Shi, T1 : Au commencement était la colère


Titre : Shi, T1 : Au commencement était la colère
Scénariste : Zidrou
Dessinateur : Homs
Parution : Janvier 2017


Je ne suis pas un inconditionnel de Zidrou. Sa forte production actuelle fait qu’il y a du bon et du moins bon dans ses scénarios. En s’associant à Homs, dont j’avais adoré le travail sur « L’angélus », il aborde un genre complètement différent, l’aventure dans l’Angleterre victorienne… Un éclectisme risqué… Le premier tome de « Shi », intitulé « Au commencement était la colère… », est paru chez Dargaud.

Un ouvrage profondément féministe.

La narration surprendra plus d’un lecteur. L’introduction se passe de nos jours alors que Sir Barrington, président d’une entreprise de mines anti-personnelles, est relaxé par un tribunal. Puis on part au XIXème siècle où deux femmes sont sur des toits, poursuivies par la milice… Après un début compliqué à saisir, la narration se fait plus classique.

Pendant l’exposition universelle à Londres, un drame se passe : une femme asiatique pose pour les visiteurs. Dans ses bras, son enfant mort. Seule Juliette, femme du monde et féministe acharnée, le remarque et s’en émeut. Elle finit par prendre fait et cause pour la jeune mère immigrée contre l’avis de la société, profondément machiste et raciste.

Ce premier tome ne fait pas dans la dentelle. Avant tout féministe, il décrit la condition des femmes de l’époque avec tout le mépris des hommes d’alors. Pour mettre au pas une femme, on la marie ou, pire, on la viole. Les hommes possèdent pour avilir. L’histoire se révèle dense en personnages et en péripéties. La narration est suffisamment bien menée pour qu’on ne sache pas trop où l’on va. En cela, « Shi » n’est pas prévisible. Et si les dernières pages donnent une idée du dénouement, cela reste très lointain. Notre intérêt est piqué à vif.

L’intérêt de l’ouvrage tient de la galerie de personnages. Ils sont nombreux, aux caractères forts et bien trempés. Évidemment, Juliette tient le haut du pavé. Née trop tôt pour une société qui ne veut pas de son féminisme, elle se lance dans une quête désespérée pour aider une autre femme. Nul doute que la suite développera l’histoire de Kita.

Le dessin de Homs est magnifique et donne beaucoup de force à l’ouvrage. Ses personnages sont particulièrement réussis. Ils ont tous les traits de leurs caractères. Mention spéciale aux femmes, splendides, à la fois belles, fortes, sensibles et fragiles. Homs possède à la fois la capacité de dessiner la démesure comme la subtilité. Ses mises en scène sont puissantes et marquantes. Le tout est magnifié par la colorisation, très pertinente et dotant les scènes de leur ambiance propre. Il m’avait déjà séduit avec « L’angélus », il est en passe de devenir un de mes dessinateurs préférés avec « Shi ».

Le seul reproche que l’on pourrait fait à ce « Shi » est son côté un peu bavard. Mais ça fait partie de l’époque victorienne. Il est assez difficile de savoir vers quoi va se tourner réellement cette série, mais on a déjà eu nos sens mis en alerte à tout-va dans cet ouvrage à l’histoire originale, dure et dessinée avec brio par Homs. À découvrir !

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