
Titre : Zaï zaï zaï zaï
Scénariste : Fabcaro
Dessinateur : Fabcaro
Parution : Mai 2015
Je suis un grand fan de Fabcaro. Capable d’apprécier autant ses livres d’autodérision que ses strips ou encore ses ouvrages expérimentaux, je fus en joie en voyant un nouveau bouquin sortir, intitulé « Zaï zaï zaï zaï ». Un road-movie paraît-il… Devant les bonnes critiques unanimes et son prix au festival Quai des Bulles, je me le suis procuré, prêt à apprécier cet ouvrage. Le tout est paru chez 6 pieds sous terre pour une soixantaine de pages.
« Zaï zaï zaï zaï » est une auto-fiction. On retrouve Fabcaro au supermarché. Au moment de payer, il s’aperçoit qu’il n’a pas sa carte de fidélité. Commence alors une cavale rocambolesque…
Une cavale d’un nouveau genre.
Si ce livre est assez différent formellement des autres ouvrages de Fabcaro, il en reprend pourtant toutes les caractéristiques : l’obsession du supermarché, le fonctionnement en strips, l’absurde, l’auto-dérision, le comique de répétition… Fabcaro fusionne le tout dans une aventure complètement absurde. Ainsi, chaque page propose un gag qui fait avancer l’histoire. Le côté extrêmement absurde ferait presque pencher la balance vers l’idée d’un ouvrage expérimental. Mais l’humour développé est grand public, pour peu qu’on soit ouvert aux incohérences voulues du récit. Si voir quelqu’un menacer un vigile avec un poireau ne vous fait pas sourire, vous pouvez passer votre chemin.
La cavale est bien évidemment un prétexte pour parler de tout et de rien. On retrouve des gags sur l’auteur en lui-même, sur les supermarchés, sur la police, sur les journalistes… L’histoire est ainsi aussi décousue qu’elle est absurde. Et ce, jusqu’à un épilogue réussi. Et si, vu l’humour proposé, on accroche plus ou moins aux situations, on sourit souvent et on rit même de bon cœur devant certains gags.
Au-delà de la qualité intrinsèque de l’ouvrage (et de savoir s’il est drôle ou non), force est de constater que Fabcaro est un auteur qui possède une véritable patte en tant que scénariste. Quand on accroche à son humour, difficile de s’en détacher. On est loin d’un humour formaté et déjà entendu.
Concernant le dessin, Fabcaro délaisse son dessin humoristique pour un trait à la fois plus réaliste et encore plus relâché. Cela donne à son road movie une apparence de sérieux qui tranche encore plus avec l’absurde de l’histoire. Le choix est clairement payant. Fabcaro fait la part belle aux répétitions dans ses pages, mettant l’accent sur les dialogues. Le trait est relevé par une bichromie à la teinte jaune/verte un peu déstabilisante (et honnêtement assez moche). La teinte mise à part, la colorisation donne du volume au trait et reste pertinente.

« Zaï zaï zaï zaï » est un beau condensé du savoir faire de Fabcaro. Il n’est pas rare de rire devant les péripéties de ce héros du quotidien. Rien que pour cela, l’ouvrage est réussi. Mais quand il faut parler d’autodérision et tacler les angoisses du quotidien franchouillard (karaoké et carte de fidélité de supermarché en tête), il reste l’un des auteurs les plus performants.
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Quel est le réel sujet de « Lune l’envers » ? Difficile de le dire. Profondément narcissique (plusieurs personnes sont Blutch), on peut y voir une sorte de fable surréaliste sur le milieu de la bande-dessinée (et de l’art en général). Mais les critiques sur le monde du travail sont également bien présentes. L’auteur nous montre notre société, façon futur dystopique. C’est affreux, sans aucune morale et les méchants gagnent à la fin. Et devant le côté absurde de certaines situations, il va falloir s’accrocher.

Au fur et à mesure des pages, Fabcaro s’intègre dans sa propre fiction, se mettant alors à parler avec ses « acteurs » de ses états d’âme. Pendant ce temps, l’histoire continue… Cette partie autobiographique, sous une apparence classique, est toujours agréablement mise en scène par Fabcaro. Outre le comique absurde de répétition, on retrouve l’auteur devant ses contradictions : faire un ouvrage original au risque d’en « vendre huit ». La panne d’inspiration reste évidemment le principal sujet de l’ouvrage, puisqu’il est la raison du bordel incroyable qu’est « La clôture » : ne sachant qu’écrire, Fabcaro fait n’importe quoi, essayant des choses diverses et variées. Evidemment, les dernières pages amènent un éclaircissement salvateur et « La clôture » prend alors tout son sens.


Heureusement, on est rapidement happé par l’humour ravageur de l’auteur. Fabcaro manie l’absurde comme peu en sont capables et fait mouche sans peine. Malgré un décalage souvent énorme par rapport à la trame principale, il parvient quand même à faire rire. Si bien qu’on s’accroche rapidement sans trop d’efforts jusqu’à ce que tout prenne sens. Car sens il y a ! Au fur et à mesure, on découvre un Fabcaro dont le métier est incompris, empêtré dans un quotidien très loin de ses idéaux. Et quand les dernières pages arrivent, on se retrouve ému, touché par cette histoire qui ne peut que nous rappeler notre propre enfance perdue. Après un ouvrage foutraque plein d’humour absurde, l’auteur nous donne une dose de nostalgie incroyable. D’un coup. Du grand art !