Titre :Â Poulet aux prunes
Scénariste : Marjane Satrapi
Dessinatrice :Â Marjane Satrapi
Parution :Â Octobre 2004
AprĂšs la lecture de PersĂ©polis, j’Ă©tais restĂ© un peu dubitatif. Si cette oeuvre possĂ©dait des qualitĂ©s indĂ©niables, je la trouvais un peu sur-cĂŽtĂ©e. Du coup, cela m’avait passĂ© l’envie de lire d’autres livres de Marjane Satrapi. Le temps passant, je dĂ©cidais de rĂ©viser mon jugement en lisant « Poulet aux prunes », son autre livre adaptĂ© (par lâauteure) sur le grand Ă©cran. Ce one-shot est paru dans la collection Ciboulette de lâAssociation.
TĂ©hĂ©ran, 1958. Nasser Ali cherche un tar. Son instrument a Ă©tĂ© cassĂ© et sans sa musique, il nâest plus rien. Mais malgrĂ© toutes ses tentatives, impossible de trouver un tar correct dans le pays, car il possĂ©dait le meilleur de tous. Incapable de jouer une quelconque mĂ©lodie, Nasser Ali perd sa raison de vivre et dĂ©cide de se laisser mourir.
Le portrait d’un homme dĂ©sespĂ©rĂ©
« Poulet au prunes » est construit sur une sĂ©rie de chapitres articulĂ©s sur les journĂ©es que Nasser Ali passe Ă attendre la mort. Des flashbacks viennent complĂ©ter lâensemble afin dâexpliquer la vie de cet homme et ce qui lâa amenĂ© aujourdâhui Ă de telles extrĂ©mitĂ©s. La narration est plaisante et facile Ă suivre. Les zones dâombres sâĂ©claircissent rĂ©guliĂšrement et tracent le portrait dâun homme. Comme pour « PersĂ©polis », Satrapi dĂ©crit quelque peu lâIran, mĂȘme si ici la personne de Nasser Ali reste centrale. MalgrĂ© tout, le livre fait de multiples digressions sur la famille de lâhomme. Parfois, on sâĂ©gare un peu, Satrapi sâinspirant avant tout une nouvelle fois de sa propre famille pour Ă©crire.
Beaucoup de lecteurs citent lâhumour comme force de Marjane Satrapi. Jâavoue ne pas y voir de quoi sourire. Câest avant tout la capacitĂ© de traiter de sujets graves sans pathos inutile et avec une sorte de lĂ©gĂšretĂ© qui fait la force de lâouvrage. Il y a beaucoup de sensibilitĂ© dans ce « Poulet aux prunes ».
Au niveau du dessin, je ne suis pas vraiment fan du trait de Marjane Strapi. Son noir et blanc pur est un peu inĂ©gal, capable de trĂšs belles choses et parfois un peu lĂ©ger. MalgrĂ© tout, cela suffit Ă faire passer les Ă©motions et câest tout ce qui compte !
Marjane Satrapi nous propose ici un conte triste et sensible, oĂč la lĂ©gĂšretĂ© de la narration attĂ©nue quelque peu le drame. On sâattache beaucoup Ă Nasser Ali et on le pleure comme la perte dâun vieil ami. Une belle histoire.
Note : 15/20