La gigantesque barbe du mal


Titre : La gigantesque barbe du mal
Scénariste : Stephen Collins
Dessinateur : Stephen Collins
Parution : Novembre 2014


« La gigantesque barbe du mal » est aussi un gigantesque bouquin. Grand et épais, il se montre d’emblée comme une œuvre imposante. Stephen Collins nous propose un conte tragi-comique sur une personne dont la barbe ne cesse de se développer… Au point de mettre en danger la société ! Un ouvrage publié chez Cambourakis.

Un conte sur une utopie pas si utopique.

Dave vit sur l’île d’Ici. Cette île est parfaite, rien ne dépasse, tout est bien aligné… Les habitants vivent en harmonie avec la seule peur du Là, le chaos derrière la mer. Dave vit donc sa vie sans se poser de questions, imberbe et chauve et n’ayant qu’un seul poil à la moustache. Mais voilà qu’un jour tout dérape : sa barbe se met à pousser à une vitesse prodigieuse.

« La gigantesque barbe du mal » fait partie de ces ouvrages sous forme de fable qui traite de nos sociétés. En choisissant une société policée et lisse, la barbe devient un facteur terroriste. Dave, impuissant, se voit devenir le centre des attentions. Comme souvent, la sédition passe par l’originalité. Pour cela, rien de bien neuf sous les tropiques, bien que le thème de la barbe soit original.

La narration se fait essentiellement sous forme de narration. Parfois trop lente, avec des phrases découpées par cases, elle amène cependant un rythme pesant et particulier qui fait la personnalité de l’ouvrage. C’est avant tout une atmosphère qui est mis en avant. Car finalement on saura peu de choses de Dave. Même ses ressentis sont finalement assez lointains. Et l’île d’Ici, trop « parfaite », n’a pas assez de subtilité pour permettre une véritable analyse. C’est donc une satire assez classique qui nous est proposé. On pense aux Cités Obscures (« La fièvre d’Urbicande » notamment), mais sans la richesse d’analyse de Peeters et Schuiten. À la place, Stephen Collins propose un second degré très british.

Si le scénario en soit fait sourire plus que réfléchir, il est graphiquement mené avec beaucoup de talent. Stephen Collins propose un trait assez froid et distant, qui trouve son caractère (et un peu de chaleur) dans les gris qu’il utilise. Sa mise en page est variée et très riche. Voilà un auteur qui utilise pleinement les codes de la bande-dessinée. C’est ambitieux et créatif. En cela, la lecture vaut le détour.

« La gigantesque barbe du mal » ne m’a passionné plus que ça. Le thème de l’utopie pas si utopique que ça bousculé par un événement imprévu n’est si original. Cependant, il y a une ambiance dans cet ouvrage par sa narration et son graphisme qui font son charme.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *