Le chant des stryges, T16 : Exécutions

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Titre : Le chant des stryges, T16 : Exécutions
Scénariste : Éric Corbeyran
Dessinateur : Richard Guérineau
Parution : Décembre 2014


Le chant des stryges est une des plus anciennes séries que je lis. Le dernier épisode en date, le seizième, est apparu en librairie à la fin de l’année dernière. Il s’intitule Executions. La couverture dégage une atmosphère guerrière en parfaite adéquation avec le titre. On découvre l’héroïne se diriger vers nous une arme à la main. Au second plan une maison brûle et le ciel est habité par le visage d’un monstre hurlant. Les tons chauds accentuent cette sensation de fin du monde. Cette saga est l’œuvre conjointe du scénariste Eric Corbeyran et du dessinateur Richard Guérineau. Les couleurs sont le fruit du travail de Dimitri Fogolin.

Le site BDGest’ online (online.bdgest.com) propose le résumé suivant : « Après avoir découvert le remède imaginé par Sandor G. Weltman pour remédier à la stérilité des Stryges, Debrah a décidé de tenter sa chance. Alors que le fœtus, sous haute surveillance, grandit dans le corps de sa mère, les tensions au sein de l’équipe se multiplient. Il semblerait qu’un traître se cache parmi eux… Mais qui est-il et quelles sont ses véritables intentions ? »

Un mélange entre un monde réel et dimension fantastique.

LeChantDesStryges16aVous l’aurez compris aisément, il est difficile de s’immerger dans cette lecture sans avoir quelques prérequis solides. Je vais vous offrir les grandes lignes de l’intrigue. Les Stryges sont des créatures ailées qui accompagnent dans l’ombre l’humanité depuis toujours. Leurs destins sont intimement liés sans qu’on arrive réellement à maîtriser la nature exacte de leur « association ». Weltman est un homme qui avait passé une alliance avec ses monstres. En échange d’une quasi-immortalité, il devait chercher à soigner leur stérilité. Tout ne s’est pas passé comme prévu. Cette lutte qui a duré des siècles s’est conclu lorsque Debrah, une mystérieuse femme aux talents nombreux a hérité de l’empire de Weltman après l’avoir tué. Depuis, elle cherche à mettre la main sur tous les hybrides dont elle fait partie pour choisir définitivement son camps : avec ou contre les stryges ?

L’intrigue s’inscrit dans notre monde quotidien. La seule nuance de taille est la présence dans l’ombre de ces créatures fantastiques. Le mélange entre un monde réel et cette dimension fantastique est habilement construit et ravira les adeptes du genre. La qualité de la série est constante et ne diminue pas avec les années qui passent. L’univers global est dense et solide. Je suis tombé rapidement sous les charmes nombreux de cette aventure et prend toujours beaucoup de plaisir à m’y plonger.

LeChantDesStryges16bCe seizième tome nous présente une bataille rangée entre Debrah et Carlson. La première veut sauver les hybrides, le second veut les exterminer. Par les temps qui courent, le second est en train de prendre le dessus. La conclusion de cet album sur ce plan est une belle réussite. Parallèlement, l’héroïne et ses acolytes sont arrivés à reproduire deux Stryges. Ils sont donc en passe de résoudre le problème de stérilité. La question se pose donc de savoir que faire de ce nouveau pouvoir. Cette interrogation ne trouve pas vraiment de réponse dans cet opus. D’ailleurs le fond de l’intrigue avance relativement peu dans cet acte. Les événements s’enchainement mais aucun ne révolutionne vraiment l’ensemble. La lecture est donc agréable mais n’est pas aussi prenante qu’à l’habitude. En effet, elle est plus linéaire que dans les albums précédents. Il n’y a de réels rebondissements. Peut-être s’agit-il d’une transition avec la suite ? Néanmoins, rien n’est bâclé mais disons que l’ensemble manque légèrement d’ampleur.

Concernant les dessins, ils arrivent toujours autant à accompagner avec talent la trame. Le grand nombre de personnages et l’alternance entre scènes extérieures et intérieures nécessitent des bases solides et aucune faiblesse. C’est le cas de Richard Guérineau. Il arrive sans difficulté à faire exister graphiquement chaque protagoniste qu’il soit central ou secondaire. De plus, les différents décors sont également bâtis et permettent de s’y fondre aisément.

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Pour conclure, « Exécutions » est une suite honnête aux pérégrinations de Debrah et ses amis. Le suspense est maintenu à défaut d’être intensifié. J’attends donc avec impatience la suite. Quant aux néophytes de cet univers, je vous incite à vous plonger dans la lecture du premier tome. Vous risquez d’apprécier le voyage…

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Red Skin, T1 : Welcome to America – Xavier Dorison & Terry Dodson

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Titre : Red Skin, T1 : Welcome to America
Scénariste : Xavier Dorison
Dessinateur : Terry Dodson
Parution : Septembre 2014


La première immersion de Xavier Dorison dans l’univers des super héros a eu lieu dans « Les Sentinelles ». Il créait à cette occasion des super-soldats durant la Première Guerre Mondiale. Cette aventure est passionnante et les quatre premiers tomes sont autant de petits bonheurs de lecture. « Red Skin » est donc la deuxième entrée du célèbre scénariste dans le monde magique des collègues de Superman. Nous sommes ici très loin des tranchées. C’est en pleine Guerre Froide que gravite cette héroïne qui oscille entre Moscou et Los Angeles.

Le premier tome de cette saga s’intitule « Welcome to America ». Paru en novembre dernier, il présente une couverture attrayante. Une femme nue aux courbes parfaites nous regarde derrière son épaule. Elle ne laisse pas indifférente, la faucille et le marteau qu’elle tient dans les mains non plus ! La quatrième de couverture éveille également l’intérêt : « Arme fatale le jour. Bombe atomique la nuit. Le plus grand super-héros américain est une espionne russe. »

Un décalage entre culture soviétique et univers capitaliste.

RedSkin1aJ’ai une grande confiance en Dorison. Par conséquent, c’est plein d’enthousiasme que j’ai débuté ma lecture. La première vingtaine de pages nous permet de découvrir l’héroïne. Elle est le soldat d’élite soviétique. Ses performances athlétiques couplées à une plastique parfaite à un sex-appeal d’une rare intensité font rapidement d’elle un personnage exceptionnel. Elle a tous les atouts pour nous faire vivre de grandes scènes d’action. Mais elle possède aussi un potentiel sexy et humoristique qui faisait naître de grands espoirs dans cette nouvelle aventure.

Dans un second temps, nous suivons les premiers pas de Véra à Los Angeles. Le fait qu’elle travaille chez un réalisateur de films pour adultes crée une autre corde à la fibre comique et légère de l’ensemble. Cela s’ajoute au décalage entre la culture soviétique de l’espionne et son inhabituel univers américain et capitaliste. Son nouveau quotidien s’installe. Ses nouvelles habitudes donnent lieu à de nombreux gags et de scènes d’action assez rythmées.

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Ce changement de braquet lors de son arrivée dans la Cité des Anges marque la dernière accélération de la narration. En effet, un train-train s’installe. Les actions de justicier s’enchaînent sans vraiment prendre d’ampleur particulière. L’album fait exister un grand méchant. Mais sa présence reste au final secondaire. Son principal attrait est finalement de justifier la création de « Red Skin ». J’espère que les tomes suivants lui offriront une place plus importante. J’ai le sentiment que ce premier épisode n’est qu’une sympathique introduction.

Cet album est l’occasion de découvrir un nouveau dessinateur. Il est américain et se nomme Terry Dodson. Son trait issu du comic correspond parfaitement au style narratif. J’ai apprécié son trait. Il met facilement en valeur les courbes de l’héroïne et met également en œuvre des scènes d’action spectaculaires. Le travail sur les couleurs m’a beaucoup plu. Je trouve que le bouquin possède une identité chromatique forte. J’ai énormément apprécié ce travail.

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Pour conclure, « Red Skin » possède un potentiel divertissant certain. Néanmoins, il n’est pas pleinement exploité pour l’instant. La personnalité de l’héroïne est suffisamment intéressante et attrayante pour faire oublier les bémols d’un scénario auquel il manque un grand final. Je guetterai donc avec intérêt la parution de la suite. J’espère que cette originale Red Skin trouvera un adversaire à sa taille…

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Secrets, L’Angélus, T2 – Frank Giroud & José Homs

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Titre : Secrets, L’Angélus, T2
Scénariste : Frank Giroud
Dessinateur : José Homs
Parution : Septembre 2011


Les diptyques se développent en bande-dessinée. Et si parfois on ne comprend pas trop l’intérêt de deux tomes, à d’autres moments, ils prennent tout leur sens. Dans « L’angélus » (de la collection « Secrets » chez Dupuis), le premier tome se terminait sur une bascule. Après un livre avant tout destiné à percer le secret du tableau de l’Angélus, la suite se concentre sur le secret de famille de Clovis à proprement parler. Ce deuxième opus de 56 pages clôt donc l’enquête de ce quadra en pleine mutation.

À l’image de la couverture, Clovis change et s’épanouit en même tant que son obsession grandit. Une fois l’histoire de l’Angélus et de Dali dévoilée, reste à savoir pourquoi Clovis y trouve une résonance. Mais l’homme a déjà beaucoup changé. Physiquement d’abord : il a les cheveux hirsutes et la barbe qui foisonne. Il est bien loin de l’homme que l’on avait découvert au départ… D’ailleurs, il vit dans un camping car qu’il a repeint de couleurs vives. Clovis est en pleine crise identitaire, conjugale et existentielle !

Une crise identitaire, conjugale et existentielle.

LAngelus2bCette mutation de Clovis est particulièrement réussie, car elle se fait au fur et à mesure des pages. Elle est remarquable de cohérence. Les révélations familiales sont moins originales, mais leur parallèle avec le tableau de Millet leur donne un intérêt certain. Mais au-delà du secret, c’est bien de la renaissance d’un homme dont ce diptyque traite.

Le scénario de Giroud reste remarquablement maîtrisé. Dans ce polar aux enjeux finalement assez limités, il instille un suspense en tenant bien son rythme en main. Les révélations s’égrènent au fur et à mesure, sans excès de déballage final.

Le dessin deHoms est toujours aussi impressionnant : personnel et puissant. Ses personnages sont redoutables d’expressivité sans tomber dans l’excès. Les couleurs sont toujours autant au diapason, imposant les ambiances à la force de palettes restreintes. Le découpage est au même niveau, parvenant à diversifier les plans même quand les personnages passent deux pages à discuter. Du beau travail !

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Ce diptyque se lit avec plaisir, d’une traite, et le lecteur a du mal à en sortir. Doté d’un scénario bien mené et bien rythmé, l’histoire est sublimée par le trait de Homs. Ce deuxième tome confirme ainsi tout le bien que l’on pouvait penser du premier. Une belle découverte !

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Note : 17/20

Secrets, L’Angélus, T1 : Frank Giroud & José Homs

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Titre : Secrets, L’Angélus, T1
Scénariste : Frank Giroud
Dessinateur : José Homs
Parution : Novembre 2011


La collection (série ?) « Secrets » publiée chez Dupuis propose neuf histoire comportant « des secrets honteux ou redoutables, enfouis de génération en génération au sein de chaque famille. ». C’est au diptyque réalisé par Homs (au dessin) et Giroud (au scénario) que l’on s’intéresse aujourd’hui. Intitulé « L’Angélus », il prend comme point de départ le célèbre tableau de Millet. Clovis, le découvrant au Musée d’Orsay, est bouleversé. Mais pourquoi ? Commence alors une obsession qui va le sortir de son quotidien morne et triste. Chaque tome comporte 56 pages, ce qui fait un diptyque bien fourni.

LAngelus1cCe premier tome sert avant tout à poser les jalons de l’histoire. Nous avons d’abord la vie de Clovis. Vivant dans le village qui l’a vu naître, il exerce un métier qui ne le passionne guère et supporte la vie de famille en se faisant marcher dessus par son aîné en pleine crise d’adolescence. Perturbé par le tableau de Millet, il commence des recherches sur l’histoire de ce tableau. Le fait qu’il ne sache pas utiliser internet (une honte pour son fils), fait qu’il y perd beaucoup de temps. Au fur et à mesure que l’obsession grandit, sa vie se délite et Clovis tout autant.

Une obsession qui grandit, un homme qui change.

À côté de l’humain, l’histoire du tableau se dévoile. Ce premier tome lui donne beaucoup d’importance, puisque c’est ce secret que l’on cherche avant tout à déterrer. Le tout est distillé avec parcimonie et si vous ne connaissiez pas l’histoire, le tout est plein de surprise. Le diptyque prend alors tout son sens : le premier tome s’attarde sur le tableau, le deuxième tome permettra d’expliquer la résonance entre cette histoire et celle, plus personnelle, de Clovis. Même si le mystère en soit n’est pas une grande révélation, elle fait son effet. Clovis n’y connait rien à l’art et on sourit parfois à sa naïveté.

LAngelus1bLes auteurs utilisent parfaitement les 56 pages pour poser l’intrigue. Même si les personnages sont un peu caricaturaux (la prof d’arts plastiques et le côté « village de province » en général), le tout fonctionne très bien. Tout semble cohérent et naturel et les relations entre eux sont crédibles. Ainsi la professeur et Clovis semblent assez proches d’entamer une relation et l’ambiguïté persiste sans que rien ne vienne vraiment.

Le suspense du livre est réel : on ne sait pas vraiment où nous mènent les auteurs. En cela, le scénario est remarquablement construit, tout en finesse et avec un rythme parfaitement maîtrisé. Le découpage n’est pas en reste avec une vraie densité. Ce premier tome ne se contente pas de poser l’intrigue, il la fait avancer.

Concernant le dessin, Homs développe un trait entre réalisme et semi-réalisme de toute beauté. Ses personnages sont remarquablement croqués (d’ailleurs, on croquerait bien la jolie prof d’arts plastiques), bien identifiés. On n’est pas loin de la caricature, mais les expressions sont pleine de justesse. La mise en couleur sublime d’autant plus l’ouvrage en posant des atmosphères aux palettes réduites. Difficile de rester indifférent ! Cela m’a donné plus qu’envie de découvrir les autres ouvrages d’Homs tant son trait m’a séduit.

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Cet « Angélus » est une véritable surprise pour moi. Même si les amateurs d’art tiqueront devant le « mystère Millet » (déjà bien éventé quand même), on ne peut qu’être admiratif devant une telle maîtrise de la bande-dessinée. Entre la gestion du rythme, des personnages, du découpage, du dessin et de la couleur, c’est un sans faute. À lire sans plus tarder !

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Note : 17/20

Largo Winch, T19 : Chassé-croisé – Jean Van Hamme & Philippe Francq

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Titre : Largo Winch, T19 : Chassé-croisé
Scénariste : Jean Van Hamme
Dessinateur : Philippe Francq
Parution : Novembre 2014


« Largo Winch » est une des plus célèbres séries de bandes dessinées. En effet, bon nombre de lecteurs guettent la sortie annuelle de la nouvelle aventure du milliardaire en blue jeans. Je fais partie de ces adeptes qui prennent chaque fois plaisir à découvrir les pérégrinations souvent dangereuses dans les arcanes du monde cruel du grand capital. Le dernier opus en date, le dix-neuvième, s’intitule « Chassé-croisé ». Sa sortie en librairie date du mois de novembre dernier.

La particularité de cette saga est de se composer de diptyques successifs. Cet album marque donc le début d’une nouvelle intrigue qui se conclura l’an prochain avec la parution de « 20 secondes ». Celle-ci débute à Londres où Largo se rend pour présider le Big Board du groupe W. Comme souvent, réunion de travail et moments plus détendus se succèdent. Evidemment, la situation se complique avec l’apparition dans le jeu de terroristes djihadistes, d’agents troubles et d’espions véreux…

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Le personnage de Largo Winch est assez unique dans son genre dans le monde du neuvième art. Il est décrit avec les mots suivants sur la quatrième de couverture : « Sans famille ni attaches, contestataire, coureur, vagabond, iconoclaste et bagarreur, il se retrouve, à vingt-six ans à la tête d’un empire de dix milliards de dollars… » Par les temps qui courent, il peut paraître de curieux de choisir comme héros un patron milliardaire. Evidemment, le scénariste Jean Van Hamme, en a fait quelqu’un qui possède une fibre sociale et humaniste plutôt développée. Cela évite de tomber dans la caricature du grand chef d’entreprise.

Le côté « superhéros » de Winch fait accepter le côté manichéen.

Largo est quelqu’un de sympathique. Le lecteur s’y attache rapidement et ne renie jamais l’affection ressentie à l’égard de ce patron pas comme les autres. A aucun moment, on ne lui envie sa richesse ou son pouvoir. Au contraire, on se laisse fasciner par sa capacité à déjouer les manipulations des méchants capitalistes qui l’entourent. L’ensemble est assez manichéen mais le côté « superhéros » de Winch fait accepter cela sans mal. Comme Indiana Jones a du mal à rester un professeur d’université, le milliardaire a du mal à rester dans sa tour et ses bureaux pour mener à bien ses affaires.

LargoWinch19bBien souvent, la première partie d’un diptyque a pour objectif de poser la situation, de présenter les enjeux et de mettre le héros dans une situation complexe générant ainsi un suspense à la fin de la lecture. « Chassé-croisé » n’échappe pas à cette règle. Les personnages principaux arrivent à Londres, s’installent. Pendant ce temps, des inconnus font leur apparition. On les devine animés de mauvaises intentions mais les zones d’ombre restent nombreuses. Tout ce petit monde se rencontre et de ces interactions naissent des questions pour l’instant sans réponse. La recette est efficace mais exécutée ici avec une sensation de paresse. Je n’ai pas retrouvé dans cet album l’intensité dramatique habituelle. J’avais le souvenir que la lecture d’un tome de cette série était toujours accompagnée du sentiment d’être au beau milieu d’un tourbillon d’événements qui ne faisaient qu’aggraver la situation de Largo. Ici, le ton est plus léger. Les amourettes des différents personnages tendent presque cette histoire d’espionnage vers le vaudeville.

Sur le plan graphique, j’ai retrouvé avec plaisir le trait de Philippe Francq. Je trouve qu’il possède un talent intéressant pour faire exister ces atmosphères urbaines. Ses décors participent au réalisme de l’ensemble. Cette sensation est indispensable au plaisir de la lecture. Son travail sur les personnages est de qualité mais plus classique. Néanmoins, nous n’avons aucun mal à s’approprier les personnages qu’ils nous soient familiers ou de nouvelles rencontres.

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Au final, « Chassé-croisé » est un épisode honnête des aventures de Largo. J’ai retrouvé cet univers et ce héros avec plaisir et j’ai passé un moment agréable à découvrir ses nouveaux soucis. Malgré tout, ce tome ne fait pas partie des meilleurs de la série. Le scénario est quelque peu fainéant en comparaison des meilleurs opus de la saga. Ces bémols ne m’empêcheront pas de me jeter sur le vingtième acte pour connaître le dénouement de ce séjour londonien…

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Note : 12/20

Un ver dans le fruit – Pascal Rabaté

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Titre : Un ver dans le fruit
Scénariste : Pascal Rabaté
Dessinateur : Pascal Rabaté
Parution : Avril 1997


Je n’ai jamais rien lu de Rabaté. Il était temps de m’y mettre. C’est pourquoi, de passage à la bibliothèque, j’ai embarqué « Un ver dans le fruit », paru en 1997 (près de 20 ans déjà !). Ce roman graphique de 150 pages se situe dans un petit village entouré de vignobles dans les années 60. Le tout est publié chez Vents d’Ouest.

Tout démarre par un conflit entre deux vignerons. Ce dernier tourne au drame lorsque l’un des deux meure dans l’explosion d’une cabane, du aux agents chimiques utilisés pour traiter la vigne. Quelques jours plus tard arrivent en ville le nouveau prêtre de la paroisse et l’inspecteur chargé de l’enquête. Contrairement à ce que la couverture de la réédition peut laisser penser (et qui met en avant l’inspecteur), c’est bien le curé qui a le rôle central ici (ce que la première couverture montrait explicitement). Ce jeune prêtre va essayer de comprendre cet univers viticole qui lui est inconnu tout en tentant de garder à distance son envahissante mère.

Sale ambiance au village

Un_ver_dans_le_fruit1Honnêtement, l’histoire ici présente peu de suspense. Même si le tout est présenté comme un polar, c’est bien de l’ambiance au village viticole qui est le nœud central de l’intrigue. Non-dits, vieilles histoires, ragots… Tout cela pollue et pourrit les relations du coin. Et lorsque l’on n’est pas du coin comme ce pauvre curé, il est bien difficile de s’y retrouver. Mais ce dernier, bien décidé à faire changer les choses, va mettre son nez là où il ne devrait pas.

L’ensemble se révèle des plus intéressants. La lecture se fait rapidement, Rabaté sachant aussi gérer le silence et les regards avec talent. A aucun moment on ne s’ennuie malgré la relative tranquillité de l’ensemble. Le jeune curé est attachant, car plein de bonne volonté. Et les personnages qui gravitent autour de lui sont marquants sans forcément être trop caricaturaux.

Le dessin de Rabaté donne beaucoup de force à l’ouvrage. Le tout est maîtrisé de bout en bout dans un noir et blanc splendide. Outre les trognes des personnages, la force des contrastes lui permet d’asseoir les ambiances avec brio. Pour mon premier contact avec Rabaté, j’ai été franchement ébloui.

Sans être particulièrement transcendant, « Un ver dans le fruit » est l’œuvre d’un auteur qui maîtrise son sujet, tant dans la narration que dans le graphisme. En prenant le point de vue du jeune curé, l’auteur nous met dans la peau de quelqu’un qui découvrirait un village entouré de vignes dans les années 60. Un village où il y aurait un ver dans le fruit.

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Note : 14/20

La Capote qui Tue – Ralf König

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Titre : La Capote qui Tue
Scénariste : Ralf König
Dessinateur : Ralf König
Parution : Mai 1999


Ralf König est un auteur de bandes-dessinées humoristiques allemand dont les protagonistes sont pour la plupart homosexuels. Dans le recueil « La capote qui tue », on trouve deux histoires : « La capote qui tue » et « le retour de la capote qui tue ». Tout de suite on comprend combien il va falloir faire preuve de second degré pour avaler la pilule ! Je connaissais déjà Ralf König par « Les nouveaux mecs » qui tenait plus de l’analyse sociologique des rapports hétéro/homo.

Car ici, c’est de série B qu’il s’agit (voire de série Z). C’est complètement barré mais parfaitement assumé. Le tout est présenté comme un film, avec nom d’acteurs, de réalisateur… Rapidement, on voit que c’est les milieux les plus mal famés de l’homosexualité que l’on va explorer. Hôtels de passe avec travestis, milieu du cuir… König ne fait pas dans la dentelle.

On suit l’histoire de Mécaroni, un inspecteur homosexuel et un peu rustre sur les bords. Sa particularité est d’avoir un sexe énorme (40 cm) et d’arriver à se taper à chaque histoire un bel étalon. Son côté blasé et homo le met en complet décalage avec ses collègues qui lui reprochent sa vie de débauche. Essentiellement, Mécaroni est l’homme qui permet de montrer la vision du monde consensuel sur l’homosexualité.

Concernant l’histoire, cette capote tueuse apporte un vrai suspense : Mécaroni va-t-il se faire manger le sexe après s’être fait mangé une première couille ? La tension est palpable de bout en bout. La première histoire fait appel aux hôtels de passe, la seconde (qui voit le retour de la capote) est encore plus barrée et part dans des histoires de savants fous. Elle a le mérite d’expliquer l’existence de cette fameuse capote.

Homo refoulé, bars gay et vie d’hétéro chiante à mourir

Remise dans le contexte, il faut signaler que ces histoires sont parues en pleine campagne de prévention contre le SIDA (première publication en 1988 et 1990). C’est donc en pleine peur du sexe et apprentissage du préservatif que se situe l’intrigue. Il y a donc une forme de message dans cette histoire. Ainsi, un flic déclare : « Cette putain de campagne anti-SIDA coûte au gouvernement des millions de dollars, rien que pour que les gens mettent des capotes avant de baiser. Maintenant, ils ont tous peur que ces trucs les bouffent !!! » Cela n’est évidemment pas anodin et permet de voir plus loin que la simple série B dans cet ouvrage. On retrouve également des thèmes récurrents dans les ouvrages de König : l’homosexuel refoulé, les bars gay, la vie de l’hétéro chiante à mourir…

Le graphisme de König, très reconnaissable avec ses gros nez, fait mouche. Un soin particulier a été apporté aux ambiances pour coller à l’esprit cinématographique. Les premières pages sont simplement magnifiques. Les scènes de nuit et de bars sont également très réussies. Le tout est dessiné dans un noir et blanc très maîtrisé.

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Je préfère prévenir que König n’hésite pas à montrer des scènes d’accouplement entre hommes à de multiples reprises. Si certains sont gênés par ce genre de choses, mieux vaut éviter « La capote qui tue »qui a tendance à être bien plus explicite que dans d’autres des ouvrages de l’auteur. Si je ne trouve pas ça particulièrement choquant (ce n’est pas trash en soit), cela dépend de la sensibilité de chacun.

« La capote qui tue » est donc une BD complètement déjantée et menée avec brio. Il y a un vrai suspense, des personnages secondaires réussis, un humour omniprésent… Le tout se lit avec plaisir, même s’il vaut mieux ne pas lire les deux histoires à la suite, à cause d’une certaine redondance entre elles. A lire d’urgence pour les moins coincés d’entre vous !

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Note : 15/20

Ma révérence – Wilfrid Lupano & Rodguen

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Titre : Ma révérence
Scénariste : Wilfrid Lupano
Dessinateur : Rodguen
Parution : Septembre 2013


Ma révérence est un album que j’ai découvert en lisant une critique à son propos dans une revue. J’avais également l’occasion d’y découvrir les premières planches. Sans savoir exactement où je me plongeais, j’ai décidé de partir à la découverte de cet ouvrage né de la collaboration de Wilfrid Lupano et de Rodguen. Le premier se charge du scénario et le second du dessin. L’histoire se déroule sur près de cent trente pages. Il est édité chez Delcourt et son prix avoisine dix-sept euros. La couverture nous présente deux personnages. L’un est jeune et tient une immense peluche à la main. L’autre, plus âgé,  a le style de Dick Rivers et tient un flingue. On y voit aussi un fourgon blindé amené à être central dans l’intrigue.

La quatrième de couverture offre la mise en bouche suivante : « Depuis maintenant un mois, je bois mon café tous les matins à la brasserie des Sports, à côté de Bernard. Il est convoyeur de fonds… Bernard, c’est mon ticket pour les tropiques. Un beau jour, j’ai pris la décision ferme et définitive de m’emparer de tout l’argent que contient son camion et de tirer ma révérence… et ce jour-là, ma vie a changé. »

MaReverence2Ce bouquin est un « one shot ». Je ne connaissais donc pas ses personnages et ne devraient pas être amené les croiser dans une autre aventure bédéphile. Je supposais donc que l’histoire nous offrirait un départ et un dénouement, ce qui n’est pas désagréable. Son grand nombre de pages me laissait espérer une intrigue dense et des protagonistes travaillés. Bref, c’est plein d’optimisme que je partais à la rencontre de Vincent et de Gaby.

La narration est subjective. Les événements nous sont contés à travers le regard de Vincent. Il est un jeune trentenaire dont la vie a subi quelques sorties de route. Il s’est décidé à braquer un fourgon. Les raisons qui l’ont amené à cette extrémité sont distillées tout au long de l’histoire. Il possède un côté looser qui rend son projet peu réaliste. Ce sentiment s’intensifie au moment où j’ai découvert son complice alcoolique à la fiabilité peu convaincante. La trame se construit autour de ce duo assez réussi de prime abord. Je me suis rapidement attaché à Vincent. Ses cicatrices sont touchantes et font que je n’arrivais jamais vraiment à le voir comme un délinquant. Néanmoins, il est évident que le personnage le plus haut en couleur est Gaby. Il fait partie de ces copains auxquels on s’attache autant qu’on ne supporte pas l’immaturité. Il est de ces personnes qui sont des boulets qu’on se traîne sans jamais vouloir s’en séparer. Il est très réussi et je regrette qu’il ne prenne pas une place moins secondaire dans l’intrigue. Cela aurait permis à l’ensemble d’être plus drôle et également plus intéressant. En effet, Gaby possède des zones d’ombre que les autres choisissent de ne pas réellement explorer. C’est un choix qui se respecte mais que je regrette.

« Une réussite inégale. »

L’enjeu est donc le braquage d’un fourgon. Les pages nous rapprochent donc inéluctablement du moment où Vincent et Gaby devront assumer un acte qui les mettra au ban de la vie qu’il connaissait jusque-là. A l’aide de flashbacks, les auteurs nous font vivre le terreau qui a fait germer cette idée folle. Ces ruptures chronologiques sont régulièrement réparties et ont pour but apparent de relancer l’intérêt du lecteur. C’est une réussite inégale. En effet, certaines révélations influent profondément le regard porté sur les personnages. D’autres sont davantage des clichés sur la misère sociale et sont moins intéressants en n’apportant aucune dimension supplémentaire à l’histoire.

En débutant ma lecture, je l’ai trouvée originale. Les personnages, l’intrigue et l’univers me paraissaient être une base solide à un album de qualité. Hélas, je trouve que tous ces arguments se diluent au fur et à mesure que les pages défilent. Notre curiosité n’est pas relancée, notre intérêt n’est pas alimenté. Le ton devient plus lisse. Les rebondissements sont plus prévisibles. Bref, tout ne va pas dans le bon sens. Alors que le début m’avait vraiment séduit, j’avais un sentiment bien plus mitigé en refermant l’ouvrage.

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Concernant les dessins, j’ai du mal à me faire un avis définitif sur le trait de Rodguen. Certaines cases sont très réussies. Certains visages sont d’une réalité forte. Ils dégagent une intensité qui ne laisse pas indifférent. Par contre, à l’opposé, je trouve d’autres planches plus banales sans réelle identité graphique. Je dirai donc que la qualité des illustrations est inégale. Pour résumer, je ne suis pas tombé sous le charme mais serait curieux de découvrir un autre travail de ce dessinateur pour me faire une idée plus précise de son style.

En conclusion, Ma révérence ne m’a totalement conquis. L’album n’est pas dénué d’intérêt et d’idées. Mais la qualité inégale et irrégulière du propos fait que j’ai eu du mal à m’immerger dans l’histoire sur la durée. Je suis donc envieux d’une certaine manière des nombreux lecteurs enthousiastes à l’égard de cet ouvrage. En effet, cet opus possède des échos très favorables sur la toile. Comme quoi, les goûts et les couleurs…

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Note : 10/20

Maggy Garrison, T1 : Fais un sourire, Maggy – Lewis Trondheim & Stéphane Oiry

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Titre : Maggy Garrison, T1 : Fais un sourire, Maggy
Scénariste : Lewis Trondheim
Dessinateur : Stéphane Oiry
Parution : Mars 2014


« Maggy Garrisson » a attisé la curiosité des adeptes du neuvième art lors de sa sortie le six mars dernier. En effet, c’était l’occasion de voir Lewis Trondheim scénariser une histoire dans un monde dénué de fantastique et qui n’utilisait graphiquement aucun mécanisme anthropomorphe. D’ailleurs, il confie les dessins à Stéphane Oiry que je découvre à l’occasion de cet album. « Maggy Garrisson » semble vouée à devenir une série. En effet, cet ouvrage intitulé « Fais un sourire, Maggy » est numérotée. Il s’agit donc du tome initial des aventures d’une nouvelle héroïne. Le bouquin de format classique est édité chez Dupuis dans la collection Grand Public. La couverture nous fait découvrir Maggy sous un parapluie en train de s’allumer une cigarette dans une rue pluvieuse londonienne.

La quatrième de couverture nous présente la porte d’entrée suivante : « C’est son premier job depuis deux ans… Il faudrait qu’elle fasse un effort. Sauf que son patron a l’air d’un parfait incapable. Et qu’il n’y a pas mal de fric à gratter en parallèle. » Le ton posé. Il n’y avait plus qu’à espérer que la réalité soit à la hauteur des attentes suscitées.

Bien que m’étant offert ce bouquin peu de temps après son apparition dans les rayons de librairie, j’ai attendu quelques semaines avant de m’y plonger. J’ai donc eu l’occasion de lire sur le net ou dans la presse spécialisée bon nombre de critiques et d’avis à propos de cette nouvelle héroïne. Elles étaient dans leur grande majorité élogieuses et enthousiastes. Elles tressaient des louanges à ce personnage féminin à la personnalité marquée et au caractère fort. Elles louaient les auteurs d’avoir immergé leur intrigue dans la capitale britannique.

Découvrir le Londres contemporain

Je dois avouer que ce dernier aspect m’attirait. En effet, j’ai rarement eu l’occasion de découvrir le Londres contemporain dans un album de bandes dessinées. Bien souvent, les relations entre le neuvième art et « Smoke » se déroulent à la fin du dix-neuvième siècle, époque ayant vu naître Jack l’éventreur ou Sherlock Holmes. Les calèches dans les rues sombres bravant le brouillard légendaire permettait de générer des atmosphères envoutantes. Néanmoins, la richesse naît de la diversité et j’étais curieux de savoir comment les auteurs allaient exploiter les lieux et l’ambiance de la ville anglaise. Certaines scènes extérieures n’ont aucun à nous persuader que nous sommes outre-Manche. De plus, la météo grise ou les pubs locaux participent à cette immersion. Malgré tout, les événements, les personnages et le fait que les échanges soient en français ont tendance parfois à nous faire penser que les personnages pourraient se trouver dans n’importe quelle autre grande ville européenne. Peut-être qu’en intégrant quelques expressions anglaises dans les dialogues à la manière de « Blake et Mortimer » cela aurait facilité la crédibilité géographique de l’ensemble.

maggygarrison1aMaggy nous est jusqu’alors inconnue. Les auteurs doivent donc nous la présenter. La première impression est toujours importante. Les premiers mots sont en voix off. Ils permettent de se faire une idée de cette femme. Elle donne le sentiment de ne pas aimer être embêtée. En peu de termes, Trondheim nous offre l’identité de son héroïne. Les pages suivantes confirment notre perception. Elle apparaît débrouillarde. Son sens de l’éthique atteint rapidement ses limites quand quelques menus billets sont disponibles. Mais on ne lui en veut pas. Son côté futé semble l’emporter sur son côté magouilleur.

La neuvième planche marque le vrai début de l’intrigue. Les présentations sont faites. Il s’agit de rentrer dans le vif du sujet. La trame pose des jalons intéressants et sollicitent activement notre curiosité. Les zones d’ombre sont nombreuses et on ne demande qu’à suivre les pérégrinations de Maggy pour dénouer la pelote emberlificotée autour de son peu charismatique patron. Hélas, l’intensité narrative a tendance à diminuer au fur et à mesure que les pages défilent. Il se passe davantage de choses dans le premier tiers de l’album que dans les deux autres réunis. L’histoire donne lieu à des moments sympathiques et bien écrits mais le fil conducteur est faiblard et n’a pas arrivé à réellement m’intéresser. Au final, je me suis détourné de l’enquête menée par l’héroïne. Son dénouement m’a laissé quasiment insensible.

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Ce sentiment est regrettable car Maggy possède un vrai potentiel scénaristique. De plus, les auteurs font exister des personnages secondaires intéressants qui auraient pu donner une autre ampleur à l’ensemble s’ils avaient été mieux ou plus exploités. Je me demande même si la lecture n’aurait pas été plus agréable si le fil conducteur des recherches de la jeune femme avait été plus en retrait. Cela aurait laissé davantage de place aux différents échanges de Maggy avec ses rencontres. En effet, ces moments sont les meilleurs de l’album. Ce premier tome a donc ses qualités et ses défauts. Les premières m’inciteront à jeter un coup d’œil sur le prochain opus lors de sa future sortie. Mais cela est une autre histoire…

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Note : 11/20

Blast, T4 : Pourvu que les bouddhistes se trompent – Manu Larcenet

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Titre : Blast, T4 : Pourvu que les bouddhistes se trompent
Scénariste : Manu Larcenet
Dessinateur : Manu Larcenet
Parution : Mars 2014


« Blast » est un OVNI du neuvième art. Depuis la sortie de son premier tome il y a presque quatre ans, cette série est amenée à marquer profondément ses lecteurs. Ce roman graphique né de l’imagination et de la plume de Manu Larcenet est un uppercut permanent. Cette saga est une tétralogie. Le sept mars dernier est apparu l’épisode ultime du parcours de Polza Mancini, ce personnage pas comme les autres. Ce dernier opus s’intitule « Pourvu que les bouddhistes se trompent ». Edité chez Dargaud, cet ouvrage se compose de cent quatre-vingt-quinze pages. Il coûte vingt-trois euros. La couverture se partage en deux plans. Le premier nous présente Polza, revenu à l’état sauvage. Le second nous présente Carole assise un révolver dans la main. Le dénouement approche et nous pouvons légitimement l’appréhender.

La quatrième de couverture fait parler Mancini qui s’adresse à nous : « Un vent lourd, puant suie et cadavre, gronde sur la route et me glace. L’orage approche. Je ne cherche aucun abri, il n’en existe pas à ma taille. Je claudique au bord du chemin, ivre comme toujours, dans l’espoir que la distance entre nous se réduise que nos peaux se touchent enfin. Sali, battu, hagard, je repousse le moment où, le souffle court et les pieds meurtris par de mauvaises chaussures, je devrai m’arrêter. Serai-je encore assez vivant pour repartir ? »

Tour à tour ému, touché, énervé, choqué, compatissant, dégoûté, horrifié…

Polza Mancini est un personnage riche qui ne peut pas laisser indifférent. Pire que cela, il arrive à générer tous les spectres des sentiments possibles. Tour à tour j’ai été ému, touché, énervé, choqué, compatissant, dégoûté, horrifié et j’en passe. D’une page à l’autre, nos émotions sont chamboulées. La vie de Polza est celle d’un clochard comme il l’affirme. Elle alterne donc entre des moments de poésie dans la forêt ou près d’une rivière avec des moments durs inhérents à la vie dehors. Tous les marginaux ne sont pas stables et bienveillants, loin s’en faut. D’ailleurs le Mancini n’est pas dénué de défaut : il est alcoolique, drogué, instable, sale. A cela s’ajoute un physique difforme qui incite à détourner le regard. Bref, il fait partie des gens qu’on n’oublie mais qu’on ne souhaite pas croiser à nouveau.

Mais Polza ne nous conte pas son histoire au coin du feu. Il est en garde à vue. Il est accusé du meurtre de Carole, une jeune femme que les premiers tomes ont petit à petit fait apparaître dans la vie de Mancini. L’album précédent se concluait par une rude révélation : Carole aurait tué son propre père. C’est donc ici que reprend la trame pour ce dernier acte.

A la suite de son évasion de l’hôpital, Polza est hébergé chez un des anciens pensionnaires prénommé Roland. Ce dernier vit dans une ferme reculée avec sa fille Carole. Mancini ne quittera plus cette ferme jusqu’à son interpellation par la police. Pour la première fois, Polza est sédentaire. Bien qu’il affirme être irrémédiablement attiré par un départ dans la forêt, il ne franchit jamais le pas. Il semble attaché à sa nouvelle famille. L’équilibre qui régit la vie de cette petite communauté est remarquable décrit par Larcenet. Alors qu’on pourrait y voir une fille aimante et dévouée qui s’occupe de son père malade et qui accueille un sans-abri en quête d’affection. Mais tout cela est bien plus compliqué, malsain et inquiétant. Chaque rayon de soleil précède une longue période sombre sans lumière. L’issue nous est connue. Elle est triste et fatale. Le moins que nous puissions dire est que le chemin qui y mène n’est pas plus joyeux.

Côté dessin, le voyage est intense. Le travail graphique de Larcenet est impressionnant. Son œuvre est quasiment entièrement en noir et blanc. Il fait naître une grande galerie d’atmosphère. Que les scènes soient intimes ou que ce soient des paysages, que les moments soient légers ou horribles, tout nous pénètre profondément. Je n’ai pas le vocabulaire suffisamment riche pour vous transcrire les sentiments ressentis devant les planches ou les termes précis et techniques qui permettraient d’expliquer la qualité du travail. Je ne peux donc que vous inciter à ouvrir aux hasards ce tome et en lire quelques pages. Ce sera la meilleure manière de vous imprégner et de savourer les remarquables illustrations qui accompagnent cette histoire qui l’est tout autant.

« Pourvu que les bouddhistes se trompent » conclue avec maestria cette grande saga. La dernière partie de l’ouvrage est une invitation à la redécouvrir avec un regard neuf. Cette série est une œuvre majeure de ma bibliothèque. Je pense que je m’y plongerai régulièrement quitte à prendre du plaisir de lecteur à souffrir. « Blast », c’est une expérience qui ne laisse pas indemne…

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Note : 19/20