Skandalon


Titre : Skandalon
Scénariste : Julie Maroh
Dessinatrice : Julie Maroh
Parution : Septembre 2013


Après le succès du « Bleu est une couleur chaude », puis celui du film adapté « La Vie d’Adèle », il n’était pas évident pour Julie Maroh, alors jeune auteure, de reprendre le crayon pour un nouvel ouvrage. Elle était évidemment attendu au tournant. N’ayant pas été séduit par son précédent ouvrage, j’y jetais un coup d’œil curieux, attentif au virage (ou non) que prendrait l’auteure après toute cette exposition médiatique. Comme un volte-face, « Skandalon » propose une couverture entièrement rouge, comme pour mieux tourner la page. Le succès et ses conséquences sont au cœur de cet ouvrage de 140 pages paru chez Glénat.

Une descente aux Enfers classique.

« Skandalon » est autocentré sur le personnage de Tazane, chanteur-guitariste d’un groupe de rock en pleine gloire. Nous suivons au fil des pages sa descente aux Enfers face aux excès : mégalomanie, sexe, alcool, drogue, groupies, etc. Rien de bien révolutionnaire : selon sa génération et ses goûts, le lecteur pensera à beaucoup d’artistes disparus (du club des 27 par exemple ?). Du coup, qu’apporte réellement « Skandalon » ?

Dans son scénario, « Skandalon » est cousu de fil blanc. Aucune surprise ne vient secouer le lecteur. Le personnage de Tazane étant purement antipathique, on reste émotionnellement spectateur de l’histoire. Il manque clairement d’éléments supplémentaires pour nous permettre de nous attacher au personnage. Bien sûr, on sent de loin les fissures, les ravages du succès, mais Tazane est trop hautain et dégueulasse pour nous émouvoir.

C’est plutôt dans le traitement graphique que l’intérêt réside. Julie Maroh s’oriente vers des influences picturales proches de la peinture. On sent Matisse derrière les dessins. L’utilisation des teintes rouges rappelle l’Enfer bien évidemment. Si son dessin garde un côté maladroit, cela passe beaucoup mieux que dans « Le bleu est une couleur chaude ». Il fait ici partie du style et possède un côté expressif et dynamique plutôt plaisant. Quelques passages oniriques (enfin, plutôt des trips de drogués) permettent à l’auteure de se faire plaisir. C’est l’occasion de produire quelques planches intéressantes formellement.

On regrettera que Julie Maroh se sente obligé d’ajouter quatre pages de texte en fin d’ouvrage pour expliquer… Quoi finalement ? Le titre de son ouvrage ? Derrière les mythes qu’elle décrit (on parle du Christ, du désir mimétique, de Satan, de Dyonisos…), que cherche l’auteure ? Une justification de son travail ? S’il faut citer Claude Lévi-Strauss pour se donner une contenance, où va la bande-dessinée ?

Si le scénario en lui-même n’a pas un grand intérêt (et la postface cherche à l’intellectualiser, preuve de sa faiblesse ?), « Skandalon » reste un ouvrage intéressant. Julie Maroh évolue, teste une autre voie et produit des pages intéressantes. Elle maîtrise sa narration, sa mise en scène et fait preuve de plus de maturité graphique. Voilà qui suffit pour me donner suffisamment envie pour lire ses prochains ouvrages.

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