Visa transit, T2


Titre : Visa transit, T2
Scénariste : Nicolas De Crécy
Dessinateur : Nicolas De Crécy
Parution : Octobre 2020


De Crécy semblait être prêt à abandonner la bande-dessinée, mais le voilà plus actif que jamais. Après un premier tome déjà bien épais, voilà que sort la suite de « Visa transit », ses souvenirs de road trip lorsqu’il était jeune homme. Un road trip un peu fou, jusqu’à la Turquie, traversant des pays encore soviétiques grâce à un… visa de transit. Tout ça dans une voiture Visa à peine sauvée de la casse… Comme quoi, en 1986, il n’était pas besoin d’aller sur la route 66 pour se dépayser un peu ! Le livre est édité chez Gallimard, pour 126 pages de lecture.

Une narration déconstruite et littéraire

Dans ce deuxième opus, les deux cousins arrivent à Istanbul. Une grande découverte, particulièrement dépaysante ! Et pourtant, leur inculture aurait de quoi rendre fou aujourd’hui : De Crécy ne savait même pas qu’Istanbul et Constantinople était la même ville et il refusera de visiter la mosquée bleue (qu’ils ne connaissaient pas non plus d’ailleurs). Ce côté jeunes cons qui ne veulent pas être des touristes, nous l’avions déjà remarqué lors du précédent album. Le fait de traverser des pays sans vraiment s’arrêter laisse un peu rêveur. Surtout que les rencontres sont rares ou du moins limitées : la barrière de la langue, surtout à cette époque, est un sacré frein.

« Visa transit » tire son intérêt de l’époque où cela se passe. Cela donne un côté exotique à l’ensemble. De même, l’auteur utilise une narration éclatée qui donne une force supplémentaire à l’ouvrage. Il y intègre des souvenirs. Ceux avec son cousin, des souvenirs d’enfance, mais aussi des souvenirs… du futur. Ainsi, tout un chapitre est consacré à un voyage du dessinateur en Biélorussie dans les années 90. Du passé pour nous, mais du futur pour le personnage !

Le tout est porté par une narration très littéraire. En soit, la publication chez Gallimard est parfaitement adaptée. L’auteur utilise un langage de haut niveau pour raconter ses péripéties. Il observe, il analyse, il s’analyse même. Si vous vous prenez au jeu, la lecture est un régal. Mais je comprends que celle-ci puisse se révéler un véritable calvaire pour qui n’y est pas sensible.

Nicolas De Crécy le dit plusieurs fois : il n’a que peu de photos et encore moins de dessins de ce voyage. Pourtant, il nous fait vivre les lieux qu’il visite avec brio. Il utilise toute sa sensibilité d’artiste pour nous faire ressentir les endroits qu’il traverse. Il le dit lui-même : la photographie n’est rien face au dessin pour cela. Certaines cases en deviennent particulièrement marquantes. De façon générale, ce sont les couleurs qui explosent dans cet ouvrage. Elles sont splendides, parfaitement uniques en leur genre. Les cieux sont particulièrement bien rendus.

Pas de surprise pour ce tome 2. On prend les mêmes et on recommence ! Cependant, la catastrophe de Tchernobyl continue de planer sur l’ouvrage sans que l’on ne sache encore pourquoi. Cela met un tension, un suspense sous-jacent qui, sans doute, trouvera sa réponse plus tard.

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