Le voyage de Marcel Grob


Titre : Le voyage de Marcel Grob
Scénariste : Philippe Collin & Sébastien Goethals
Dessinateur : Sébastien Goethals
Parution : Octobre 2018


« Le voyage de Marcel Grob » est une fiction documentaire. Ornée d’un épais dossier de 11 pages en fin d’ouvrage, il est avant fait pour témoigner de l’expérience qu’ont vécu certains français (notamment alsaciens), enrôlés de force dans l’armée allemande, côté SS. Marcel Grob est un malgré lui. La couverture, très réussie, le montre détournant le regard dans un régiment parfaitement aligné. Mais son regard ne montre pas de la défiance. Il semble perdu. L’ouvrage nous est proposé par Futuropolis pour un épais pavé de près de 180 pages.

Fiction ? Documentaire ? L’ouvrage hésite.

À 83 ans, Marcel Grob est rattrapé par son passé. Un juge l’accuse d’être un SS. Mais le vieil homme se présente comme un « malgré lui », quelqu’un qui n’a pas eu le choix. Sauf qu’à l’époque, pour être SS, il fallait être volontaire. Où est la vérité ? Alors Marcel raconte, dans les détails, son histoire.

L’ouvrage raconte l’histoire de ce jeune homme, enrôlé à dix-sept ans seulement, alors que les alliés ont déjà débarqué en Normandie. Cela ne l’empêchera pas de participer à des atrocités. Afin d’enrichir leur récit, les auteurs nous font partager le destin de trois jeunes français enrôlés ensemble. L’un est presque convaincu par le nazisme, par pur anticommunisme. Les autres acceptent avant tout par peur des représailles sur eux et leurs familles. Marcel Grob résume plutôt bien la situation « je voulais seulement survivre à la guerre ».

La force du livre, au-delà de la description de certaines atrocités perpétrées par les SS, est de nous questionner sur le « qu’aurais-je fait à sa place ? » À seulement dix-sept ans, Marcel n’est pas un résistant. Il serait resté chez lui à la ferme pour continuer à aider ses parents. Il se laisse enrôler. Puis il a peur de déserter. Le livre montre bien comment ces hommes se retrouvent coincés. La guerre va être perdue, ils sont côté allemand, ils sont SS, ils sont foutus. Ils savent que s’ils désertent et qu’ils sont capturés par les alliés, ils seront exécutés. Cette sorte d’impasse qui s’est construite sur eux est bien décrite et casse le premier sentiment naturel : « il a laissé faire ».

La narration se fait donc en deux temps : une où l’on voit Marcel raconter au juge son histoire et des flashbacks de la guerre, le tout dans des styles graphiques différents. Finalement, le fameux voyage de Grob est raconté de façon chronologique et plutôt classique. L’artifice du tribunal soixante ans plus tard se révèle un peu lourd. L’histoire en elle-même aurait certainement suffi, puisqu’un fois le récit lancé, il n’est que rarement interrompu.

Au niveau du dessin, les parties contemporaines se révèlent un peu froides, alors que la partie seconde guerre mondiale est bien plus belle. La bichromie en lavis se révèle parfaitement adaptée et dynamique. Les scènes de guerre sont dynamiques, les expressions des personnages plus vraies que nature… C’est du beau travail.

« Le voyage de Marcel Grob » possède quelques lourdeurs de par son didactisme. Il fait partie des ouvrages actuels qui, en voulant trop décrire un événement, alourdissent l’ensemble. Avec des personnages réussis, une histoire prenante et des événements aussi durs et particuliers, le simple récit du voyage aurait suffi amplement. Les procédés narratifs se révèlent finalement inutiles, tout comme les dossiers de fin d’ouvrage qui m’énervent au plus haut point. Fiction ? Documentaire ? Biographie ? Le livre hésite et c’est dommage.

2 réflexions sur « Le voyage de Marcel Grob »

  1. Cet ouvrage comporte trop d’erreurs grossières pour être pris au sérieux. D’ailleurs, ça commence par les paroles inappropriées qui sortent de la bouche des protagonistes alsaciens. A cette époque, en Alsace, les jeunes gens enrôlés de force ne parlaient pas cette sorte d »argot » bas de gamme des années 2000, choisi par l’auteur de la BD… Quelle grave erreur ! Et quand un texte est si peu crédible, on cherche les erreurs, or elles sont faciles à déceler…
    Il y a eu tellement d’ouvrages sérieux et passionnants sur la question des « Malgré-nous » que cette BD est le livre inutile par excellence.

  2. Moi j’adore les BD documentaires, très souvent excellentes (j’ai d’ailleurs une rubrique sur mon blog le dimanche pour la BD Docu). Ici j’ai eu du mal, notamment du fait de la surmédiatisation du scénariste « France inter ». Pas sur que l’album aurait été publié sans ce nom.

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