Un printemps à Tchernobyl


Titre : Un printemps à Tchernobyl
Scénariste : Emmanuel Lepage
Dessinateur : Emmanuel Lepage
Parution : Octobre 2012


Tchernobyl fut un traumatisme pour le monde entier. Alors que l’accident est en passe d’être remplacé par Fukushima par les nouvelles générations, il est plus que nécessaire de rappeler cette catastrophe et d’en étudier les impacts à moyen terme. Basée sur une démarche artistique et militante, un groupe d’artistes partent pour plusieurs semaines près de la zone afin de témoigner sur le présent (et forcément le passé) des gens qui vivent autour. Emmanuel Lepage est l’un d’eux. Le dessinateur a ressorti de cette expérience un pavé de 160 pages. Le tout est publié chez Futuropolis.

Beaucoup de sensibilité

Si le documentaire se développe en bande-dessinée, on y trouve un peu de tout. Ici, Emmanuel Lepage n’a aucune ambition en termes de militantisme ou de documentation. Il a lu quelques livres mais n’est pas particulièrement anti-nucléaire, dans le sens où il n’a presque rien fait pour combattre cette industrie. C’est avant tout l’ouvrage d’un artiste qu’on met dans un lieu si particulier. Du coup, sa description n’est pas du tout objective, mais pleinement subjective. Emmanuel Lepage ressent les choses et c’est tant mieux.

Ainsi, on sent l’artiste hésiter avant de partir. Les mots de la famille ne l’encouragent pas vraiment. Qui plus est, il souffre de son bras et n’arrive presque plus à dessiner. Pourquoi partir alors ?

Lepage met un accent fort sur l’accueil qu’ils reçoivent là-bas et sur les gens. C’est ce qui semble l’intéresser le plus fortement. Qui sont ces gens ? Pourquoi sont-ils restés ou revenus ? Comment vivent-ils la proximité de la Zone ? L’auteur intègre ces témoignages sans lourdeur tout en analysant subtilement le tout. Ainsi, aller dans la zone est devenu une sorte de rite de passage à l’âge adulte !

Parallèlement aux scènes de groupe, emplies d’alcool, Emmanuel Lepage part dessiner régulièrement près ou dans la zone. Là, on sent le stress, le compteur Geiger qui sonne… Et la sensibilité d’artiste d’Emmanuel Lepage qui s’exprime.

Cependant, la partie « sensible » de cet ouvrage met un peu de côté les réalités et l’approche objective. Du coup, en fermant le livre, je me suis senti un peu frustré. J’aurais aimé avoir plus d’informations tangibles sur le traitement des victimes ou sur la gestion de la zone par exemple. Mais finalement, n’est-ce pas là le but ? Éveiller des consciences ?

Concernant le dessin, c’est simplement splendide. Je manque de mots pour décrire la maestria des illustrations. La mise en page est intelligente et variée. Il n’y a rien à redire. Avec un bras fatigué, Emmanuel Lepage a décidé d’utiliser des lavis et des fusains pour le soulager. Du coup, l’ensemble est charbonneux, ce qui est parfaitement adapté à l’ouvrage. Quant aux couleurs, elles font de timides mais remarquées apparition.

J’ai simplement dévoré ce livre. S’il y aurait à redire sur l’aspect documentaire et sur le nombre de digressions façon « apéro », l’ensemble se tient. Emmanuel Lepage nous raconte ce qu’il a vécu là-bas, autant les petites choses du quotidien que les excursions dans la Zone. Un ouvrage instructif et plein de sensibilité.

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