Jours de gloire – Fabcaro

JoursDeGloire


Titre : Jours de gloire
Scénariste : Fabcaro
Dessinateur : Fabcaro
Parution : Septembre 2013


Fabcaro est un auteur que j’adore. Son humour, absurde, est facilement reconnaissable et fait mouche à chaque fois. Quand je suis tombé sur « Jours de gloire », un recueil de strips parus chez Altercomics, je n’ai pas pu y résister. Et pourtant le prix de 13€ pour une cinquantaine de strips m’avait fait un peu tiquer. Mais quand on aime, on ne compte pas…

Le strip est une des spécialités de Fabcaro. Du moins le gag à chute absurde ! On le retrouve dans nombre de ses livres (« Z comme Don Diego », « On n’est pas là pour réussir », « Amour, Passion & CX Diesel », etc.). C’est également le cas ici. La différence, c’est qu’il n’y a pas réellement de contexte, alors que les précédents bouquins cités concernaient Zorro, les auteurs BD ou la parodie de série télé. Du coup, on perd beaucoup sans univers. Le redondance étant une des qualités de l’humour de Fabcaro, il perd ici de son efficacité. Son héros (ou plutôt antihéros) est trop impersonnel. Dommage.

Un recueil un peu léger.

Cependant, l’humour absurde de l’auteur, s’il vous parle, reste quand même au niveau. Les chutes font leur petit effet et savent nous surprendre. Notre héros est un imbécile dragueur qui ne cesse de gaffer. On sourit souvent mais le temps passe hélas vite et le livre est refermé alors que l’on en demande encore… Le format à l’italienne est parfaitement adapté à l’ouvrage, mais cela donne l’impression que cela sert à cacher la pauvreté du nombre de strips. Car en format en A4, il n’y aurait plus qu’une quinzaine de pages à lire. Et du coup, c’est le prix qui fait un peu tiquer.

Au niveau du dessin, Fabcaro adopte un trait simple et efficace, adapté au propos. Les pages sont parfois un peu vides car il n’y a pas de décor. Mais l’essentiel n’est pas là, c’est avant tout le propos qui prime.

Clairement, cet ouvrage est un peu bancal. Recueil de strips réalisés entre 2003 et 2010, on peut se demander se cela méritait un livre. Il ne faut pas s’y tromper : les strips sont drôles et réussis, mais la lecture est trop courte pour le prix proposé. Quant à Fabcaro, il nous a habitué à encore mieux lorsqu’il ajoute un contexte à ses strips : il sait alors exploiter l’univers pour bonifier l’ensemble. Une déception, même si le tout m’a donné le sourire du début à la fin.

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Note : 10/20

Jean-Louis et son Encyclopédie, T1 : Les Profs sont des Cons (sauf Jean-Louis) – Fabcaro

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Titre : Jean-Louis et son Encyclopédie, T1 : Les Profs sont des Cons (sauf Jean-Louis)
Scénariste : Fabcaro
Dessinateur : Fabcaro
Parution : Août 2009


Fabcaro est un auteur de bandes dessinées qui m’était inconnu jusqu’au passage récent du Père Noël dans mon foyer. En effet, j’ai eu le plaisir de découvrir un de ses ouvrages sous le sapin. Il s’agit de « Jean-Louis (et son encyclopédie) ». Edité chez Drugstore, cet album est composée d’un petit peu moins de cinquante pages. Il est vendu au prix de dix euros. Chaque page est composée de trois séries de trois cases.

L’album nous conte les aventures de Jean-Louis. Ce dernier est enseignant et la partie de sa vie qui nous est narrée est celle qui se déroule en salle des professeurs. La description faite sur la quatrième de couverture est la suivante : « Et voilà la sacro-sainte salle des profs où vous allez passer pas mal de temps… Je vous laisse faire connaissance avec vos collègues… Vous allez voir, ici c’est l’ambiance garantie… ».

Au-delà de son statut d’enseignant, on ne peut pas dire que Jean-Louis soit le parti idéal. En effet, en plus d’un physique peu avantageux, il a la particularité d’accumuler bon nombres de défauts. Il est entre autre égoïste, manipulateur, hypocrite et radin. J’en oublie sûrement. On peut résumer sa vie par : « Tout pour ma gueule ». Le problème est que la finesse n’est pas sa qualité principale et bien souvent la chute de l’histoire n’est pas à son avantage.

Le milieu enseignant n’est que l’univers de l’histoire.

Une des modes actuelles dans la bande dessinée est les séries construites autour du thème propre à un corps de métier : les profs, les pompiers, les CRS etc. Bien souvent, ses albums m’ont déçu. Ils sont souvent prévisibles et répétitifs. Bref, on est déçu en les découvrant et nos zygomatiques sont peu sollicitées. Le thématique de « Jean-Louis (et son encyclopédie) » pourrait appartenir à cette mouvance du fait du métier de son héros. Je vous rassure, ce n’est pas le cas. Car le thème de l’album n’est pas la salle des professeurs mais Jean-Louis et ses aventures dans la salle des professeurs. Le milieu enseignant n’est que l’univers de l’histoire. Son héros est bel et bien Jean-Louis. Bon nombre de gags ou de dialogues pourraient avoir lieu sur tous les lieux de travail. En ce sens, Jean-Louis touche tout le monde.

Comme je l’ai dit en introduction, chaque page est composée de trois séries de trois cases. Bien souvent, chaque série correspond à un gag. Le risque de ce genre de structure est d’alterner des chutes hilarantes avec des moments plus moyens. Ce n’est ici pas le cas. La qualité est au rendez-vous tout au long des quarante-huit pages. On rigole de Jean-Louis sans cesse. Son manque de savoir-vivre et sa maladresse ne cessent de solliciter nos zygomatiques. L’auteur arrive à créer des situations très originales. Il a de plus un talent pour les dialogues qui rend chaque situation très réussie.

Cet album se dévore. On a toujours hâte de découvrir le gag suivant tant notre cher Jean-Louis ne semble avoir aucune limite. De plus, une deuxième lecture n’est pas désagréable. On rit à nouveau de bon cœur et on savoure même davantage certaines phrases lues trop vite la première fois. Je pense que c’est un bouquin qu’on peut s’acheter tant chaque redécouverte fera rire une nouvelle fois son lecteur.

Il est temps maintenant de vous parler de la fameuse encyclopédie de Jean-Louis. En plus de toutes ses « qualités » précédemment citées, Jean-Louis est particulièrement fier de lui. Tellement fier qu’il s’est mis en tête d’écrire une encyclopédie et il fait en sorte, de manière toujours discrète, que ses collègues soient au courant. A priori, chacun de ses lecteurs a quelques réserves sur l’intérêt et le sérieux de l’ouvrage en question. On en découvre d’ailleurs de nombreux extraits dans l’album. On découvre donc les réponses de Jean-Louis à des questions telles que : comment naissent les proverbes, que signifie exactement « être rebelle », qu’est-ce que la philosophie, quelle est l’origine du naturisme etc. Bon nombre de réponses à ces questions fondamentales sont plutôt réussies et font rire à défaut de briller par leur pertinence historique ou scientifique.

Il me reste à vous parler des dessins. Comme dit précédemment, je découvre Fabcaro. J’ai été tout de suite séduit par son style. Dans cet album, on n’y voit que des personnages. Il n’y aucun décor derrière. Cela donne une atmosphère aérée qui nous concentre complètement sur les personnages et leurs dialogues. Car c’est ici que réside la richesse de cette lecture. Je trouve que les différents intervenants sont bien dessinées car en les regardant uniquement, on arrive à s’en faire une idée assez précise. Les couleurs sont simples est participe à l’atmosphère réussie de l’album.

En conclusion, je ne peux donc que vous conseiller de découvrir cet album et cet auteur. Il s’agit pour moi une surprise très agréable et je vais m’empresser découvrir rapidement le reste de la bibliographie de Fabcaro. J’espère rapidement pouvoir vous décrire une autre part de son univers car si elles sont toutes de cette qualité, c’est du bonheur en barre ! 

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Note : 17/20

Droit dans le mûr – Fabcaro

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Titre : Droit dans le mûr
Scénariste : Fabcaro
Dessinateur : Fabcaro
Parution : Décembre 2007


Après un premier ouvrage autobiographique qui mettait à nu ses névroses (« Le steak hâché de Damoclès »), Fabcaro remet le couvert avec « Droit dans le mûr ». Comme il le dit lui-même : « Faut être maso ». C’est donc reparti pour une série d’anecdotes pleine d’autodérision sur les problèmes relationnels de l’auteur. On retrouve notamment son incapacité à dire « non » et, de façon générale, à s’imposer.

Si certaines anecdotes ne font qu’une page (ce sont rarement les plus intéressantes), d’autres sont un poil plus longue, amenant souvent une réflexion plus large (l’achat de la maison, le mec au walkman, etc.). Evidemment, une chute nous attend toujours à la fin. Heureusement, la chute n’est pas le seul moment où l’ont ri. L’humour est omniprésent. Parfois absurde, parfois touchant, Fabcaro a un humour vraiment particulier, une vraie patte. Un bonheur pour les zygomatiques.

Un bilan de l’autobiographie et un bilan autobiographique.

Le début de l’ouvrage démarre sur le bilan de la première autobiographie. En effet, Fabcaro expose les problèmes liés à la publication d’un tel ouvrage… Evidemment, c’est passionnant et le fait que l’auteur n’assume absolument pas le contenu rend le tout encore plus intéressant. Ainsi, « Droit dans le mûr » et « Le steak hâché de Damoclès » fonctionnent clairement comme un diptyque. Assemblés, ils traitent plus ou moins des mêmes thèmes et donnent finalement plus de cohérence à l’ensemble.

Comme son nom l’indique, « Droit dans le mûr » s’attarde sur le vieillissement de l’auteur. Ce dernier, la trentaine passée, doit laisser certaines de ses anciennes convictions au passé. Ainsi, rien ne s’arrange vraiment quand on vieillit (alors qu’il était persuadé du contraire !) et on finit par faire des choses terribles comme devenir propriétaire (ce passage est d’une justesse incroyable) alors qu’on rejetait le concept de propriété à 20 ans. Fabcaro n’hésite d’ailleurs pas à se représenter en conversation avec son alter-ego plus jeune. Si le procédé n’est pas nouveau, il est ici utilisé avec parcimonie, énormément d’humour et se révèle finalement touchant. On a tous en nous quelque chose de Fabcaro.

Le dessin est toujours efficace avec un noir et blanc élégant et maîtrisé. Les expressions des personnages, très travaillées et marquées, renforcent l’humour des situations. Le tout est souvent articulé en planches composées de trois bandes horizontales, apportant de la cohérence à l’ensemble (et un peu de rigidité, il est vrai).

Après un « Steak hâché de Damoclès » réussi, « Droit dans le mûr » est clairement un cran au-dessus de part une certaine cohérence et une patte de l’auteur plus affirmée. Les deux ouvrages tirent un portrait hilarant de Fabcaro, plein d’autodérision. Indispensable pour tous les fans de l’auteur !

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Note : 16/20

Le steak haché de Damoclès – Fabcaro

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Titre : Le steak haché de Damoclès
Scénariste : Fabcaro
Dessinateur : Fabcaro
Parution : Juillet 2005


Faut-il être névrosé pour être auteur de bande-dessinée ? En lisant les différentes autobiographies, on peut se le demander… Ainsi, Fabcaro démarre « Le steak haché de Damoclès » sur ces mots : « une bande-dessinée sur mes problèmes de communication ? J’ai aucune envie d’étaler mes névroses… ». L’auteur rentre ici dans un travail d’introspection. Et qui dit introspection, dit forcément anecdotes… Histoire de justifier ses dires.

Le titre de l’ouvrage vient justement de la première anecdote où Fabcaro, encore enfant, doit aller acheter une baguette de pain. Il reviendra avec un steak haché… De là démarre ses problèmes de communication. Ceux-ci sont avant tout l’incapacité à se concentrer sur ce que racontent les autres et son impossibilité à dire « non ». De ces handicaps en résultent nombre de quiproquos avec un peu tout le monde.

Comment s’assumer comme auteur de bande-dessinée ?

Cependant, rapidement les anecdotes de l’auteur font apparaître d’autres problèmes récurrents dont la difficulté à assumer son statut d’auteur de bande-dessinée (il faut avouer qu’il n’est pas aidé !). Ainsi, dès que la situation financière devient difficile, le spectre du « concours de prof » ressort. Ayant des enfants, Fabcaro ne peut pas se permettre la précarité. C’est un vrai sujet, traité avec beaucoup d’humour certes, mais qui doit être terrible pour les auteurs de BD.

Etant donné toutes les névroses dont je viens de parler, on pourrait penser que Fabcaro s’apitoie sur son sort et se donne finalement une image pathétique. Ce n’est évidemment pas le cas. Capable d’une autodérision impressionnante, l’auteur ne se cherche aucune excuse (à part la lâcheté, c’est dire !). Résultat, le tout est diablement drôle. On est parfois stupéfait par les situations dans lesquelles arrive à se mettre l’auteur simplement parce qu’il est incapable de communiquer correctement. Ainsi, quand on l’appelle par un prénom différent, il n’arrive pas à dire « ce n’est pas Fabien, c’est Fabrice ». Et de là découle un problème insoluble.

Cette autobiographie, centrée sur les problèmes de communication, est un peu bordélique quand même. Les anecdotes sont plus ou moins pertinentes et à des périodes très différentes de la vie de l’auteur. Cependant, Fabcaro ouvre correctement son bouquin (en présentant le sujet) et le referme lorsque sa copine lit l’ouvrage en question. Cela compense l’aspect un peu décousu de l’ensemble.

Au niveau du dessin, j’ai été séduit par le travail de Fabcaro. Entièrement en noir et blanc, le trait est dynamique et bien plus complexe qu’il peut paraître à première vue. L’expressivité des personnages (et notamment de l’auteur) sont en effet de grands renforts à l’humour déjà très drôle.

Difficile de savoir si Fabcaro exagère ou pas ses névroses. Et après tout, on s’en moque et on rit souvent devant les aléas de son avatar. Il arrive à gérer des gags récurrents et à illustrer les angoisses du personnage tant graphiquement que dans les dialogues de façon vraiment talentueuse. Une autobiographie intéressante et, parfois, hallucinante !

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Note : 14/20

Amour, Passion & CX Diesel – Fabcaro & James

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Titre : Amour, Passion & CX Diesel
Scénariste : Fabcaro
Dessinateur : James
Parution : Avril 2011


J’ai découvert il y a peu dans « Fluide Glacial » la bande-dessinée« Amour, Passion & CX Diesel ». Charmé par l’humour absurde des planches, je me suis empressé d’en faire l’acquisition. Cette BD est scénarisée par Fabcaro, que j’avais découvert avec « Jean-Louis et son encyclopédie » et dessiné par James, dont j’apprécie le dessin depuis que j’ai lu « Dans mon open-space ».

L’histoire de « Amour, Passion et CX Diesel » parodie les soaps operas américains type « Dallas » ou « Les feux de l’amour ». La famille Gonzales est en effet en émoi : le patriarche, Harold, est atteint de la maladie d’Alzheimer. Sa mort semble alors imminente. Immédiatement, l’héritage va devenir un enjeu crucial des différents enfants et leurs conjoints. Notamment la fameuse CX Diesel qui attise toutes les convoitises…

On comprend en lisant le pitch que cette bande-dessinée est complètement décalée. Loin du luxe habituel des séries américaines, on se retrouve dans une famille franchouillarde un peu (beaucoup ?) minable sur les bords. Leur grande bêtise et leurs coups bas rappelleront inévitablement les grandes comédies italiennes telles que « Affreux, bêtes et méchants ». Les hommes sont particulièrement stupides, les femmes s’en sortant à peine mieux.

La bêtise des personnages portée à l’absurde

L’aspect parodique est parfaitement assumé. Ainsi, un enfant naît dans la famille et trois hommes croient en être le père (avec le postier en prime). Les infidélités sont fréquentes et tout le monde semble se détester. La bêtise des personnages est portée à l’absurde. Ainsi, Jean-Mortens, bien que noir, n’est pas considéré comme tel (même lorsqu’il essaie de faire son coming-out…). L’ouvrage tient avant tout de sa galerie de personnage. Du père qui oublie tout, au beau-frère chômeur qui s’invente un métier, en passant par la belle-sœur infidèle au dernier degré, sans oublier le frère patron d’une boîte de nuit minable.

amourpassion-CXdiesel3L’héritage est le fil rouge de la BD mais d’autres intrigues sont menées petit à petit, rendant la lecture très agréable. Le tout est présenté par séquences de six cases carrées, amenant immanquablement une chute. Le tout est parfaitement maîtrisé de bout en bout amenant jusqu’à la conclusion finale que je ne révèlerai pas ici. L’humour est omniprésent et dense. On n’a pas d’impression de remplissage comme c’est parfois le cas dans ce genre d’ouvrages.

Le dessin de James est très élégant et adapté aux gags. Son trait simple et animalier renforce d’autant plus le côté parodique de l’ouvrage. Cependant, comme tout passe par le dialogue, on a une impression parfois statique de l’ensemble. Le dessin peine à se renouveler parfois. Ce dernier est cependant mis en valeur par la colorisation de  BenGrrr. Alors qu’on s’attendrait à des couleurs vives, les auteurs ont opté pour des couleurs pastel beaucoup plus douces. Un choix judicieux étant donné le résultat.

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« Amour, passion & CX Diesel » est donc une bonne parodie, complètement absurde. En ne se donnant pas de limite, les auteurs font mouche. Les mesquineries des uns et des autres sont vraiment ridicules et nous feront rire plus d’une fois. Comme dirait un des personnages : « Toujours la CX Diesel ! Ne peux-tu pas avoir un peu plus d’ambition ? »

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Note : 14/20

La Clôture – Fabcaro

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Titre : La Clôture
Scénariste : Fabcaro
Dessinateur : Fabcaro
Parution : Avril 2009


« 6 pieds sous terre » est une maison d’édition qui cherche avant tout à donner de la liberté aux auteurs. Dans « La clôture », Fabcaro profite de cette liberté pour délivrer un récit complètement absurde et expérimental. Difficile à définir ce qu’est « La clôture ». Avant tout, cet ouvrage décrit la difficulté pour un auteur (en l’occurrence, Fabcaro) d’écrire des scénarios quand on est empêtré dans le quotidien (avec notamment une clôture à réparer).

Pourtant dans les premières pages, point de présence autobiographique de l’auteur. On démarre le tout sur des personnages fictionnels. Très intrigué par le début de l’histoire, le lecteur est rapidement rassuré lorsque la compagne de Fabcaro déclare, en lisant ces mêmes pages : « Mais… C’est totalement incohérent… On comprend rien du tout… ». L’auteur déclare alors qu’il est au bord de la dépression et qu’il n’arrive pas à scénariser avec tout ce qu’il a à faire à côté…

Les scènes se succèdent sans lien apparent entre elles.

Et justement, malgré tout cela, Fabcaro va pourtant nous scénariser une histoire entre Sonia et Pierre. La première ne rencontre que des losers et voudrait trouver quelqu’un. Le second cherche avant tout un emploi mais semble complètement incompétent pour cela. Ils finiront quand bien même par se rencontrer après de nombreuses péripéties. Laissant libre court à son imagination, les scènes se succèdent sans lien apparent entre elles.

lacloture1Au fur et à mesure des pages, Fabcaro s’intègre dans sa propre fiction, se mettant alors à parler avec ses « acteurs » de ses états d’âme. Pendant ce temps, l’histoire continue… Cette partie autobiographique, sous une apparence classique, est toujours agréablement mise en scène par Fabcaro. Outre le comique absurde de répétition, on retrouve l’auteur devant ses contradictions : faire un ouvrage original au risque d’en « vendre huit ». La panne d’inspiration reste évidemment le principal sujet de l’ouvrage, puisqu’il est la raison du bordel incroyable qu’est « La clôture » : ne sachant qu’écrire, Fabcaro fait n’importe quoi, essayant des choses diverses et variées. Evidemment, les dernières pages amènent un éclaircissement salvateur et « La clôture » prend alors tout son sens.

Malgré la confusion volontaire du récit, on rit beaucoup dans cet ouvrage. Les dialogues, les situations absurdes, le mélange des genres… Fabcaro maîtrise son humour si particulier et personnel avec maestria. Qu’importe le personnage ou le lieu, l’auteur parvient à nous arracher des rires avec un sens du contre-pied incroyable.

Au niveau du dessin, j’avoue être très fan du trait de Fabcaro. Ses personnages aux longs cous sont très expressifs. Mention spéciale aux silences, parfaitement retranscrits graphiquement, souvent par une répétition maîtrisée et intelligente de la case.

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« La Clôture » est une œuvre exigeante. La feuilleter dans une librairie ou une bibliothèque risque fort de faire hésiter le lecteur. Doté d’un humour efficace et d’une mise en abîme originale, cette bande-dessinée, très expérimentale, n’en est pas moins avant tout une véritable histoire avec ses personnages, ses retournements de situation. Un monument de l’absurde.

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Note : 18/20

-20% sur l’esprit de la forêt – Fabcaro

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Titre : -20% sur l’Esprit de la Forêt
Scénariste : Fabcaro
Dessinateur : Fabcaro
Parution : Septembre 2011


Auteur actuellement très prolifique, Fabcaro a développé ses œuvres sur la base d’un humour absurde et décalé. Outre sa série d’ouvrages autobiographiques, l’auteur a écrit « La clôture », une bande-dessinée expérimentale où personnages se mêlent dans un joyeux bordel qui ne se comprend qu’une fois les dernières pages lues. Fabcaro récidive dans le même style avec « -20% sur l’esprit de la forêt », paru chez « 6 pieds sous terre », une maison spécialisée pour les expérimentations.

« -20% sur l’esprit de la forêt » est difficile à définir. Sous couvert d’un bordel sans nom difficilement compréhensible au départ, c’est avant tout une œuvre pleine d’humour et de tendresse sur la fin de l’enfance. On retrouve ainsi un Fabcaro qui joue aux cowboys. Suite à une mauvaise imitation de Jean-Pierre Bacri, il se retrouve poursuivi par toutes les polices de l’état. Il faut dire qu’il a battu son adversaire (un playmobil) dans un duel à mort où il lui avait lancé une feuille…

Incompréhensible et absurde au départ.

Un minimum d’ouverture d’esprit sera nécessaire pour apprécier cette BD ! Complètement incompréhensible et absurde au départ, elle prend peu à peu du sens. Ainsi, Fabcaro explique que quand il jouait dans les escaliers (avec ses playmobils justement !), il entendait en même temps ce qui passait à la télévision. Résultat, quoi de plus normal que d’intégrer des scènes des émissions de télé en plein milieu de l’histoire ?

20-surlespritdelaforet1Heureusement, on est rapidement happé par l’humour ravageur de l’auteur. Fabcaro manie l’absurde comme peu en sont capables et fait mouche sans peine. Malgré un décalage souvent énorme par rapport à la trame principale, il parvient quand même à faire rire. Si bien qu’on s’accroche rapidement sans trop d’efforts jusqu’à ce que tout prenne sens. Car sens il y a ! Au fur et à mesure, on découvre un Fabcaro dont le métier est incompris, empêtré dans un quotidien très loin de ses idéaux. Et quand les dernières pages arrivent, on se retrouve ému, touché par cette histoire qui ne peut que nous rappeler notre propre enfance perdue. Après un ouvrage foutraque plein d’humour absurde, l’auteur nous donne une dose de nostalgie incroyable. D’un coup. Du grand art !

Le dessin de Fabcaro, très relâché et expressif est toujours un régal. Il renforce sans peine son humour. Son noir et blanc est très élégant et bien plus riche qu’il peut paraître au premier abord. L’auteur s’autorise même quelques digressions bienvenues.

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« -20% sur l’esprit de la forêt » est une œuvre exigeante et difficile d’accès. Clairement expérimentale, elle n’oublie pas pour autant son but premier. Dotée d’un vrai message, bourrée d’humour et à l’impact émotionnel insoupçonné, elle prouve l’immense talent de Fabcaro, capable de faire de ses ouvrages les moins accessibles les plus passionnants. Difficile en tout cas de refermer cette BD sans y repenser à de nombreuses reprises. Et vous, de combien avez-vous bradé votre esprit de la forêt ?

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Note : 19/20

Parapléjack – Fabcaro

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Titre : Parapléjack
Scénariste : Fabcaro
Dessinateur : Fabcaro
Parution : Novembre 2014


Fabcaro est l’un de mes auteurs favoris. Son humour, absurde et personnel, me touche systématiquement. L’auteur a développé toute une série de livres sous forme de strips, dont il s’est fait une spécialité (parmi d’autres). « Parapléjack » regroupe des strips parus initialement sur le site Mauvais Esprit. Le tout est publié aux éditions de La Cafetière dans un format A6, à raison d’un strip par page (pour 128 pages).

Jack est paraplégique. Mais il ne semble pas avoir conscience des implications. Ainsi, il essaie de faire plein de choses qui lui sont impossibles, comme tirer un pénalty par exemple ou faire des pompes… Comme cité en quatrième de couverture : « Tu dois accepter la vie telle qu’elle se présente mais mieux vaut faire en sorte qu’elle se présente comme tu veux qu’elle soit… » 

Un homme en fauteuil roulant fait du trampoline…

On nage donc en plein humour noir et absurde en voyant un homme en fauteuil roulant faire du trampoline… Difficile à imaginer, non ? Fabcaro manipule un humour qui a ses adeptes, mais il est évident que certains resteront sur la touche. Il fait fort ici en s’attaquant aux handicapés dont il se moque ouvertement. Mais la bonne humeur de Jack est communicative.

Comme toujours avec les recueils de strips, certains sont clairement plus percutants que d’autres. Une fois le postulat de départ assimilé, on sourit beaucoup aux péripéties de Jack, même si un phénomène de répétition se fait sentir en fin d’ouvrage. Se pose la question de savoir s’il fallait publier l’intégralité des strips parus précédemment. Qu’importe, le plaisir de lecture est là.

Le dessin de l’auteur est un vrai plaisir. Son trait est dynamique et, malgré la petitesse du format, les cases sont riches en décors et en détails. Son noir et blanc est beau, même si ici il manque parfois de visibilité. Difficile à dire si c’est à cause de la couleur ou à cause de la taille des cases, mais j’ai eu besoin d’un temps d’adaptation.

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Un nouveau livre de Fabcaro, c’est toujours un plaisir. « Parapléjack » n’est pas son meilleur livre, mais son côté complètement absurde est assez jubilatoire. Abordant un sujet difficile avec un humour corrosif, l’auteur prend un risque. Mais qui d’autre pouvait nous montrer un homme paraplégique en plein déni de son handicap ?

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Note : 12/20