La Clôture – Fabcaro

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Titre : La Clôture
Scénariste : Fabcaro
Dessinateur : Fabcaro
Parution : Avril 2009


« 6 pieds sous terre » est une maison d’édition qui cherche avant tout à donner de la liberté aux auteurs. Dans « La clôture », Fabcaro profite de cette liberté pour délivrer un récit complètement absurde et expérimental. Difficile à définir ce qu’est « La clôture ». Avant tout, cet ouvrage décrit la difficulté pour un auteur (en l’occurrence, Fabcaro) d’écrire des scénarios quand on est empêtré dans le quotidien (avec notamment une clôture à réparer).

Pourtant dans les premières pages, point de présence autobiographique de l’auteur. On démarre le tout sur des personnages fictionnels. Très intrigué par le début de l’histoire, le lecteur est rapidement rassuré lorsque la compagne de Fabcaro déclare, en lisant ces mêmes pages : « Mais… C’est totalement incohérent… On comprend rien du tout… ». L’auteur déclare alors qu’il est au bord de la dépression et qu’il n’arrive pas à scénariser avec tout ce qu’il a à faire à côté…

Les scènes se succèdent sans lien apparent entre elles.

Et justement, malgré tout cela, Fabcaro va pourtant nous scénariser une histoire entre Sonia et Pierre. La première ne rencontre que des losers et voudrait trouver quelqu’un. Le second cherche avant tout un emploi mais semble complètement incompétent pour cela. Ils finiront quand bien même par se rencontrer après de nombreuses péripéties. Laissant libre court à son imagination, les scènes se succèdent sans lien apparent entre elles.

lacloture1Au fur et à mesure des pages, Fabcaro s’intègre dans sa propre fiction, se mettant alors à parler avec ses « acteurs » de ses états d’âme. Pendant ce temps, l’histoire continue… Cette partie autobiographique, sous une apparence classique, est toujours agréablement mise en scène par Fabcaro. Outre le comique absurde de répétition, on retrouve l’auteur devant ses contradictions : faire un ouvrage original au risque d’en « vendre huit ». La panne d’inspiration reste évidemment le principal sujet de l’ouvrage, puisqu’il est la raison du bordel incroyable qu’est « La clôture » : ne sachant qu’écrire, Fabcaro fait n’importe quoi, essayant des choses diverses et variées. Evidemment, les dernières pages amènent un éclaircissement salvateur et « La clôture » prend alors tout son sens.

Malgré la confusion volontaire du récit, on rit beaucoup dans cet ouvrage. Les dialogues, les situations absurdes, le mélange des genres… Fabcaro maîtrise son humour si particulier et personnel avec maestria. Qu’importe le personnage ou le lieu, l’auteur parvient à nous arracher des rires avec un sens du contre-pied incroyable.

Au niveau du dessin, j’avoue être très fan du trait de Fabcaro. Ses personnages aux longs cous sont très expressifs. Mention spéciale aux silences, parfaitement retranscrits graphiquement, souvent par une répétition maîtrisée et intelligente de la case.

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« La Clôture » est une œuvre exigeante. La feuilleter dans une librairie ou une bibliothèque risque fort de faire hésiter le lecteur. Doté d’un humour efficace et d’une mise en abîme originale, cette bande-dessinée, très expérimentale, n’en est pas moins avant tout une véritable histoire avec ses personnages, ses retournements de situation. Un monument de l’absurde.

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Note : 18/20

-20% sur l’esprit de la forêt – Fabcaro

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Titre : -20% sur l’Esprit de la Forêt
Scénariste : Fabcaro
Dessinateur : Fabcaro
Parution : Septembre 2011


Auteur actuellement très prolifique, Fabcaro a développé ses œuvres sur la base d’un humour absurde et décalé. Outre sa série d’ouvrages autobiographiques, l’auteur a écrit « La clôture », une bande-dessinée expérimentale où personnages se mêlent dans un joyeux bordel qui ne se comprend qu’une fois les dernières pages lues. Fabcaro récidive dans le même style avec « -20% sur l’esprit de la forêt », paru chez « 6 pieds sous terre », une maison spécialisée pour les expérimentations.

« -20% sur l’esprit de la forêt » est difficile à définir. Sous couvert d’un bordel sans nom difficilement compréhensible au départ, c’est avant tout une œuvre pleine d’humour et de tendresse sur la fin de l’enfance. On retrouve ainsi un Fabcaro qui joue aux cowboys. Suite à une mauvaise imitation de Jean-Pierre Bacri, il se retrouve poursuivi par toutes les polices de l’état. Il faut dire qu’il a battu son adversaire (un playmobil) dans un duel à mort où il lui avait lancé une feuille…

Incompréhensible et absurde au départ.

Un minimum d’ouverture d’esprit sera nécessaire pour apprécier cette BD ! Complètement incompréhensible et absurde au départ, elle prend peu à peu du sens. Ainsi, Fabcaro explique que quand il jouait dans les escaliers (avec ses playmobils justement !), il entendait en même temps ce qui passait à la télévision. Résultat, quoi de plus normal que d’intégrer des scènes des émissions de télé en plein milieu de l’histoire ?

20-surlespritdelaforet1Heureusement, on est rapidement happé par l’humour ravageur de l’auteur. Fabcaro manie l’absurde comme peu en sont capables et fait mouche sans peine. Malgré un décalage souvent énorme par rapport à la trame principale, il parvient quand même à faire rire. Si bien qu’on s’accroche rapidement sans trop d’efforts jusqu’à ce que tout prenne sens. Car sens il y a ! Au fur et à mesure, on découvre un Fabcaro dont le métier est incompris, empêtré dans un quotidien très loin de ses idéaux. Et quand les dernières pages arrivent, on se retrouve ému, touché par cette histoire qui ne peut que nous rappeler notre propre enfance perdue. Après un ouvrage foutraque plein d’humour absurde, l’auteur nous donne une dose de nostalgie incroyable. D’un coup. Du grand art !

Le dessin de Fabcaro, très relâché et expressif est toujours un régal. Il renforce sans peine son humour. Son noir et blanc est très élégant et bien plus riche qu’il peut paraître au premier abord. L’auteur s’autorise même quelques digressions bienvenues.

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« -20% sur l’esprit de la forêt » est une œuvre exigeante et difficile d’accès. Clairement expérimentale, elle n’oublie pas pour autant son but premier. Dotée d’un vrai message, bourrée d’humour et à l’impact émotionnel insoupçonné, elle prouve l’immense talent de Fabcaro, capable de faire de ses ouvrages les moins accessibles les plus passionnants. Difficile en tout cas de refermer cette BD sans y repenser à de nombreuses reprises. Et vous, de combien avez-vous bradé votre esprit de la forêt ?

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Note : 19/20

Parapléjack – Fabcaro

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Titre : Parapléjack
Scénariste : Fabcaro
Dessinateur : Fabcaro
Parution : Novembre 2014


Fabcaro est l’un de mes auteurs favoris. Son humour, absurde et personnel, me touche systématiquement. L’auteur a développé toute une série de livres sous forme de strips, dont il s’est fait une spécialité (parmi d’autres). « Parapléjack » regroupe des strips parus initialement sur le site Mauvais Esprit. Le tout est publié aux éditions de La Cafetière dans un format A6, à raison d’un strip par page (pour 128 pages).

Jack est paraplégique. Mais il ne semble pas avoir conscience des implications. Ainsi, il essaie de faire plein de choses qui lui sont impossibles, comme tirer un pénalty par exemple ou faire des pompes… Comme cité en quatrième de couverture : « Tu dois accepter la vie telle qu’elle se présente mais mieux vaut faire en sorte qu’elle se présente comme tu veux qu’elle soit… » 

Un homme en fauteuil roulant fait du trampoline…

On nage donc en plein humour noir et absurde en voyant un homme en fauteuil roulant faire du trampoline… Difficile à imaginer, non ? Fabcaro manipule un humour qui a ses adeptes, mais il est évident que certains resteront sur la touche. Il fait fort ici en s’attaquant aux handicapés dont il se moque ouvertement. Mais la bonne humeur de Jack est communicative.

Comme toujours avec les recueils de strips, certains sont clairement plus percutants que d’autres. Une fois le postulat de départ assimilé, on sourit beaucoup aux péripéties de Jack, même si un phénomène de répétition se fait sentir en fin d’ouvrage. Se pose la question de savoir s’il fallait publier l’intégralité des strips parus précédemment. Qu’importe, le plaisir de lecture est là.

Le dessin de l’auteur est un vrai plaisir. Son trait est dynamique et, malgré la petitesse du format, les cases sont riches en décors et en détails. Son noir et blanc est beau, même si ici il manque parfois de visibilité. Difficile à dire si c’est à cause de la couleur ou à cause de la taille des cases, mais j’ai eu besoin d’un temps d’adaptation.

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Un nouveau livre de Fabcaro, c’est toujours un plaisir. « Parapléjack » n’est pas son meilleur livre, mais son côté complètement absurde est assez jubilatoire. Abordant un sujet difficile avec un humour corrosif, l’auteur prend un risque. Mais qui d’autre pouvait nous montrer un homme paraplégique en plein déni de son handicap ?

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Note : 12/20

 

Hello fucktopia – Souillon

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Titre : Hello fucktopia
Scénariste : Souillon
Dessinateur : Souillon
Parution : Novembre 2014


 Si je n’ai jamais accroché à « Maliki », j’ai toujours été fan du trait de Souillon. Un peu frustré, j’ai été très réceptif à l’annonce de la sortie d’un one-shot plus sombre intitulé « Hello Fucktopia » (et sous-titré « un vrai conte de fée »). J’ai pu suivre alors le blog du projet, montrant des extraits plus beaux les uns que les autres. Le livre pèse 80 pages et est publié chez Ankama.

HelloFucktopia2Souillon commence par préfacer son livre avec un mot à son lecteur. Une habitude de blogueur certainement. Il y présente « Hello Fucktopia » comme un projet qui lui tient particulièrement à cœur et qu’il a mis des années à arriver à mettre en place. Il implique le lecteur également et pose l’idée d’une forme d’autobiographie cachée. Cela m’a profondément dérangé. C’est comme si Souillon souhaitait mettre, avant la lecture, une part d’affectif dans notre lecture. Clairement, cela fonctionne pour beaucoup. Mais si l’on n’est pas fan de l’auteur, on est un peu dérouté par cette entrée en matière.

« Hello Fucktopia » présente l’histoire de Mali venue à Paris (la dite « Fucktopia ») pour étudier les arts plastiques. Ayant raté les concours d’entrée dans les écoles prestigieuses, elle se retrouve à la faculté avec des cours qui ne l’intéressent guère. A cela s’ajoutent ses amis, Thémis et Stéphane, qui sont bien plus parisiens visiblement.

Un passage à l’âge adulte.

Comme son nom l’indique, « Fucktopia » est une dystopie. Mali n’y trouve pas ce qu’elle cherche et prend des risques. Elle doit passer à l’âge adulte. Hélas, le livre manque un peu d’enjeux. Les intrigues se multiplient sans forcément d’intérêt ou sans être refermées réellement (notamment toutes les histoires avec Thémis et Stéphane n’ont que peu d’intérêt). La lecture avance et à la fermeture de l’ouvrage, on se demande finalement quel est le sens de cette histoire. Beaucoup de discussions des personnages entre eux, quelques situations avec un peu de suspense, mais on se demande où veut en venir l’auteur.

HelloFucktopia3« Hello Fucktopia » narre la jeunesse de Souillon puisque cela se passe pendant les années 90. On regrettera quand même que ce soit si peu ancré dans l’époque. Passés deux/trois détails, on a l’impression d’être en 2014. Mali est clairement encore très adolescente et a du mal à passer à l’âge adulte. Mais certaines révélations manquent clairement de puissance émotionnelle pour un adulte. Du coup, je me suis demandé si je faisais partie du public visé. Malgré tout, la lecture avance bien et certaines scènes sont réussies. J’ai accroché à l’humour de l’ensemble qui pointe son nez par moment, mais la partie réflexion sur la vie m’a paru un peu légère et simpliste. Dommage.

Concernant le dessin, je n’ai pas été déçu. L’ensemble est influencé par le manga, mais présente une bonne synthèse avec des influences plus franco-belge. Les décors sont riches, les personnages bien identifiés et fort graphiquement. Et il y a de vraies qualités dans le découpage des planches, dynamique et varié. Les couleurs enrichissent les ambiances et le trait sans problème. C’est une belle bande-dessinée que l’on a dans les mains, avec un dessinateur des plus doués.

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J’ai pris du plaisir à lire cette bande-dessinée, mais les défauts de l’ensemble me sont apparus ensuite. En insistant sur l’importance qu’avait ce projet pour lui, Souillon a aussi perturbé ma lecture. Car « Hello Fucktopia » ne propose pas un scénario très original. Basé avant tout sur des personnages, il nous manque un peu d’empathie pour eux pour pleinement adhérer.

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Note : 11/20

Top BD des blogueurs – Novembre 2014

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Le Top BD des blogueurs est un collectif rassemblant des blogs de critiques de bande-dessinées. Dès qu’un titre possède au moins trois notes, il entre dans le top. Vous pouvez découvrir chaque mois les cinquante titres les mieux notés.

1- (=) Yossel, 19 avril 1943       19
Joe Kubert, Delcourt

2- (+) Ceux qui me restent  18.68
Damien Marie, Laurent Bonneau, Bamboo

3- (=) Le journal de mon père 18.67
Jiro Taniguchi, Casterman

4- (=) Asterios Polyp     18.65
David Mazzuchelli, Casterman

5- (=) Persépolis    18.64
Marjanne Satrapi, L’Association

6- (=) Le loup des mers 18.55
Riff Reb, Soleil

7- (=) NonNonBâ         18.5
Shigeru Mizuki, Cornélius

8- (=) Maus        18.49
Art Spiegelmann, Flammarion

9- (=) Le pouvoir des Innocents Cycle 2- Car l’enfer est ici   18.41
Tome 1Tome 2,

10- (-) La lune est blanche 18.4
Emmanuel Lepage, François Lepage, Futuropolis

11- (=) Tout seul            18.38
Christophe Chabouté, Vents d’Ouest

12- (=) Le sommet des dieux       18.33
Yumemuka Bura, Jirô Taniguchi, Casterman
Tome 1,Tome 2,Tome 3, Tome 4, Tome 5.

13- (=) Un printemps à Tchernobyl  18.28
Emmanuel Lepage, Futuropolis

14- (=) Daytripper           18.27
Fabio Moon, Gabriel Ba, Urban Comics

15- (=) V pour Vendetta  18.22
Alan Moore, David Lloyd, Delcourt

16- (=) Le Grand pouvoir du Chninkel   18.19
Van Hamme, Rosinski, Casterman

17- (=) Universal War One   18.14
Denis Bajram, Soleil
 Tome 1Tome 2, Tome 3, Tome 4Tome 5Tome 6.

18- (=) Pendant que le roi de Prusse faisait la guerre, qui donc lui reprisait ses chaussettes?  18.13
Benoît Zidrou, Roger, Dargaud

19- (=) Les ombres     18.1
Zabus, Hippolyte, Phébus

20- (-) Les vieux fourneaux tome 1   18.05
Wilfrid Lupano, Paul Cauuet, Dargaud

21- (=) Abélard     18.04
Régis Hautière, Renaud Dillies, Dargaud
Tome 1Tome 2.

22- (N) Chroniques outremer   18
Bruno Le Floch, Dargaud

23- (=) La fille maudite du capitaine pirate  18
Jérémy Bastian, Editions de la Cerise

24- (=) Le muret    18
Pierre Bailly, Céline Fraipont, Casterman

25- (=) Il était une fois en France    17.98
Fabien Nury, Sylvain Vallée, Glénat
Tome 1Tome 2Tome 3Tome 4Tome 5,Tome 6.

26- (=) Habibi       17.95
Craig Thompson, Casterman

27- (=) Herakles    17.92
Edouard Cour, Akileos
Tome 1Tome 2,

28- (=) Les derniers jours d’un immortel     17.92
Fabien Vehlmann, Gwen de Bonneval, Futuropolis

29- (=) Gaza 1956     17.92
Joe Sacco, Futuropolis

30- (=)Melvile     17.88
Romain Renard, Le Lombard

31- (=) Scalped            17.86
Jason Aaron, R.M. Guerra, Urban Comics
Tome 1Tome 2Tome 3Tome 4Tome 5Tome 6Tome 7,

32- (=) Manabé Shima 17.83
Florent Chavouet, Editions Philippe Picquier

33- (=) Trois Ombres       17.78
Cyril Pedrosa, Delcourt

34- (=) Les derniers jours de Stefan Zweig   17.75
Seksik, G. Sorel, Casterman

35- (=) Anjin-san    17.75
Georges Akiyama, Le Lézard Noir

36- (=) Joker                17.75
Brian Azzarello, Lee Bermejo, Urban Comics

37- (=) Mon arbre     17.75
Séverine Gauthier, Thomas labourot, Delcourt

38- (=) L’histoire des trois Adolf,              17.75
Osamu Tezuka, Tonkam

39- (=) Blankets  17.73
Craig Thompson, Casterman

40- (=) Le pouvoir des innocents Cycle 3- Les enfants de Jessica tome 1  17.73
Brunschwig, L. Hirn, Futuropolis

41- (+) Les carnets de Cerise    17.72
Joris Chamblain, Aurélie Neyret, Soleil
Tome 1, Tome 2Tome 3,

42- (=) Holmes               17.7
Luc Brunschwig, Cecil, Futuropolis
Tome 1, Tome 2Tome 3.

43- (=) Calvin et Hobbes,              17.7
Bill Watterson, Hors Collection
Tome 1Tome 2Tome 15tome 17,

44- (=) Les seigneurs de Bagdad  17.7
Brian K. Vaughan, Niko Henrichon, Urban Comics

45- (-) Urban              17.69
Luc Brunschwig, Roberto Ricci, Futuropolis
Tome 1Tome 2, Tome 3,

46- (=) Washita     17.69
Tome 1Tome 2, Tome 3, Tome 4, Tome 5.

47- (=) Lorenzaccio              17.67
Régis Peynet, 12 Bis

48- (=) Match!   17.67
Grégory Panaccione, Editions Delcourt

49- (=) Tokyo Home  17.67
Thierry Gloris, Cyrielle, Kana

50- (N) Hommes à la mer   17.67
Riff Rebs, Soleil

Kraa, T2 : L’Ombre de l’Aigle – Benoît Sokal

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Titre : Kraa, T2 : L’Ombre de l’Aigle
Scénariste : Benoît Sokal
Dessinateur : Benoît Sokal
Parution : Janvier 2012


Benoît Sokal, auteur de la série « Canardo », avait surpris son monde avec la sortie du premier tome de « Kraa » où son talent de dessinateur explosait dans une histoire totalement dénuée d’humour et froide comme la lame d’un couteau. La sortie du deuxième tome de ce triptyque, « L’ombre de l’aigle » confirme la grande qualité de cette série.

Dans un coin reculé de la planète, entre Alaska et Sibérie, un territoire devient la source de convoitises. Un relatif réchauffement local et des minerais précieux dans le sous-sol attirent tous les aventuriers avides de richesses rapidement gagnées. Mais ce n’est pas si simple. Dans la ville nouvelle, tout va trop vite. L’hiver est rude, rendant le travail impossible. Et la nature reste incontrôlée. Démarrent alors de grands travaux destinés à ériger un barrage à la sortie d’une vallée encaissée. Ainsi, les inondations issues du dégel seront contrôlées et de l’électricité sera produite en grosse quantité. Dans cette vallée perdue vivait une tribu indienne, massacrée depuis. Et surtout, il y a cet aigle géant, vénéré auparavant comme un dieu, que la civilisation veut faire disparaître…

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Le premier tome de « Kraa » était avant tout basé sur la relation entre le garçon et l’aigle. Ici, l’hiver a continué son processus d’assimilation et le jeune autochtone est devenu complètement sauvage. Ainsi, le couple fondateur de la série est très en retrait, laissant la place à la jeune infirmière à peine entrevue dans le premier tome. Celle-ci va devoir se rendre dans la vallée, sur les lieux des travaux, à ses risques et périls…

Plus que l’aigle, ce sont les vautours qui sont à l’honneur.

Curieux choix de Sokal de mettre de côté son aigle dans cette partie. Cependant, cette décision n’en est pas mauvaise pour autant. La galerie des personnages s’étoffe et se fait plus pertinente. Car plus que l’aigle, ce sont les vautours qui sont à l’honneur. Le véritable sujet est cette ruée vers l’or et ses conséquences. Et c’est remarquablement traité. Les désillusions, la pauvreté, la misère, les prises de risques… On s’en bien que ce monde en devenir ne peut que s’écrouler. La dureté de cet univers est omniprésente. La violence est partout, tout le temps. Le fait de démarrer ce tome dans la ville donne d’autant plus l’impression que la vallée est tout sauf accueillante. Et pourtant, cette ville est déjà sacrément désagréable pour ses habitants…

La narration reste efficace mais plus classique. Les parties narratives, données par l’aigle, sont plus rares alors qu’elles étaient vraiment la pierre angulaire du premier tome. Tout passe par l’action et le dialogue désormais.

Le dessin de Sokal, en couleur directe, est une nouvelle fois splendide. Outre les paysages magnifiques qui sont une véritable invitation au voyage, les personnages ont de vraies trognes, donnant beaucoup de personnalité à l’ensemble. L’auteur semble très à l’aise pour tout et produit à coup sûr l’une des bande-dessinées les plus belles de l’année.

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Avec « Kraa », Sokal a créé un monde original, dur et implacable. Passionnant de bout en bout, doté d’un vrai suspense, il prend le temps de bâtir toute une série de personnages et de problématiques avant le troisième tome qui clora la série. Difficile encore de savoir où il veut vraiment en venir, mais « Kraa » s’annonce d’ors et déjà comme un chef d’œuvre.

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Note : 18/20

Kraa, T1 : La Vallée Perdue – Benoît Sokal

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Titre : Kraa, T1 : La Vallée Perdue
Dessinateur : Benoît Sokal
Scénariste : Benoît Sokal
Parution : Septembre 2010


 J’ai découvert par hasard le dernier album de Benoît Sokal, intitulé « Kraa » et sous-titrée « La vallée perdue ». Sokal s’est fait connaître notamment par la série Canardo. Très typée franco-belge (tout en rondeur, en traits noirs et en couleurs vives), cette série vaut surtout pour son humour. Avec « Kraa », on change complètement d’univers.

L’histoire de « Kraa » se situe entre la Sibérieet l’Alaska, dans une vallée encaissée. Suite à un réchauffement climatique, cette vallée devient économiquement exploitable. L’homme moderne vient alors s’y installer, rêvant de richesses. Or, la vallée est habitée par une tribu indienne, où déjà l’influence du colonisateur se fait sentir. Cependant, les indiens vivent en harmonie avec la nature qui les entoure. Pour l’instant…

kraa1bKraa est le nom d’un aigle. Il est l’un des deux héros de l’album. En effet, il créera un lien particulier avec Yuma, un jeune indien. Ensemble, ils représentent ce que le nouveau monde ne veut plus : la nature sauvage et les autochtones, freins à l’expansion économique et industrielle.

De véritables tableaux.

Ce qui marque dès les premières pages, c’est le dessin. Il est simplement magnifique d’un bout à l’autre. On ne retrouve pas du tout le dessinateur de Canardo ! Les traits sont moins appuyés, les couleurs moins vives et le tout est simplement superbe. Mention spécial aux paysages vides et au personnage de l’aigle, plus vrai que nature. On retrouve un peu les ambiances et les teintes d’albums de Sokal plus anciens comme « L’Amerzone » ou « La Mort Douce ». Rien que pour son dessin, cet album vaut le coup. Certaines cases sont de véritables tableaux.

Heureusement, l’histoire n’est pas en reste. La relation entre Kraa et Yuma est remarquablement rendu par une narration différente. Ainsi, Kraa est le point de vue du narrateur, la « voix-off » de l’album. Ses discours de départ sont particulièrement cruels, mélange d’instinct et de cruauté. En cela, il n’est pas particulièrement sympathique. Bien sûr, son lien avec Yuma le rendra beaucoup plus « humain ». Cette évolution est loin d’être immédiate. En cela, elle est réussie. Yuma est l’opposé de Kraa. Très attaché aux valeurs traditionnelles indiennes, il est très généreux. Une perle d’humanité dans un monde qui ne l’est pas du tout.

Sokal prend le temps de poser son sujet. Ainsi, ce tome qui introduit les protagonistes fait 94 pages. Cela permet aux personnages d’évoluer à un rythme cohérent. De plus, les cases sont souvent grandes pour permettre à son dessin de s’exprimer pleinement.

Au final, cet album est une excellente surprise. J’ai eu le plaisir de retrouver les ambiances malsaines de fin du monde de l’Amerzone traitées avec un dessin magnifique. Je ne peux évidemment que vous le conseiller et attendre avec impatience le prochain tome !

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Note 17/20

Vingt-trois prostituées – Chester Brown

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Titre : Vingt-trois prostituées
Scénariste : Chester Brown
Dessinateur : Chester Brown
Parution : Septembre 2012


 Chester Brown découvre un jour qu’il n’est plus intéressé par l’amour, qu’il trouve vain et compliqué. Il s’aperçoit qu’il préfère être ami avec ses ex, afin d’éviter tous les problèmes de couple. Hélas, au bout d’un certain temps, le besoin de sexualité se présenter. Il décide alors de se tourner vers la prostitution. C’est cette expérience de plusieurs années que nous présente l’auteur dans un pavé de près de 300 pages. Intitulé « Vingt-trois prostituées », il revient donc sur ces femmes qu’a rencontrées le dessinateur. Le tout est publié aux éditions Cornélius.

23prostituées2Le livre est à la fois un ouvrage autobiographique qui analyse la pensée de son auteur par rapport aux rapports humains. La prostitution n’est qu’une facette du raisonnement, qui en sera un aboutissement logique. Car Chester Brown ne nous dit pas « je suis allé voir des prostituées ». Il explique pourquoi il l’a fait et pourquoi il a plus ou moins arrêté. Cette analyse est essentielle, car l’auteur livre un plaidoyer en faveur de la prostitution (notamment sur le problème de la dépénalisation et/ou de la légalisation. Le tout est d’ailleurs agrémenté d’une introduction, d’une préface, d’une postface, d’appendices et de notes… Comme si l’auteur considérait que ses planches ne suffisaient pas…

Les dessous du milieu, sans faux-semblants.

Derrière la froideur de l’ouvrage (porté par l’auteur dont les raisonnements choqueront de nombreux lecteurs) se révèle donc un véritable documentaire. L’auteur nous invite à découvrir les dessous du milieu, sans faux-semblants. Si le personnage de Chester peut paraître froid, il n’en paraît pas moins sincère. Il est client et souhaite donc avant tout en avoir pour son argent. Malgré cela, il est avant tout respectueux des femmes qu’il rencontre. Surtout, il discute beaucoup avec elles, ce qui permet d’en savoir plus sur leurs ressentis. Mais à aucun moment il ne dessine leur visage. Une façon de les protéger sans doute plus que de les déshumaniser.

Il n’est pas dit que « Vingt-trois prostituées » convaincra le lecteur que la prostitution est une bonne chose et qu’elle doit obtenir un cadre légal. Cependant, il est indéniable que l’ouvrage fait réfléchir et amène à se poser des questions. On est loin des discours standards. Il est dommage que les appendices cherchent, eux, à convaincre de façon trop évidente. On aurait préféré un livre qui parle de lui-même, sans devoir passer par des pages de texte, façon propagande. Et pourtant, qui sait que je partage de nombreux points de vue de l’auteur.

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Concernant le dessin, il est minimaliste, en noir et blanc. Il est parfaitement maîtrisé par l’auteur qui livre des planches d’une froideur et d’une raideur impressionnante. Cela évite tout pathos qui polluerait le propos. Car derrière cette façade, le lecteur est loin d’être indifférent à ce qui se passe ou ce qui se dit.

« Vingt-trois prostituées » est un ouvrage riche et maîtrisé qui ne laissera pas indifférent. A la fois autobiographique et documentaire, il ne cherche pas forcément à établir de vérité. Il montre le point de vue et l’expérience d’un client lambda et ses motivations. Chester Brown a des amis, n’est pas un loser, n’est pas un obsédé sexuel, mais va voir des prostituées pour des raisons qui lui sont propres. Un livre fort, qui se lit d’une traite et qui, après la lecture, reste dans vos méninges.

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Note : 16/20

Athanagor Wurlitzer Obsédé sexuel, INT – Maëster

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Titre : Athanagor Wurlitzer Obsédé sexuel, INT
Scénariste : Maëster
Dessinateur : Maëster
Parution : Octobre 2013
Parution originale : 1986-1988


« Athanagor Wurlitzer Obsédé sexuel » est un personnage créé par le célèbre auteur de bandes dessinées Maëster. Sa naissance est antérieure à l’apparition de la célèbre et peu académique Sœur Marie-Thérèse des Batignolles. Les aventures de ce cher Athanagor datent des années quatre-vingts. J’ai profité de l’édition d’une intégrale en fin d’année dernière pour me plonger dans l’univers de ce jeune homme à lunettes et aux hormones fortement chatouillées. L’ouvrage coûte autour de vingt-cinq euros et regroupent donc l’ensemble des pérégrinations du sieur Wurlitzer dans Fluide Glacial.

AthanagorWurlitzer2Athanagor Wurlitzer est un jeune citadin qui vit la vie de bon nombre des personnes de son âge. Il possède une particularité : il tombe amoureux de la moindre jolie fille qu’il croise dans son quotidien. Il a alors de grandes difficultés à gérer ses émotions et tombe ainsi rapidement dans l’excès et dans de grands moments de délire absolu. Le bouquin que j’évoque dans cette critique nous conte plus d’une vingtaine de ses rencontres avec le sexe faible. Aucune ne le laissera indemne…

Le titre pourrait laisser supposer que ce livre s’adresse à un public adulte et averti. Il est évident que le mettre dans les mains d’un jeune lecteur serait une faute de goût. Mais l’atmosphère est davantage à l’humour qu’à l’érotisme. Ces histoires sont parues dans Fluide Glacial. Elles sont donc dessinées en noir et blanc. Il s’agit d’une marque de fabrique. Le trait de Maëster est déjà caractéristique. Il possède une plume précise et offre des planches pleines de détails. Je suis assez fan de son style qui arrive à doser avec maestria les touches exubérantes générées par les propos et le ton de la narration.

Observer chaque recoin pour y découvrir un gag ou un jeu de mot.

Le fait qu’il s’agisse d’un recueil paru dans un magazine implique des chapitres courts. Les histoires sont ainsi denses et rythmées. Leur format implique une mise en place rapide, un développement dense et un dénouement efficace. De plus, aucune des anecdotes contées par Maëster n’est négligée. La lecture ne souffre d’aucun temps faible. C’est appréciable dans un ouvrage d’une telle longueur. En effet, proposer cent trente-six pages de qualité constante est une performance. Chaque case est travaillée dans les moindres détails. Il est plaisant de les observer dans chaque recoin pour y découvrir un gag ou un jeu de mot joliment tourné. Il s’agit d’une caractéristique de bon nombre d’œuvres estampillées Fluide Glacial de cette époque. Je me dois d’ailleurs de signaler que malgré la trentaine d’années qui nous sépare de leur première parution, ces épisodes n’ont pas pris une ride.

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Le ton de l’ensemble est déluré. L’auteur ne se fixe aucune limite. Il s’autorise tous les excès. Chaque page plonge le lecteur dans un tourbillon narratif. Je vous avoue qu’il est parfois difficile de s’y retrouver. Il est n’est pas toujours simple de suivre un diable de Tasmanie. La conséquence est que je suis resté parfois extérieur à certaines aventures. Néanmoins, quand la sauce prend, la rigolade est de sortie. Maëster offre une jolie gamme de délires centrés sur cet obsédé sexuel amoureux de toute femme qui traverse ponctuellement son champ de vision. Le héros est graphiquement réussi. Au premier abord, il apparaît comme un jeune homme de bonne famille en âge d’être étudiant. Il est assimilable à ces personnes qui appartiennent à notre univers mais qui semblent transparentes et dont la présence n’est jamais remarquée. Le décalage entre l’impression extérieure et ses poussées d’hormones qui le brûlent de l’intérieur facilite la dimension exubérante des propos tenus.

Pour conclure, j’ai passé un bon moment à découvrir ce bouquin. Le premier contact est agréable car l’objet est de qualité. De plus, se plonger dans ces anecdotes donne l’impression de s’immerger dans l’Histoire du neuvième art. Je le conseille donc à tous les adeptes de l’humour estampillé « Fluide Glacial ». Il s’agît d’une des premières marches construites par Maëster qui le mènera vers sa série culte mettant en scène la plus trash des bonnes sœurs…

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Note : 13/20

De cape et de crocs, T11 : Vingt mois avant – Alain Ayroles & Jean-Luc Masbou

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Titre : De cape et de crocs, T11 : Vingt mois avant
Scénariste : Alain Ayroles
Dessinateur : Jean-Luc Masbou
Parution : Novembre 2014


« De cape et de crocs » est une série exceptionnelle. Dotée d’un univers original, les tomes s’enchaînaient tout en gardant une qualité scénaristique et graphique incroyable. Après dix opus, Ayroles (au scénario) et Masbou (au dessin), avait clôt leur épopée au grand dam des fans. Mais déjà ils annonçaient un spin-off sur le personnage d’Eusèbe. Croyant voir venir un one shot, quelle ne fut ma surprise de voir que ce nouveau livre est considéré comme le onzième de la série. Bien nommé « vingt mois avant », il revient sur les raisons qui menèrent Eusèbe aux galères où l’on le retrouvait dans l’histoire. Le tout est publié chez Delcourt.

Eusèbe est de loin le personnage le plus attachant de la série. Petit lapin blanc dont la naïveté n’a d’égal que le courage, il est le spécialiste des petites bêtises. Son histoire était devenue un running-gag de la série. On apprenait par bribes son passé. Et quand il avait commencé à s’exprimer, apprenant qu’il avait été garde du cardinal, Lope ne pouvait s’empêcher de lui répliquer un cinglant « Eusèbe, ce n’est pas bien de mentir ! » Il y était question également d’un jumeau maléfique qui l’avait fait condamné à sa place… Voilà désormais l’occasion de savoir comment Eusèbe va se retrouver aux galères !

Nouveaux enjeux, de nouveaux personnages et nouveaux lieux.

DeCapeEtDeCrocs11bContinuer la série en ne récupérant qu’un seul personnage est un défi à la hauteur d’Ayroles et Masbou. En effet, « De cape et de crocs » développaient de nombreux personnages attachant qui évoluaient beaucoup dans leurs relations au fil des pages. Malgré la dénomination de onzième tome, on a bien le début d’une nouvelle série ici. On découvre de nouveaux enjeux, de nouveaux personnages et de nouveaux lieux. C’est donc en chemin pour Paris que nous retrouvons Eusèbe qui part se faire engager chez les gardes du cardinal.

Malgré tout, on reste connecté ! On retrouve quelques allusions au premier tome de « De cape et de crocs ». On y voit Eusèbe apprendre à faire le rat ou on croise également Montmorency, le fameux basset que Lope dit avoir occis dans les premières pages de la série… Sentant ces références, je me suis empressé de relire les dix tomes pour profiter pleinement de l’ouvrage. Clairement, l’indépendance de ce spin-off envers la série originelle est toute relative.

DeCapeEtDeCrocs11cConcernant le scénario, on retrouve la même ambiance. Eusèbe est naïf et il lui arrive plein de malheurs. Mais il rebondit toujours et sait s’en sortir car, après tout, il est tellement mignon… Le scénario est dense et vise avant tout à nous présenter une galerie de personnages qui seront, on l’imagine, développés par la suite. On sourit beaucoup, on rit parfois. Ayroles et Masbou n’ont rien perdu de leur superbe.

Le dessin est toujours splendide. Masbou est en pleine possession de ses moyens et présente un Paris crédible et vivant. Son travail sur les couleurs lui permet d’asseoir différentes ambiances sans problème. « De cape et de crocs » tient clairement son rang de série culte également grâce à son dessin personnel et virtuose. Les détails s’accumulent et une deuxième lecture est nécessaire pour pleinement profiter de tous.

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Ce onzième tome relance une nouvelle intrigue avec talent. Même si on se retrouve bien devant un livre d’introduction, les qualités de la série sont bien là. C’est avec un bonheur évident que j’ai parcouru ce tome, avant de le relire au plus vite pour profiter de toutes ses subtilités. Et on n’attend qu’une seule chose : la suite !

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Note : 17/20