L’adoption, T3 : Wajdi


Titre : L’adoption, T3 : Wajdi
Scénariste : Zidrou
Dessinateur : Arno Monin
Parution : Septembre 2021


J’avais beaucoup apprĂ©ciĂ© « L’adoption Â», ce diptyque crĂ©Ă© par Zidrou et Arno Monin sur un grand-père qui se dĂ©couvrait une nouvelle petite-fille pĂ©ruvienne. Construit en deux tomes très diffĂ©rents, il avait su me sĂ©duire et m’émouvoir, portĂ© par le dessin doux de Monin. Ă€ ma grande surprise, je suis tombĂ© par hasard sur le deuxième tome d’un deuxième cycle. Nouvelle famille, nouvelle histoire en deux opus. C’est sans hĂ©siter que je suis passĂ© Ă  la caisse. Le premier ouvrage, intitulĂ© « Wajdi Â», est publiĂ© chez Bamboo pour 68 pages.

Nouveau cycle, nouveaux personnages et nouvelle problématique

Changement de famille, changement d’angle d’attaque pour ce nouveau cycle ! Le nouveau couple est un couple de sĂ©niors bourgeois ayant deux enfants adultes ou presque (la jeune fille Ă©tant au lycĂ©e). Les motivations de leur adoption manquent clairement de discernement : il y a l’envie d’aider, une raison humanitaire en quelque sorte, et celle, moins avouĂ©e, de remplacer un enfant dĂ©cĂ©dĂ©. Quant Ă  l’enfant, Wadji, c’est un garçon de 10 ans, yĂ©mĂ©nite, qui a fui la guerre et a perdu sa famille dans les combats.

Le paradigme de départ montre d’emblée les problèmes à venir. Wadji a enduré tant de souffrance qu’il est extrêmement méfiant. Toujours sur la défensive, il refuse que l’on le touche, d’enlever son manteau, etc. Le traitement de ce personnage qui ne parle presque pas et particulièrement réussi. Les auteurs ne font pas la fine bouche sur l’enfant et celui-ci se montre farouche, voire violent. Cela laisse sa nouvelle famille, d’un univers très privilégié, complètement démunie. Le traitement de ces derniers, dans ce premier tome, manque un peu de finesse et on n’est pas très loin de la caricature par moments (on pense à la sœur, complètement hors sol).

MalgrĂ© les rĂ©serves sur cette nouvelle galerie de personnages, il faut avouer que chacun a sa rĂ©action propre selon ses « attentes Â». Comme la couverture le montre, l’histoire se concentre sur la mère et l’enfant, mais la nouvelle sĹ“ur de Wadji a toute sa place dans le processus d’acceptation. Et comme pour le premier cycle, ce tome se termine sur un basculement, une cassure qui donne tout son sens au diptyque.

« L’adoption Â» doit beaucoup au dessin d’Arno Monin. D’abord, son trait est beau et doux, très agrĂ©able Ă  regarder. Mais surtout, il apporte par la subtilitĂ© de ses expressions et par les cadrages toute la nuance essentielle Ă  un sujet pareil. De plus, la mise en scène est toujours très intelligente, usant des cases muettes, des pages entières sans dialogue qui en disent d’autant plus. C’est vraiment un beau travail en termes de bande-dessinĂ©e, oĂą le langage du mĂ©dium est utilisĂ© au mieux pour les besoins de l’histoire. Il n’y a jamais d’esbroufe : tout sert le propos.

On ne va pas se mentir : ce deuxième cycle dĂ©marre un cran en-dessous du premier. Les personnages, primaires ou secondaires, sont moins fins et l’humour est moins prĂ©sent. Cependant, il aborde une rĂ©alitĂ© plus dure Ă©galement et s’intĂ©resse davantage Ă  l’enfant qu’à la famille. En cela, il complète bien la thĂ©matique de l’adoption.

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