Le siècle des ombres, T5 : La trahison – Eric Corbeyran & Michel Suro

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Titre : Le siècle des ombres, T5 : La trahison
Scénariste : Eric Corbeyran
Dessinateur : Michel Suro
Parution : Mars 2014


« Le chant des stryges » est un univers créé par Eric Corbeyran. Ce thriller fantastique s’étale sur une quinzaine d’albums décomposés en trois saisons. Je suis un grand fan de cette aventure aux arcanes complexes. Mais ce projet ne s’arrête pas à cette série. Des sagas cousines sont nées telles que « Le clan des chimères » ou « Le Maître de jeu ».  De qualité, elles ont développé l’univers de ses grands monstres ailés que sont les stryges. La dernière-née s’intitule « Le Siècle des ombres ». Elle aussi scénarisée par Eric Corbeyran, elle est dessinée par Michel Suro déjà à l’œuvre dans « Le clan des chimères ». Cette histoire vient de voir paraître son cinquième épisode il y a quelques mois. Cet album, édité chez Delcourt, s’intitule « La trahison ».

« 1751. Quelques décennies avant la Révolution française, un vent d’idées nouvelles souffle à travers l’Europe. Un vent de progrès et de liberté… Mais au cœur de ce Siècle des lumières, la découverte d’une étrange météorite à l’autre bout du monde ravive de vieux antagonismes. Au service du cardinal d’Orcières, Cylinia et Abeau de Roquebrune se lancent alors aux trousses du baron d’Holbach, philosophe et encyclopédiste éclairé, qu’ils soupçonnent d’être insaisissable Sandor G. Weltman. Cette traque se double d’une lutte acharnée pour la possession de cette pierre aux mystérieux pouvoirs… »

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Prioritairement, « Le siècle des ombres » s’adresse aux lecteurs assidus de « Le chant des stryges ». L’histoire s’insère chronologiquement entre « Le clan des chimères » et la série mère. Elle permet de retrouver des personnages connus tels que Weltman, Cylinia et Abeau. Malgré, un lecteur qui découvrirait l’univers des Stryges à travers cette série ne sera pas totalement perdu. En effet, l’intrigue s’avère finalement assez indépendante.

La trame se déroule au dix-huitième siècle durant le siècle des Lumières. Les premières avaient bien exploitées la dimension historique et philosophique de l’époque. D’Holbach est un proche de Diderot ou Rousseau. Il participe à la rédaction de l’Encyclopédie. Son opposition idéologique avec les instances religieuses de l’Eglise est exploitée par le scénario. Je trouvais cet aspect très intéressant. L’immersion dans la période historique ne se réduit pas à sa dimension politique. Il est dommage que cette richesse soit moins présente dans ce dernier opus. La narration s’y centre exclusivement sur l’opposition entre Cylinia et d’Holbach. Le choix de ne pas laisser de place importante aux philosophes et aux pontes chrétiens est regrettable de mon point de vue. Leur présence et leurs échanges participaient au réalisme du voyage temporel que nous offrait « Le siècle des ombres ».

« Le déroulé des événements apparaît dilué. »

LeSiecleDesOmbres5bConcernant l’avancée de la trame, j’avais noté un ralentissement du rythme dans le tome précédent. J’espérais donc que ce nouvel acte reprenne la vitesse de croisière qui habitait les trois opus initiaux. Hélas, je dois dire que l’heure était plus à la décélération qu’à l’accélération. Le déroulé des événements m’apparaît dilué. Certaines planches auraient gagné à être raccourcies. Elles n’apportent pas grand-chose à l’atmosphère de la narration et ne font pas du tout avancer le propos. En poussant à l’extrême mon sentiment, j’ai tendance à croire que les deux derniers tomes n’auraient pu en faire qu’un sans que l’histoire soit édulcorée. Cela aurait densifié le scénario et aurait ainsi maintenu mon attention plus concentrée sur la durée.

En lisant une critique sur le site www.planetebd.com, j’ai appris que ce cycle doit se composer de six tomes. J’en déduis logiquement que « La trahison » en est donc l’avant-dernier. Cela peut expliquer le ton de cet opus. A défaut de faire vivre une succession de rebondissements et de révélations, il a tendance à remettre toutes les pièces de l’intrigue en place. Les objectifs des uns et des autres sont clarifiés et tout ce beau monde semble se préparer pour la lutte finale. Ce choix est cohérent et classique. Mon regret est qu’il y ait eu besoin de quarante-huit planches pour que la situation s’éclaire.

LeSiecleDesOmbres5cLes dessins sont l’œuvre de Michel Suro. Comme je l’ai dit précédemment, il avait déjà illustré « Le clan des chimères ». A l’époque, je n’étais pas tombé sous le charme de son trait auquel j’étais peu sensible. Ce sentiment peut s’expliquer par la rupture graphique qu’il offrait à l’univers par rapport au style de Richard Guérineau en charge des planches de « Le chant des stryges ». A priori, mes goûts artistiques ont évolué car son travail sur « Le siècle des ombres » et particulièrement « La trahison » ne m’a pas dérangé. Au contraire, je trouve qu’il accompagne agréablement la lecture. Je ne peux pas dire que je sois tombé sous le charme de certaines de son œuvre mais je lui reconnais un vrai talent pour créer des décors et des personnages. De plus, il est autant à l’aise dans des scènes de dialogues que d’action. C’est appréciable car cette série alterne les deux de manière équivalente.

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Au final, mon sentiment en refermant l’ouvrage est mitigé. J’ai pris plaisir à retrouver les personnages et à voir avancer la trame. Néanmoins, je suis frustré par la sensation de statu quo de la situation et par la mise en retrait des aspects philosophiques et religieux des débats. Malgré tout, cela ne m’empêchera pas de guetter la sortie du prochain et dernier tome qui devrait répondre à bon nombre de questions et éclairer les zones d’ombre qui accompagnent les Stryges. Mais cela est une autre histoire…

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Note : 11/20

Le siècle des ombres, T4 : La sorcière – Eric Corbeyran & Michel Suro

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Titre : Le siècle des ombres, T4 : La sorcière
Scénariste : Eric Corbeyran
Dessinateur : Michel Suro
Parution : Janvier 2013


Les Stryges sont des bestioles imaginées par Eric Corbeyran il y a un petit peu plus de dix ans. Tout a commencé par la série originale « Le chant des stryges ». Par la suite, sont apparues « Le maitre de jeu » et « Le clan des chimères ». La dernière naissance dans cet univers est celle de « Le siècle des ombres » en 2009. Son quatrième opus est paru au début du mois de janvier. Son titre est « La sorcière ». Edité chez Delcourt dans la collection Machination, son prix avoisine quatorze euros. Pour cette saga, le célèbre scénariste s’est associé à Michel Suro pour les dessins et Dimitri Fogolin pour les couleurs.

lesiecledesombres4bAvant d’entrer pleinement dans la critique de cet album, je vais expliquer rapidement aux néophytes ce qu’est un stryge. Il s’agit de grandes bêtes ailées qui vivraient dans l’ombre de l’humanité depuis toujours. Elles sont le garant de toutes les connaissances de l’univers. Elles ont été amenées à confier une partie de leur savoir à Sandor Weltman. Devenu immortel, ce dernier s’exonère de leur domination. On découvre donc Cylinia et Abeau, découverts dans « Le clan des chimères » partir à sa recherche en tant qu’alliés des Stryges…

Je ne vous cache qu’il me parait plutôt intéressant d’avoir lu les différentes séries précédemment citées pour profiter pleinement de cette aventure. Postérieur à « Le clan des chimères » et antérieur à « Le chant des stryges », « Le siècle des ombres » est à un croisement intéressant pour les adeptes de cet univers. L’immersion dans l’histoire était relativement rapide dans les premiers opus. Le rythme de narration était soutenu et les événements se succéder à un rythme effréné. Néanmoins, j’étais curieux de savoir où nous menait cette série. Pour l’instant, on assiste uniquement à une course poursuite parsemée de révélation. J’aimerais voir s’éclaircir l’objectif final de tout cela.

Les scènes se succédent de manière quasiment indépendante.

lesiecledesombres4cIl s’est déroulé quinze ans depuis le dénouement du tome précédent. Weltman est obsédé par la révélation que lui a faite Cylinia. Elle attendait un enfant de lui et suite à son accouchement, elle a confié le petit au monde des fées. On découvre également davantage la jolie Donessa, dévoué à Weltman et à peine entrevue jusqu’alors. L’attrait de la narration réside également dans une quantité relativement importante de flashback. Ce n’est pas désagréable car cela désassombrit certaines choses. Cela densifie également le propos. A contrario, cela nous donne l’impression de peu voir avancer l’histoire. De plus, l’intrigue voit naître un sentiment brouillon. On voit les scènes se succéder de manière quasiment indépendante. Je regrette un certain manque de liant entre tout cela. Par contre, la quantité d’informations  contenues dans cet ouvrage laisse présager une accélération de l’histoire au cours des prochains épisodes.

La lecture offre un plaisir intéressant en nous immergeant dans le siècle des Lumières. On découvre cette époque avec un plaisir certain. Le personnage de Weltman se trouve au centre de ce mouvement. Il participe à la rédaction de l’Encyclopédie, il côtoie Diderot ou Rousseau. Cet aspect fait du fugitif un personnage aux multiples facettes qui ne laisse pas le lecteur indifférent. Au gré des événements, notre cœur balance entre les suiveurs et le suivi. Les dessins de Suro sont d’une qualité correcte. On n’a aucun mal à s’approprier les personnages. Les décors sont suffisamment travaillés pour qu’on n’ait aucun mal à se sentir dépaysé. Néanmoins, je ne peux pas dire que son trait transcende la narration. Elle l’accompagne avec talent, ce n’est déjà pas si mal.

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En conclusion, « La sorcière » poursuit avec honnêteté les quêtes des uns et des autres. Les stryges et le monde des fées apparaissent davantage et offre une dimension à l’ensemble. Il faudra espérer que la suite fasse pleinement pousser ces graines plantées. Pour cela, il faudra attendre la parution du cinquième tome. Mais cela est une autre histoire…

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Note : 13/20

Le Siècle des Ombres, T3 : Le Fanatique – Eric Corbeyran & Michel Suro

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Titre : Le Siècle des Ombres, T3 : Le Fanatique
Scénariste : Eric Corbeyran
Dessinateur : Michel Suro
Parution : Janvier 2012


« Le Fanatique » est le troisième tome de « Le siècle des ombres ». Cette série est scénarisée par Eric Corbeyran et dessinée par Luca Malisan. Elle s’inscrit dans l’univers des Stryges comme « Le chant des Stryges », « Le maitre de jeu » et « Le clan des chimères ». Je possède l’intégralité des tomes parus dans ce monde et guette chaque nouvelle arrivée dans les librairies. « Le Fanatique » est sorti récemment dans les bacs. Edité chez Delcourt, il est d’un format classique et l’histoire se déroule sur presque cinquante pages. La couverture nous présente le baron d’Olbach en train de fuir un navire en flamme. Pour cela il pénètre dans une espèce de sous-marin sphérique. Il restait donc à se plonger dans la lecture pour connaitre les mésaventures qui arrivent à ce cher baron…

La quatrième de couverture nous présente la série avec les mots suivants : « 1751. Quelques décennies avant la Révolution française, un vent d’idées nouvelles souffle à travers l’Europe. Un vent de progrès et de liberté… Mais au cœur de ce siècle des lumières, la découverte d’une étrange météorite à l’autre bout du monde ravive de vieux antagonismes. Au service du cardinal d’Orcières, Cylinia et Abeau de Roquebrune se lancent alors aux trousses du baron d’Holbach, philosophe et encyclopédiste éclairé, qu’ils soupçonnent d’être l’insaisissable Sandor G. Weltman. Cette traque se double d’une lutte acharnée pour la possession de cette pierre aux mystérieux pouvoirs… »

lesiecledesombres3aL’histoire se déroule au dix-huitième siècle. Il s’agissait d’un des attraits de la série car j’ai rarement lu des aventures se déroulant à cette époque-là. L’originalité est d’autant plus forte que rare est l’insertion du fantastique dans cet univers. Cet apport est savamment dosé et offre une intrigue bien construite. Il me parait assez intéressant d’avoir lu au moins « Le chant des stryges » pour maîtriser les tenants et les aboutissants de la trame. Quelques prérequis m’apparaissent nécessaires pour maîtriser les sous-entendus entre certains des personnages principaux.

« La richesse du personnage prend une réelle ampleur dans cet ouvrage. »

Les deux premiers albums se déroulaient en grande partie en Amérique du Sud. On y avait trouvé une pierre aux vertus intrigantes. Les pérégrinations des protagonistes nous avaient amené à faire des découvertes qui ne laissaient pas indifférent. A la fin du précédent opus, il était l’heure de rentrer en Europe. La conséquence est que « Le fanatique » se déroule sur le Vieux Continent. Cet opus se construit essentiellement autour du personnage du baron d’Holbach. C’est assez passionnant pour le lecteur que je suis lesiecledesombres3bpour une raison simple. D’Holbach est un personnage obscur dans « Le chant des stryges ». Il existe parce qu’il est évoqué mais on ne le voit jamais. On a été frustré de ne jamais le croiser pendant des pages et des pages. Le fait de le côtoyer aussi aisément dans « Le Siècle des ombres » fait qu’on est vraiment curieux de tout ce qu’il peut nous apprendre. La richesse du personnage prend une réelle ampleur dans ce troisième ouvrage. On le découvre en bienfaiteur des sciences vivant pour un idéal humaniste. On partage bon nombre de ses pensées et de ses réflexions. On est curieux de se sentir de son côté après l’avoir considéré comme un méchant depuis des années. Ce revirement est original et subtilement dosé.

Les illustrations de Michel Suro sont de bonne qualité. J’ai découvert ce dessinateur dans cette série et je ne le regrette pas. Les personnages sont assez classiques mais ils s’avèrent assez dynamiques. Je trouve que le trait n’est pas figé et cela correspond parfaitement à cette quête ésotérique. Les différents décors sont bien construits et on n’a aucun mal à différencier les différentes destinations que nous font découvrir ces aventures. Chaque lieu est habité d’une ambiance et d’une atmosphère et c’est toujours agréable. Les couleurs sont appliquées par Luca Malisan qui offrent une lecture agréable et divertissante.

En conclusion, « Le Fanatique » offre une suite de qualité à l’histoire qu’on suit depuis quelques temps maintenant. Le scénario n’est pas dilué. En effet, on apprend toute une série d’informations intéressantes. Cela donne une dimension plus bavarde et moins active que dans l’opus précédent. Ce changement de rythme n’est pas gênant du fait de l’attrait des discours qu’on découvre. Je suis donc curieux de connaitre la suite pour savoir jusqu’où ira le jeu du chat et la souris entre d’Holbach et ses chasseurs. Mais cela est une autre histoire…  

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Note : 14/20

Ma rĂ©vĂ©rence – Wilfrid Lupano & Rodguen

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Titre : Ma révérence
Scénariste : Wilfrid Lupano
Dessinateur : Rodguen
Parution : Septembre 2013


Ma révérence est un album que j’ai découvert en lisant une critique à son propos dans une revue. J’avais également l’occasion d’y découvrir les premières planches. Sans savoir exactement où je me plongeais, j’ai décidé de partir à la découverte de cet ouvrage né de la collaboration de Wilfrid Lupano et de Rodguen. Le premier se charge du scénario et le second du dessin. L’histoire se déroule sur près de cent trente pages. Il est édité chez Delcourt et son prix avoisine dix-sept euros. La couverture nous présente deux personnages. L’un est jeune et tient une immense peluche à la main. L’autre, plus âgé,  a le style de Dick Rivers et tient un flingue. On y voit aussi un fourgon blindé amené à être central dans l’intrigue.

La quatrième de couverture offre la mise en bouche suivante : « Depuis maintenant un mois, je bois mon café tous les matins à la brasserie des Sports, à côté de Bernard. Il est convoyeur de fonds… Bernard, c’est mon ticket pour les tropiques. Un beau jour, j’ai pris la décision ferme et définitive de m’emparer de tout l’argent que contient son camion et de tirer ma révérence… et ce jour-là, ma vie a changé. »

MaReverence2Ce bouquin est un « one shot ». Je ne connaissais donc pas ses personnages et ne devraient pas être amené les croiser dans une autre aventure bédéphile. Je supposais donc que l’histoire nous offrirait un départ et un dénouement, ce qui n’est pas désagréable. Son grand nombre de pages me laissait espérer une intrigue dense et des protagonistes travaillés. Bref, c’est plein d’optimisme que je partais à la rencontre de Vincent et de Gaby.

La narration est subjective. Les événements nous sont contés à travers le regard de Vincent. Il est un jeune trentenaire dont la vie a subi quelques sorties de route. Il s’est décidé à braquer un fourgon. Les raisons qui l’ont amené à cette extrémité sont distillées tout au long de l’histoire. Il possède un côté looser qui rend son projet peu réaliste. Ce sentiment s’intensifie au moment où j’ai découvert son complice alcoolique à la fiabilité peu convaincante. La trame se construit autour de ce duo assez réussi de prime abord. Je me suis rapidement attaché à Vincent. Ses cicatrices sont touchantes et font que je n’arrivais jamais vraiment à le voir comme un délinquant. Néanmoins, il est évident que le personnage le plus haut en couleur est Gaby. Il fait partie de ces copains auxquels on s’attache autant qu’on ne supporte pas l’immaturité. Il est de ces personnes qui sont des boulets qu’on se traîne sans jamais vouloir s’en séparer. Il est très réussi et je regrette qu’il ne prenne pas une place moins secondaire dans l’intrigue. Cela aurait permis à l’ensemble d’être plus drôle et également plus intéressant. En effet, Gaby possède des zones d’ombre que les autres choisissent de ne pas réellement explorer. C’est un choix qui se respecte mais que je regrette.

« Une réussite inégale. »

L’enjeu est donc le braquage d’un fourgon. Les pages nous rapprochent donc inéluctablement du moment où Vincent et Gaby devront assumer un acte qui les mettra au ban de la vie qu’il connaissait jusque-là. A l’aide de flashbacks, les auteurs nous font vivre le terreau qui a fait germer cette idée folle. Ces ruptures chronologiques sont régulièrement réparties et ont pour but apparent de relancer l’intérêt du lecteur. C’est une réussite inégale. En effet, certaines révélations influent profondément le regard porté sur les personnages. D’autres sont davantage des clichés sur la misère sociale et sont moins intéressants en n’apportant aucune dimension supplémentaire à l’histoire.

En débutant ma lecture, je l’ai trouvée originale. Les personnages, l’intrigue et l’univers me paraissaient être une base solide à un album de qualité. Hélas, je trouve que tous ces arguments se diluent au fur et à mesure que les pages défilent. Notre curiosité n’est pas relancée, notre intérêt n’est pas alimenté. Le ton devient plus lisse. Les rebondissements sont plus prévisibles. Bref, tout ne va pas dans le bon sens. Alors que le début m’avait vraiment séduit, j’avais un sentiment bien plus mitigé en refermant l’ouvrage.

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Concernant les dessins, j’ai du mal à me faire un avis définitif sur le trait de Rodguen. Certaines cases sont très réussies. Certains visages sont d’une réalité forte. Ils dégagent une intensité qui ne laisse pas indifférent. Par contre, à l’opposé, je trouve d’autres planches plus banales sans réelle identité graphique. Je dirai donc que la qualité des illustrations est inégale. Pour résumer, je ne suis pas tombé sous le charme mais serait curieux de découvrir un autre travail de ce dessinateur pour me faire une idée plus précise de son style.

En conclusion, Ma révérence ne m’a totalement conquis. L’album n’est pas dénué d’intérêt et d’idées. Mais la qualité inégale et irrégulière du propos fait que j’ai eu du mal à m’immerger dans l’histoire sur la durée. Je suis donc envieux d’une certaine manière des nombreux lecteurs enthousiastes à l’égard de cet ouvrage. En effet, cet opus possède des échos très favorables sur la toile. Comme quoi, les goûts et les couleurs…

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Note : 10/20

Le Siècle des Ombres, T2 : L’Antre – Eric Corbeyran & Michel Suro

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Titre : Le Siècle des Ombres, T2 : L’Antre
Scénariste : Eric Corbeyran
Dessinateur : Michel Suro
Parution : Octobre 2010


« L’antre » est le deuxième tome de la série de bandes dessinées intitulées « Le siècle des ombres ». Cet album a été édité chez Delcourt en octobre deux mille dix. L’histoire se déroule sur une cinquantaine de pages. Cette saga s’inscrit dans l’univers des Stryges créé par Eric Corbeyran. Ce dernier est le scénariste de toutes les séries s’y déroulant : « Le chant des stryges », « Le maître de jeu », « Le clan des chimères » et donc « Le siècle des ombres ». Pour la réalisation de cette dernière, il s’est associé à Michel Suro pour les dessins et à Luca Malisan pour les couleurs. La couverture nous présente un groupe d’hommes en train de rejoindre la plage à pied avec au second plan un navire en flamme. Le ton rouge de la couverture est original et attire l’œil.

La quatrième de couverture présente la série avec les mots suivants : « 1751. Quelques décennies avant la Révolution française, un vent d’idées nouvelles souffle à travers l’Europe. Un vent de progrès et de liberté… Mais au cœur de ce Siècle des lumières, la découverte d’une étrange météorite à l’autre bout du monde ravive les vieux antagonismes. Au service du cardinal d’Orcières, Cylinia et Abeau de Roquebrune se lancent alors aux trousses du baron d’Holbach, philosophe et encyclopédiste éclairé, qu’ils soupçonnent d’être insaisissable Sandor G. Weltman. Cette traque se double d’une lutte acharnée pour la possession de cette pierre aux mystérieux pouvoirs…»

lesiecledesombres2aComme dit précédemment, cet ouvrage s’inscrit dans une œuvre assez importante tournant autour de personnage ailés mystérieux : les Stryges. Pour ceux qui voudraient découvrir cet univers, je vous conseille de commencer vos lectures par « Le chant des stryges » qui est la série au centre de tout l’ensemble. Cela vous permettra de profiter pleinement de « Le siècle des ombres ». Ce prérequis n’est pas indispensable mais néanmoins recommandé pour maitriser tous les tenants et les aboutissants de certains personnages. Cylinia et Abeau naissent dans « Le clan des chimères » et réapparaissent dans « Le chant des stryges ». D’Holbach est un personnage central bien que longtemps mystérieux de « Le chant des stryges ».

« L’aspect mystique et Ă©sotĂ©rique intègre le courant philosophique des Lumières. »

Le fait que des personnages apparaissent dans trois séries qui s’étalent sur plusieurs siècles ou que des créatures ailées soient au centre des histoires font que la dimension fantastique de la trame ne vous a pas échappé. Je trouve d’ailleurs intéressant de voir apparaitre cette dimension dans une trame qui se déroule au dix-huitième siècle. La cohabitation entre ce genre et cette époque est rare et donc attise la curiosité. De plus, les auteurs intègrent l’aspect mystique et ésotérique dans le courant philosophique apparu à l’époque des Lumières. Je trouve cet aspect très intéressant. Cette série possède ainsi une identité propre et arrive à se démarquer des autres pendants de l’univers des Stryges.

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Au-delà de cet aspect scénaristique original et attrayant, la richesse de l’album réside dans son exil en Amérique du Sud. Nos héros sont à la recherche d’une mystérieuse pierre trouvée au fond d’une mine exploitée. Suite à un concours de circonstance, Cylinia, Abeau et d’Holbach se trouvent tous à partir en quête de ce mystérieux rocher. Mais, il a disparu et voilà tout ce beau monde en train de s’aventurer au beau milieu de la jungle locale en quête de cette curieuse météorite. On découvre alors bon nombre d’autochtones qui apportent chacun une part non négligeable à l’intérêt de la lecture. On voit se présenter devant nous un grand nombre de pièces et le puzzle n’est pour l’instant pas encore prêt d’être complètement assemblée. La trame est donc dense et passionnante. On se laisse porter avec une joie certaine d’une page à l’autre. Le dénouement est réussi et alimente notre curiosité en attendant de se plonger dans le troisième opus.

Le dépaysement passe aussi par les dessins de Suro. Je découvre ce dessinateur par cette série. J’ai un sentiment plutôt positif à son égard. Je trouve qu’il arrive vraiment à créer des ambiances très différentes dans un même ouvrage. Les longues marches dans la jungle amazonienne sont bien retranscrites. On ressent la moiteur et le côté oppressant de ses territoires inconnus. A d’autres moments, on se retrouve aux plus profondeurs de la Terre dans des grottes lesiecledesombres2cimmenses et angoissantes. On ressent sincèrement l’impression de ne pas être où on devrait être. La peur générée par ses lieux obscurs dont chaque recoin semble cacher un gros problème est bien transmise et participe à notre plaisir de lecture.

En conclusion, « L’antre » est un ouvrage de qualité qui est dans la ligné du premier tome et qui fait de « Le siècle des ombres » une série de qualité. Elle possède un vrai attrait et apporte quelque chose à l’univers des Stryges. Ce n’est pas un spin off sans intérêt comme le présente de temps en temps les auteurs quand il possède une série à succès. J’ai donc hâte de me plonger dans le troisième tome paru récemment et intitulé « Le fanatique ». J’espère qu’il possèdera le même rythme et la même ambiance que ses deux prédécesseurs. Mais cela est une autre histoire…

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Note : 15/20

Le Siècle des Ombres, T1 : La Pierre – Eric Corbeyran & Michel Suro

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Titre : Le Siècle des Ombres, T1 : La Pierre
Scénariste : Eric Corbeyran
Dessinateur : Michel Suro
Parution : Mai 2009


Mon avis d’aujourd’hui porte sur le premier opus d’une nouvelle série de bandes dessinées intitulée « Le siècle des ombres ». Le premier tome, édité chez Delcourt, se nomme « La pierre ». Il est scénarisé par Eric Corbeyran et dessiné par Michel Suro. Les couleurs sont l’œuvre de Luca Malisan. Il est vendu au prix de 12,90 euros. Mon intérêt éveillé pour cette série est né de son lien avec les l’univers des Stryges. Je m’explique. Corbeyran est à l’origine de cet univers fantastique dans lequel notre réalité se voit confrontée à des créatures ailées, angoissantes et mystérieuses. Trois séries s’y déroulent déjà. « Le clan des chimères » et « Le maitre de jeu » se sont clos à la fin de leur sixième opus. Quant à « Le chant des stryges », son douzième album est sorti. Je suis un grand adepte de ce monde. Je guette depuis des années chacune des sorties d’album y étant lié. Ceci expliquait mon agréable surprise en tombant sur « Le siècle des ombres » dans les rayons.

« Le chant des stryges » et « Le maitre de jeu » ont lieu dans notre monde contemporain. « Le clan des chimères » se déroulait au Moyen-âge. « Le siècle des ombres » coupe la poire en deux en voyant son histoire éclore en 1751 aux confins du Brésil comme l’annonce la première case de l’album. On y découvre des esclaves travailler dans une mine sous des ordres de deux officiers. Mais leur travail est interrompu par la découverte d’un énorme rocher qui semble intriguer au plus haut point l’un des deux protagonistes qui décident de rentrer immédiatement en France pour évoquer cette découverte avec qui de droit…

lesiecledesombres_1aL’intérêt d’un premier tome est de chercher à nous faire pénétrer un nouvel univers. C’est un sentiment agréable de découvrir de nouveaux personnages, de nouveaux mondes, de nouvelles questions… On est toujours plein d’espoirs en découvrant de nouvelles pages. Est-on tombé sur une nouvelle pépite ? Attendra-t-on avec impatience la suite ? Comme je vous l’ai expliqué précédemment, cette série possédait à mes yeux un a priori très favorable. Néanmoins, cet état de fait était à double tranchant. La déception pouvait n’en être que plus grande. Ce n’est pas le cas. J’ai pris énormément de plaisir à découvrir cette nouvelle histoire. Le fait qu’il se trouve à l’intersection chronologique de tout ce qui était paru avant fait qu’on essaie inconsciemment de faire le lien avec ce qu’on sait déjà. On a même un sentiment assez original. On a l’impression d’en connaître bien plus que les personnages dans le sens où un pan de leur avenir lointain nous a déjà été conté. C’est assez anachronique comme aspect mais pas inintéressant.

« Fantastique, manipulation et quête en tout genre. »

Au-delà de son côté informatif sur l’univers des Stryges, « La pierre » est avant tout un album dans lequel se mêle fantastique, manipulation et quête en tout genre. On sent que les luttes vont être nombreuses, les découvertes pleine de surprises et les combats entre les protagonistes âpres. De plus, l’époque à laquelle se déroule l’histoire ajoute un aspect intéressant et dépaysant à l’ensemble. Le dépaysement est d’ailleurs approfondi par le voyage fait par les personnages dans la forêt amazonienne pour comprendre les secrets recelés par ce fameux rocher. On a l’impression d’assister à une quête archéologique et spirituelle dont les conséquences sur le monde semble être immense. C’est un domaine littéraire qui m’a toujours beaucoup plu.

lesiecledesombres_1bDe manière volontaire, je ne cherche pas à vous dévoiler de manière trop précise la trame. En effet, la grande partie du plaisir de la lecture réside dans l’excitation de découvrir la page suivante. Néanmoins, sachez que les jalons d’une histoire passionnante sont posés. De nombreuses questions sont posées, peu de réponses sont données. Bref, l’attente du deuxième opus est intense quand vous refermez l’album. Le problème que vous pourriez appréhender et le lien de cette série avec les autres précédemment citées. Il est évident que le fait de maitriser l’univers des Stryges vous offre une double lecture sur certaines scènes ou certaines révélations. Malgré cela, je pense que « La pierre » peut être lu de manière indépendante sans vous empêcher pour autant de maitriser sa trame.

Il est temps de vous parler des dessins. Michel Suro a déjà travaillé avec Eric Corbeyran dans l’univers des Stryges. C’est en effet sa plume qui avait dessiné les planches de « Le clan des chimères ». De la même manière que lors de la lecture de cette dernière série, je n’ai eu aucun mal à m’habituer à son style. Je le trouve assez agréable et facile d’accès. De plus, l’ensemble est assez coloré et agréable au regard. L’expression des personnages est plutôt bien rendue. Quant aux mouvements lors des batailles ou des poursuites sont joliment construits. Je trouve que les dessins se mettent complètement au service d’un scénario et de la narration. Sur ce plan-là, la réussite est au rendez-vous.

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Pour conclure, j’ai pris énormément de plaisir à découvrir cet album. La joie de retrouver cet univers est un de ses attraits principal pour moi. J’attends néanmoins la suite pour savoir si la richesse scénaristiques sera à la hauteur des autres sagas. En attendant, je guette avec attention la sortie du prochain opus. Pour ceux qui voudraient connaître l’univers des Stryges sans forcément commencer par « Le siècle des ombres », je vous conseille de commencer par « Le chant des Stryges ». Il s’agit de la trame centrale de l’ensemble. Elle vous permettra d’en apprendre beaucoup sur ces créatures mystérieuses. Bonne lecture…

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Note : 14/20

Moby Dick – Olivier Jouvray & Pierre Alary

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Titre : Moby Dick
Scénariste : Olivier Jouvray
Dessinateur : Pierre Alary
Parution : Avril 2014


« Moby Dick » est un roman de l’écrivain américain Herman Melville datant du milieu du dix-neuvième siècle. Je n’ai jamais eu l’occasion de le lire mais la mythique baleine qui donne son nom au bouquin fait partie de l’imaginaire collectif. J’ai donc accueilli avec joie et curiosité l’adaptation en bande dessinée coécrite par le scénariste Olivier Jouvray et le dessinateur Pierre Alary. Je connaissais le premier à travers son travail sur « Lincoln ». Quant au second, ce sont ses illustrations sur « Silas Corey » qui me l’ont fait rencontrer. L’ouvrage qui m’intéresse aujourd’hui est un bel objet de cent vingt-quatre pages édité chez Soleil dans la collection Noctambule. La couverture est une jolie image nous présentant une immense baleine attirer vers le fond un homme qui venait de la harponner. Elle dégage déjà une atmosphère forte.

MobyDick_1Le site BD Gest’ présente l’album avec les mots suivants : « Une adaptation fougueuse d’un monument de la littérature américaine, rythmée au gré des vents et des passions humaines ! Herman Melville, qui fut marin, s’inspira de faits réels pour donner naissance à Moby Dick – un chef d’œuvre de la littérature américaine, un livre culte qui inscrivit un nouveau mythe dans la mémoire des hommes : celui de la baleine blanche. Il y raconte – sous la forme d’une parabole chargée de thèmes universels – la quête furieuse, mystique, désespérée du capitaine Achab et son dernier affrontement avec Moby Dick. » 

Comme je l’ai écrit en introduction, je n’ai pas lu le roman de Melville. Je me garderai de toute comparaison entre les deux œuvres. Je ne donnerai pas mon opinion sur la rigueur ou pas de l’adaptation. J’ai donc découvert cet opus comme une production originale. Elle s’adresse aux lecteurs adeptes de grands espaces et d’aventure.

Un conteur omniscient.

L’histoire est narrĂ©e par un des marins ayant participĂ© Ă  la chasse du monstre marin. Il s’agissait de sa première sortie sur un baleinier. Il travaillait dans la marine marchande et Ă©tait en quĂŞte d’adrĂ©naline et d’aventure. Il se prĂ©nomme IshmaĂ«l et sa première apparition le prĂ©sente naufragĂ© sur une barque au milieu de nulle part. Il est recueilli par un navire et dĂ©cide alors de leur relater sa terrible histoire. Le choix d’opter pour une narration a posteriori offre une omniscience au conteur. Cela autorise une analyse sur les Ă©vĂ©nements que rendrait impossible une trame vĂ©cue dans le feu de l’action.

MobyDick_3L’intrigue fait exister une jolie galerie de personnages intéressants. Il y a évidemment Ishmaël. Le capitaine Achab fait peur tant il est possédé par sa haine pour la bête. Sa folie est bien rendue par les auteurs. Plus en retrait, l’indien Queequeg est charismatique et le second du bateau, Starbuck, apporte un écot intéressant. Le bémol de cette quantité de protagonistes est qu’il faut trouver de la place pour tout le monde. En passant de l’un à l’autre, les auteurs génèrent de la frustration. Chacun aurait mérité d’être central et finalement aucun ne l’est totalement. Peut-être qu’en répartissant le temps consacré à chacun de manière moins égalitaire, cela aurait intensifié certaines scènes et aurait clarifié le statut dans l’histoire des uns et des autres. Néanmoins, le travail graphique de Pierre Alary offre à chacun une identité graphique forte. Sur ce plan, chaque apparition d’Achab ne laisse pas indifférent.

Partir sur la mer en quête de cette baleine légendaire fait naître une atmosphère d’aventure. Le côté isolé au milieu de nulle part de ce baleinier parti à la chasse est bien rendu. Les peurs propres à ce genre de trajet, la cohabitation dans un espace fermé, les interrogations sur l’issue de la quête… Tout cela transpire de chacune des pages. Le trait d’Alary engendre des décors forts. Il s’en dégage une angoisse, un sentiment d’enferment qui rend la lecture intense. Les choix de couleur accentuent cette sensation pour le plus grand plaisir du lecteur.

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Concernant l’histoire en elle-même, elle suit son cours sans réelle surprise. Ce n’est pas une critique, mais la trame est classique. Elle offre des moments forts et des moments plus apaisés mais ceux-ci sont dans les grandes lignes prévisibles. Mais cela n’empêche pas la lecture d’être agréable et plutôt prenante. Je me suis laissé porter sans avoir à me forcer. Cela fait de cet ouvrage un album de qualité tant sur la forme que sur le fond. Je pense qu’en mettant Achab plus au centre de l’histoire et en intensifiant la dimension « course d’un fou vers la mort », ce bouquin serait passé de bon à excellent. Mais cela n’est qu’un léger bémol sûrement marqueur d’une trop grande exigence de ma part…

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Note : 14/20

Tu mourras moins bĂŞte, T2 : Quoi de neuf, Docteur Moustache ? – Marion Montaigne

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Titre : Tu mourras moins bĂŞte, T2 : Quoi de neuf, Docteur Moustache ?
Scénariste : Marion Montaigne
Dessinatrice : Marion Montaigne
Parution : Septembre 2012


J’ai découvert le travail de Marie Montaigne à travers son blog. Chacun de ses nouveaux billets était un condensé d’humour et de science. L’auteur montrait une vraie capacité à rendre accessible la biologie, la physique ou la chimie à tout le monde grâce à un vrai talent de vulgarisation couplé à un ton réellement décalé. C’était donc avec beaucoup de joie que j’avais découvert la transcription de son univers sur papier via la parution de « Tu mourras moins bête – La science, c’est pas du cinéma ! ». Elle y regroupait toute une série d’histoire dont le point commun était le cinéma. L’ouvrage s’avérait être de qualité et a été accompagné dans les rayons d’un honnête succès critique. En septembre dernier, est sorti le second opus des aventures du docteur Moustache intitulé « Quoi de neuf, Docteur Moustache ? ». Le professeur nous plonge maintenant dans le corps humain. Et c’est loin d’être triste !

Comme dans l’épisode précédent, l’ouvrage se décompose en une succession de petites histoires tout au long des deux cent cinquante pages. Chacune est la réponse à une question telle que « Comment le corps traque les virus ? » ou « Comment ça marche, les rêves ? ». Cela permet de ne pas lire le bouquin d’une seule traite. On peut le feuilleter à tout moment en choisissant une page au hasard. La densité des propos fait qu’il est dur de digérer tout l’album d’une traite. Pour la savourer, il me parait indispensable de le lire en plusieurs étapes. Il ne faut pas voir dans cette remarque une critique. Les dialogues sont travaillés et une lecture trop longue risque d’empêcher d’en profiter pleinement.

On peut apprendre en s’amusant.

Le fait que Marion Montaigne vulgarise la science ne l’empêche pas de s’appuyer sur des vérités scientifiques étayées. Les références bibliographiques qui concluent le livre en sont la preuve. Cet album veut donner raison à la théorie qui dit qu’on peut apprendre en s’amusant. Il est donc à la fois drôle et intéressant de découvrir les réflexions du cerveau pour reconnaitre les gens ou le quotidien d’un globule blanc traquant les bactéries étrangères. Certaines anecdotes tendent davantage vers le côté universitaire, d’autre vers un côté plus graveleux. Mais dans l’immense majorité des exposés, l’équilibre science – humour est respecté.

On trouve quasiment une trentaine d’histoires. Elles ne sont évidemment pas toutes d’un même attrait. Certaines répondent à une interrogation très décalée : « Est-ce grave d’avoir un petit zizi ? » ou « Pourquoi l’ovulation de la femme est invisible ? ». D’autres sont plus classiques médicalement : « Comment fonctionne le système immunitaire ? » ou « Comment le corps traque les virus ? ». Enfin, certaines nous plongent dans l’Histoire auprès d’Ambroise Paré ou d’Aristote. Certains pourraient trouver que beaucoup des propos sont situés sous la ceinture. Je n’ai pas eu ce sentiment. De plus, il faut se l’avouer, bon nombre des interrogations concernant notre corps sont liées de près ou de loin à cet endroit.

Les dessins ne sont pas nécessairement faciles d’accès. Le trait apparait brouillon et négligé à la manière de celui d’un Reiser. Néanmoins, on s’y habitue rapidement et la capacité de Montaigne à donner un ton caricatural à ses illustrations participe à la bonhommie de la lecture. Les textes étant denses, il est important que les dessins ne surchargent pas davantage la page. L’auteur arrive à trouver cet équilibre en faisant disparaitre tout découpage apparent des cases et en se contentant de faire apparaitre le minimum de décors utile à la cohérence du propos.

Tout cela fait que « Quoi de neuf, docteur Moustache ? » un ouvrage de qualité qui s’avère assez unique dans son genre. Après le très réussi « La science, c’est pas du cinéma ! », l’essai est transformé avec ce voyage au plus profond de chacun d’entre nous. Je ne peux donc vous en conseiller la lecture. De mon côté, il ne me reste plus qu’à attendre la parution du prochain épisode. Mais cela est une autre histoire…

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Note : 14/20

Les femmes en blanc, T36 : Neuf fois de gros stress – Raoul Cauvin & Philippe Bercovici

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Titre : Les femmes en blanc, T36 : Neuf mois de gros stress
Scénariste : Raoul Cauvin
Dessinateur : Philippe Bercovici
Parution : Mars 2014


Depuis plus de dix ans, les rayons de librairie sont envahis par bon nombre de séries centrées sur un corps de métier. Les enseignants, les CRS, les pompiers, les psys… Tout le monde possède ses albums décrivant son quotidien de manière humoristique. Le moins que je puisse dire est qu’il y a à boire et à manger. Bien souvent, il s’agit d’albums relativement médiocres dont les ficelles sont trop grosses pour chatouiller efficacement les zygomatiques. Néanmoins, parmi les plus anciennes, certaines m’ont conquis depuis que je suis enfant. « Pierre Tombal » ou « Les femmes en blanc » font partie de celles-là. Ma critique d’aujourd’hui porte sur le dernier de tome de la dernière citée. Il s’intitule « Neuf mois de gros stress » et est sorti dans les bacs en avril dernier. Cet album est scénarisé par Raoul Cauvin et dessiné par Philippe Bercovici.

Le site BDGest’ propose le résumé suivant : « Le miracle de la vie… dans les coulisses de l’hôpital. Gérer le stress, c’est la spécialité des femmes en blanc, et à l’hôpital, elles ont de quoi faire ! Entre les futurs pères en panique, les inquiets chroniques et les éclopés en tout genre, pas moyen de lever le pied. C’est ça, le miracle de la vie… dans les coulisses de l’hôpital ! »

Divertir sans trop réfléchir.

Pour les personnes qui n’ont jamais eu l’occasion de lire un des tomes de la série, je vais rapidement vous présenter la structure narrative. L’ouvrage est de format classique et se compose de quarante-six planches. Il se décompose en une suite de gags qui peuvent s’étaler sur une à trois pages. Chacun est indépendant du précédent et du suivant. Cela fait qu’un tel album peut se feuilleter au gré des envies et du temps libre. Il peut être ouvert à n’importe quel page sans gâcher la lecture. Son seul but est de divertir sans trop réfléchir. C’est un objectif louable et apprécié quand il est atteint.

Comme son titre l’indique, les blagues s’insèrent pleinement dans la vie des infirmières. L’auteur arrive à utiliser une certaine variété de cordes à son arc humoristique pour nous faire rire. Il y a évidemment la gestion des patients, les relations avec les médecins, les interactions entre elles mais également leur quotidien de femme en dehors de leur lieu de travail. Chacune de ses thématiques est exploitée de manière équitable tant en quantité qu’en qualité. Raoul Cauvin a une imagination fertile car cela des dizaines d’histoires qu’il a construites dans l’univers hospitalier et il arrive encore à me surprendre.

En effet, une des forces de l’album est d’offrir des chutes imprévisibles. Sans forcément nous faire pleurer de rire, l’auteur arrive par la dernière case à nous surprendre ou à nous faire sourire. J’ai souvent essayé de connaître le dénouement de son gag au fur et à mesure de son déroulement et bien souvent je n’y suis pas arrivé. Il utilise souvent une espèce d’anaphores scénaristiques. Une infirmière nous contente une succession d’anecdotes liées en très peu de temps dans le but d’aboutir à une conclusion marrante. Malgré le nombre parfois important d’événements contés, déjà drôles en soi, je n’arrive pas à découvrir la conclusion de la narratrice. Parallèlement, Cauvin nous présente également des gags en une planche. Ils sont efficaces et légers. La mise en situation est rapide et la fin joue davantage avec les mots que les situations.

Mon seul bémol pourrait concerner les dessins de Bercovici. Je ne leur trouve pas de défauts particuliers. Par contre, je regrette qu’ils se contentent – tout est relatif – d’accompagner le propos sans chercher à le sublimer ou à intensifier son côté humoristique ou parfois caricatural. J’ai toujours le plaisir de retrouver ce trait qui a accompagné mes lectures d’enfance quand je farfouillais dans la bibliothèque parentale. Néanmoins, j’ai toujours l’espoir que la série exploite un de ses axes de progression.

Pour conclure, « Neuf mois de gros stress » fait honneur à la série en se montrant très fidèle aux ingrédients de son succès. Cet album ne possède rien d’exceptionnel mais demeure assez efficace. J’ai pris du plaisir à m’y plonger et l’ai trouvé divertissant. Je pourrais regretter qu’il se lise rapidement mais ce léger défaut est compenser par le fait qu’il se relira toujours avec amusement quand on recherchera un passe-temps plaisant.

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Note : 12/20

Les ForĂŞts d’Opale, T7 : Les Dents de Pierre – Christophe Arleston & Philippe Pellet

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Titre : Les ForĂŞts d’Opale, T7 : Les Dents de Pierre
Scénariste : Christophe Arleston
Dessinateur : Philippe Pellet
Parution : Novembre 2011


« Les dents de pierre » est le septième tome de « Les forêts d’Opale ». Cette série est née il y a une dizaine d’années de l’association de Christophe Arleston et Philippe Pellet. Le premier est un des auteurs les plus célèbres de ces vingt dernières années grâce au succès de série telle que « Lanfeust de Troy », « Troll de Troy », « Le chant d’Excalibur » ou « Les naufragés d’Ythaq ». J’ai découvert par contre les dessins de Philippe Pellet à travers la série qui m’intéresse aujourd’hui. L’album que j’évoque aujourd’hui est le dernier en date de cette série. Sa parution chez Soleil date de novembre dernier. D’un format classique, il se compose d’une petite cinquantaine de pages et est vendu à prix proche de quatorze euros. La couverture nous plonge dans une ambiance sombre dans laquelle on reconnait la ravissante Sleilo. Elle semble apeurée par la vision d’un cadavre squelettique habillé d’un long manteau. Cet opus nous offrirait-il des révélations ?

La série est présentée par les mots suivants sur la quatrième de couverture : « Opale est le monde des forêts. Le clergé de la Lumière y fait régner un pouvoir assis sur la puissance des Pierres Magiques. Mais Darko est celui qui doit réaliser la Prophétie et faire revenir les Titans pour libérer les Cinq Royaumes… Aidé du barde Urfold, de la jolie jongleuse Sleilo et du monstrueux Ghörg. Darko est plongé dans une aventure où se joue le destin d’un monde… Une grande saga vivante, de la pure fantasy ! »

Ce résumé est le même pour chaque album de la série. Il va sans dire que depuis le début, ce cher Darko a fait du chemin. Il n’est plus le jeune garçon naïf d’un village perdu dans la forêt. Il a pris conscience de ses pouvoirs, commence à les maitriser. Il prend conscience de son destin. Le groupe qu’il formait avec Urfold et Sleilo a recruté un nouveau membre prénommé Tara. Elle est général paladin et ne laisse pas indifférent notre héros. Les différents opus ont été autant d’étapes dans sa quête. Il cherche à redonner vie aux Titans afin de libérer Opale de la gestion corrompue et dictatrice du clergé de la Lumière. Le dernier tome avait offert une vraie surprise en voyant le méchant mourir suite à la manipulation de son ancien maitre. Cela pose une nouvelle série de questions dont j’espérais trouver quelques réponses dans ce nouvel ouvrage.

Le début ce tome est intéressant car nos héros doivent affronter la Dorsale, énorme chaine montagneuse. L’attrait de cette expédition est de nous changer de décors. On quitte les forêts et les cités médiévales pour un territoire inquiétant et d’un blanc immaculé. On s’éloigne de la civilisation et j’espérais donc découvrir un nouvel univers sur tous les plans. J’attendais également que la trame change de braquet et ne se contente pas de nous offrir une nouvelle ampleur qui ne fait, finalement, pas tant que cela avancer le schmilblick. Pour résumer la variation des lieux devait entrainer une prise d’ampleur de l’intrigue.

L’ensemble apparaĂ®t brouillon.

La montagne de mes attentes va accoucher d’une toute petite souris qui n’avance pas. En effet, une fois l’album refermé, j’ai vraiment le sentiment d’en être au même point qu’en découvrant la première page. Les deux ou trois informations que nous offre cet ouvrage sur l’histoire auraient pu être narrées en une dizaine de pages plutôt qu’en quasiment cinquante ! Sincèrement, l’ensemble apparait brouillon. Je trouve que beaucoup de scènes ressemblent à du remplissage. Il est déjà arrivé que les auteurs nous offrent des « moments de transition » dans les tomes précédents. Mais souvent, cela nous offrait un moment drôle ou prenant qui fait qu’on était tolérant sur le fait que l’intrigue n’avançait pas assez vite. Dans « Les dents de pierre », le côté léger et divertissant est quasiment inexistant. Il n’est pas pour autant remplacer par une dimension dramatique qui aurait s’avérait captivante. On n’a ni l’un ni l’autre et en plus les événements sont souvent sans intérêt et semblent être dissociés de tout fil conducteur.

Le contenu narratif est donc d’une faiblesse rare. Il ne restait plus qu’à espérer que la forme compense la déception du fond. Philippe Pellet nous offre une nouvelle fois des illustrations réussies. Les décors neigeux sont réussis. De la même manière, la partie de l’histoire se déroulant dans les grottes possède généralement une vraie atmosphère. Les autres parties sont moins originales concernant les lieux. Cela permet malgré tout au dessinateur de nous confirmer une nouvelle fois son talent dans sa transcription de ses ambiances de tavernes ou équivalent. Concernant les personnages, on a plaisir à les retrouver. Je trouve d’ailleurs qu’il y a une vraie progression dans leurs traits par rapport à notre rencontre dans le premier tome.

En conclusion, cet ouvrage m’a profondément déçu. Il ne possède quasiment aucun intérêt dans l’avancée de l’histoire. Sorti du plaisir de retrouver les personnages, il y a relativement peu de choses à en sortir. Les derniers tomes avaient montré des attraits certains. La chute est dure. Il ne me reste plus qu’à attendre patiemment la parution du prochain tome en espérant que l’arrêt marqué par « Les dents de la pierre » ne soit d’un accident de parcours. Mais cela est une autre aventure…

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Note : 7/20