Alexandrin ou l’art de faire des vers à pied


Titre : Alexandrin ou l’art de faire des vers à pied
Scénariste : Pascal Rabaté
Dessinateur : Alain Kokor
Parution : Août 2017


Un jour, un homme sonne chez Pascal Rabaté. Il fait du porte-à-porte pour vendre ses poèmes. De cette anecdote (qui constitue la première scène), l’auteur en fait un scénario qu’il confie à Alain Kokor, celle d’un poète itinérant, pauvre, cherchant à vivre par les mots. Ce one-shot est paru chez Futuropolis pour une petite centaine de pages. Continuer la lecture de « Alexandrin ou l’art de faire des vers à pied »

Un ver dans le fruit – Pascal Rabaté

Un_ver_dans_le_fruit


Titre : Un ver dans le fruit
Scénariste : Pascal Rabaté
Dessinateur : Pascal Rabaté
Parution : Avril 1997


Je n’ai jamais rien lu de Rabaté. Il était temps de m’y mettre. C’est pourquoi, de passage à la bibliothèque, j’ai embarqué « Un ver dans le fruit », paru en 1997 (près de 20 ans déjà !). Ce roman graphique de 150 pages se situe dans un petit village entouré de vignobles dans les années 60. Le tout est publié chez Vents d’Ouest.

Tout démarre par un conflit entre deux vignerons. Ce dernier tourne au drame lorsque l’un des deux meure dans l’explosion d’une cabane, du aux agents chimiques utilisés pour traiter la vigne. Quelques jours plus tard arrivent en ville le nouveau prêtre de la paroisse et l’inspecteur chargé de l’enquête. Contrairement à ce que la couverture de la réédition peut laisser penser (et qui met en avant l’inspecteur), c’est bien le curé qui a le rôle central ici (ce que la première couverture montrait explicitement). Ce jeune prêtre va essayer de comprendre cet univers viticole qui lui est inconnu tout en tentant de garder à distance son envahissante mère.

Sale ambiance au village

Un_ver_dans_le_fruit1Honnêtement, l’histoire ici présente peu de suspense. Même si le tout est présenté comme un polar, c’est bien de l’ambiance au village viticole qui est le nœud central de l’intrigue. Non-dits, vieilles histoires, ragots… Tout cela pollue et pourrit les relations du coin. Et lorsque l’on n’est pas du coin comme ce pauvre curé, il est bien difficile de s’y retrouver. Mais ce dernier, bien décidé à faire changer les choses, va mettre son nez là où il ne devrait pas.

L’ensemble se révèle des plus intéressants. La lecture se fait rapidement, Rabaté sachant aussi gérer le silence et les regards avec talent. A aucun moment on ne s’ennuie malgré la relative tranquillité de l’ensemble. Le jeune curé est attachant, car plein de bonne volonté. Et les personnages qui gravitent autour de lui sont marquants sans forcément être trop caricaturaux.

Le dessin de Rabaté donne beaucoup de force à l’ouvrage. Le tout est maîtrisé de bout en bout dans un noir et blanc splendide. Outre les trognes des personnages, la force des contrastes lui permet d’asseoir les ambiances avec brio. Pour mon premier contact avec Rabaté, j’ai été franchement ébloui.

Sans être particulièrement transcendant, « Un ver dans le fruit » est l’œuvre d’un auteur qui maîtrise son sujet, tant dans la narration que dans le graphisme. En prenant le point de vue du jeune curé, l’auteur nous met dans la peau de quelqu’un qui découvrirait un village entouré de vignes dans les années 60. Un village où il y aurait un ver dans le fruit.

avatar_belz_jol

Note : 14/20

Les petits ruisseaux – Pascal Rabaté

LesPetitsRuisseaux


Titre : Les petits ruisseaux
Scénariste : Pascal Rabaté
Dessinateur : Pascal Rabaté
Parution : Mai 2006


Peut-on encore profiter de la vie lorsque l’on est une personne âgée ? C’est la question que va se poser Émile à la mort de son meilleur ami et compagnon de pêche Edmond. Ce dernier, avant de passer l’arme à gauche, lui a montré une nouvelle facette : il aime peindre des nus et fait des rencontres par l’intermédiaire d’une agence matrimoniale. Car ce n’est pas parce qu’il est veuf qu’il doit cesser de vivre. Émile se pose alors la question de sa propre existence. Que veut-il faire des années qui lui restent ? Publié chez Futuropolis, le tout pèse près de cent pages.

LesPetitsRuisseaux1Le livre est assez justement sous-titré « Sex, drug and rock’n roll » ! C’est un sujet peu abordé qui est traité ici avec Rabaté. Si on retrouve le contexte du village de campagne avec ses parties de pêche et son bistrot (avec ses habitués hauts en couleur), c’est bien de l’âge dont il est question. Comment assumer le désir lorsque l’on est veuf sans avoir l’impression de trahir celle qui fut sa femme ? Comment assumer le désir lorsqu’on se sent vieux et usé ? C’est avec beaucoup de délicatesse et d’humour que Rabaté traite le sujet. Il trouve un ton juste et agréable, jamais sentimentaliste. Il évite l’écueil de se moquer également, ce qui est souvent l’angle choisi pour parler des personnes âgées.

Le droit de vivre et de profiter.

Le livre repose donc entièrement sur Émile. Dès les premières pages, Edmond lui apporte une révélation : il a encore le droit de vivre et de profiter. Mais le chemin à cette acceptation n’est pas si évident. Émile fera des rencontres qui lui permettront d’évoluer. Rabaté maîtrise parfaitement sa narration et tout découle naturellement, sans excès et avec les quelques surprises qui émaillent le tout. Mais cela reste cohérent et le sentiment d’empathie pour Émile fonctionne à plein régime.

Le dessin est très agréable. Rabaté adopte un style nerveux, mais plein de douceur. Pas d’aplats noirs, juste des hachures pour les ombres. Les couleurs sont douces et mettent parfaitement en valeur le trait. Ce choix de dessin et de colorisation est parfaitement adapté à l’ouvrage, qui en est d’autant plus délicat.

LesPetitsRuisseaux2

À la fois tendre, touchant et drôle, « Les petits ruisseaux » est une vraie réussite. Abordant un sujet souvent tabou, Rabaté s’en sort à merveille avec son personnage torturé par un désir qu’il avait oublié. Doté d’une galerie de personnages réussis, « Les petits ruisseaux » vous prend par tous les sentiments !

avatar_belz_jol

Note : 16/20