L’atelier Mastodonte, T5


Titre : L’atelier Mastodonte, T5
Auteurs : Alfred, Guillaume Bianco, Mathilde Domecq, Benoît Feroumont, Nob, Obion, Fabien Toulmé, Lewis Trondheim, Tofépi, Jérôme Jouvray & Pascal Jousselin
Parution : Octobre 2017


L’Atelier Mastodonte est une série dont j’ai appris à guetter la parution de chaque nouveau tome avec curiosité. Ces ouvrages collectifs chapeauté par Lewis Trondheim ont pris l’habitude de me faire passer des moments de lecture drôles et divertissants. Le cinquième opus est apparu en librairie il y a quelques jours. Je me suis empressé de me l’offrir et de me plonger dans le quotidien de cet atelier de bandes dessinées pas comme les autres.

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Moby Dick – Olivier Jouvray & Pierre Alary

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Titre : Moby Dick
Scénariste : Olivier Jouvray
Dessinateur : Pierre Alary
Parution : Avril 2014


« Moby Dick » est un roman de l’écrivain américain Herman Melville datant du milieu du dix-neuvième siècle. Je n’ai jamais eu l’occasion de le lire mais la mythique baleine qui donne son nom au bouquin fait partie de l’imaginaire collectif. J’ai donc accueilli avec joie et curiosité l’adaptation en bande dessinée coécrite par le scénariste Olivier Jouvray et le dessinateur Pierre Alary. Je connaissais le premier à travers son travail sur « Lincoln ». Quant au second, ce sont ses illustrations sur « Silas Corey » qui me l’ont fait rencontrer. L’ouvrage qui m’intéresse aujourd’hui est un bel objet de cent vingt-quatre pages édité chez Soleil dans la collection Noctambule. La couverture est une jolie image nous présentant une immense baleine attirer vers le fond un homme qui venait de la harponner. Elle dégage déjà une atmosphère forte.

MobyDick_1Le site BD Gest’ présente l’album avec les mots suivants : « Une adaptation fougueuse d’un monument de la littérature américaine, rythmée au gré des vents et des passions humaines ! Herman Melville, qui fut marin, s’inspira de faits réels pour donner naissance à Moby Dick – un chef d’œuvre de la littérature américaine, un livre culte qui inscrivit un nouveau mythe dans la mémoire des hommes : celui de la baleine blanche. Il y raconte – sous la forme d’une parabole chargée de thèmes universels – la quête furieuse, mystique, désespérée du capitaine Achab et son dernier affrontement avec Moby Dick. » 

Comme je l’ai écrit en introduction, je n’ai pas lu le roman de Melville. Je me garderai de toute comparaison entre les deux œuvres. Je ne donnerai pas mon opinion sur la rigueur ou pas de l’adaptation. J’ai donc découvert cet opus comme une production originale. Elle s’adresse aux lecteurs adeptes de grands espaces et d’aventure.

Un conteur omniscient.

L’histoire est narrée par un des marins ayant participé à la chasse du monstre marin. Il s’agissait de sa première sortie sur un baleinier. Il travaillait dans la marine marchande et était en quête d’adrénaline et d’aventure. Il se prénomme Ishmaël et sa première apparition le présente naufragé sur une barque au milieu de nulle part. Il est recueilli par un navire et décide alors de leur relater sa terrible histoire. Le choix d’opter pour une narration a posteriori offre une omniscience au conteur. Cela autorise une analyse sur les événements que rendrait impossible une trame vécue dans le feu de l’action.

MobyDick_3L’intrigue fait exister une jolie galerie de personnages intéressants. Il y a évidemment Ishmaël. Le capitaine Achab fait peur tant il est possédé par sa haine pour la bête. Sa folie est bien rendue par les auteurs. Plus en retrait, l’indien Queequeg est charismatique et le second du bateau, Starbuck, apporte un écot intéressant. Le bémol de cette quantité de protagonistes est qu’il faut trouver de la place pour tout le monde. En passant de l’un à l’autre, les auteurs génèrent de la frustration. Chacun aurait mérité d’être central et finalement aucun ne l’est totalement. Peut-être qu’en répartissant le temps consacré à chacun de manière moins égalitaire, cela aurait intensifié certaines scènes et aurait clarifié le statut dans l’histoire des uns et des autres. Néanmoins, le travail graphique de Pierre Alary offre à chacun une identité graphique forte. Sur ce plan, chaque apparition d’Achab ne laisse pas indifférent.

Partir sur la mer en quête de cette baleine légendaire fait naître une atmosphère d’aventure. Le côté isolé au milieu de nulle part de ce baleinier parti à la chasse est bien rendu. Les peurs propres à ce genre de trajet, la cohabitation dans un espace fermé, les interrogations sur l’issue de la quête… Tout cela transpire de chacune des pages. Le trait d’Alary engendre des décors forts. Il s’en dégage une angoisse, un sentiment d’enferment qui rend la lecture intense. Les choix de couleur accentuent cette sensation pour le plus grand plaisir du lecteur.

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Concernant l’histoire en elle-même, elle suit son cours sans réelle surprise. Ce n’est pas une critique, mais la trame est classique. Elle offre des moments forts et des moments plus apaisés mais ceux-ci sont dans les grandes lignes prévisibles. Mais cela n’empêche pas la lecture d’être agréable et plutôt prenante. Je me suis laissé porter sans avoir à me forcer. Cela fait de cet ouvrage un album de qualité tant sur la forme que sur le fond. Je pense qu’en mettant Achab plus au centre de l’histoire et en intensifiant la dimension « course d’un fou vers la mort », ce bouquin serait passé de bon à excellent. Mais cela n’est qu’un léger bémol sûrement marqueur d’une trop grande exigence de ma part…

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Note : 14/20

Johnny Jungle, T2 – Jean-Christophe Deveney & Jérôme Jouvray

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Titre : Johnny Jungle, T2
Scénariste : Jean-Christophe Deveney
Dessinateur : Jérôme Jouvray
Parution : Septembre 2014


Le premier tome de « Johnny Jungle » avait été une bonne surprise. Narrant l’histoire d’un équivalent de Tarzan champion de natation et de cinéma (vous avez dit « Johnny Weismuller » ?), cette histoire faisait preuve de beaucoup d’humour décalé. A la fermeture du premier opus du diptyque, on se demandait presque l’intérêt de continuer le tout, malgré la fin surprenante. Alors, cette deuxième partie transforme-t-elle l’essai ?

Johnny n’est pas vraiment parvenu à se faire à la vie citadine. Acteur star, il succombe trop facilement aux jeunes actrices qui lui sont associées, mettant à mal sa vie avec Jane. Et quand les enfants illégitimes commencent à faire leurs apparitions, c’est le bouquet…

Ce tome s’intéresse à la dégringolade du personnage. Après son ascension, cette chute était inévitable. On le voit vieillir et devenir has been. Si bien que ce livre est beaucoup moins drôle que le premier. Teinté de nostalgie et de regrets, il met l’émotion plus en avant. Hélas, les blagues sont quand même là, mais nous atteignent beaucoup moins. La lecture est loin d’être désagréable, mais il est difficile de ne pas être déçu lorsqu’on le compare au premier. Ainsi, après une vingtaine de pages, je me suis surpris à me dire que l’histoire n’avançait pas vraiment. Heureusement, la suite est plus pertinente. Malgré tout, ce tome est loin de confirmer nos attentes.

La comparaison entre les deux ouvrages fait mal.

Ce diptyque peut être vu de cette façon : le premier tome correspond à la partie d’innocence du personnage. Il découvre les choses avec émerveillement et on rit avec lui. Le deuxième tome est la désillusion. Ainsi, le principe de deux livres serait pleinement pertinent. Cependant, ce tome manque de rebondissement et les péripéties sont loin de s’accumuler. Il manque aussi de personnages pittoresques (comme le réalisateur escroc du premier tome par exemple). Cette dichotomie m’a dérangé, la comparaison entre les deux ouvrages fait mal.

Malgré tout, on retrouve une analyse au vitriol d’Hollywood avec ses acteurs ratés, ses budgets limités par la crise et ses films de propagande pendant la Seconde Guerre Mondiale. Certaines trouvailles font mouche, mais leur densité est plus faible. Surtout, la surprise n’est plus là.

Concernant le dessin, j’ai trouvé l’ensemble inégal. Si le premier tome m’avait enchanté, c’est moins le cas ici. Le trait de Jérôme Jouvray est toujours aussi agréable, mais les intérieurs notamment sont très vides. Le manque de jungle se fait cruellement sentir ! Du coup, la couleur (assurée par Anne-Claire Jouvray) est beaucoup moins marquante que dans le premier opus. C’est surtout une impression d’inégale qualité qui nous imprègne. Certaines planches sont toujours aussi belles et dynamiques. D’autres semblent désespérément vides. Peut-être que le temps imparti pour dessiner cet album était-il trop court ? Car l’ensemble fait quand même 76 pages.

La chute de « Johnny Jungle » est traitée avec nostalgie. Mais les auteurs semblent beaucoup moins à l’aise dans ce registre. Difficile de s’attacher à un personnage qui succombe en permanence à ses pulsions. Maintenant qu’il vieillit, il est difficile d’avoir de l’empathie pour son immaturité. J’ai retrouvé une partie du plaisir que j’avais eu pour le premier tome, mais la déception est bien réelle. Dommage.

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Note : 10/20

Johnny Jungle, T1 – Jean-Christophe Deveney & Jérôme Jouvray

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Titre : Johnny Jungle, T1
Scénariste : Jean-Christophe Deveney
Dessinateur : Jérôme Jouvray
Parution : Janvier 2013


Johnny Jungle a eu une vie mouvementée. Enfant sauvage, il fut élevé par des singes avant de se retrouver en pleine civilisation et de devenir champion de natation et star d’Hollywood. Aujourd’hui, Johnny est traqué et il se rappelle de sa jeunesse… « Johnny Jungle » est la première partie d’un diptyque. Ce premier tome fait plus de 70 pages et est publié aux éditions Glénat.

Tout rapport entre la vie de Johnny Weismuller n’est évidemment que pure coïncidence. Johnny ici est donc un mix de Tarzan et de Weismuller, ces deux derniers étant bien sûr très entremêlés. Dans cette fausse biographie, l’humour est le maître mot de l’aventure. Johnny se raconte avec une part de narration non-négligeable que vient renforcer les dialogues.

Johnny découvre la civilisation et le succès… au risque de s’y perdre ?

La méthode du flashback étant uniquement un prétexte à relancer le suspense à la fin du tome, on découvre la vie de Johnny avant tout de façon chronologique. On découvre sa vie dans la jungle avec sa mère et son copain frère de liane Kinka. Un curieux missionnaire allemand lui apprend à crier comme Tarzan… Mais c’est surtout sa rencontre avec Jane qui va tout changer. Johnny découvre la civilisation et le succès… au risque de s’y perdre ?

Si l’histoire en soit ne surprendra pas le lecteur (puisque ce n’est pas le but), c’est l’humour qui donne tout le sel à l’ouvrage. Le cynisme des auteurs pour l’humanité couplé à la naïveté de Johnny fonctionne parfaitement. Les seconds rôles sont parfaitement réussis, de l’imprésario au réalisateur, en passant par le missionnaire. De plus, entre les épisodes de la vie de Johnny, il nous est donné à voir un des personnages interviewé des années après l’histoire qui nous parle  de Johnny. Ces petits moments sont très drôles et donnent d’autant plus de piquant à l’ouvrage. On peut citer également les affiches de films, régulièrement parsemées dans le livre qui jouent le même rôle d’authentifier cette biographie.

Le dessin possède un trait expressif, parfaitement adapté à l’humour de l’ouvrage. Cependant, le dessin parvient à fonctionner également dans les passages où l’émotion se fait plus forte. Il faut mentionner en particulier le travail sur les décors, qui navigue de la jungle luxuriante à Paris ou New York. Ces derniers sont enrichit par des couleurs de toute beauté, partie intégrante du dessin. Le dessin est assuré par Jérôme Jouvray, épaulé aux couleurs par Anne-Claire… Jouvray ! On comprend alors comment les couleurs sont aussi intégrées dans le dessin de l’ouvrage. Une belle réussite.

« Johnny Jungle » est une très bonne surprise. Plein d’idée, à l’humour efficace, il présente une vision de la société (et notamment du cinéma) bien cynique. Proposé en diptyque, il ne reste plus qu’à espérer que la deuxième partie transforme l’essai !

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Note : 14/20