Little Tulip

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Titre : Little Tulip
Scénariste : Jérôme Charyn
Dessinateur : François Boucq
Parution : Novembre 2014


 « Little Tulip », à sa sortie, a fait couler beaucoup d’encre. Le one-shot, réalisé par Charyn (au scénario) et Boucq (au dessin), était décrit comme puissant, noir et formidablement dessiné. Paru dans la collection « Signé » au Lombard, le livre pèse pas moins de 84 pages. C’est la troisième collaboration des deux auteurs.

Paul est américain. Alors qu’il n’est qu’un enfant, sa famille émigre à Moscou où ils vont subir de plein fouet la révolution soviétique. Condamnés pour espionnage, ils sont envoyés au goulag en Sibérie. Séparé de ses parents, Paul va tenter de survivre, s’aidant de son seul atout : son talent de dessinateur. Il va obtenir des protections des gangs locaux en tant que tatoueur attitré.

Viscéral et puissant.

LittleTulip2C’est une histoire implacable qui se développe ici. L’humanité dans ce quelle a de plus animale. Viols, meurtres, domination… Tout y passe. On découvre le quotidien du camp, là où les prisonniers s’organisent en clans pour survivre et se dominer les uns les autres.

Parallèlement à l’histoire du goulag, on suit Paul à une époque plus contemporaine. Ainsi, on sait qu’il a survécu dès le départ et qu’il est revenu aux Etats-Unis. Cette partie constitue une sorte de polar, Paul aidant les policiers pour dessiner des portraits robots. Moins prenante que celle du goulag, elle reprend les thèmes du tatouage et de la vengeance.

Cet univers ultra-violent est soutenu par le dessin puissant de Boucq. Habitué à ces genres de thèmes (on pense à « Bouncer » par exemple), il a un véritable talent pour montrer l’être humain dans sa déchéance. Les corps sont particulièrement à l’honneur ici et son trait dynamique et rugueux marche à merveille. Il est heureux que Boucq sache si bien choisir ses scénaristes !

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« Little Tulip » est un ouvrage puissant et viscéral qui ne fait jamais dans la demi-mesure. Dans ce livre, tout acte se fait dans le sang et l’épilogue ne peut être que vengeance. Un bel ouvrage de bande-dessinée, avec un dessin au diapason de son scénario.

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La guerre des Sambre, Maxime & Constance, T1 : Automne 1775, la fiancée de ses nuits blanches – Yslaire & Marc-Antoine Boidin

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Titre : La guerre des Sambre, Maxime & Constance, T1 : Automne 1775, la fiancée de ses nuits blanches
Scénariste : Yslaire
Dessinateur : Marc-Antoine Boidin
Parution : Septembre 2014


« Sambre » est une œuvre majeure des trente dernières années dans le neuvième art. L’œuvre d’Yslaire est assez unique dans son genre. Tant sur le plan graphique que scénaristique, elle possède une identité forte qui a su aisément me conquérir. La naissance de la saga date de 1986. Depuis, Yslaire a offert à sa trame principale des appendices qui nous éclairaient sur le passé de cette famille maudite. Ces développements narratifs prennent la forme de trilogie centrée sur une époque et un couple d’ancêtres de Bernard et Julie. « Hugo & Iris » et « Werner & Charlotte » étaient les premières à naître. « Maxime & Constance » est la dernière en date.

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C’est le premier tome de cette nouvelle histoire que ma critique traite aujourd’hui. Il s’intitule « Automne 1775 ». Malgré son insertion dans une toile scénaristique dense, cet album peut se lire sans nécessairement posséder de gros prérequis de l’univers de « Sambre ». Néanmoins, en maîtriser les arcanes permet de saisir certains moments ou certaines informations avec un angle de vue plus riche.

Une famille vouée à ne connaître que le malheur.

Les Sambre sont une famille vouée à ne connaître que le malheur. En effet, tous les membres dont j’ai eu jusqu’alors découvert les vies n’ont connu que souffrance, douleur et déchéance. Cet album ne déroge pas à la règle en offrant une introduction des plus intenses. Les révélations faites à Charlotte ne peuvent laisser personne indemnes. Le moins qu’on puisse dire est que c’est une armée de cadavres qui emplissent les armoires du passé familial.

Il est intéressant de se plonger dans une histoire qui a de grandes chances de mal se terminer. En effet, il est rare d’être résigné à une issue fatale dès la découverte des premières pages. En tant que lecteur, j’ai accepté que la malédiction qui domine cette famille soit telle que garder espoir est sans intérêt. Malgré cela, je reste curieux de rencontrer ces nouveaux jeunes membres de la saga. Maxime-Augustin est le personnage central de cette nouvelle trilogie. Nous le découvrons enfant puis le voyons grandir jusqu’à devenir un jeune adulte.

Son quotidien est rude. Les moments de bonheur sont rares et sont perçus par le lecteur comme des respirations entre deux scènes plus difficiles. Les auteurs arrivent à générer le malaise avec finesse et offre ainsi une lecture qui ne laisse pas indifférent. Les épreuves subies par le personnage principal devraient faire naître une empathie naturelle à son égard. Ce n’est pas totalement le cas tant Maxime-Augustin inquiète plus qu’il ne touche. Son développement personnel en fait quelqu’un de trouble. Sur ce point, le travail d’écriture est remarquable.

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Le bémol réside davantage dans la trame générale. Ce premier acte se contente d’être une introduction à la suite des événements. Au final, il se passe peu de choses. La narration avance à un rythme de sénateur. Certaines transitions auraient pu être traitées de manière plus courtes et densifier ainsi le propos. Une fois la lecture terminée, j’ai eu le sentiment que l’intrigue allait enfin pouvoir démarrer réellement. Je ne dis pas que cet opus est creux. C’est loin d’être le cas. Mais je pense que le fil narratif aurait pu se dérouler un petit peu plus rapidement.

Une des richesses de cette grande saga est son immersion dans l’Histoire. Le travail de reconstitution apparait sérieux. Les auteurs n’hésitent pas à intégrer de grands moments historiques dans le quotidien de ses personnages. Cette présence est moins forte dans cette trilogie que dans la précédente. Ce n’est pas dû à une fainéantise du scénario mais plutôt au changement de statut social des Sambre. Malgré tout, l’atmosphère de cette fin du dix-huitième siècle transpire de chaque page et apporte un écot à la qualité de l’ensemble.

Tout cela est sublimé par le trait de Marc-Antoine Boidin. Il était déjà à l’œuvre dans la trilogie précédente et confirme ici son talent d’illustrateur. Que ce soit les dessins ou les couleurs, tout est splendide. Il arrive à respecter le style original d’Yslaire tout en y apportant sa touche personnelle. La couverture est réussie et dès la première page, le charme agit. Chapeau !

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Pour conclure, « Maxime & Constance – Automne 1775 » présente une mise en bouche agréable au palais même si la quantité apparait un petit peu légère. Néanmoins, ce premier acte m’incite à déguster la suite avec appétit et curiosité. Ce n’est pas si mal, me semble-t-il…

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Note : 13/20

Habibi – Craig Thomson

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Titre : Habibi
Scénariste : Craig Thomson
Dessinateur : Craig Thomson
Parution : Octobre 2011


Craig Thomson avait marqué les esprits avec la sortie de « Blankets », un récit autobiographique fleuve où il abordait entre autres son enfance et le fondamentalisme religieux. Changement d’ambiance ici avec « Habibi » sorti en 2011. C’est toujours aussi long (plus de 600 pages), mais c’est une fiction se passant dans un pays imaginaire tiré des mille et une nuits à une époque également indéterminée. Les références à la Bible laissent place au Coran. Le tout est publié chez Casterman dans la collection Écritures.

« Habibi » est l’histoire d’un petit noir, Habibi (aussi appelé Zam) et de Dodola, une jeune femme arabe. Cette dernière recueille Zam alors qu’il est encore un petit garçon. Elle-même n’est même pas encore vraiment une jeune fille, bien qu’elle ait été mariée. Elle est surtout une esclave en fuite. « Habibi » raconte donc leur destinées, sous forme d’une grande fable où le pire leur arrive mais où l’Amour finit toujours par triompher.

Deux personnages au lien unique.

Habibi3L’intérêt du livre est basé sur une relation très particulière qui unit les deux êtres. Dodola est à la fois une mère, une grande sœur, une amie… Puis, elle devient une source d’excitation pour Zam qui a bien du mal à supporter ses coupables pensées. La dureté de l’histoire (prostitution, viol, mutilation et j’en passe) donne de la force au propos, sur tout qu’il n’y a rien de vraiment gratuit dans la violence, tout sert l’histoire. Le tout s’englobe dans un milieu où le désert est roi et où l’eau vaut de l’or.

A côté de tout ça, Craig Thomson ajoute des passages sur le Coran, les carrés magiques, l’écriture arabe… Ces passages servent à faire des parallèles entre l’histoire des protagonistes et les légendes du Coran et de l’Ancien Testament. Cela donne un aspect onirique à l’ouvrage, mais pour ma part cela m’a profondément gêné. Cela coupe régulièrement la lecture et la narration et on finit par les lire en diagonales pour revenir à l’histoire. L’auteur veut montrer qu’il connaît la culture musulmane visiblement, mais à vouloir être érudit, on en devient pompeux. Surtout que ces pages sont des prétextes à une surenchère graphique (souvent magnifique) qui ne sert guère la narration. Et comme on est devant un pavé de plusieurs centaines de pages, on aurait apprécié quelques coupes.

Concernant le graphisme, c’est simplement splendide. Le trait au pinceau est une merveille et la narration est maîtrisée au plus haut point. Certaines planches sont classiques, d’autres beaucoup plus dynamique. Craig Thomson a l’intelligence de ne pas surcharger en permanence mais avec parcimonie, rendant les passages les plus forts d’autant plus impressionnants. Une vraie révélation graphique, dans un noir et blanc des plus remarquables.

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« Habibi » est clairement un ouvrage à lire. Puissant par son texte, doté de personnages attachants aux liens si particuliers et parfaitement maîtrisé graphiquement, il vous captivera à coup sûr. Il est dommage que les passages oniriques et les nombreuses digressions n’alourdissent l’ensemble déjà bien fourni en pagination.

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Note : 16/20