travail permet une immersion très forte du lecteur dans un monde et une époque difficiles. Les couleurs de François La Pierre subliment l’ensemble.

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Au final, ce « Livre IV » offre une suite sérieuse au destin de Sar Ha Sarim. Je regrette la faible présence de Julius tant son rôle est le plus intéressant de la saga. En tout cas, la lecture a été suffisamment plaisante pour que je me plonge à nouveau dans la série initiale. Suivre à nouveau les pas du Comte de Marbourg me permettra de supporter plus aisément l’attente de la parution du « Livre V ».

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note4

Le Troisième Testament, Julius, T3 : La révélation, 2/2 – Alex Alice & Thimothée Montaigne

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Titre : Le Troisième Testament, Julius, T2 : La révélation, 1/2
Scénariste : Alex Alice
Dessinateur : Thimothée Montaigne
Parution : Octobre 2013


Le troisième testament est une série qui a marqué le neuvième art des vingt dernières années. Cette saga ésotérique est un véritable petit bijou d’aventure médiévale. Il y a  deux ans, j’ai eu l’agréable surprise de découvrir qu’un prequel des aventures de Conrad de Marbourg allait apparaître dans les rayons de librairie. Il s’intitulait Le troisième testament, Julius. Le scénario est l’œuvre d’Alex Alice, déjà présent dans l’histoire originale. Par contre, il ne charge plus des dessins qu’il a confiés à Thimothée Montaigne. Le seul contact que j’avais avec son œuvre était son travail sur les couleurs dansLong John Silver.
L’histoire ne se déroule pas au Moyen-Age. En effet, c’est en Judée dans les premières années du premier millénaire que nous découvrons de nouveaux personnages. Ma critique porte sur le troisième opus de cette nouvelle aventure. Il s’intitule La révélation 2/2 et sa parution date du treize novembre dernier. La quatrième de couverture nous présente l’intrigue avec des mots choisis : « Le livre ultime de la parole de Dieu. Au cœur des légendes médiévales qui entourent ce manuscrit, le nom du prophète oublié : Julius de Samarie. Son histoire s’est perdue dans les brumes du temps… jusqu’à aujourd’hui. »
 
Suivre l’appel qui résonne en lui.
 
La narration se construit autour d’un voyage hors du commun. En effet, un esclave juif a commencé un long périple depuis la Judée. Il suit un appel qui résonne en lui et qui mène vers l’Orient. Ses disciples le reconnaissent comme le frère du Christ. Sa quête doit le mener vers le Troisième Testament qui ouvrira les portes du Royaume des Cieux. Pour cela, il est accompagné d’un petit groupe de personnes dont l’un d’eux est Julius, ancien général romain déchu.
Le premier tome présentait les personnages et les enjeux de l’intrigue. Le deuxième marquait le début d’une longue marche qui menait entre autre la petite communauté à découvrir les jardins de Babylone. L’ouvrage se lisait avec plaisir mais je regrettais que son déroulement soit trop linéaire. Les protagonistes se contentaient finalement de marcher toujours vers l’Est sans réels rebondissements. J’espérais donc que le rythme de ce nouvel acte soit plus saccadé et me permette ainsi de vivre des moments de lecture plus intenses.
Les premières pages me plongent à nouveau au côté du groupe et de sa quête prophétique. La recette me semble donc proche de celle de l’opus précédent. La première étape des voyageurs s’avère être le jardin d’Eden. Nous sommes loin d’une végétation maîtrisée à l’esthétique éblouissante. En effet, il s’agit d’une forêt vierge dont chaque arbre et chaque liane semble cacher un danger certain. L’atmosphère ressemble à celle que j’ai ressentie en suivant des aventures bédéphiles en Amazonie dans Long John Silver ou Conquistador. J’apprécie toujours beaucoup cette sensation moite, oppressante et angoissante que dégage toujours cette végétation dense et sauvage.
D’ailleurs, c’est ici que naîtra les premiers doutes dans la foi qui accompagne cette quête. Cela rend la lecture plus intense. Les personnages deviennent plus humains maintenant qu’apparaissent leurs faiblesses et leurs doutes. Dans l’épisode précédent, ils étaient des disciples trop parfaits. Cela m’avait empêché de m’intéresser réellement à eux. Je ressentais peu d’empathie à l’égard de personnes dont la seule qualité était de suivre aveuglément un messie. Mais maintenant, la dimension extrême et compliquée de leur tâche met à l’épreuve leur dévotion. Cela me les a rendus attachants. Je m’émeus des dilemmes qui les abritent, des souffrances qu’ils essaient de surmonter.
Cela génère une intensité croissante tout au long de l’album. Le bémol dû à une linéarité excessive qui habitait le deuxième album a ici disparu pour mon plus grand plaisir. Il en résulte un suspense certain quant à l’issue de l’aventure et au devenir de chacun des membres de la communauté. La conclusion de l’album est réussie à ce niveau-là. Elle n’est pas prévisible et a attisé ma curiosité jusqu’à la dernière planche qui présente une ouverture passionnante pour le prochain acte.
Comme dans le tome précédent, je suis tombé sous le charme du trait de Thimothée Montaigne. Son style m’a séduit dès la première planche. Le travail est précis et détaillé. Chaque image est travaillée. Que ce soit les personnages ou les décors, tout est habité d’une profondeur qui a facilité et accéléré mon immersion dans les pas des héros. La première page offre une gestion des lumières qui est un modèle du genre. J’ai tout de suite eu l’impression de bivouaquer avec le groupe pendant que l’orage grondait à l’extérieur. La pluie, la forêt vierge, la montagne, le désert… Tout est retranscrit avec la même justesse. Bref, cet album est un petit bijou graphique.
Au final, je trouve cet opus très réussi. Je le trouve plus intense et dramatique que le précédent. Le scénario est toujours solidement construit et les illustrations sont de toute beauté. Les auteurs sont arrivés à maintenir ma curiosité quant au devenir de ses héros. C’est le gage d’une certaine qualité tant bon nombre de séries ont tendance à voir leur intérêt s’étioler après des premiers tomes réussis. Il ne me reste donc plus qu’à attendre la parution du prochain épisode. Mais cela est une autre histoire…
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Le Troisième Testament, Julius, T2 : La révélation, 1/2 – Alex Alice & Thimothée Montaigne

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Titre : Le Troisième Testament, Julius, T2 : La révélation, 1/2
Scénariste : Alex Alice
Dessinateur : Thimothée Montaigne
Parution : Novembre 2012


Le démarrage du spin-off du « Troisième Testament », nommé « Julius », m’avait à la fois plu et déçu. La comparaison avec la série initiale était à son désavantage, mais la qualité était quand bien même au rendez-vous. Pour ce deuxième tome, intitulé « La révélation – 1/2 » (un diptyque dans une série ?), le dessinateur a déjà changé, Robin Recht laissant la place à Thimothée Montaigne. Ce dernier avait officié dans une série clone du « Troisième Testament »   intitulé « Le cinquième évangile » (qui au passage, change aussi de dessinateur). De plus, Xavier Dorison ne persiste dans cette série que comme initiateur du « concept original ». Bref, j’avoue que je n’étais pas très rassuré quand j’ai ouvert cette bande-dessinée.

La nouvelle série, censée pouvoir être lue sans connaître la série originale (ce que je déconseille fortement), présente l’histoire du Sar Ha Sarim, un nouveau messie pour les chrétiens, quelques décennies seulement après la venue du Christ. A côté de lui, Julius, un général romain déchu qui le pousse à s’armer et à repousser les Romains de Judée. Hélas pour lui, le Sar Ha Sarim est adepte de la non-violence et décide de partir seul vers l’orient où il sent un appel. Malgré tout, un petit groupe disparate de soldats et théologiens l’accompagnent. Quand à Julius, parfaitement athée, il n’est là que pour pousser le nouveau messie à abandonner sa quête.

« Julius » reprend un peu le principe de la série. On voyage dans des lieux incroyables, soit par leur beauté (Rome, Babylone), soit par leur terrifiante nature (désert de seul, mine de soufre). Ainsi, les ambiances changent beaucoup. Après deux tomes, l’histoire n’a pas encore réellement avancé et semble démarrer réellement à la fin de ce deuxième opus où le côté épique de la saga reprend ses droits.

Du mal à accrocher aux personnages.

Force est de constater que le suspense commence à se faire sentir. La Mort rôde et l’Apocalypse semble se préparer au bout du chemin. Je trouve assez fort que l’on soit pris autant par une forme de suspense alors que la fin est connue (pour ceux qui ont lu la série originelle bien sûr). En cela, les auteurs font bien monter la pression.

Malgré toutes les qualités du scénario, je garde un part de déception que j’ai du mal à écarter. Je pense avoir du mal à accrocher aux personnages. Le messie reste un peu trop messie et Julius ne m’est absolument pas sympathique. Je pense que c’est là-dessus que j’achoppe vraiment dans cette série. On est très loin de Marbourg et Elisabeth, même la relation entre les deux s’étoffe dans ce tome.

Au niveau du dessin, le changement se ressent dès les premières pages. Thimothée Montaigne a un trait plus épais que son prédécesseur. Le dessin est remarquablement rendu. Les personnages sont très expressifs et leur caractère se lit sur leur visage. Et que dire des paysages ? Montaigne nous gratifie régulièrement de grandes cases panoramiques splendides. Pour cela, le changement de dessinateur n’est pas du tout synonyme de baisse de qualité, même si j’avoue regretter toujours ce genre d’évènement. En tout cas, Montaigne avait déjà prouvé dans « Le cinquième évangile » son talent, il le confirme ici.

Au final, cette « Révélation 1/2 » continue sur la lancée du premier tome. La fin relance le suspense et l’intérêt. Si bien que l’on n’attend qu’une chose : que cette révélation nous arrive enfin dans les mains !

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Le Troisième Testament, Julius, T1 : Livre I – Alex Alice, Xavier Dorison & Robin Recht

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Titre : Le Troisième Testament, Julius, T1 : Livre I
Scénaristes : Xavier Dorison & Alex Alice
Dessinateur : Robin Recht
Parution : Septembre 2010


Une série à succès est-t-elle condamnée à accoucher d’un spin-off ? Après un succès amplement mérité, « Le Troisième Testament » revient pour un nouveau cycle. Cette série racontait la quête de ce fameux troisième testament qui aurait été caché par un certain Julius de Samarie. Ce nouveau cycle doit donc nous raconter comment Julius s’est retrouvé avec ce présent divin et quelle a été son histoire. Quelques changements sont à prévoir cependant dans l’équipe : Xavier Dorison prend de la distance sur la série et Robin Recht prend les rênes au dessin à la place d’Alex Alice qui reste au scénario, au storyboard et… à la couverture.

Une quête de rédemption.

Grosse appréhension pour le lecteur fan de la série originelle que je suis. Mais « Julius » doit être pris avant tout comme une histoire à part. En effet, la période historique n’est pas du tout la même (l’Antiquité contre le Moyen-Âge), ainsi que le lieu (le Proche-Orient contre l’Europe). Julius est général romain, porté en triomphe au début de l’ouvrage dont on va assister à la chute brutale et immédiate (tel Conrad). Comme dans la première série, c’est donc une quête de rédemption à laquelle on va avoir affaire. Ainsi, Julius est cruel, ambitieux, cupide et athée. Son contact avec un rabbin juif/chrétien va bouleverser sa vision des choses et l’amener à s’humaniser. Ceux qui connaissent le contenu des fameux rouleaux du voyage de Julius de Samarie savent déjà comment l’histoire se terminera…

Il faut bien avouer que les 80 pages de l’ouvrage se lisent d’une traite. 60 ans après la venue du Christ, les Chrétiens font peur à Julius. Leur secte prône la non-violence et ils sont prêts à mourir pour leur foi. Là où « Le Troisième Testament » montrait un monde obscurantiste, « Julius » montre un monde avant tout spirituel. La mort et la souffrance sont partout. Les Romains font office de bourreaux dont la cruauté est sans limite. L’empire qui traite les autres de barbare semble avoir inversé les rôles.

« Julius » est donc très mystique. Les citations de textes sacrés et de prophètes sont légions. Cela donne un souffle épique à l’histoire. Le tout est renforcé par le dessin de Robin Recht, qui prend la suite d’Alex Alice. Le dessin est fort, détaillé, expressif. Son trait parvient à transcender l’histoire et en cela, c’est une vraie réussite. Les couleurs sont également très réussies. Sur le plan graphique, il n’y a rien à redire, c’est du très beau travail.

Une précision cependant : le service marketing assure que cette série peut être lue indépendamment de la série originelle. Pour moi, ce serait une grave erreur que de le faire.

Le vrai problème de « Julius » est sa comparaison avec le cycle original. Pris indépendamment, c’est une excellente bande-dessinée au scénario fouillé, au souffle épique indéniable et au dessin formidable. Une belle osmose entre tous ces auteurs. A lire à tous les fans d’ésotérisme et de religions naissantes.

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Templiers, T2 : Le Graal – Jordan Mechner, LuUyen Pham & Alex Puvilland

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Titre : Templiers, T2 : Le Graal
Scénariste : Jordan Mechner
Dessinateurs : LuUyen Pham & Alex Puvilland
Parution : Avril 2014


« Templiers » est un diptyque né des plumes conjointes de Jordan Mechner, LeUyen Pham et Alex Puvilland. La parution du second tome date d’il y a presque un an. Edité chez Akileos, il s’intitule « Le Graal ». L’histoire se déroule plus près de deux cent cinquante pages. Le format de l’ouvrage est plus proche de celui des comics que des albums franco-belges classiques. La couverture est la même que celle du premier opus. En second plan, se trouvent les ombres de maisons à colombages devant lesquelles combattent des soldats. Le premier plan est occupé par une croix rouge brisée symbolisant la chute du célèbre ordre religieux éponyme.

La quatrième de couverture pose les enjeux de la trame : « Les Chevaliers du Temple. Vénérés pour leur noblesse, leur férocité dans la bataille, et leur dévotion religieuse, les Templiers étaient des chevaliers de Dieu, exempts de tout péché et à l’âme pure. Du moins la plupart d’entre eux. Martin n’est pas exactement le plus opiniâtre ou le plus pieux des chevaliers, mais il parvient à s’échapper quand le roi de France décide d’abattre l’Ordre des Templiers afin de mettre la main sur leur légendaire trésor. Après un temps de souffrance et d’errance, il retrouve d’anciens compagnons et met au point un plan des plus audacieux… voler le plus grand trésor du monde au nez du roi. »

Une chasse au trésor captivante.

J’avais été conquis par le début de l’intrigue. « La Chute » offrait une introduction captivante. On y découvrait des personnages attachants. Leurs faiblesses et leurs mésaventures nous lient tout de suite à leurs destins. La trame se construit essentiellement autour de Martin. Il est passé du statut de chevalier à celui de hors la loi vagabond. Cette chute était habilement contée dans le premier tome. Cette descente aux enfers trouvait son dénouement avec le projet improbable qu’il partage avec deux compagnons d’infortune : mettre la main sur le légendaire trésor des Templiers. Ce second album devait nous raconter cette quête.

Les premières pages nous plongent tout de suite dans les arcanes de leur stratégie. Tout au long de la lecture, j’ai senti monté un suspense fort. Au fur et à mesure qu’ils se rapprochent de leur but, la tension augmente. Ma curiosité est attisée en permanence. L’envie de faire défiler les pages est puissante. Je suis obligé de me retenir de dévorer les planches pour savourer la richesse de chacune d’entre elles. La construction scénaristique est un modèle du genre. L’aventure est au rendez-vous !

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« Templiers » ne se contente pas de nous offrir une chasse au trésor. La qualité d’écriture des différents protagonistes participe au bonheur de la découverte. Les événements ne sont pas prévisibles. La sympathie des héros ne fait qu’accentuer l’inquiétude qu’on ressent à leur égard à chaque étape de leurs pérégrinations. Les auteurs arrivent à greffer toute une série d’intrigues secondaires au fil conducteur, densifiant ainsi le propos. Le travail sur le script est remarquable. En refermant le bouquin, je ressentais encore le parfum de l’aventure. Je pense que je prendrais beaucoup de plaisir à relire cette histoire et à retrouver les pas de Martin et ses acolytes.

Le travail graphique alimente la qualité de l’ensemble. Le trait possède une belle personnalité. LeUyen Pham offre des décors très réussis. L’immersion dans cette société médiévale est splendide. Je ne peux donc que vous conseiller la découverte de cette série. Elle ravira les adeptes d’aventure et d’époque chevaleresque. La légende des Templiers est un support classique de narration épique, elle est ici habilement exploitée. Il ne vous reste plus qu’à rejoindre cette quête mythique…

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note5

Mort au tsar, T1 : Le gouverneur – Fabien Nury & Thierry Robin

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Titre : Mort au tsar, T1 : Le gouverneur
Scénariste : Fabien Nury
Dessinateur : Thierry Robin
Parution : Août 2014


Fabien Nury est un de mes scénaristes préférés. J’ai été conquis par chacun de ses travaux que j’ai eu le plaisir de dévorer. Une de ses spécialités est de jouer avec les grands événements de l’Histoire. Il a offert une vision passionnante de la période de l’Occupation avec « Il était une fois en France ». Il s’est immergé dans la France de la Première Guerre Mondiale dans « Silas Corey ». Enfin, sa première plongée dans l’univers russe a eu lieu lors du diptyque « La mort de Staline ». Son aventure slave connaît un nouveau chapitre avec la sortie l’été dernier du premier tome de « Mort au Tsar » intitulé « Le Gouverneur ».

Je dois vous avouer que je me suis offert cet album sur la seule présence de Nury sur la couverture. En découvrant la quatrième de couverture, j’ai appris qu’il s’agissait d’une histoire en deux tomes. Cette structure de parution est décidément très à la mode actuellement. Les dessins sont l’œuvre de Thierry Robin dont j’avais apprécié le style dans « La mort de Staline ». Il possède une réelle identité graphique et participe fortement à l’atmosphère que dégage la lecture.

Une marche inévitable vers un destin tragique.

MortAuTsar1bLa trame nous fait partager les derniers jours du Grand-Duc Sergueï Alexandrovitch avant l’attentat dont il a été victime. L’issue fatale est annoncée dans un prologue. Cela influence évidemment la lecture puisque chaque parole du personnage principal ou chaque événement qu’il vit sont perçus par un prisme particulier. La montée en tension est savamment dosée. La marche inévitable vers son destin tragique ne laisse pas le lecteur indifférent. Le Grand-Duc accepte son sort irrémédiable avec un fatalisme marquant.

L’intensité ne fait qu’augmenter au fur et à mesure que les pages défilent. Le fait de voir cet homme allait vers la mort avec nonchalance met presque mal à l’aise. Une chose est sûre, notre intérêt ne cesse de croître. Le scénario monte en puissance sans changement de vitesse brutal. Cette finesse dans l’accélération dramatique est la preuve d’un talent narratif certain. Le suspense atteint un paroxysme lors de la dernière planche qui offre une perspective passionnante pour le prochain tome.

L’histoire se bâtit intégralement autour de son protagoniste principal. Les personnages secondaires n’existent pas réellement. Leurs présences se justifient uniquement par leurs interactions avec le gouverneur moscovite. Cela n’est pas une faiblesse. C’est un choix scénaristique pleinement assumé et qui se défend parfaitement. L’intrigue veut nous plonger dans le quotidien et dans l’intimité de cet homme blessé en route vers l’échafaud. Nury a développé une humanité touchante chez le Grand-Duc alors qu’on peut objectivement affirmer que les dirigeants russes ne sont pas réputés pour leur grandeur d’âme et leur altruisme. La dimension politique est mise de côté et cela donne un ton particulier à la narration.

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Pour conclure, « Le gouverneur » est un album réussi. Je l’ai lu avec beaucoup de plaisir. Je me suis très vite passionné pour le Grand-Duc. Mon intérêt n’a cessé de grandir au cours de ma lecture. Chaque planche m’a captivé. Je trouve que c’est une performance d’entretenir un suspense alors que le dénouement est annoncé avant que ne débute les événements. Tout cela est bien enrobé par le style de Thierry Robin. Je vous conseille donc cette découverte. De mon côté, j’attends la suite…

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note4

Les Sentinelles, T1 : Juillet-Août 1914, Les Moissons de l’Acier – Xavier Dorison & Enrique Breccia

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Titre : Les Sentinelles, T1 : Juillet-Août 1914, Les Moissons de l’Acier
Scénariste : Xavier Dorison
Dessinateur : Enrique Breccia
Parution : Mai 2009


C’est en regardant la très sympathique émission « Un monde de bulles » que j’ai découvert avec plaisir Xavier Dorison évoquer la série « Les sentinelles ». Etant un grand fan de ce scénariste depuis que j’ai découvert « Le troisième testament » ou « Sanctuaires », j’ai écouté avec curiosité ce dernier nous conter la construction de cette saga dont je n’avais jamais entendu parler. Une fois son interview terminée, je me suis engagé à m’immerger dans cette série au plus vite. Ma découverte a débuté hier soir avec la lecture du premier chapitre intitulé « Juillet-Août 1914 – Les moissons d’acier ». Edité chez Delcourt, cet album de bonne qualité est composé d’une soixantaine de pages. Il est vendu à un prix tout juste inférieur à quinze euros. La couverture nous présente un soldat déployant un drapeau français. Son visage est couvert par un casque. Je la trouve très réussie. Elle est l’œuvre de Enrique Breccia, que je découvre à l’occasion de cette lecture.

Malgré le titre, l’histoire débute en 1911 au Maroc sur un champ de bataille. On découvre un soldat, le visage masqué qui avance d’un pas régulier sans sembler tenir compte des balles qui fusent et des cadavres qui tombent autour de lui. Mais tout à coup, il s’effondre. On le croit mort, ce n’est pas le cas. Il explique à un de ses acolytes qu’il n’a plus de batterie, qu’il ne peut donc plus échapper à son destin. Alors que les ennemis s’apprêtent à arriver sur les lieux, il demande à être exécuté par son ami qui s’exécute. On croit comprendre que ce soldat est le fruit d’une expérimentation scientifique mis au point par un colonel de l’Armée française. Ce projet connaitra un second souffle trois ans plus tard quand le fondateur des Sentinelles découvre la découverte révolutionnaire d’un petit lieutenant de réserve…

Des super héros « made in France ».

« Les Sentinelles » est une série intéressante car elle nous offre un des premiers super héros « made in France ». Suite à des expériences menées dans des laboratoires secrets, un colonel et un savant à sa botte ont pour objectif de créer une espèce de super soldat. Le fait de l’intégrer dans la grande Histoire à travers la période de la première guerre mondiale développe un attrait certain. L’histoire s’adresse à un public sensible à ce genre de grande trame historique et dense dans laquelle s’insère parfaitement une dimension fictionnelle travaillée. Il est évident que l’humour et la légèreté ne sont pas de sortie. On est en temps de guerre et le dessinateur fait en sorte qu’on ne l’oublie jamais.

Le scénario est de grande qualité. Les premières pages qui jouent le rôle de prologue sont intenses. A travers les dessins et l’atmosphère qui transpire de la lecture, on est tout de suite dans le vif du sujet. Notre intérêt est happé. Notre curiosité ne cessera jamais d’être séduite tout au long du défilement des pages. La grande toile se met en place. Les personnages apparaissent, les enjeux se découvrent. La densité est grande. La narration ne souffre d’aucun temps mort bien au contraire. On est immergé dans une histoire passionnante. La finalité de cet opus est de nous présenter Taillefer, le nouveau super soldat. Le rythme de la découverte est bien dosé et la dernière page nous laisse sur un sentiment de frustration de ne pas pouvoir en profiter davantage.

Comme je l’ai sous-entendu précédemment, les dessins sont remarquables. Dès la première case, on est bouleversé. Il se dégage réellement quelque chose des pages. La crasse et la violence qui s’en dégage sont intenses et ne laissent pas indemnes. La dimension « boucherie » est vraiment très réussie. Rien n’apparaît surréaliste ou excessif. Bien au contraire, c’est une gifle de réalisme qu’on prend de plein fouet. Je trouve également les personnages très réussis. On n’a aucun mal à se les approprier. Les dessins leur donnent une vraie épaisseur. Je pense que je vais me pencher de plus près sur les parutions nées de la plume d’Enrique Breccia.

En conclusion, j’ai trouvé ce premier opus remarquable. Il s’agit à mes yeux d’un petit chef d’œuvre. Le scénario, les dessins, le thème, les personnages… Tout est bien construit, intense et travaillé. A l’heure actuelle, trois tomes sont parus. Je ne pense pas que je vais tarder à dévorer les deux qu’il me reste à lire. Pour ceux qui découvrent l’univers de Xavier Dorison à travers cet album, je ne peux que conseiller de découvrir « Le troisième testament » qui vous immergera dans le Moyen-âge pour une tétralogie qui est un chef d’œuvre du neuvième art…

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Note : 18/20