Mort au tsar, T2 : Le terroriste


Titre : Mort au tsar, T2 : Le terroriste
Scénariste : Fabien Nury
Dessinateur : Thierry Robin
Parution : Septembre 2015


Cela fait plusieurs mois que la conclusion du diptyque Mort au tsar prenait la poussière dans ma bibliothèque. Malgré le plaisir pris à lire le premier épisode je n’avais jamais pris le temps de découvrir le dénouement de cette nouvelle histoire contée par Fabien Nury et illustrée par Thierry Robin. J’ai donc profité de mes vacances estivales et du temps libre qu’elles offrent pour me plonger à nouveau dans la Russie du début du siècle dernier.

Le destin d’un homme plus que d’une idéologie.

Le premier tome nous avait fait suivre les pas du gouverneur de Moscou suite à un événement sanguinaire dont il était le malheureux responsable. Suite à une mauvaise interprétation d’un de ses gestes, des dizaines d’ouvriers ont été tués lors d’une manifestation. Depuis, tout le pays veut sa mort et l’issue apparaît comme inéluctable. On suivait donc le quotidien de ce personnage intéressant et attachant dont la fonction est une souffrance permanente. Sa marche vers la mort qui le guette à chaque coin de couloir ou de rue était prenante et menait à une conclusion réussie.

Dans ce second tome, les auteurs font un choix original. En effet, ils décident de changer complètement de personnage principal en « remplaçant » le gouverneur par le terroriste voulant sa mort. On vit donc les mêmes événements en changeant de point de vue. Le concept est original et maîtrisé avec maestria par le scénariste. L’idée est bonne, sa réalisation l’est tout autant. L’intrigue se construit autour d’un personnage des plus ambigus. Il s’agit quand même de quelqu’un qui souhaite assassiner un dirigeant politique auquel on s’est attaché précédemment. Notre relation avec ce nouveau héros est complexe.

Une des difficultés potentielles de la narration est d’arriver à faire exister une intensité dramatique dans une trame dont on connaît déjà bon nombre d’événements majeurs. Nury y arrive remarquablement. Le montage d’une opération terroriste est une succession de petites étapes risquées et indispensables. Cela nous permet de découvrir tout ce petit monde révolutionnaire nécessaire à la mise en place de cet attentat. Les personnages secondaires sont bien écrits et donnent de l’épaisseur à l’histoire. Les auteurs font d’ailleurs le choix de nous conter le destin d’un homme plus que d’une idéologie. Cela donne d’ailleurs une plus grande ampleur au personnage principal dont aucun des actes, aussi bénins soient-ils, ne nous laisse indifférent.

Je me dois d’évoquer la qualité du travail pictural de Thierry Robin. J’avais déjà pris beaucoup de plaisir à découvrir son style dans La mort de Staline, c’est donc avec joie que j’ai profité de ce nouvel ouvrage mis en image sous sa plume. Il possède un style très personnel qui habille l’histoire en sublimant l’intrigue et en intensifiant la dramaturgie de l’ensemble. Le travail sur les couleurs facilite le voyage dans la Russie du début du vingtième siècle. Ici, le dessin ne se contente pas de servir de support à l’histoire. Au contraire, il participe pleinement à l’attrait généré par la lecture et permet à l’intrigue de prendre toute son ampleur.

Pour conclure, Le terroriste conclut remarquablement le diptyque Mort au tsar. Cet album est passionnant et se dévore avec plaisir. Fabien Nury confirme qu’il a un talent rare pour inscrire la fiction dans l’Histoire. De plus, il ne faut pas qu’il hésite à s’associer à nouveau à Thierry Robin pour travailler. Le résultat est souvent brillant…

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