Ralph Azham, T6 : L’ennemi de mon ennemi – Lewis Trondheim

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Titre : Ralph Azham, T6 : L’ennemi de mon ennemi
Scénariste : Lewis Trondheim
Dessinateur : Lewis Trondheim
Parution : Février 2014


Lors de sa naissance, « Ralph Azham » s’est vu reproché d’être un sous-« Donjon ». En effet, le fait que Lewis Trondheim crée une série humoristique inscrite dans un univers de fantasy incitait naturellement à faire un parallèle avec la saga tentaculaire « Donjon ». Cette dernière possède une place particulière dans le neuvième art des deux dernières décennies. Ces afficionados dont je fais partie lui vouent une affection certaine. Les premières aventures de ce nouvel héros prénommé Ralph donnaient l’impression d’utiliser les mêmes ficelles que celles de ces prédécesseurs Herbert et Marvin sans atteindre leurs auras. Néanmoins, au fur et à mesure que les années passent, les tomes paraissent et permettent à cette nouvelle série de voir sa propre identité prendre de l’épaisseur. La raréfaction des parutions d’épisodes de « Donjon » facilite la chose. « Ralph Azham » se compose maintenant de six tomes dont le dernier est paru le six février dernier chez Dupuis. Vendu au prix de douze euros, il nous offre une couverture nous immergeant au beau milieu d’une bataille de grande ampleur dans laquelle notre héros n’a pas l’air au mieux. Il ne restait plus qu’à s’y plonger pour en savoir davantage…

Le site BDGest’ propose le résumé suivant des enjeux de cet opus : « Les oracles, ça ne raconte pas de bobards : conformément à leurs prédictions, Ralph a bel et bien décapité le terrible Vom Syrus. Ou plutôt son sosie empaillé, utilisé par le roi pour entretenir la légende… Privé de l’alliance qu’il voulait nouer avec cet homme de paille et de retour sur les terres d’Astolia, Ralph va devoir trouver son père, une nouvelle stratégie, et un pantalon agréable ! Car l’aventure ne s’arrête pas pour la petite bande qui va découvrir que les ennemis de nos ennemis ne sont souvent que d’autres… ennemis ! »

Jouer avec humour des codes de la fantasy

Je déconseille à tout lecteur de découvrir cet album sans avoir lu les cinq précédents de la série. Les tomes s’enchainent comme les chapitres d’un roman. Nous sommes bien loin de notre rencontre avec le héros quand il était un paria dans son propre village, perdu au milieu de nulle part. Depuis, il a fait bien des rencontres et a vu sa célébrité grandir au gré des événements. « Ralph Azham » s’adresse à un public large. L’auteur joue avec humour des codes de la fantasy.

Le cinquième tome s’est conclu par une vraie révélation imprévue. Elle remettait en cause beaucoup des enjeux et des repères jusqu’alors mis en place. Le grand méchant Von Syrus n’existait pas. Le roi semblait avoir créé un méchant de toute pièce. C’est donc pour cela que nous assistons au retour de notre petit groupe vers leur légendaire ennemi pour obtenir des explications. Sur ce plan-là, le lecteur s’interroge tout autant. Notre curiosité est mécaniquement attisée tant cette découverte scénaristique. La trame du tome se décompose grossièrement en deux parties. La première décrit le retour à Astolia, la seconde s’avèrera être une grande bataille avec Ralph dans le rôle principal.

ralphazham6bCette intrigue ne s’avère pas très intense. Le trajet vers la capitale n’est qu’une succession de rencontres et d’événements sans grand intérêt. Certes, ils sont autant d’occasion pour l’auteur de distiller une ou deux vannes bien senties. Je ne vous dis que je n’ai pas souri quelques fois au cours des pérégrinations de Ralph et ses amis. Néanmoins, l’ensemble manque de rythme et a un côté presque « encroûté ». Trondheim a beau donné une place intéressante au père du héros et son projet de résistance, il n’arrive réellement à générer une montée en puissance vers le combat final. C’est dommage.

Comme je l’évoque précédemment, à la manière de bon nombre de blockbuster, cet opus se termine sur une grande guerre. Je n’ai rien contre ce choix. Par contre, dans le sens où cette scène finale s’étale sur une vingtaine de pages, il est indispensable qu’elle soit originale, cadencée et spectaculaire. Je ne trouve pas que cela soit le cas dans « L’ennemi de mon ennemi ». Malgré tout l’affection que j’ai pour lui, je ne trouve pas que Trondheim arrive à structurer sa scène d’action finale. Les combats ne rebondissent pas, l’enchainement des différents duels ou assauts est brouillon. Bref, j’ai été assez déçu. Alors que cet album avait les ingrédients pour se conclure sur un feu d’artifice plein d’espoir pour la suite, il se conclue sur un sentiment mitigé. J’avais l’impression que les vingt dernières pages auraient pu être synthétisées en moins de dix, ce qui aurait permis de construire davantage le dénouement.

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Pour conclure, ce tome est loin d’être mon préféré de la série. Je trouve qu’il ne laisse pas beaucoup de place à l’humour tant dans les situations que dans les dialogues. Parallèlement, l’intrigue n’avance pas non plus à un rythme effréné. L’ensemble apparaît brouillon et dilué. L’attrait est préservé par l’empathie pour les personnages et par quelques moments très réussis, fruits du talent de son auteur. De plus, les dessins de Trondheim sont simples et sympathiques et rendent ainsi aisé et agréable la lecture. Le travail sur les couleurs de Brigitte Findakly n’est pas révolutionnaire mais participe à l’atmosphère graphique de l’ensemble. Je pense donc que « L’ennemi de mon ennemi » n’est pas l’épisode le plus marquant de la saga. Mais cette légère déception ne m’empêchera pas d’attendre la parution du prochain tome. Je reste toujours curieux de savoir vers où tout cela nous mène…

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Note : 11/20

Ralph Azham, T3 : Noires sont les étoiles – Lewis Trondheim

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Titre : Ralph Azham, T3 : Noires sont les étoiles
Scénariste : Lewis Trondheim
Dessinateur : Lewis Trondheim
Parution : Avril 2012


« Noires sont les étoiles » est le troisième tome de « Ralph Azham ». Cet album marque la fin du premier cycle comme cela est indiqué sur la couverture. Edité chez Dupuis, cet ouvrage est paru il y a quelques mois. Il est vendu pour un prix avoisinant les douze euros. J’avais décidé de m’intéresser à cette série par le seul nom de son auteur. En effet, Lewis Trondheim occupe une place particulière dans mon cœur de bédéphile. « Les formidables aventures de Lapinot » et « Donjon » sont ses plus célèbres productions. Mais « Les petits riens », « Bludzee », « Fennec » ou « Moins d’un quart de seconde pour vivre » sont autant d’albums assez uniques dans leur atmosphère ou leur originalité. Les deux premiers opus de « Ralph Azham » étaient sympathiques sans être mémorables. J’espérais que « Noires sont les étoiles » fasse changer cette saga de braquet.

Le résumé suivant est issu du site BdGest : « Ralph, toujours accompagné par les magiciens Yassou et maître Migachi, a décidé de voler la couronne de Tanghor, dont le pouvoir pourrait rendre la mémoire à sa sœur. Il s’associe à trois voleurs rencontrés sur le bord de la route et se rend à Onophalae, où la couronne magique est conservée en haut d’un pic particulièrement bien protégé. Du moins pour le commun des mortels, car rien ne résiste aux méthodes non-conventionnelles de Ralph. De son côté, le père de Ralph, qui a survécu à l’effondrement du barrage, s’installe à Astolia, où il ouvre une boutique de gâteaux-surprises, dans l’espoir que son fils s’y rejoindra. Mais il n’est pas le seul à l’y attendre : nombreux sont ceux qui aimeraient toucher la prime promise pour sa capture ! »

Le premier tome avait pour objectif de nous présenter le héros, Ralph, et l’univers dans lequel il allait évoluer. On découvre qu’il est paria dans son propre village. Il est né avec les cheveux bleus, signe local d’être un élu. On est alors voué à un destin prestigieux. Mais Ralph n’a pas été admis et est donc revenu marqué par son échec chez lui. Tous ses amis lui tournent le dos. Il est tout juste bon à dormir au milieu des cochons. Mais un événement fait que son village est détruit. Il décide alors de partir accompagné d’un enfant. Le second tome le voit se regrouper avec tous les enfants aux cheveux bleus, chacun possédant un pouvoir particulier qui décidera de sa fonction prochaine. Mais ils se trouvent au centre d’un guet-apens et doivent à nouveau s’enfuir. Mais le réel événement de cet opus est la rencontre d’une jeune fille, chef de l’armée. Elle serait peut-être la sœur que Ralph croyait disparue. Mais cette dernière n’y croit pas. C’est pourquoi il décide de partir en quête de la couronne de Tanghor dans ce troisième tome…

Une évolution positive

J’avais trouvé les deux premiers tomes un petit peu fouillis. Trondheim donnait l’impression de vouloir construire un univers relativement complexe. Mais on avait tendance à se noyer sous les informations au détriment du côté drôle et décalé des personnages et des dialogues qui font le succès de l’auteur. J’espérais donc que « Noires sont les étoiles » se montrent plus structuré et linéaire sur le plan narratif pour laisser une place dans la lumière à ses protagonistes. Je trouve que l’évolution est positive. La trame principale est simple. Il faut retrouver une couronne qui permet de retrouver la mémoire. Dans un second temps, il s’agira de la faire porter à celle que Ralph pense être sa sœur. Cela offre une unité de lieu qui permet de retrouver tous les personnages des deux premiers opus dans un même endroit. Cela évite les voyages permanents qui remplissaient l’album précédent.

Le fait qu’on ne quitte pas Astolia dans la deuxième partie de l’histoire permet de nombreuses interactions entre les personnages. Cela laisse donc une plus grande place aux dialogues. Trondheim laisse libre cours à son talent et nous offre des moments vraiment drôles. Il retrouve un petit peu la magie de « Donjon » qui est culte dans la fantasy décalée. Il joue avec les codes du genre. Objets magiques, pouvoir, malédiction… Rien n’est oublié. Le rythme de narration est assez soutenu et nous ne offre aucun réel temps mort. En ce sens, « Noires sont les étoiles » est, à mes yeux, le meilleur des trois tomes de la série. En simplifiant l’ensemble, Trondheim fait naitre un album plus passionnant et drôle que les précédents qui étaient plus confus. On en apprend davantage également sur le monde dans lequel se déroule l’histoire. On rencontre le roi par exemple.

Les dessins sont également le fruit du trait de Trondheim. Son style est reconnaissable dès le premier coup d’œil. Je vous avoue que j’en suis friand. Le trait est simple et rend les planches faciles d’accès. Cela n’empêche pas les cases d’être pleines de détails et habitées d’une vraie atmosphère. Les décors ne sont pas négligés et participent à la création de l’univers qui abrite la trame. De plus, les personnages sont tous facilement reconnaissables et possèdent chacun leur identité graphique soit par leur caractère soit par leur physique. Enfin, le travail de Brigitte Findakly sur les couleurs est excellent et donne à l’ensemble un aspect visuel très attractif.

En conclusion, « Noires sont les étoiles » est un ouvrage honnête qui marque une progression dans la série. Il se lit avec plaisir. On ne s’ennuie jamais même si on n’est pas aussi transporté que dans « Donjon ». Néanmoins, le premier cycle étant terminé, on se doute qu’un second verra le jour. Je n’hésiterai pas à guetter sa parution pour suivre les aventures de Ralph. Mais cela est une autre histoire…

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Note : 13/20

Ralph Azham, T1 : Est-ce qu’on ment aux gens qu’on aime ? – Lewis Trondheim

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Titre : Ralph Azham, T1 : Est-ce qu’on ment aux gens qu’on aime ?
Scénariste : Lewis Trondheim
Dessinateur : Lewis Trondheim
Parution : Mars 2011


« Ralph Azham » est une nouvelle série née de l’imagination du célèbre et talentueux Lewis Trondheim. Le premier tome intitulé « Est-ce qu’on ment aux gens qu’on aime ? » est sorti le mois dernier. Edité chez Dupuis, cet opus de format classique est composé d’une grosse quarantaine de pages. Sur un fond blanc, la couverture nous présente une galerie de personnages originaux tournant autour d’un jeune homme aux cheveux bleus et dont les mains sont attachées à un poteau. Le prix de l’ouvrage est un petit peu inférieur à douze euros.

Ralph Azham vit dans un village dans lequel il possède le statut de souffre-douleur. Toutes les occasions sont bonnes pour le punir, le torturer ou le frapper. Il faut dire que ce cher Ralph possède un pouvoir bien particulier. Il peut voir les morts et les naissances. Bref, pour lui, le quotidien est rarement rose et bien trop souvent noir et dur. Mais déjà que la vie n’est pas facile, voilà que le village va être attaqué par la Horde, une troupe sanguinaire qui pris l’habitude de terroriser les habitants…

Il faut savoir que je suis un grand fan de Lewis Trondheim. Je possède une grande partie de ses productions. Et rares sont les lectures de l’une d’entre elles qui ne m’ont pas enthousiasmé. Cela fait que la seule présence de son nom sur une couverture de bandes dessinées fait que je m’offre l’album en question. La couverture laissait sous-entendre une nouvelle immersion de l’auteur dans l’univers de « l’Héroïc Fantasy ». C’était plutôt une bonne nouvelle car son premier voyage dans le domaine a donné naissance à la grande saga « Donjon » qui est une des œuvres majeures de la dernière décennie dans le neuvième art français. J’avais donc hâte de découvrir ce cher Ralph. Pour ceux qui n’auraient pas encore la chance de connaître la magie de Trondheim, sachez qu’elle s’adresse à tous les publics. Cet album répond également à cette règle.

On frôle parfois l’indigestion.

Cet album marque le début d’une nouvelle série. Les personnages nous sont donc inconnus tout autant d’ailleurs que l’univers dans lequel ils vivent ou que les règles qui régulent leur monde. C’est un attrait toujours certain des premiers opus de séries de « Fantasy ». On est toujours à la recherche de la petite originalité qui va nous rendre ce monde si sympathique. On ne peut pas dire que cet album se démarque vraiment des habitudes du genre. L’attrait réside davantage dans le fait que Trondheim veuille jouer avec les codes du genre. Le bémol est que j’ai trouvé la trame très brouillonne. On a parfois l’impression que cela part dans tous les sens. Les informations sont nombreuses, les chemins variés. Mais au final, on frôle parfois l’indigestion. J’ai en effet eu du mal à me plonger dans le quotidien de Ralph Azham. Je suis resté spectateur parce que la porte d’entrée était peut-être un petit peu trop obstruée.

Côté personnages, Trondheim nous en offre une galerie assez fournie. Le premier d’entre eux donne le nom à la série. Il s’agit de Ralph Azham. On ressent un petit peu d’empathie pour lui. En effet, le fait que le village lui fasse porter tous les malheurs du monde avec un certain sadisme fait qu’on ne peut être que de son côté. Le fait que l’histoire se déroule dans une petite communauté fait qu’on voit rapidement graviter un nombre certain de personnages identifiables. C’est une réussite de l’ouvrage car cela nous permet quand même de visualiser assez rapidement le fonctionnement local. Je ne vous les présente pas tous parce qu’une partie du plaisir de la lecture réside dans la surprise et la découverte.

Côté atmosphère, je ne l’ai pas trouvé très prenante. Au risque de me répéter, je trouve que la narration est trop brouillonne pour rendre notre immersion totale. Je pense que structurer davantage les informations en les allégeant éventuellement aurait permis de donner davantage d’épaisseur aux personnages et ainsi de développer nos sentiments à leurs égards. Ce n’est que mon point de vue mais c’est en tout cas ce que j’ai ressenti. C’est dommage car certaines scènes sont vraiment très réussies. Trondheim démontre une nouvelle fois son talent pour faire rire en tout occasion. Certaines répliques sont remarquables de drôlerie. Néanmoins, on ne retrouve pas la densité humoristique que contiennent certains épisodes de « Donjon ».

Concernant les dessins, je les trouve remarquables. Il faut dire que je trouve le style de Trondheim très agréables. D’apparence très simple et quasiment enfantin, ils collent parfaitement au ton de l’histoire. Ils rendent la lecture aisée pour tout type de public. Pour des raisons équivalentes, les couleurs sont bien dosées. J’en profite pour signaler la qualité du travail dans ce domaine de Brigitte Findakly qui s’en est chargée dans cet opus. Le découpage des cases est classique. Chaque page est composée de quatre lignes découpées chacune en une à quatre cases. Sur ce plan-là, la lecture ne nécessite pas de gymnastique particulière.

Au final, cet opus m’a laissé un sentiment mitigé une fois terminé. Je ne peux pas dire qu’il ne m’a pas fait passer un moment agréable. J’ai souvent ri, j’ai également trouvé certains dialogues ou certaines scènes savamment tournés. Par contre, je n’ai pas eu l’envie, comme souvent avec Trondheim, de me plonger au plus vite dans l’album tout juste terminé. Peut-être en attendais-je trop ? Malgré tout, je n’ai pas passé un moment désagréable en le découvrant. Mais il n’est pas à la hauteur des séries comme « Lapinot » ou « Donjon ». Cela ne m’empêchera pas de m’offrir le prochain opus de cette série pour découvrir les nouvelles aventures de ce pauvre Ralph Azham…

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Note : 12/20

Donjon Crépuscule, T111 : La fin du donjon – Lewis Trondheim, Joann Sfar & Mazan

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Titre : Donjon crépuscule, T111 : La fin du donjon
Scénaristes : Lewis Trondheim & Joann Sfar
Dessinateur : Mazan
Parution : Mars 2014


 « La Fin du Donjon »… Le titre du tome 111 de « Donjon Crépuscule » est sans équivoque : c’est la fin ! La grande aventure née de l’imagination de Lewis Trondheim et Joann Sfar allait vivre à son dénouement. La lecture du tome précédent « Haut Septentrion » nous présentait un premier angle de vue sur le combat final qui concluait la saga. Mais « La Fin du Donjon » conte les événements perçus à travers Marvin et Herbert, les deux héros légendaires. Les deux auteurs ont confié les dessins à Mazan, déjà vu sur le premier épisode de « Donjon Monsters ». Sorti chez Delcourt, en mars dernier, l’album était présenté par une très jolie couverture. On y découvrait les ruines du Donjon dans lesquelles la nature reprenait le dessus. J’ai trouvé cette illustration très réussie. J’espérais que le reste de la lecture serait à la hauteur et offrirait à « Donjon » une conclusion brillante.

« Plus les îlots de Terra Amata montent, moins il y a d’oxygène. Tandis que Marvin Rouge et Zakutu tentent de protéger les objets du Destin, Herbert et le Roi Poussière sont obligés de faire allégeance à l’Entité noire afin d’obtenir le précieux oxygène. La fin du Donjon n’a jamais été aussi proche ! Mais la résistance est en marche. » Voilà le résumé offert par le site BD Gest’. A mes yeux, il présente clairement les enjeux pour tout lecteur régulier de la série.

Il est évident qu’essayer de lire cet album sans connaître les épisodes précédents est une mission impossible. Il n’y a pas de piqûre de rappel. Les auteurs plongent immédiatement dans le dur. L’histoire peut être perçue comme un spin off de « Haut Septentrion ». Il faut au moins avoir entièrement lu le cycle « Donjon Crépuscule » qui relate la fin du Donjon. Il se compose actuellement d’une dizaine d’ouvrages.

Un rythme effréné

Un des défauts que ne possède pas cet album est le fait de ne pas être habité par des temps morts. Le rythme est effréné. Les événements s’enchainent. L’action est de sortie. Mazan a un gros travail d’illustration à faire pour faire ressentir le mouvement perpétuel qui accompagne les pérégrinations d’Herbert et Marvin. Ils n’arrêtent pas de courir aux quatre coins de Terra Amata. Le trait de l’auteur traduit assez bien cette sensation de course permanente contre la montre. Le lecteur n’a jamais le temps de souffler. Néanmoins, j’apporterais un bémol. L’ensemble m’apparait brouillon. J’ai parfois eu la sensation que scénario était un cousin du diable de Tasmanie. Ce n’est pas désagréable dans l’ensemble mais cela m’a essoufflé par moment.

Le dénouement est connu dans les grandes lignes avant même la découverte de la première page. Le fait d’avoir lu le tome 110 de « Donjon Crépuscule » donne beaucoup d’informations à ce propos. Cela fait que j’ai eu du mal à me passionner pour les rebondissements qui jalonnent le trajet d’Herbert tout au long de l’histoire. Par contre, j’étais attentif à tous les moments partagés entre le palmipède et son ami dragon. Ils forment le duo central de la saga. Il était donc important de savourer les derniers temps passés à leurs côtés. J’ai regretté que cet aspect nostalgique et émotionnel soit en retrait par rapport à l’action pure. Je ne le reproche pas aux auteurs. C’est leur choix et leur œuvre. Néanmoins, je regrette que le « au revoir » soit finalement aussi brutal. Seules les trois dernières pages sont apaisées et closent l’aventure avec poésie. Parsemer le reste de l’album de ce type de pensées ou de phrases ne m’aurait pas déplu. Dans un genre très différent, je trouvais la fin de « Lapinot » bien plus intense et mieux amenée.

Pour conclure, j’ai passé un bon moment à assister à la fin du Donjon. Le plaisir que j’ai eu à retrouver Herbert et Marvin ensemble m’a fait oublier les quelques défauts que dégageait par moment la lecture. Il est indispensable pour tout adepte de la saga de s’y plonger pour boucler la boucle. Il ne me reste plus qu’à espérer qu’un jour les auteurs trouveront le temps de combler quelques trous que possède la grande Histoire du Donjon. L’espoir n’a jamais tué personne…

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Note : 12/20

Donjon Crépuscule, T110 : Haut Septentrion

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Titre : Donjon crépuscule, T110 : Haut Septentrion
Scénaristes : Lewis Trondheim & Joann Sfar
Dessinateur : Alfred
Parution : Mars 2014


« Donjon » est une série qui a marqué le neuvième art. Lors de sa naissance, le projet de Lewis Trondheim et Joann Sfar paraissait irréaliste. Il souhaitait conter l’histoire des habitants d’un Donjon au cours de trois époques différentes. « Donjon Potron-Minet » devait suivre la construction du Donjon, « Donjon Zénith » son apogée et « Donjon Crépuscule » sa chute. D’autres séries telles que « Donjon Monsters » ou « Donjon Parade » agrémentaient également cet univers. Depuis de nombreuses années, les tomes paraissent à un rythme effréné pour le plus grand plaisir des lecteurs. La fantasy et l’humour sont les deux caractéristiques de cette grande épopée. Chaque cycle possède sa propre identité tout en respectant la cohérence narrative. Mais ces dernières années, les nouveaux épisodes ont été plus rares. En mars dernier, sont apparus dans les rayons à ma grande surprise deux nouveaux tomes. J’eus la désagréable surprise de voir qu’ils marquaient la fin de l’aventure. Ces opus marquaient-ils la dernière touche des auteurs à leur création ou pensaient-ils un jour combler les nombreuses zones d’ombre que leur chronologie possède encore ? C’est sans réponse à ses interrogations que je me suis plongé dans « Haut Septentrion », tome 110 de « Donjon Crépuscule ».

Le site BDGest’ propose le résumé suivant des enjeux de cet album : « Tremblement sur Terra Amata. Alors que tous les îlots s’éloignent du noyau de magma et de l’atmosphère respirable, le Roi Poussière pense qu’il est temps pour lui de mourir de façon héroïque. Marvin Rouge s’accroche toujours, bon gré, mal gré et va devoir le sauver de cette idée fixe tout en trouvant un moyen de respirer. »

Des scènes de combat et de batailles. 

Trondheim et Sfar n’en sont pas à une fantaisie près. En effet, cet ouvrage doit être lu en parallèle du tome 111 intitulé « La fin du Donjon ». Chacun décrit les événements qui mènent au dénouement de l’intrigue en axant sa narration sur des angles et des personnages différents. Ma critique porte sur « Haut Septentrion » qui se centre sur le duo formé de Marvin Rouge et Zakutu. Le premier est un guerrier hystérique assoiffé de sang ou de sexe au gré de ses humeurs. La seconde est une princesse héritière au caractère trempé. Les aléas de leurs parcours respectifs les mènent au centre d’un combat dont l’issue sera définitive pour le Monde. Je me dois rapidement préciser qu’il est indispensable d’avoir une connaissance minimale des enjeux et des protagonistes de la série pour se plonger dans cette lecture. Dans le cas cadre contraire, il me semble impossible d’y comprendre quoi que ce soit.

La nature même de l’histoire fait que la majorité des planches sont des scènes de combat et de batailles. Je ne suis pas trop fan de ce type de construction parce que bien souvent certaines planches sont du remplissage. Occuper trois planches à dessiner des explosions et des duels à l’épée évite trop fréquemment de construire une intrigue et de rédiger des dialogues travaillés. Mais les deux auteurs ne tombent pas dans cette facilité. Chaque page est agrémentée de plusieurs vannes bien senties que ce soit entre les héros ou envers leurs ennemis. Le côté testostérone des derniers opus de « Donjon Crépuscule » est une nouvelle fois bien transcrit. On pourrait regretter un début un petit peu brouillon. Le fait que la série ait sauté deux ou trois tomes a pour conséquence de nécessiter pour le lecteur un temps d’adaptation à la nouvelle situation à Terra Amata. La mise en route manque un petit peu de clarté et de finesse. Néanmoins, l’affection ressentie à l’égard de cette série fait rapidement oublié ce défaut au démarrage une fois que les deux tourtereaux au sang chaud se retrouvent en amoureux pour sauver le monde.

La relation entre Marvin et Zakutu est un des points forts de ce cycle. Les deux personnages sont individuellement très réussis et ils prennent une ampleur explosive quand ils sont mis en contact. Ce tome accentue ce phénomène dans le sens où ils ne sont que tous les deux lors de leurs pérégrinations. Personne ne leur fait de l’ombre et cela leur permet de ne fixer aucune limite à leurs excès. Cela offre des moments très drôles et surtout aucun temps mort. Une fois la machine narrative enclenchée, elle ne cesse pas de s’emballer sans jamais ralentir. Même la dernière planche est réussie sur ce plan-là alors que l’issue laissait la porte ouverte à quelque chose de plus classique et traditionnel.

Les auteurs ont pris l’habitude de changer bien souvent de dessinateurs d’un album à l’autre. C’est Alfred qui se voyait confier l’illustration de ce combat final. Il s’en sort correctement et reste globalement fidèle à l’identité graphique de la saga. Malgré tout, il ne s’agit pas de l’artiste dont j’ai préféré le travail sur la série. Son trait manque de finesse et de précision à mes yeux. C’est dommage car les scènes sont rythmées et denses. Il m’apparaît donc important de se montrer soigné et appliqué pour permettre au lecteur à la fois de s’immerger dans des décors en changement permanent tout en comprenant dans les moindres détails les événements qui s’y déroulent. Par contre, je n’ai rien à dire sur le travail des couleurs qui correspondent parfaitement aux attentes générées.

Pour conclure, cet opus conclut honorablement le cycle. C’est d’ailleurs plus dans l’évolution des deux personnages principaux que dans l’issue du combat final que réside l’attrait de la lecture. Il est évident que certains moments concernant Herbert sont nébuleux dans cet album. Mais je ne doute pas que « La fin du Donjon » éclaircira tout cela. Mais c’est une autre histoire…

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Note : 14/20


 

Blast, T4 : Pourvu que les bouddhistes se trompent – Manu Larcenet

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Titre : Blast, T4 : Pourvu que les bouddhistes se trompent
Scénariste : Manu Larcenet
Dessinateur : Manu Larcenet
Parution : Mars 2014


« Blast » est un OVNI du neuvième art. Depuis la sortie de son premier tome il y a presque quatre ans, cette série est amenée à marquer profondément ses lecteurs. Ce roman graphique né de l’imagination et de la plume de Manu Larcenet est un uppercut permanent. Cette saga est une tétralogie. Le sept mars dernier est apparu l’épisode ultime du parcours de Polza Mancini, ce personnage pas comme les autres. Ce dernier opus s’intitule « Pourvu que les bouddhistes se trompent ». Edité chez Dargaud, cet ouvrage se compose de cent quatre-vingt-quinze pages. Il coûte vingt-trois euros. La couverture se partage en deux plans. Le premier nous présente Polza, revenu à l’état sauvage. Le second nous présente Carole assise un révolver dans la main. Le dénouement approche et nous pouvons légitimement l’appréhender.

La quatrième de couverture fait parler Mancini qui s’adresse à nous : « Un vent lourd, puant suie et cadavre, gronde sur la route et me glace. L’orage approche. Je ne cherche aucun abri, il n’en existe pas à ma taille. Je claudique au bord du chemin, ivre comme toujours, dans l’espoir que la distance entre nous se réduise que nos peaux se touchent enfin. Sali, battu, hagard, je repousse le moment où, le souffle court et les pieds meurtris par de mauvaises chaussures, je devrai m’arrêter. Serai-je encore assez vivant pour repartir ? »

Tour à tour ému, touché, énervé, choqué, compatissant, dégoûté, horrifié…

Polza Mancini est un personnage riche qui ne peut pas laisser indifférent. Pire que cela, il arrive à générer tous les spectres des sentiments possibles. Tour à tour j’ai été ému, touché, énervé, choqué, compatissant, dégoûté, horrifié et j’en passe. D’une page à l’autre, nos émotions sont chamboulées. La vie de Polza est celle d’un clochard comme il l’affirme. Elle alterne donc entre des moments de poésie dans la forêt ou près d’une rivière avec des moments durs inhérents à la vie dehors. Tous les marginaux ne sont pas stables et bienveillants, loin s’en faut. D’ailleurs le Mancini n’est pas dénué de défaut : il est alcoolique, drogué, instable, sale. A cela s’ajoute un physique difforme qui incite à détourner le regard. Bref, il fait partie des gens qu’on n’oublie mais qu’on ne souhaite pas croiser à nouveau.

Mais Polza ne nous conte pas son histoire au coin du feu. Il est en garde à vue. Il est accusé du meurtre de Carole, une jeune femme que les premiers tomes ont petit à petit fait apparaître dans la vie de Mancini. L’album précédent se concluait par une rude révélation : Carole aurait tué son propre père. C’est donc ici que reprend la trame pour ce dernier acte.

A la suite de son évasion de l’hôpital, Polza est hébergé chez un des anciens pensionnaires prénommé Roland. Ce dernier vit dans une ferme reculée avec sa fille Carole. Mancini ne quittera plus cette ferme jusqu’à son interpellation par la police. Pour la première fois, Polza est sédentaire. Bien qu’il affirme être irrémédiablement attiré par un départ dans la forêt, il ne franchit jamais le pas. Il semble attaché à sa nouvelle famille. L’équilibre qui régit la vie de cette petite communauté est remarquable décrit par Larcenet. Alors qu’on pourrait y voir une fille aimante et dévouée qui s’occupe de son père malade et qui accueille un sans-abri en quête d’affection. Mais tout cela est bien plus compliqué, malsain et inquiétant. Chaque rayon de soleil précède une longue période sombre sans lumière. L’issue nous est connue. Elle est triste et fatale. Le moins que nous puissions dire est que le chemin qui y mène n’est pas plus joyeux.

Côté dessin, le voyage est intense. Le travail graphique de Larcenet est impressionnant. Son œuvre est quasiment entièrement en noir et blanc. Il fait naître une grande galerie d’atmosphère. Que les scènes soient intimes ou que ce soient des paysages, que les moments soient légers ou horribles, tout nous pénètre profondément. Je n’ai pas le vocabulaire suffisamment riche pour vous transcrire les sentiments ressentis devant les planches ou les termes précis et techniques qui permettraient d’expliquer la qualité du travail. Je ne peux donc que vous inciter à ouvrir aux hasards ce tome et en lire quelques pages. Ce sera la meilleure manière de vous imprégner et de savourer les remarquables illustrations qui accompagnent cette histoire qui l’est tout autant.

« Pourvu que les bouddhistes se trompent » conclue avec maestria cette grande saga. La dernière partie de l’ouvrage est une invitation à la redécouvrir avec un regard neuf. Cette série est une œuvre majeure de ma bibliothèque. Je pense que je m’y plongerai régulièrement quitte à prendre du plaisir de lecteur à souffrir. « Blast », c’est une expérience qui ne laisse pas indemne…

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Note : 19/20

Blast, T3 : La tête la première – Manu Larcenet

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Titre : Blast, T3 : La tête la première
Scénariste : Manu Larcenet
Dessinateur : Manu Larcenet
Parution : Octobre 2012


« Blast » est incontestablement un OVNI dans la bibliographie de Manu Larcenet. Sa célébrité est née du succès de séries telles que « Le retour à la Terre », « Donjon Parade », « Le combat ordinaire » ou encore « Chez Francisque ». J’ai toujours suivi son travail. Il a su me faire rire souvent et m’émouvoir de temps à autre. Bref, cet auteur est incontestablement un des écrivains en vogue du neuvième art. Son aura prend une toute autre ampleur lorsqu’apparait « Grasse carcasse » dans les librairies. Premier épisode de sa nouvelle saga, cet album se démarque. Le format est plus carré, il se compose de deux cents pages et l’identité graphique est noire et blanche. Une fois la lecture entamée, l’atmosphère glauque, triste et dépressive nous envahit et ne nous laisse pas indemne une fois terminée. Bref, « Blast » organise un voyage unique qui ne peut pas laisser indifférent. C’est donc avec un plaisir intense que j’ai découvert la parution en octobre dernier du dernier acte des aventures de Polza Mancini.

Son héros est accusé d’avoir agressé une femme. Il est en garde à vue, écouté par des policiers. Ces derniers cherchent à savoir comment cet acte a pu avoir lieu. Mais Polza veut tout expliquer. Cela part de son enfance, de la mort de son frère et de son père. Et surtout il évoque son premier Blast, état d’extase profonde qu’il obtient en abusant d’alcool ou de substances illicites. Sa vie de clochard, en dehors des sentiers battus, se résument donc à des rencontres hasardeuses et la quête du blast. Son physique ingrat fait de lui un paria volontaire de la société. Dans l’opus précédent, il croisait Jacky qui s’avérait être un serial killer. Ce nouvel acte présente de nouvelles rencontres qui ne laissent pas indemne à la fois le héros et ses lecteurs…

Un héros malade à l’intelligence particulière et alambiquée.

Cet ouvrage se démarque des deux précédents par la narration de l’internement de Polza. Suite à une tentative de suicide difficile à soutenir, Mancini se trouve enfermé dans une structure hospitalière qui lui impose une thérapie psychanalytique. On n’a jamais douté du fait que le héros est malade et nécessite des soins. Mais c’est la première fois depuis le début de l’histoire qu’on le découvre dans les mains du corps médical. Son intelligence particulière, inquiétante et alambiquée prend une autre ampleur quand elle se confronte à la réalité. Son refus de se soigner, sa manière de manipuler et de mépriser les codes font que tout espoir à son égard disparaît. Il ne veut pas saisir la main qu’on lui tend. On s’en doutait mais on souffre de voir cela se confirmer.

En dehors de la période médicale de l’intrigue, Larcenet nous offre des scènes particulièrement dures qui mettent mal à l’aise et qui font souffrir. L’auteur n’utilise aucun filtre pour décrire la vie de cet homme errant. On sent particulièrement bien l’angoisse de la nuit. Toutes les bêtes féroces sortent de leur tanière et l’animalité de l’homme prend une toute autre ampleur qui est loin de laisser indifférent. Le talent de l’auteur pour alterner des moments bavards et des moments complètement silencieux participe activement à cette atmosphère oppressante. La capacité que possède l’écrivain à dessiner des paysages nocturnes ou diurnes fait que nos émotions sont en permanence sollicitées.

Je ne voudrais trop vous en dévoiler. En effet, le plaisir réside également dans les nombreuses interrogations qui se posent à nous quant au devenir de Polza. Le suspense est stressant tant la descente aux enfers du héros est permanente. Cet ouvrage est donc dans la lignée des deux premiers opus. Il s’agit là d’un vrai compliment tant je suis adepte de cette saga qui est unique dans son genre et qui ne laissera personne indemne une fois le bouquin refermé. Mancini continue à nous hanter…

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Note : 17/20

Blast, T2 : L’apocalypse selon Saint Jacky – Manu Larcenet

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Titre : Blast, T2 : L’Apocalypse selon Saint Jacky
Scénariste : Manu Larcenet
Dessinateur : Manu Larcenet
Parution : Avril 2011


« L’apocalypse selon Saint Jacky » est le titre du deuxième opus de la série de bandes dessinées « Blast ». Ecrit par Manu Larcenet, cet album est édité chez Dargaud depuis le mois d’avril dernier. Cet ouvrage est d’un format original. En effet, l’histoire s’étale sur environ deux cents pages. Le prix est à peine supérieur à vingt euros. La couverture est coupée en deux parties. La partie supérieure, en noir et blanc, nous présente un homme obèse les yeux dans les yeux avec un éléphant. L’inférieure est colorée et nous fait découvrir un homme en train de lire, allongé dans ce qui semble être un livre.

Ce bouquin est la suite du précédent tome de « Blast » intitulé « Grasse carcasse ». Cette nouvelle histoire reprend où nous avait laissés la précédente. C’est l’occasion de préciser qu’il m’apparaît indispensable d’avoir lu le précédent pour profiter pleinement de cet ouvrage. On y avait rencontré Mancini. Ancien écrivain, il se revendique clochard. On découvre son choix de vie qui consiste à errer et à vivre où le mène la vie sans aucune contrainte. Il vit dans la forêt, y rencontre des SDF. Et surtout il boit et se drogue. Tout cela a pour but de lui faire ressentir à nouveau le blast, sensation extrême de nirvana qui lui fait quitter sa misérable existence et son horrible corps d’obèse dégoutant. Mais le problème est qu’on a découvert Mancini en garde à vue et qu’il est accusé de tentative de meurtre sur une femme…

« L’apocalypse selon Saint Jacky » commence par l’annonce du décès de la présumée victime de Mancini. Les policiers refusent de l’annoncer à leur suspect et continuent à le faire parler. En effet, Mancini continue de leur conter le cheminement de sa vie qui l’a amené à se trouver à cet endroit à ce moment. Le centre de sa narration va tourner autour d’un personnage prénommé Jacky qui l’a accueilli un temps et qui a fait durant quelques temps de Mancini un sédentaire…

Un personnage principal qui n’a rien de réellement sympathique.

Cette série ne s’adresse pas à tous les publics. Autant des séries de Larcenet comme « Le retour à la terre » ou « Nic Oumouk » utilisent un ton léger et humoristique, autant « Blast » adopte une ambiance lourde et dure. Le personnage principal n’a rien de réellement sympathique. Son statut de SDF devrait déclencher un sentiment d’empathie. Ce n’est pas vraiment le cas. Il a choisi sa situation et semble en revendiquer de la fierté. De plus, sa situation d’alcoolique et de drogué assumée ne favorise pas la sympathie. La narration est réaliste. Elle présente quelque part les codes du chemin initiatique. Mancini nous offre une réflexion sur sa vie.

Le scénario s’étale sur deux cents pages. C’est relativement rare dans la bande dessinée. Le risque était que la trame souffre de quelques vides ou encore de quelques lenteurs. Ce n’est absolument pas le cas. La lecture est intense. J’ai dévoré cet opus d’une seule traite. On est réellement transporté dans l’univers de Mancini. On est fasciné par le parcours de cet homme qui se met sciemment à l’écart de la société et de ses codes. Les différentes rencontres sont autant de rebondissements. Les moments d’introspection sont également passionnants.

Le personnage principal possède une emprise énorme sur le récit. D’une part, il en est le narrateur et d’autre part ils occupent quasiment toutes les cases de l’ouvrage. Les deux policiers qui l’interrogent ont un rôle très secondaire et ont pour unique utilité de relancer la trame. Ce deuxième tome nous fait rencontrer un nouveau protagoniste qui prend une place très importante. Prénommé Jacky, il s’agit d’un homme, dealer, vivant dehors et fanatique de littérature qui va héberger Mancini pendant quelques temps. On pourrait qu’ils deviennent amis. Leur cohabitation nous est contée durant une grande majorité des pages. J’ai trouvé cet aspect passionnant et savamment narré. Cette rencontre entre deux auto-exclus de la société ne laisse pas indifférent.

Mais la richesse de cet album ne réside uniquement dans sa narration. L’atmosphère de la lecture est intense. De temps en temps touchant, très souvent mettant mal à l’aise, l’ambiance ne nous laisse jamais indifférent ni insensible. Et pour aboutir à ce résultat, les dessins jouent un rôle prépondérant. Manu Larcenet nous offre une œuvre de grande qualité sur le plan graphique. Les dessins sont en noir et blanc. Il nous offre une grande variété de point de vue. D’une part, les paysages sont remarquables. Que ce soit la forêt ou des immeubles de banlieue. D’autre les personnages sont également très bien nés. Certains visages sont splendides. Ils possèdent une réelle profondeur.

Je ne peux donc que vous conseiller la lecture de cet album. Je le trouve très réussi. De plus, il s’avère être original, ce qui ne gâche rien. Pour ceux qui avaient déjà découvert le premier opus de la série, ce nouveau tome est à la hauteur de son prédécesseur. Quant à ceux pour qui « Blast » était un univers inconnu, n’hésitez pas à vous y plonger en commençant par « Grasse carcasse ». Bonne lecture…

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Note : 17/20

Bone, T1 : La forêt sans retour – Jeff Smith

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Titre : Bone, T1 : La Forêt Sans Retour
Scénariste : Jeff Smith
Dessinateur : Jeff Smith
Parution : Septembre 1995


Il y a des jours où des circonstances particulières vous font découvrir des pépites. Des jours où l’on découvre « Bone » et où d’un coup, plus rien n’est pareil. Et pourtant, rien ne m’avait préparé à un pareil choc tant j’avais pris ce comics à la bibliothèque par simple curiosité et envie d’étendre ma culture des comics américains…

« Bone » est une série de comics faisant intervenir les bones, des êtres mi-humains, mi-animaux tout en rondeurs. Cette série compte 11 tomes (ou 9 selon l’édition originale). « La forêt sans retour » est le nom du premier opus.

Ils sont trois cousins, très différents. Fone Bone, le héros, est naïf, honnête, sensible, romantique… Il est aussi dépourvu de tout signe distinctif (et tout nu !). De quoi pouvoir parfaitement s’identifier à lui ! Phoney Bone est lui irascible, malhonnête et toujours prêt à faire un mauvais coup. Il était le bone le plus riche de Boneville grâce à ses nombreuses arnarques. Pour les monter, il utilise souvent Smiley Bone grand et souriant, mais un peu bête sur les bords.

L’histoire commence alors que les trois bones ont été chassés de Boneville à cause d’une nouvelle malversation de Phoney Bone. Ses cousins l’aident à échapper à l’ire populaire. Les voilà perdus dans le désert. Une attaque de criquets va alors rapidement les séparer. On suit le périple de Fone Bone découvrant une vallée encaissée et sa forêt. Il va alors s’y retrouver bloqué pour l’hiver et va essayer de retrouver ses cousins.

Un patchwork incroyable d’influences

La force de « Bone » est de ne rien dévoiler trop vite. On commence par découvrir les bones, ne sachant trop s’ils sont une représentation des humains ou pas. Puis on découvre que les bones peuvent parler avec certains animaux. Puis des monstres apparaissent. Puis des humains. Et ainsi de suite. La complexité et la féérie du monde de Jeff Smith est révélée au compte-goutte, l’auteur prenant le temps de nous immerger petit à petit dans son univers. Et quel univers ! Car sous ses aspects enfantins indéniables, il y a une noirceur persistente dans cette BD. L’humour est également omniprésent et souvent complètement absurde (à l’image de Mamy qui fait des courses contre les vaches…). C’est un patchwork incroyable d’influences, de Disney jusqu’à Tolkien.

L’histoire est très prenante bien que dans ce premier tome, il ne se passe pas tant de choses que ça. On découvre cette vallée en même temps que Fone Bone. Jeff Smith n’hésite pas à passer des pages entières à faire descendre Fone vers la vallée, mais à aucun moment on ne s’ennuie.

Le dessin est largement à la hauteur du propos. Etonnamment, il est dans un noir et blanc pur (pas de trames ou de niveaux de gris). Etant donné l’aspect enfantin du trait, la couleur paraissait un choix évident. Mais le noir et blanc apporte justement la noirceur qui donne toute sa force à « Bone ». La forêt la nuit est des plus angoissantes avec ces aplats de noir. De plus, le trait de Jeff Smith est incroyable et il aurait été dommage de l’atténuer par de la couleur. Je suis tombé amoureux de ses courbes au pinceau. La souplesse et les courbes des bones, associés à une expressivité incroyable des personnages m’ont séduit plus que de raison. Car Jeff Smith mélange les styles allègrement pour les besoins de son histoire. Les bones font partie d’un style très cartoon, enfantin, naïf, alors que Thorn est dessinée de façon réaliste. Mamy sera elle dans un style proche de la caricature, et les rat-garous appartiennent à l’univers du cauchemar. Cette faculté à manier et mélanger les styles, tant narratifs que picturaux, est unique. C’est vraiment un plaidoyer contre le cloisonnement des genres.

Au final, ce premier tome de « Bone », introduction à l’univers de Jeff Smith, m’a particulièrement séduit. Même s’il s’adresse à des adultes par son double degré de lecture, il est évident qu’il parlera d’avantage aux grands enfants, qui ont su garder une part d’imaginaire et de magie en eux (à la manière d’un Toy Story). Je suis sorti de ma lecture joyeux, ému et nostalgique. Une véritable révélation.

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Note : 19/20

Whaligöe, T2 – Yann & Virginie Augustin

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Titre : Whaligöe, T2
Scénariste : Yann
Dessinatrice : Virginie Augustin
Parution : Janvier 2014


 « Whaligoë » est un diptyque créé par le scénariste Yann et la dessinatrice Virginie Augustin. Les couleurs sont confiées à Fabien Alquier. La première partie était parue il y a un petit peu plus d’un an. La conclusion, sujet de ma critique d’aujourd’hui, est apparue dans les rayons de librairie le quinze janvier dernier. Cet ouvrage de format classique est vendu chez Casterman au prix de 13,50 euros. La couverture nous immerge au beau milieu d’un duel à l’épée. La foule qui encadre est nombreuse à encadrer les deux protagonistes à la lumière de torches embrasées. L’heure semble être au règlement de compte. Le programme est ainsi clairement annoncé.

La quatrième de couverture nous offre la présentation suivante : « Ecosse, début du XIXe siècle. Leur cocher égorgé, notre couple sur le déclin ne peut désormais plus refuser l’affrontement final avec Branwell, la brute qui tient sous sa coupe le village de Whaligoë… Mais pour connaître l’identité du mystérieux écrivain Ellis Bell, tous les coups bas sont permis, du duel à la claymore aux morsures littéraires empoisonnées… Et si la vérité ne se trouvait pas à la surface des choses ? … Si elle se dissimulait dans des profondes et inquiétantes ténèbres sous la lande tourbeuse de Whaligoë ? »

Le concept du diptyque est souvent utilisé ses dernières années dans la bande dessinée. Il n’est pas dépourvu d’attraits. En effet, il n’a pas les inconvénients des séries au long cours qui voient bien souvent leur qualité décliner au fur et à mesure que naissent les différents épisodes. De plus, il peut présenter une histoire plus dense et travaillée qu’un simple album d’une petite cinquantaine de page. Malgré le genre possède des risques. Le principal est de générer un univers complexe, des personnages mystérieux, des enjeux forts dans l’introduction et de voir la conclusion de ne pas répondre aux attentes enthousiastes et exigeantes du lecteur après la découverte du premier acte. « Whaligoë » avait offert un tome initial assez réussi. Sur bon nombre de points, il s’agissait d’un bon cru. J’espérais que cette suite allait le confirmer.

« Une atmosphère riche »

La première richesse que j’ai retenue de ma rencontre avec « Whaligoë » est son atmosphère. L’arrivée dans ce village perdu au beau milieu des landes était superbement retranscrite par le trait de Virginie Augustin. Que ce soit au contact d’autochtones parfois patibulaires ou au centre d’étendues désertiques et inquiétantes, la dessinatrice arrivait à dégager de ses planches un vrai envoûtement pour le lecteur. De plus, le fait que bon nombre d’événement se déroule la nuit ajoutait encore une dimension à cette sensation oppressante d’être enfermé au milieu de nulle part. Malgré un léger changement de ton narratif dans ce second opus, cette qualité sensorielle des pages existe toujours. C’est un vrai plaisir. Les auteurs ont accordé de l’importance à construire un univers et des lieux avant d’y insérer des personnages et une histoire. Je leur en suis gré car le voyage à Whaligoë ne laisse ainsi pas indemne.

Le deuxième aspect qui m’avait beaucoup plu était la construction des personnages. Le couple principal était assez unique dans son genre. Lui est un auteur qui a depuis longtemps perdu toute inspiration. Elle est sa Muse qui n’est plus aussi splendide qu’elle a été. Ils sont présentés comme des « has been » qui se reprochent réciproquement d’être la cause de leur déchéance tout en ne se quittant pas, faute d’autre proposition. Leurs échanges fielleux sont des petits bijoux de méchanceté. Chaque dialogue est écrit, rien n’est bâclé. J’ai retrouvé cette patte dans cette suite et en ai savouré les fruits avec gourmandise. Mais les auteurs ne se contentent pas d’offrir un mano a mano entre les deux tourtereaux, ils font également exister leurs personnages secondaires. Je me garderai de les lister. Cela n’a pas grand intérêt et gâcherait en partie la lecture. Néanmoins, il faut savoir qu’aucun protagoniste n’est neutre tant pour l’ambiance que pour la trame.

Concernant la trame, elle est plutôt prenante. Quelques doses mystérieuses sont régulièrement parsemées. Le héros se trouve un adversaire local. Les sentiments amoureux et les secrets de famille sont de sortie. Bref, les ingrédients sont classiques mais solides. La sauce prend plutôt bien sans révolutionner le genre. Le scénariste offre une conclusion à la hauteur des espoirs nés dans son introduction. Ce n’est déjà pas si mal. Ce second album n’est pas une succession de combats ou de poursuites. Les dialogues et les intrigues ne sont pas négligés malgré une place légitime plus importante donnée aux scènes d’action. Le diptyque peut vraiment être perçu comme une entité unique. C’est agréable car ce n’est pas toujours le cas.

Je vous ai déjà tressé les lauriers du travail graphique de Virginie Augustin sur les décors. Je peux en faire tout autant concernant sa capacité à créer des personnages. Il possède chacun une vraie personnalité et dégage énormément de choses par leurs traits, leurs visages ou leurs postures. Bref, la forme est à la hauteur du fond. Pour conclure, « Whaligoë » est une saga plutôt réussie dans laquelle j’ai pris beaucoup de plaisir à me plonger. La lecture est prenante et je me suis laissé porter sans mal. Certes, je n’en garde pas d’immenses souvenirs une fois le bouquin terminé, mais est-ce si grave si la dégustation fut agréable ?

gravatar_ericNote : 14/20