Monsieur Jules


Titre : Monsieur Jules
Scénariste : Aurélien Ducoudray
Dessin : Arno Monin
Parution : Septembre 2019


J’ai découvert le travail d’Arno Monin sur « L’adoption », un joli diptyque illuminé par son dessin. C’est avec plaisir que je le retrouve sur ce one-shot intitulé « Monsieur Jules » avec Aurélien Ducoudray au scénario. De ce dernier, je connaissais « The Grocery », une série qui m’avait marqué à sa sortie. Le tout paraît chez Bamboo pour près de 90 pages de lecture.

La vie d’un quartier qui change.

Monsieur Jules est proxénète. Vu son âge avancé, il n’a plus beaucoup de filles à s’occuper. Elles sont deux, déjà sur le déclin, aussi différentes que peuvent l’être deux femmes. Leur petit trio fonctionne tant bien que mal. Jules ne s’est jamais remis de la mort de sa femme et traîne sa dépression et ses colères dans le petit appartement.

« Monsieur Jules » s’intéresse à la prostitution à Pigalle dans les années 90. Ducoudray nous en dresse un portrait un poil manichéen. D’un côté, la prostitution à l’ancienne, bon enfant, franchouillarde, où l’on baise l’épicier pour récupérer un panier de légumes ou le proprio pour payer le loyer. De l’autre, la traite par des réseaux de jeunes africaines forcées et droguées. S’il y a sans doute du vrai là-dedans, le côté bon enfant du trio installé dans la prostitution depuis longtemps manque d’aspérités. Certes, ils s’engueulent, mais à aucun moment leur passé ne ressurgit. À peine sait-on que Jules s’est retrouvé proxénète « par accident » en ayant une relation amoureuse avec une prostituée.

Cette forme d’idéalisation est là pour servir un propos. Décrire un quartier qui vivait avec ses règles et la passation vers un autre monde, plus violent encore. Cependant, les personnages sont bien écrits et fonctionnent. L’arrivée d’une jeune noire dans l’appartement va remettre le trio dans la réalité de la vie du quartier qu’ils avaient plus ou moins occulté.

Cet ouvrage est de la belle bande dessinée. Malgré quelques réserves sur le scénario, la narration est vraiment bien mené. La façon dont les enjeux sont posés, les silences, les pages muettes… Si beaucoup de faits sont traités avec humour, le propos reste dur, les relations entre les personnages complexes… Le travail sur le découpage est assez remarquable et témoigne d’une véritable maîtrise, tant du scénariste que du dessinateur.

Arno Monin était parfait pour ce projet. Il apporte son beau dessin, ses personnages truculents et bougons… Tant les décors, le trait, les couleurs sont au diapason. C’est du très beau travail et je continuerai à suivre cet auteur avec soin tant il permet à ces histoires et ces personnages de prendre corps. Avec quelques scènes d’action, des cauchemars, il montre une palette plus variée encore que sur « L’adoption ». Je mettrais juste un bémol à la couverture que je ne trouve pas très réussie.

Si j’ai quelques réserves sur le propos général de l’ouvrage, force est de constater que la lecture se fait avec plaisir. Les personnages sont attachants, l’histoire monte en régime et le tout transpire d’humanité. Tantôt dure, touchant et drôle, c’est de la belle BD, maîtrisée et bien faite. N’est-ce pas ce que demande le peuple ?

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