Vingt-trois prostituées – Chester Brown

23prostituées


Titre : Vingt-trois prostituées
Scénariste : Chester Brown
Dessinateur : Chester Brown
Parution : Septembre 2012


 Chester Brown découvre un jour qu’il n’est plus intéressé par l’amour, qu’il trouve vain et compliqué. Il s’aperçoit qu’il préfère être ami avec ses ex, afin d’éviter tous les problèmes de couple. Hélas, au bout d’un certain temps, le besoin de sexualité se présenter. Il décide alors de se tourner vers la prostitution. C’est cette expérience de plusieurs années que nous présente l’auteur dans un pavé de près de 300 pages. Intitulé « Vingt-trois prostituées », il revient donc sur ces femmes qu’a rencontrées le dessinateur. Le tout est publié aux éditions Cornélius.

23prostituées2Le livre est à la fois un ouvrage autobiographique qui analyse la pensée de son auteur par rapport aux rapports humains. La prostitution n’est qu’une facette du raisonnement, qui en sera un aboutissement logique. Car Chester Brown ne nous dit pas « je suis allé voir des prostituées ». Il explique pourquoi il l’a fait et pourquoi il a plus ou moins arrêté. Cette analyse est essentielle, car l’auteur livre un plaidoyer en faveur de la prostitution (notamment sur le problème de la dépénalisation et/ou de la légalisation. Le tout est d’ailleurs agrémenté d’une introduction, d’une préface, d’une postface, d’appendices et de notes… Comme si l’auteur considérait que ses planches ne suffisaient pas…

Les dessous du milieu, sans faux-semblants.

Derrière la froideur de l’ouvrage (porté par l’auteur dont les raisonnements choqueront de nombreux lecteurs) se révèle donc un véritable documentaire. L’auteur nous invite à découvrir les dessous du milieu, sans faux-semblants. Si le personnage de Chester peut paraître froid, il n’en paraît pas moins sincère. Il est client et souhaite donc avant tout en avoir pour son argent. Malgré cela, il est avant tout respectueux des femmes qu’il rencontre. Surtout, il discute beaucoup avec elles, ce qui permet d’en savoir plus sur leurs ressentis. Mais à aucun moment il ne dessine leur visage. Une façon de les protéger sans doute plus que de les déshumaniser.

Il n’est pas dit que « Vingt-trois prostituées » convaincra le lecteur que la prostitution est une bonne chose et qu’elle doit obtenir un cadre légal. Cependant, il est indéniable que l’ouvrage fait réfléchir et amène à se poser des questions. On est loin des discours standards. Il est dommage que les appendices cherchent, eux, à convaincre de façon trop évidente. On aurait préféré un livre qui parle de lui-même, sans devoir passer par des pages de texte, façon propagande. Et pourtant, qui sait que je partage de nombreux points de vue de l’auteur.

23prostituées1

Concernant le dessin, il est minimaliste, en noir et blanc. Il est parfaitement maîtrisé par l’auteur qui livre des planches d’une froideur et d’une raideur impressionnante. Cela évite tout pathos qui polluerait le propos. Car derrière cette façade, le lecteur est loin d’être indifférent à ce qui se passe ou ce qui se dit.

« Vingt-trois prostituées » est un ouvrage riche et maîtrisé qui ne laissera pas indifférent. A la fois autobiographique et documentaire, il ne cherche pas forcément à établir de vérité. Il montre le point de vue et l’expérience d’un client lambda et ses motivations. Chester Brown a des amis, n’est pas un loser, n’est pas un obsédé sexuel, mais va voir des prostituées pour des raisons qui lui sont propres. Un livre fort, qui se lit d’une traite et qui, après la lecture, reste dans vos méninges.

avatar_belz_jol

Note : 16/20

4 réflexions sur « Vingt-trois prostituées – Chester Brown »

  1. Je ne l’ai pas lu en entier mais je déteste ce parti-pris complaisant pour la prostitution. Il tente de justifier la pratique en se faisant passer pour un mec « sympa », alors que c’est terriblement cynique. Il voit très bien que certaines prostituées n’ont aucune envie de coucher avec lui. Il ne fait que profiter de la domination sexiste en place pour son petit plaisir. Mais je suppose qu’il ne touche pas un mot de ce rapport de domination, qu’il évacue la politique pour réduire le problème aux choix personnels des individus.
    C’est comme si un patron racontait comment il exploite ses ouvriers, et le justifiait en expliquant ses motivations, après tout s’il a envie d’avoir plein de pognon, c’est son droit, il n’en est pas moins un mec « normal » et sympa. Et les ouvrier choisissent librement de se faire exploiter
    Bref, je crois que j’aurais du mal à lire cette BD en entier en gardant mon sang froid avec un sujet pareil.

    1. Au contraire, il finit sur la partie politique du sujet : dépénalisation et légalisation.

      Chester Brown a le mérite de montrer justement qu’il est très cynique et dominant dans sa relation avec les prostituées (même s’il se donne bonne conscience). C’est vraiment le point de vue d’un client sur la prostitution. Vu comme un plaidoyer pour la légalisation, c’est évidemment peu intéressant puisqu’il n’y a pas le point de vue des prostituées.

      1. Par « politique », je n’entends pas « réglementaire ». Légaliser ou pas la prostitution, c’est une question compliquée. Je parle d’analyser les rapports de domination à l’œuvre dans la société, les raisons pour lesquelles les femmes sont majoritairement victimes de la prostitution, les hommes majoritairement consommateurs.
        C’est sûrement intéressant à lire pour découvrir le cynisme dégueulasse du « client ». Sauf que dans un climat général plutôt pro-prostitution (c’est le sentiment que j’ai par rapport à ce que je vois dans les médias), j’ai l’impression que ça n’est pas vraiment reçu comme ça.
        Quand je lis « une franchise désarmante, et souvent désopilante » (l’éditeur), « livre empli d’un charme et d’une sagesse élémentaires – au meilleur sens du mot » (Le Monde), « il est souvent dominé par ces femmes » (Libé), j’ai l’impression d’y voir une sale complaisance et zéro esprit critique sur le fond. Tout au plus, on dit « attention c’est un sujet polémique », mais c’est pris avec une légèreté que je trouve effarante.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *