Tu sais ce qu’on raconte…


Titre : Tu sais ce qu’on raconte…
Scénariste : Gilles Rochier
Dessinateur : Daniel Casanave
Parution : Janvier 2017


L’association entre Gilles Rochier et Daniel Casanave me paraissait improbable. Si j’apprécie les deux auteurs, je les imaginais mal ensemble. Quelle erreur ! Le premier signe un scénario des plus originaux : raconter une histoire à partir de on-dit. Casanave dessine alors toute une galerie de personnages d’une bourgade qui discutent d’un fait divers… Le tout pèse 80 pages et est publié chez Warum.

Un ouvrage expérimental et accessible.

Quel bel ouvrage ! S’il est incontestablement expérimental dans sa narration, « Tu sais ce qu’on raconte » est également très accessible. Bien sûr, on se récupère que des bribes de conversation, qui construisent peu à peu l’histoire.

Le point de départ est simple : le fils Gabory est revenu prendre un café. De là, les événements s’enchaînent : pourquoi est-il revenu ? Peu à peu, on découvrir son histoire, sa famille, les raisons de son départ… Et les vieilles rancunes surgissent : et si le môme était venu se venger ?

La multitude des personnages permet de dynamiser la narration. Certains savent des choses, d’autres questionnent… Le tout rebondit de case en case et happe le lecteur. À force de ressasser le passé, une nouvelle histoire surgit, dans le présent cette fois-ci. Ainsi, on découvre à la fois le passé du fils Gabory, mais on suit son retour…

On ne va pas se le cacher : quand on ferme l’ouvrage, on s’attendait à une fin plus percutante, une petite pirouette supplémentaire pour atteindre le nirvana des ouvrages conceptuels. Malgré tout, la fin du livre suffit à combler nos désirs et fait de l’ouvrage une indéniable réussite, tant dans le concept que dans sa réalisation concrète.

Daniel Casanave avait la lourde tâche de dessiner ce livre original, où les personnages récurrents restent des anonymes que l’on voit trois ou quatre fois dans l’ouvrage. Il fallait donner vie aux personnages, même, en les voyant peu. C’est plutôt réussi. Son trait fait merveille pour dessiner une petite bourgade et ses habitants. Le choix du dessinateur est particulièrement pertinent ! La bichromie est bien utilisée et met en valeur son trait dynamique.

« Tu sais ce qu’on raconte » est un beau bouquin, le genre que l’on pourrait citer en exemple de narration. Car si les racontars nous apprennent beaucoup de choses, il reste beaucoup de zones d’ombre et le fin mot de l’histoire ne sera pas révélé. Au lecteur, devenu habitant de la bourgade, de se faire son propre avis…

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