Celestia


Titre : Celestia
Scénariste : Manuele Fior
Dessinateur : Manuele Fior
Parution : Août 2020


J’avais mis « Celestia » dans les livres Ă  dĂ©couvrir, mais ce n’est que deux ans plus tard que je finis par le dĂ©couvrir. C’est l’occasion de me rendre compte que Manuele Fior Ă©tait Ă©galement l’auteur de « Mademoiselle Else ». Je ne l’aurais pas devinĂ©. Alors que l’actualitĂ© est plutĂŽt Ă  son nouveau bouquin « Hypericon » (dont la lecture sera plus rapide cette fois-ci !), il Ă©tait temps de voir ce que valait ce pavĂ© de 272 pages publiĂ© chez Atrabile.

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Satanie


Titre : Satanie
Scénariste : Fabien Vehlmann
Dessinateur : Kerascoët
Parution : Octobre 2016


AprĂšs un premier tome rĂ©ussi, « Voyage en Satanie » s’arrĂȘte. Pourtant, l’histoire Ă©tait prĂ©vue comme un diptyque. On imagine des ventes insuffisantes et voilĂ  qu’on reste sur notre faim. Heureusement, les Ă©ditions Soleil finissent par reprendre le projet et sortent « Satanie », l’intĂ©grale de l’histoire. Le fait que l’histoire soit publiĂ©e dans la collection MĂ©tamorphose explique la sortie en intĂ©grale, mais lĂšse clairement les premiers lecteurs. Finalement, Satanie est une façon de retenter le coup pour les auteurs avec leur histoire. Pour ceux qui ont dĂ©jĂ  achetĂ© le premier tome, merci de repasser Ă  la caisse
 VoilĂ  qui est vraiment dĂ©rangeant pour le coup. Continuer la lecture de « Satanie »

Les gardiens du Louvre

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Titre : Les gardiens du Louvre
Scénariste : JirÎ Tanigushi
Dessinateur : JirĂŽ Tanigushi
Parution : Novembre 2014


J’aime beaucoup le musĂ©e du Louvre, j’y vais souvent pour dessiner ou visiter leurs derniĂšres expositions. La collection de Futuropolis en partenariat avec le musĂ©e m’intĂ©resse donc particuliĂšrement, mĂȘme si peu d’ouvrages m’ont rĂ©ellement emballĂ©. Le De CrĂ©cy est un chef d’Ɠuvre, le reste m’a paru plus corsetĂ© (malgrĂ© une belle tentative d’Yslaire de s’approprier une histoire ou de Davodeau d’écrire une histoire originale sur le sujet). MalgrĂ© un casting trĂšs impressionnant, on voit que le travail de commande n’est pas toujours simple ! Cette fois, c’est JirĂŽ Taniguchi qui s’y colle, le plus europĂ©en des mangakas, pour 130 pages sur le Louvre. Continuer la lecture de « Les gardiens du Louvre »

Les incidents de la nuit, T3

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Titre : Les incidents de la nuit, T3
Scénariste : David B.
Dessinateur : David B.
Parution : Août 2002


« Les incidents de la nuit » est une revue crĂ©Ă©e au 19Ăšme siĂšcle par Emile Travers afin de favoriser le retour au pouvoir de NapolĂ©on Bonaparte, bien que ce dernier soit dĂ©jĂ  mort
 150 ans plus tard, David B. se met en scĂšne Ă©tudiant ce journal dans un monde onirique oĂč les repĂšres vacillent en permanence. AprĂšs un deuxiĂšme tome consacrĂ© aux massacres dans l’humanitĂ©, on reprend l’enquĂȘte proprement dite. Petite prĂ©cision : Ă©ditĂ© dans la collection Mimolette de l’Association, l’ouvrage ne fait que 30 pages. Cependant, la densitĂ© de l’ensemble compense amplement ce que certaines pourraient considĂ©rer comme un problĂšme.  Continuer la lecture de « Les incidents de la nuit, T3 »

Les incidents de la nuit, T2

lesincidentsdelanuit2


Titre : Les incidents de la nuit, T2
Scénariste : David B.
Dessinateur : David B.
Parution : Novembre 2000


Avec « Les incidents de la nuit », David B. avait dĂ©veloppĂ© une histoire onirique passionnante, faites de livres, de bonapartisme et de lutte contre la mort. Ce deuxiĂšme tome poursuit l’histoire initiĂ©e dans le premier opus et s’intĂ©resse au dieu Enn. En effet, l’un des personnages avait voulu se cacher dans un livre, intitulĂ© « Le DĂ©sert » oĂč seules des lettres N Ă©taient Ă©crites Ă  l’intĂ©rieur. Le tout, publiĂ© Ă  l’Association, dans la collection Mimolette, pĂšse 30 pages.  Continuer la lecture de « Les incidents de la nuit, T2 »

Les incidents de la nuit, T1

lesincidentsdelanuit1


Titre : Les incidents de la nuit, T1
Scénariste : David B.
Dessinateur : David B.
Parution : Janvier 1999


« Les incidents de la nuit » est une revue bonapartiste qui paraissait au 19Ăšme siĂšcle. Recueil d’histoires fantastiques basĂ© sur des faits divers de l’époque, David B. tombe dessus au hasard dans une librairie. Tombant sur les numĂ©ros 2, 3 et
 112, il dĂ©cide de partir Ă  la recherche du numĂ©ro fondateur. Dans cet ouvrage, intitulĂ© Ă©galement « Les incidents de la nuit », David B. se met en scĂšne dans une histoire fantastique. C’est publiĂ© Ă  L’Association dans la collection « Mimolette », ce qui signifie qu’il n’y a que trente pages.  Continuer la lecture de « Les incidents de la nuit, T1 »

Réalités obliques

RealitesObliques


Titre : Réalités obliques
Scénariste : Clarke
Dessinateur : Clarke
Parution : Octobre 2015


Je n’ai jamais rien lu de Clarke. Et pourtant, il est le dessinateur de la bien connue « MĂ©lusine ». C’est ainsi un changement de style radical que le dessinateur effectue en proposant « RĂ©alitĂ©s obliques », un one-shot en noir et blanc dĂ©rangeant, oĂč fantastique et onirisme se cĂŽtoient. Paru au Lombard, l’ouvrage titille les 160 pages.

Clarke nous propose plus d’une vingtaine de petites histoires de 4 pages carrĂ©es, chaque page contenant elle-mĂȘme quatre cases carrĂ©es. Chaque scĂšne possĂšde une composante plus ou moins fantastique (on est souvent dans l’idĂ©e du cauchemar, Ă  la frontiĂšre du rĂ©el). Le tout se veut dĂ©rangeant et c’est plutĂŽt rĂ©ussi. Difficile de ne pas faire le rapprochement avec la dĂ©marche de Franquin et de ses « IdĂ©es noires ». MĂȘme si le contenu reste diffĂ©rent, on reste sur un auteur qui change de style vers des histoires plus glauques et avec un noir et blanc poussĂ©s dans ses retranchements.

4 pages carrées par histoire. 4 cases carrées par planche.

Si toutes les histoires sont loin d’atteindre le mĂȘme niveau, la qualitĂ© est de mise. Clarke maĂźtrise son rythme de 16 cases pour faire monter la tension et aboutir sur une derniĂšre case qui, souvent, donne le sens au reste. En cela, les histoires de Clarke ne coulent pas toujours de source et nous surprennent. Une lecture trop rapide ou en diagonal amĂšne parfois l’incomprĂ©hension. Tout est pesĂ©, tant dans les textes que dans le dessin. Et le rĂ©sultat est rĂ©ussi : on est mal Ă  l’aise face Ă  ces histoires qui touchent Ă  nos phobies les plus primitives.

Concernant le dessin, difficile de ne pas penser au « Sin City » de Frank Miller. Il semble que ce soit l’influence majeure de Clarke sur cet album. MalgrĂ© tout, les cadrages, les clairs-obscurs forcent le respect et on sent un auteur en pleine possession de son art. Surtout que beaucoup de scĂšnes possĂšdent peu d’action, le dessinateur change les points et angles de vue intelligemment.

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« RĂ©alitĂ©s obliques » est une Ɠuvre qui permet Ă  Clarke de prĂ©senter une autre palette de son talent. Si on pense beaucoup Ă  Franquin et Miller pendant la lecture, difficile de ne pas adhĂ©rer Ă  l’ouvrage, dont l’ambition initiale est atteinte. Un beau livre, simplement.

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note4

De profundis

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Titre : De Profundis
Scénariste : Chanouga
Dessinateur : Chanouga
Parution : Avril 2011


« Quelque part entre Ceylan et BornĂ©o, des pĂȘcheurs racontent avoir autrefois ramenĂ© dans leurs filets un drĂŽle de naufragĂ©, une Ă©trange crĂ©ature chassĂ© du pays des sirĂšnes ». VoilĂ  ce que l’on peut lire en quatriĂšme de couverture de « De profundis », premiĂšre bande-dessinĂ©e scĂ©narisĂ©e et dessinĂ©e par Chanouga. Sous-titrĂ© « l’étrange voyage de Jonathan Melville », elle raconte l’histoire incroyable de ce marin.

Jonathan Melville est marin. Alors qu’il navigue sur une mer paisible, un typhon gigantesque et imprĂ©visible fait son apparition. Pris en pleine tempĂȘte, il va passer par-dessus bord et se retrouver sur une Ăźle non-rĂ©pertoriĂ©, sauvĂ© par deux jeunes filles Ă  l’air faussement innocent.

deprofundis2Ce roman graphique d’une centaine de pages est construit selon un procĂ©dĂ© de narration bien connu : Jonathan Ă©crit une lettre Ă  sa belle dans laquelle il raconte ses pĂ©ripĂ©ties. Le tout est donc articulĂ© autour de flashbacks, bien que la chronologie reste respectĂ©e dans l’ensemble. On n’a aucun problĂšme Ă  suivre les Ă©vĂšnements.

Une fable noire, Ă  l’onirisme perpĂ©tuel.

« De profundis » est avant tout une fable bien noire. Son onirisme perpĂ©tuel nous plonge dans une ambiance sombre et malsaine. A force de douter du rĂ©el en permanence, on finit par se demander si, finalement, le rĂȘve n’est pas complĂštement absent de ce rĂ©cit fantastique. Ainsi, cet ouvrage tient avant tout par son ambiance particuliĂšre, qui la renvoie aux contes les plus glauques de notre enfance. Une forme de retour aux sources en quelque sorte.

deprofundis4L’omniprĂ©sence de la narration donne un aspect trĂšs littĂ©raire Ă  cette bande-dessinĂ©e. Chanouga possĂšde une belle plume, ce qui renforce l’impression que le personnage nous Ă©crit sa lettre. Un peu comme si nous avions trouvĂ© une bouteille lancĂ©e Ă  la mer et que nous dĂ©couvrions son contenu. Nous nous retrouvons dans la peau de sa femme, rĂ©alisant ce qui est arrivĂ© Ă  son mari.

En marge des textes, la contemplation est trĂšs prĂ©sente. Les dialogues restent limitĂ©s et l’observation des paysages et des personnages se taille une part importante du gĂąteau. L’équilibre entre action, dialogues, narration et contemplation est vraiment bien dosĂ©, et ce sur les 100 pages. Le rythme de l’ouvrage s’en retrouve trĂšs bien Ă©quilibrĂ©.

Difficile de passer Ă  cĂŽtĂ© du travail graphique de « De Profundis ». C’est simplement magnifique. L’auteur garde son crayonnĂ©, sans l’encrer. Cela donne un aspect « dessin » Ă  l’ensemble, d’une grande richesse. Les couleurs sont splendides et s’accordent parfaitement Ă  cette technique. D’ailleurs,deprofundis3 la couleur participe grandement aux ambiances du livre, changeant souvent de tonalitĂ© selon les scĂšnes. Les paysages sont parfois de vĂ©ritables tableaux.

Les personnages ne sont pas en reste. Outre les deux « sirĂšnes », aux airs faussement innocents (et terriblement sensuel !), la petite sirĂšne est parfaitement rĂ©ussie Ă©galement. Sans en rĂ©vĂ©ler trop sur l’histoire, le travail sur les personnages par Chanouga se rĂ©vĂšle trĂšs subtil. Une seule particularitĂ©, dessinĂ©e sans excĂšs, entraĂźne un malaise immĂ©diat. Un peu comme si le lecteur s’apercevait d’une anomalie comme le personnage, se demandant s’il a bien vu ce qu’il a cru voir.

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Pour une premiĂšre bande-dessinĂ©e, « De Profundis » est un coup de maĂźtre ! Ambiance glauque, suspense haletant, narration de haute volĂ©e, dessin splendide et personnel
 Ce roman graphique est un bijou plein de poĂ©sie. Certes, cela ne plaira pas Ă  tout le monde tant l’ambiance est particuliĂšre, mais cette fable marine mĂ©rite le coup d’Ɠil. Et plutĂŽt deux fois qu’une !

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note5

Vitesse Moderne – Blutch

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Titre : Vitesse Moderne
Scénariste : Blutch
Dessinateur : Blutch
Parution : Octobre 2008


 « Vitesse moderne » est un one-shot de 80 pages dessinĂ© et scĂ©narisĂ© par Blutch. J’ai dĂ©couvert cet auteur par « Le Petit Christian » tout d’abord, puis par « Peplum ». « Vitesse moderne » marque avant tout par sa couleur omniprĂ©sente qui rend l’ouvrage beaucoup moins noir que « Peplum », du moins au premier abord.

Quand Lola sort de son cours de danse, elle est abordĂ©e par RenĂ©e, qui se dit Ă©crivain. Cette derniĂšre lui propose de la suivre et d’écrire sur sa vie. En effet, RenĂ©e est fascinĂ©e par Lola qu’elle observe danser par la fenĂȘtre de son appartement. On devine tout de suite que cette relation va vite poser des soucis, car les deux jeunes femmes ne se connaissent pas.

Une plongĂ©e dans les angoisses et les fantasmes de l’ĂȘtre humain moderne.

Alors que l’on croit lire une bande-dessinĂ©e tout Ă  fait classique, l’ensemble est finalement onirique (voire mĂȘme plutĂŽt cauchemardesque). C’est une plongĂ©e dans les angoisses et les fantasmes de l’ĂȘtre humain moderne. L’homme est d’ailleurs source d’angoisse permanent pour Lola, que ce soit son voisin amoureux ou son pĂšre version vieux pervers. Lola semble ĂȘtre une bĂȘte traquĂ©e en permanence, essayant de donner de la consistance et de la rĂ©alitĂ© Ă  ce qui n’est finalement qu’un rĂȘve. En cela, l’ouvrage a un cĂŽtĂ© kafkaĂŻen, Lola semblant ĂȘtre piĂ©gĂ© dans un monde apparemment logique qu’elle ne comprend pas.

Blutch prend un malin plaisir Ă  nous dĂ©router dans cet ouvrage. On ne sait jamais trop oĂč l’on est. L’histoire devient rĂ©elle, puis bascule dans une forme de cauchemar par moments, redevient plus rĂ©aliste
 De nombreuses incohĂ©rences temporelles et spatiales s’accumulent, parfois mĂȘme expliquĂ©es (le pĂšre a une garçonniĂšre en face de l’appartement de RenĂ©e par exemple). Tout cela dĂ©route le lecteur sans jamais le perdre pour autant. En cela, Blutch manie son rĂ©cit avec maestria. A aucun moment, on ne perd le fil et les incohĂ©rences inhĂ©rentes au rĂȘve sont traitĂ©es sans excĂšs.

Au niveau du dessin, Blutch manie un trait tout en hachures. Cependant, l’emploi de couleurs a tendance Ă  rendre son dessin moins expressif et fort que dans le passĂ©. Cela le rend par contre beaucoup plus accessible Ă  mon sens. En revanche, la couleur est maniĂ©e avec talent et participe fortement Ă  l’ambiance particuliĂšre de ce « Vitesse moderne » (notamment la robe rouge de Lola qui dĂ©note avec l’ensemble dans nombre de pages).

Une attention toute particuliĂšre a Ă©tĂ© apportĂ©e au dessin des corps. C’est d’autant plus flagrant lorsque l’on voit danser Lola dans les premiĂšres pages. Ils sont remarquablement bien rendus. De mĂȘme, Lola a une expression sans cesse apeurĂ©e qui participe Ă  l’ambiance du livre.

Au final ce « Vitesse Moderne » est une bande-dessinĂ©e des plus rĂ©ussie. Le trait assurĂ© de Blutch transporte le lecteur dans une histoire torturĂ©e et intrigante, mais toujours passionnante. L’utilisation de la couleur est pertinente et renforce la sensualitĂ© du propos, entre angoisse et fantasmes. A lire.

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Note : 18/20