Les gardiens du Louvre

lesgardiensdulouvre


Titre : Les gardiens du Louvre
Scénariste : Jirô Tanigushi
Dessinateur : Jirô Tanigushi
Parution : Novembre 2014


J’aime beaucoup le musée du Louvre, j’y vais souvent pour dessiner ou visiter leurs dernières expositions. La collection de Futuropolis en partenariat avec le musée m’intéresse donc particulièrement, même si peu d’ouvrages m’ont réellement emballé. Le De Crécy est un chef d’œuvre, le reste m’a paru plus corseté (malgré une belle tentative d’Yslaire de s’approprier une histoire ou de Davodeau d’écrire une histoire originale sur le sujet). Malgré un casting très impressionnant, on voit que le travail de commande n’est pas toujours simple ! Cette fois, c’est Jirô Taniguchi qui s’y colle, le plus européen des mangakas, pour 130 pages sur le Louvre. Continuer la lecture de « Les gardiens du Louvre »

Les incidents de la nuit, T3

lesincidentsdelanuit3


Titre : Les incidents de la nuit, T3
Scénariste : David B.
Dessinateur : David B.
Parution : Août 2002


« Les incidents de la nuit » est une revue créée au 19ème siècle par Emile Travers afin de favoriser le retour au pouvoir de Napoléon Bonaparte, bien que ce dernier soit déjà mort… 150 ans plus tard, David B. se met en scène étudiant ce journal dans un monde onirique où les repères vacillent en permanence. Après un deuxième tome consacré aux massacres dans l’humanité, on reprend l’enquête proprement dite. Petite précision : édité dans la collection Mimolette de l’Association, l’ouvrage ne fait que 30 pages. Cependant, la densité de l’ensemble compense amplement ce que certaines pourraient considérer comme un problème.  Continuer la lecture de « Les incidents de la nuit, T3 »

Les incidents de la nuit, T2

lesincidentsdelanuit2


Titre : Les incidents de la nuit, T2
Scénariste : David B.
Dessinateur : David B.
Parution : Novembre 2000


Avec « Les incidents de la nuit », David B. avait développé une histoire onirique passionnante, faites de livres, de bonapartisme et de lutte contre la mort. Ce deuxième tome poursuit l’histoire initiée dans le premier opus et s’intéresse au dieu Enn. En effet, l’un des personnages avait voulu se cacher dans un livre, intitulé « Le Désert » où seules des lettres N étaient écrites à l’intérieur. Le tout, publié à l’Association, dans la collection Mimolette, pèse 30 pages.  Continuer la lecture de « Les incidents de la nuit, T2 »

Les incidents de la nuit, T1

lesincidentsdelanuit1


Titre : Les incidents de la nuit, T1
Scénariste : David B.
Dessinateur : David B.
Parution : Janvier 1999


« Les incidents de la nuit » est une revue bonapartiste qui paraissait au 19ème siècle. Recueil d’histoires fantastiques basé sur des faits divers de l’époque, David B. tombe dessus au hasard dans une librairie. Tombant sur les numéros 2, 3 et… 112, il décide de partir à la recherche du numéro fondateur. Dans cet ouvrage, intitulé également « Les incidents de la nuit », David B. se met en scène dans une histoire fantastique. C’est publié à L’Association dans la collection « Mimolette », ce qui signifie qu’il n’y a que trente pages.  Continuer la lecture de « Les incidents de la nuit, T1 »

Réalités obliques

RealitesObliques


Titre : Réalités obliques
Scénariste : Clarke
Dessinateur : Clarke
Parution : Octobre 2015


Je n’ai jamais rien lu de Clarke. Et pourtant, il est le dessinateur de la bien connue « Mélusine ». C’est ainsi un changement de style radical que le dessinateur effectue en proposant « Réalités obliques », un one-shot en noir et blanc dérangeant, où fantastique et onirisme se côtoient. Paru au Lombard, l’ouvrage titille les 160 pages.

Clarke nous propose plus d’une vingtaine de petites histoires de 4 pages carrées, chaque page contenant elle-même quatre cases carrées. Chaque scène possède une composante plus ou moins fantastique (on est souvent dans l’idée du cauchemar, à la frontière du réel). Le tout se veut dérangeant et c’est plutôt réussi. Difficile de ne pas faire le rapprochement avec la démarche de Franquin et de ses « Idées noires ». Même si le contenu reste différent, on reste sur un auteur qui change de style vers des histoires plus glauques et avec un noir et blanc poussés dans ses retranchements.

4 pages carrées par histoire. 4 cases carrées par planche.

Si toutes les histoires sont loin d’atteindre le même niveau, la qualité est de mise. Clarke maîtrise son rythme de 16 cases pour faire monter la tension et aboutir sur une dernière case qui, souvent, donne le sens au reste. En cela, les histoires de Clarke ne coulent pas toujours de source et nous surprennent. Une lecture trop rapide ou en diagonal amène parfois l’incompréhension. Tout est pesé, tant dans les textes que dans le dessin. Et le résultat est réussi : on est mal à l’aise face à ces histoires qui touchent à nos phobies les plus primitives.

Concernant le dessin, difficile de ne pas penser au « Sin City » de Frank Miller. Il semble que ce soit l’influence majeure de Clarke sur cet album. Malgré tout, les cadrages, les clairs-obscurs forcent le respect et on sent un auteur en pleine possession de son art. Surtout que beaucoup de scènes possèdent peu d’action, le dessinateur change les points et angles de vue intelligemment.

RealitesObliques1

« Réalités obliques » est une œuvre qui permet à Clarke de présenter une autre palette de son talent. Si on pense beaucoup à Franquin et Miller pendant la lecture, difficile de ne pas adhérer à l’ouvrage, dont l’ambition initiale est atteinte. Un beau livre, simplement.

avatar_belz_jol

note4

De profundis

deprofundis


Titre : De Profundis
Scénariste : Chanouga
Dessinateur : Chanouga
Parution : Avril 2011


« Quelque part entre Ceylan et Bornéo, des pêcheurs racontent avoir autrefois ramené dans leurs filets un drôle de naufragé, une étrange créature chassé du pays des sirènes ». Voilà ce que l’on peut lire en quatrième de couverture de « De profundis », première bande-dessinée scénarisée et dessinée par Chanouga. Sous-titré « l’étrange voyage de Jonathan Melville », elle raconte l’histoire incroyable de ce marin.

Jonathan Melville est marin. Alors qu’il navigue sur une mer paisible, un typhon gigantesque et imprévisible fait son apparition. Pris en pleine tempête, il va passer par-dessus bord et se retrouver sur une île non-répertorié, sauvé par deux jeunes filles à l’air faussement innocent.

deprofundis2Ce roman graphique d’une centaine de pages est construit selon un procédé de narration bien connu : Jonathan écrit une lettre à sa belle dans laquelle il raconte ses péripéties. Le tout est donc articulé autour de flashbacks, bien que la chronologie reste respectée dans l’ensemble. On n’a aucun problème à suivre les évènements.

Une fable noire, à l’onirisme perpétuel.

« De profundis » est avant tout une fable bien noire. Son onirisme perpétuel nous plonge dans une ambiance sombre et malsaine. A force de douter du réel en permanence, on finit par se demander si, finalement, le rêve n’est pas complètement absent de ce récit fantastique. Ainsi, cet ouvrage tient avant tout par son ambiance particulière, qui la renvoie aux contes les plus glauques de notre enfance. Une forme de retour aux sources en quelque sorte.

deprofundis4L’omniprésence de la narration donne un aspect très littéraire à cette bande-dessinée. Chanouga possède une belle plume, ce qui renforce l’impression que le personnage nous écrit sa lettre. Un peu comme si nous avions trouvé une bouteille lancée à la mer et que nous découvrions son contenu. Nous nous retrouvons dans la peau de sa femme, réalisant ce qui est arrivé à son mari.

En marge des textes, la contemplation est très présente. Les dialogues restent limités et l’observation des paysages et des personnages se taille une part importante du gâteau. L’équilibre entre action, dialogues, narration et contemplation est vraiment bien dosé, et ce sur les 100 pages. Le rythme de l’ouvrage s’en retrouve très bien équilibré.

Difficile de passer à côté du travail graphique de « De Profundis ». C’est simplement magnifique. L’auteur garde son crayonné, sans l’encrer. Cela donne un aspect « dessin » à l’ensemble, d’une grande richesse. Les couleurs sont splendides et s’accordent parfaitement à cette technique. D’ailleurs,deprofundis3 la couleur participe grandement aux ambiances du livre, changeant souvent de tonalité selon les scènes. Les paysages sont parfois de véritables tableaux.

Les personnages ne sont pas en reste. Outre les deux « sirènes », aux airs faussement innocents (et terriblement sensuel !), la petite sirène est parfaitement réussie également. Sans en révéler trop sur l’histoire, le travail sur les personnages par Chanouga se révèle très subtil. Une seule particularité, dessinée sans excès, entraîne un malaise immédiat. Un peu comme si le lecteur s’apercevait d’une anomalie comme le personnage, se demandant s’il a bien vu ce qu’il a cru voir.

deprofundis1

Pour une première bande-dessinée, « De Profundis » est un coup de maître ! Ambiance glauque, suspense haletant, narration de haute volée, dessin splendide et personnel… Ce roman graphique est un bijou plein de poésie. Certes, cela ne plaira pas à tout le monde tant l’ambiance est particulière, mais cette fable marine mérite le coup d’œil. Et plutôt deux fois qu’une !

coupdecoeur_new

avatar_belz_jol

note5

Vitesse Moderne – Blutch

vitessemoderne


Titre : Vitesse Moderne
Scénariste : Blutch
Dessinateur : Blutch
Parution : Octobre 2008


 « Vitesse moderne » est un one-shot de 80 pages dessiné et scénarisé par Blutch. J’ai découvert cet auteur par « Le Petit Christian » tout d’abord, puis par « Peplum ». « Vitesse moderne » marque avant tout par sa couleur omniprésente qui rend l’ouvrage beaucoup moins noir que « Peplum », du moins au premier abord.

Quand Lola sort de son cours de danse, elle est abordée par Renée, qui se dit écrivain. Cette dernière lui propose de la suivre et d’écrire sur sa vie. En effet, Renée est fascinée par Lola qu’elle observe danser par la fenêtre de son appartement. On devine tout de suite que cette relation va vite poser des soucis, car les deux jeunes femmes ne se connaissent pas.

Une plongée dans les angoisses et les fantasmes de l’être humain moderne.

Alors que l’on croit lire une bande-dessinée tout à fait classique, l’ensemble est finalement onirique (voire même plutôt cauchemardesque). C’est une plongée dans les angoisses et les fantasmes de l’être humain moderne. L’homme est d’ailleurs source d’angoisse permanent pour Lola, que ce soit son voisin amoureux ou son père version vieux pervers. Lola semble être une bête traquée en permanence, essayant de donner de la consistance et de la réalité à ce qui n’est finalement qu’un rêve. En cela, l’ouvrage a un côté kafkaïen, Lola semblant être piégé dans un monde apparemment logique qu’elle ne comprend pas.

Blutch prend un malin plaisir à nous dérouter dans cet ouvrage. On ne sait jamais trop où l’on est. L’histoire devient réelle, puis bascule dans une forme de cauchemar par moments, redevient plus réaliste… De nombreuses incohérences temporelles et spatiales s’accumulent, parfois même expliquées (le père a une garçonnière en face de l’appartement de Renée par exemple). Tout cela déroute le lecteur sans jamais le perdre pour autant. En cela, Blutch manie son récit avec maestria. A aucun moment, on ne perd le fil et les incohérences inhérentes au rêve sont traitées sans excès.

Au niveau du dessin, Blutch manie un trait tout en hachures. Cependant, l’emploi de couleurs a tendance à rendre son dessin moins expressif et fort que dans le passé. Cela le rend par contre beaucoup plus accessible à mon sens. En revanche, la couleur est maniée avec talent et participe fortement à l’ambiance particulière de ce « Vitesse moderne » (notamment la robe rouge de Lola qui dénote avec l’ensemble dans nombre de pages).

Une attention toute particulière a été apportée au dessin des corps. C’est d’autant plus flagrant lorsque l’on voit danser Lola dans les premières pages. Ils sont remarquablement bien rendus. De même, Lola a une expression sans cesse apeurée qui participe à l’ambiance du livre.

Au final ce « Vitesse Moderne » est une bande-dessinée des plus réussie. Le trait assuré de Blutch transporte le lecteur dans une histoire torturée et intrigante, mais toujours passionnante. L’utilisation de la couleur est pertinente et renforce la sensualité du propos, entre angoisse et fantasmes. A lire.

avatar_belz_jol

Note : 18/20