Showman Killer, T2 : L’enfant d’or


Titre : Showman Killer, T2 : L’enfant d’or
Scénariste : Alexandro Jodorowsky
Dessinateur : Nicolas Fructus
Parution : Janvier 2012


« L’enfant d’or » est le deuxième tome de « Showman Killer ». Il est paru en janvier dernier aux éditions Delcourt dans la collection Neopolis. C’est le nom de son scénariste qui attire l’œil. En effet, Alejandro Jodorowsky est un monument du neuvième art. Faire une liste de toutes ses nombreuses séries à succès nécessiterait des dizaines de lignes. Je vous citerai « Avant l’Incal », « Bouncer », « La quête des Méta-Barons », « Les aventures d’Alef-Thau » ou encore « Le pape terrible ». Je suis loin d’avoir tout lu. Je suis même plutôt un inculte de son univers. Néanmoins, chacune de mes intrusions dans mon monde ne m’a pas laissé indifférent. Pour « Showman Killer », il s’associe au dessinateur Nicolas Fructus dont j’ai découvert le trait dans le premier opus de cette série. La couverture de ce second album nous présente un personnage assez inquiétant au visage cadavérique, au regard dur en train de se couvrir la tête d’une couronne massive et dorée.

Un héritier que l’on croyait mort…

Avant de nous plonger pleinement dans l’histoire, les auteurs nous offre un résumé du précédent tome que vous cite ici : « Mercenaire de l’espace, le Showman est un super-assassin né de l’imagination démoniaque d’un généticien. Dénué de toute émotion, formé à l’art des combats, il a été conçu pour tuer et seuls l’or et les joies propres à la mécanique de destruction lui procurent du plaisir. Pourtant, le destin de l’implacable Showman prend une nouvelle tournure quand il croise, lors d’une mission, la fascinante Ibis. Cette servante s’est enfuie du palais, emportant l’héritier du trône pour lui éviter une mort atroce. La reine a été assassinée par la superhiérophante, conseillère du roi, qui a fomenté le crime en compagnie de moines policiers qui se sont faits passer pour des opposants au trône. Poursuivie par les tueurs, Ibis confie l’enfant aux soins du Showman… Qui est donc cette femme qui a su faire naitre des sentiments dans le cœur de l’impitoyable mercenaire ? »

Vous l’aurez compris, cet album se déroule dans un univers de science-fiction. On se trouve plongée dans une société proche de beaucoup de séries déjà scénarisées par Jodorowsky. Les adeptes du genre auront plaisir à la retrouver. Pour les novices, aucun prérequis n’est nécessaire et partir à la découverte de ce monde en découvrant « Showman Killer » est possible sans aucun souci. Par contre, la lecture de ce second tome rend indispensable la connaissance de l’opus précédent. Il me parait en effet compliqué de découvrir cette histoire en sautant la première marche. L’univers de l’histoire cherche à se dissocier de notre monde en créant un grand nombre de mots de vocabulaires relativement complexes. Il s’agit d’une marque déposée de cet auteur. Cela ne dérange en rien la lecture et participe au côté très dépaysant l’espace dans lequel gravitent les personnages.

Le fil conducteur reste finalement assez classique. On a assisté à un coup d’état qui pour objectif de mettre en place une dictature à grande ampleur. Mais un grain de sable se glisse dans cette machiavélique mécanique avec l’existence d’un héritier que tout le monde croyait mort. Curieusement, ce jeune enfant est pris en charge par le pire des mercenaires qui voit ainsi s’éveiller en lui ce qui s’apparente à des émotions. La thématique est donc simple et la question est donc de savoir si les auteurs arrivent à offrir une narration prenante en partant de cette recette connue. Les auteurs y arrivent relativement bien. L’univers de l’histoire est suffisamment original pour qu’on prenne plaisir à s’y perdre. Que ce soient les planètes, les personnages, les règles sociétales, tout prête à un dépaysement certain. Concernant l’intrigue elle-même, les auteurs ne se perdent pas dans des digressions sentimentales ou philosophiques. La narration est factuelle est se compose d’une succession d’événements présentés de manière brute. Cela ne rend pas la lecture désagréable mais suffisamment surprenante comparativement à celle qui accompagne la majorité des albums. Cela correspond d’ailleurs parfaitement aux caractères des différents personnages qui semblent dénués de sentiments.

Les dessins accompagnent parfaitement ce choix scénaristique. Ils génèrent une atmosphère qui correspond parfaitement aux messages de l’histoire. Certains lecteurs pourront être gênés par la brutalité de certaines scènes. Certains combats sont particulièrement sanglants. De plus certains propos donnent lieu à une dureté qui peut faire naitre un sentiment de malaise. Malgré ces quelques remarques qui personnellement ont plutôt tendance à habiter ma lecture qu’à la gêner, j’ai trouvé les illustrations vraiment splendides. D’une part, le dessin est d’une précision artistique très poussée mais d’autre part, les couleurs sont très travaillées. J’ai rarement autant été conquis par leur qualité. Le travail apparait titanesque pour le non connaisseur que je suis mais il est loin d’être vain tant le résultat est splendide.

En conclusion, « L’enfant d’or » offre une suite très honnête au premier tome de la série. Je trouve l’univers de l’histoire assez intéressant et la trame bien que finalement assez simple et brutale m’a profondément intéressé. Le point fort de Jodorowsky est qu’il se fixe peu de limites. Les combats sont à une échelle rarement atteinte qui dépasse  la taille d’une simple planète. Certains seront désarçonnés par l’ampleur de la chose d’autres seront curieux de savoir jusqu’où tout cela va nous mener. « L’enfant d’or » est un ouvrage qui ne laisse pas indifférent. Je conçois aisément que certains décident de le refermer au bout de quelques pages. Le dessin, l’atmosphère ou le propos sont autant de raisons qui justifierait d’être perturbé par ce bouquin. Mais si vous faites passer cette appréhension, vous ne regretterez pas le voyage. Personnellement, il ne me reste plus qu’à attendre la parution du prochain opus. Mais cela est une autre aventure… 

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