Solo


Titre : Solo
Scénariste : Gilles Rochier
Dessinateur : Gilles Rochier
Parution : Septembre 2019


Gilles Rochier a développé une œuvre où la présence de la cité est prépondérante. Étant donné son âge, il montre des personnages qui ont vécu dans ces banlieues délaissées et qui y sont restés. « Solo » reprend cet univers, même si le sujet est autre. Le tout est publié chez Casterman pour 82 pages.

Le traumatisme par l’absurde

Le personnage principal, alter ego de l’auteur, se met à jouer de la trompette après les attentats du 13 novembre. Ce ne serait pas un problème s’il ne jouait pas n’importe quoi et si, surtout, il ne parlait plus du tout… L’ouvrage se concentre ainsi davantage sur les réactions des autres (son pote Kader, sa famille, les voisins…) que sur le ressenti réel du personnage, laissé à l’appréciation du lecteur.

« Solo » traite donc du traumatisme lié aux attentats (même si le personnage n’y a pas été confronté directement). C’est un traitement quasiment par l’absurde tant cette obsession de souffler dans la trompette sans dire un mot paraît improbable. L’auteur s’amuse alors des réactions des autres, tantôt amusés, souvent énervés, tout le temps dans l’incompréhension.

Le livre est construit selon différentes saynètes avec, parfois, un peu d’humour de répétition. Si l’humour ne fonctionne pas trop mal, la redondance ne fait pas du bien à l’ensemble. Il aurait fallu une évolution, quelque chose de plus, pour que l’ouvrage prenne du sens. Le personnage souffle dans sa trompette jusqu’au bout et beaucoup de scènes sont liés à la fatigue des autres face à cela. Le choix du « silence » (tout relatif, donc !) du personnage atteint ses limites au bout d’un certain nombre de pages.

Concernant le dessin, les habitués de Gilles Rochier ne seront pas dépaysés. On retrouve son trait tremblant plein de hachures avec une colorisation en bichromie dans les tons beiges/marrons. Ça ne plaira pas à tout le monde, clairement. Parfois, l’auteur joue avec les bulles pour les superposer, donner une impression de flux assez pertinent. Mais clairement, on ne va pas vers cette BD pour le dessin.

« Solo » laisse un peu dubitatif. Pleinement ancré dans l’univers de Gilles Rochier, le propos sur le traumatisme reste trop implicite pour être réellement pertinent. Reste quelques scènes réussies et un humour qui fonctionne. Mais si l’idée paraissait séduisante au départ, elle perd vite sa force et l’impression de tourner en rond s’invite chez le lecteur.

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